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CHAPITRE XIV

PRÉCEPTES DE LA LOI NATURELLE, SA CONNAISSANCE, SON OBLIGATION, SON IMMUTABILITÉ.

\ .° La loi naturelle , considérée en elle-même , est une , et embrasse tout ce qui est moral , sans nulle exception. Relativement à nous et a raison des diverses matières qui en font l'objet, elle se divise en préceptes premiers, secondaires et éloignés.

Les premiers préceptes de la loi naturelle sont ceux qui se manifestent aux regards de notre intelligence comme la lumière à nos yeux; ils sont les mômes partout, non seulement selon la rectitude , comme parle saint Thomas , mais selon leur notion; par exemple, il faut aimer Dieu, honorer ses parents, rendre à chacun ce qui lui est dû, tout le monde reconnaît ces préceptes comme il comprend les premières vérités intellectuelles.

Les préceptes secondaires sont ceux qui se déduisent immédiatement et évidemment des premiers ; par exemple il ne faut pas jurer faussement; il ne faut pas voler , etc.

Les préceptes éloignés sont ceux qu'on ne déduit des premiers qu'au moyen de raisonnements; tels sont les

suivants : la superstition est condamnable ; le mensonge même officieux est mauvais , etc.

Les uns comme les autres sont fondés sur l'essence des choses et découlent de la loi éternelle. Dès lors ils sont les mêmes partout quant à la rectitude. Mais leur manifestation varie selon la trempe d'esprit , l'étude , les habitudes , les passions des individus. Il arrive aussi que leur application souffre des exceptions , à raison de certaines circonstances qui se rencontrent : ainsi la loi naturelle prescrit de rendre un dépôt qui a été confié; mais si la restitution du dépôt est demandée pour une fin évidemment mauvaise, si elle ne peut se faire sans un grave inconvénient , il y aura motif suffisant de la différer.

2.° La connaissance de la loi naturelle s'acquiert par différentes voies; savoir : \ .° par la conscience, qui n'est autre chose qu'une lumière venant de Dieu , imprimée en nous et dictant ce qu'il faut faire ou ce qu'il faut éviter , en tel ou tel cas particulier ; 2.° par la tradition : les principes de la loi naturelle furent manifestés à nos premiers parents , lorsque Dieu les créa avec la jouissance de la raison : ces notions primitives se sont transmises de génération en génération et sont venues ainsi jusqu'à nous; 3.° par les illuminations intérieures de la grâce ; 4.° par les monuments de la révélation ; 5.° par les définitions de l'Eglise; 6.° par l'enseignement des docteurs.

Ceux qui ont l'usage parfait de la raison ne peuvent ignorer invinciblement les premiers principes et les préceptes secondaires de la loi naturelle ; car , pour ceux qui

vivent dans la société , et il ne s'agit que de ceux-là , une sérieuse attention aurait bientôt dissipé Terreur touchant ces sortes de vérités , s'il en existait dans quelques esprits.

Il n'en est pas de même des préceptes éloignés : on comprend que le défaut de capacité et d'instruction , que des préjugés et de fausses maximes peuvent induire en erreur sur ces points qui ne sont point évidents par euxmêmes. Aussi d'illustres docteurs ont-ils souvent embrassé et soutenu de bonne foi des opinions contradictoires : tous les jours des avocats défendent en conscience des causes opposées, où il s'agit de justice, et les magistrats se réforment les uns les autres.

Pour juger si l'ignorance d'un point de la loi naturelle est coupable ou non dans un individu , il faut avoir égard à la matière dont il s'agit , à la qualité de la personne , à son genre d'éducation , à la trempe de son esprit , aux circonstances qui l'environnent, à son désir habituel de faire le bien et de fuir le mal , etc.

5.° Nul doute que nous ne soyons tenus rigoureusement à observer la loi naturelle , quand elle nous est connue , et à faire , pour la connaître , ce qui dépend de nous raisonnablement : cette obligation résulte 1 ,° de la différence essentielle qui est entre le bien et le mal ; cetle distinction ne serait qu'une chimère, s'il n'y avait pour nous aucune obligation de nous y conformer dans la pratique ; 2.° de la suprême raison de Dieu , qui imprime en nous cette participation à la loi éternelle , et ne peut rester indifférent sur son observation ou sa violation ; 5.° de renseignement des

livres saints , de l'Eglise chrétienne et de toutes les traditions.

La violation de la loi naturelle est plus ou moins coupable, selon la nature du précepte et les circonstances où se trouve le prévaricateur. En cas d'ignorance invincible il n'y a aucune faute , parce que Dieu ne commande point Timpossible.

4.° La loi naturelle étant fondée sur l'essence des choses, est immuable de sa nature : ainsi Dieu lui-même ne peut l'abroger , ni faire , par dérogation ou par dispense , que ce qui est bon devienne mauvais , ou que ce qui est mauvais devienne bon ; par exemple , qu'il soit permis de blasphémer , d'outrager ses parents , de tromper le prochain , etc.

Biais dans certaines matières qui sont de son domaine , Dieu peut faire , en changeant les circonstances , qu'une chose défendue devienne permise. Ainsi, comme il est le maître souverain des biens, des droits et de la vie des hommes , il a pu permettre aux Hébreux d'enlever les- vases précieux des Egyptiens, ordonner à Abraham d'immoler son fils, commander l'extermination des nations du pays de Chanaan , etc.

Pareillement la loi naturelle prescrit d'observer les lois positives , divines ou humaines , dès qu'elles existent et sont revêtues des conditions requises : mais ces lois pouvant être changées par l'autorité qui les établit, il suit de-là que ce qui était défendu , en vertu d'une de ces lois, pouvait être permis auparavant , et redevient licite , quand la loi

est révoquée , abrogée ou modifiée , sans que le principe général , touchant l'obéissance à la loi , soit pour cela changé.

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