PROVIDENCE DE DIEU
La providence est de tous les attributs divins celui que les incrédules repoussent davantage , parce qu'ils y trouvent la condamnation de leur vie licencieuse. Vous nous imposez un maître perpétuel, que nous devons craindre jour et nuit; car comment ne pas craindre un être vigilant , qui s'occupe de tout, pense à tout, considère tout, étend son domaine sur tout; un Dieu curieux qui se mêle de tout (3) : C'est
i) I.Tim., t., il.
(2)lbid.,6.,i5.
(3) Cicéron, De la nature des dieux, 1, t., n, 54.
ainsi que Cicéron fait parler les épicuriens. Longtemps auparavant, le môme langage était prêté aux impies, dans le livre de Job, ch. 22., 14.
Malgré les clameurs et les blasphèmes de l'impiété, le dogme de la providence, d'une providence réelle et efficace, à laquelle rien n'échappe , n'est pas moins indubitable que l'existence même de Dieu. Voici quelques-unes des raisons qu'on en peut donner.
\.° La sagesse atteint avec force depuis une extrémité jusqu'à Vautre et dispose tout avec douceur (1); Après vous, qui avez soin généralement de toutes choses, il n'y a point d'aulre Dieu.... Etant juste comme vous êtes, vous gouvernez tout justement (2J. Regardez les oiseaux du ciel : ifs ne sèment point, ne moissonnent point, n'ont point de magasins, votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux (5). Un grand nombre d'autres passages de l'Ecriture sainte prouvent avec une égale clarté que la providence de Dieu s'étend a tout , même aux actions libres des hommes : Le cœur de l'homme prépare sa voie; mais c'est au Seigneur à conduire ses pas : C'est le Seigneur qui conduit les pas de l'homme (\). A vous, Seigneur, appartiennent la grandeur, la puissance, la gloire, la victoire, et cest à vous que sont ducs les louanges : car tout ce qui
(i) Sagesse, 8., 1.
(2)Ibid., 12., i3 eti5.
(3) Saint Matth., 6., 26.
(4) Prov., ch. 16., 9 et ch. 20., 24.
est dans le ciel et sur la terre est à vous. C'est à vous qu'il appartient de régner et vous êtes au-dessus de tous les princes. Les richesses et la gloire sont à vous : c'est vous qui avez la souveraine puissance sur toutes les créatures (1 ) . C'est lui qui donne à tous la vie, la respiration et toutes choses : nous avons en lui la vie, le mouvement et l'être (2). 2.° Notre âme , dit Tertullien , quoique enfermée dans la prison de son corps et en contact avec des institutions vicieuses, tout affaiblie qiïelle est par les passions et la concupiscence , lorsqu'elle revient de ses égarements comme d'un sommeil, comme d'une maladie, elle nomme Dieu et Vappelle de ce nom qui est propre au vrai Dieu ; grand Dieu , le bon Dieu , Dieu l'a donné ; ces mots se trouvent dans toutes les bouches. Elle l'invoque comme juge, en disant : Dieu le voit; je me recommande à Dieu; Dieu me le rendra. 0 témoignage d'une âme naturellement chrétienne (3) / Si la providence de Dieu ne présidait pas aux actions des hommes , il ne faudrait plus s'occuper de religion. Ces paroles sont de saint Augustin (A). Lactance, dans son ouvrage des institutions divines, 1. \., ch. 2, traite spécialement de la providence. Salvien, au 4.e siècle , fit un grand ouvrage, divisé en huit livres ) qui a pour titre,
(i)I.Paralip.29-, il.
(2) Actes des Apôtres, 17. s 25 et 28.
(3)Tertul., Apolog., ch. 17.
(4) De l'utilité de croire, ch. 16.
Du gouvernement de Dieu. C'est un long traité sur la providence.
5.° La foi en la divine providence a toujours été constante et universelle : a l'exception des incrédules qui la niaient sans donner aucune raison solide pour appuyer leur négation , tous les peuples qui ont admis l'existence de Dieu , ont cru en même temps que ce Dieu n'était point étranger aux affaires du monde , mais qu'au contraire il y présidait , les dirigeait et les gouvernait, en s'accommodant à la nature de chacune. Or , une telle persuasion ne peut venir des préjugés, qui ne sont point constants et universels, ni des passions qu'elle combat fortement : elle sort donc de notre nature et doit remonter jusqu'à l'origine des choses.
4.° Le ravissant spectacle de l'ordre qui est dans le monde démontre invinciblement l'existence de son auteur : mais cet ordre ne ressemble pas à celui qu'on remarque clans la construction d'un édifice, d'un pont, d'un vaisseau ou d'une escadre qui est tranquille dans le port : on conçoit que ces œuvres, toutes grandes et admirables qu'elles sont, peuvent subsister sans le concours actuel de leurs auteurs. Mais si nous voyions une flotte se diriger sur la mer, contrarier les vents et les flots , se tenir serrée , se ranger en bataille, soutenir un combat, tendre vers un port, y arriver et s'y placer en ordre, pourrions-nous ne pas croire qu'une intelligence préside à tous ces mouvements et les règle à sa volonté. Or , il n'y a pas seulement dans le monde une admirable sagesse de construction, mais une action
permanente qui se manifeste dans toutes ses parties : eette action est si sensible que de célèbres philosophes ont regarde l'univers comme un grand animal vivant. Si nous levons nos regards vers le ciel , nous sommes frappés des mouvements réguliers, quoique compliqués, qu'exécutent sans interruption les corps immenses dont il est orné : si nous les portons sur la mer , nous voyons ce terrible élément s'élever et s'abaisser à des heures fixes, menacer les continents et rentrer dans ses limites : si nous contemplons ce qui se passe dans le règne végétal ou dans le règne animal , partout s'offrent à nous d'innombrables effets qui se renouvellent continuellement et annoncent la présence toujours agissante d'une cause intelligente, universelle, infiniment sage et toute-puissante. 11 n'y a pas une aile d'insecte , pas une feuille d'arbre , pas un brin d'herbe , qui ne nous révèle l'opération incessante de cette cause suprême et vivante, dont nous sommes enveloppés de toutes parts. Nous devrions donc l'avoir toujours devant les yeux et lui rendre de continuelles adorations.
11 suit de-là, \.° que les diverses circonstances dans lesquelles nous nous trouvons , sont des effets de la providence, parce que rien ne se fait au hasard. 2.° Que ceux qui abusent de leur liberté pour faire le mal , ne dérangent jamais les plans de la providence, parce que Dieu ayant tout prévu, a arrêté de rendre à chacun selon ses œuvres. 5.° Que les faits politiques , les événements de la guerre, les traités de paix, la prospérité et la décadence des empires, les calamités publiques ou particulières, en un mot
tout ce qui arrive dans l'ordre moral aussi bien que dans l'ordre physique , est soumis à l'action de la divine providence. C'est donc avec fondement que tous les peuples demandent , par des prières , le succès des efforts humains , et rendent à Dieu des actions de grâces > quand l'issue a été heureuse.