LIBERTÉ DE DIEU
On distingue plusieurs espèces de liberté : i .° la liberté de coaction ; c'est l'exemption de toute force extérieure : telle est la liberté d'un homme qui était en prison, aux
arrêts, en exil, et qu'on laisse libre d'aller où il veut; 2.° la liberté de nécessité : c'est l'affranchissement d'une détermination intérieure, conforme à la volonté , mais indélibérée et invincible. Celui qui jouit de cette liberté peut se déterminer à une chose ou à une autre , selon qu'il le veut. 5.° Il peut encore se déterminer de deux façons; à faire une chose ou à faire celle qui lui est opposée ; par exemple , le bien ou le mal , c'est la liberté des contraires ; à faire une chose ou à ne pas la faire, c'est la liberté de contradiction. Dieu n'a point la liberté de faire le mal , parce que cette liberté n'est qu'une imperfection qui ne peut se trouver en lui : il ne peut jamais être contraint par une force extérieure, puisque rien n'est au-dessus de lui. Il n'est pas libre de ne se point voir tel qu'il est , de ne se point aimer ; dans ses actes intérieurs il est déterminé par la nécessité de sa nature , nécessité invincible et qui tient à sa perfection même.
La seule question à examiner est donc de savoir s'il est libre dans ses actes extérieurs , c'est-à-dire dans la formation de ses créatures et dans leur gouvernement. La liberté, ainsi envisagée, se trouve en Dieu au plus haut degré de perfection: 1.° c'est ainsi qu'en parle l'Ecriture sainte dans une infinité d'endroits : Le Dieu des vengeances a agi avec liberté (1); C'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant ses dons à chacun, selon qu'il lui
(i)Ps.93.,i.
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plail (i); Il fait toutes choses selon le dessein et le conseil de sa volonté (2). 2.° La tradition constante et l'opinion universelle est que Dieu est éminemment libre , parce qu'autrement il ne serait point parfait. 5.° Si Dieu avait créé le monde par nécessité, il l'aurait créé de toute éternité et selon l'étendue de sa puissance : dès lors le monde serait éternel , infini , nécessaire dans toutes ses parties : il ne pourrait ni exister, ni être conçu autrement qu'il n'est; or tout cela répugne évidemment. Admettons donc , sans hésiter , que Dieu , quoique immuable dans ses décrets , possède au plus haut degré de perfection la liberté réelle , et qu'il en communique une portion à ses créatures , selon qu'il lui plait.
Il suit de-là que Dieu n'était pas tenu de faire le monde le plus parfait , comme l'ont prétendu quelques philosophes; car alors il n'aurait pas été libre.