‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 138 sur 156 · DEVOIRS DE L'HOMME ENVERS DIEU · texte numérisé non relu

DEVOIRS DE L'HOMME ENVERS DIEU

l.° L'homme tenant tout de Dieu doit, sans aucun doute , tourner ses premiers regards vers lui , l'aimer , le respecter, l'honorer.

lotis aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces. Ces commande-

ments que je vous donne aujourd'hui seront gravés dans votre cœur : vous en instruirez vos enfants (1).

Les peuples de tous les temps et de tous les lieux ont cru qu'il y avait obligation pour les hommes d'honorer Dieu ; tous ont observé des rits sacrés extérieurs , publics et solennels : Caïn et Abel faisaient des offrandes au Seigneur ; Noé , au sortir de l'arche , éleva un autel ; Josué fit la même chose quand il eut passé le Jourdain; Moïse institua, au nom de Dieu, des prêtres et des sacrifices. Chez toutes les nations il y a eu des temples et des solennités religieuses. C'est donc l'autorité de Dieu lui-même, la voix de tous les siècles et le cri unanime des consciences qui nous révèlent l'obligation où nous sommes d'honorer Dieu d'un culte intérieur, extérieur et public.

2.° Sans une révélation spéciale , ajoutée à la raison , l'homme est dans l'impossibilité morale de former un corps de doctrines religieuses qui ne laisse rien à désirer : les grossières erreurs dans lesquelles ont vécu , sans pouvoir en sortir, les peuples les plus polis de la terre, tels que les Egyptiens, les Chaldéens, les Grecs, les Romains et les sages les plus distingués , parmi ces peuples , en sont une preuve manifeste.

Quelle sera donc la ressource des incrédules pour combattre l'autorité d'une expérience qui est celle de toute la terre, qui a duré quatre mille ans, et qui atteste si hautement la nécessité d'une révélation'? Diront-ils que la

(i)Dcutcronome,6.,5j Saint Matthieu, aa., 37.

lumière naturelle peut aujourd'hui ce qu'elle n'a pu dans les plus beaux âges du monde , qu'elle est plus vive , plus pénétrante dans le vulgaire de nos jours, dans ces hommes qui n'ont ni le temps, ni les moyens de s'appliquer à la recherche de la vérité, qu'elle ne le fut dans les plus grands philosophes de l'antiquité profane , dans ces âmes èminentes où la sagesse parut dans tout son éclat ? Prétendront-ils que le pteuple , c'est-à-dire la presque totalité morale du genre humain, peut se former à lui-même un corps de doctrine certain , entier et lié , tandis que ces hommes célèbres n'eurent que des débris , des opinions flottantes, quelques vérités éparses et mutilées, sans suite, sans motif, sans autorité (1).

5.° La raison abandonnée à ses lumières incertaines, ne peut rendre compte de l'état actuel de l'homme , ni expliquer les contradictions de sa nalure ; l'existence du mal est un problème contre lequel sont venus échouer les nouveaux incrédules comme les anciens philosophes. Les uns aussi bien que les autres n'ont donné , sur ce profond mystère, que des systèmes incohérents qui n'ont abouti qu'à des contradictions ou à des absurdités.

4.° Si nous avons offensé Dieu , y a-t-il un moyen sur pour revenir à lui, et quel est ce moyen? La raison ne nous dit encore rien de précis là-dessus. Comment saura-t-on avec certitude que Dieu est disposé à recevoir en grâce les

(i) I)c Montazet, archevêque de Lyon , Instruction pastorale sur les sources de l'incrédulité , en 1776; p. 40<

pécheurs qui retournent vers lui; et qu'il acceptera leur repentance , à moins que lui-même n'ait déclaré expressément que telle est sa volonté1? Car il n'y a aucun des

attributs de Dieu qui prouve positivement qu'il soit obligé de pardonner à un pécheur repentant , uniquement en vertu de sa repentance, La nature seule n'est donc pas capable de calmer les agitations et les doutes de l'homme pécheur sur les moyens d'apaiser la divinité offensée (4).

5.° La raison nous dit bien que nous devons honorer Dieu et lui rendre un culte digne de lui : mais peut-elle en déterminer le mode , le rendre uniforme , constant et universel? L'expérience de tous les temps et de tous les lieux est là encore pour nous démontrer le contraire. Les plus grands hommes n'ont pu s'accorder sur ce point. Euxmêmes étaient si convaincus de leur impuissance à cet égard , que quand ils songeaient à fonder des institutions religieuses , ils disaient avoir reçu une mission du ciel , ou invoquaient quelque oracle en faveur de leurs actes : c'est ce que firent Minos , Lycurgue , Numa , Mahomet , etc.

6.° Un grand nombre de religions différentes et souvent très-opposées les unes aux autres existent sur la terre ; peut-on les regarder toutes avec indifférence, n'en embrasser aucune, ou s'attacher à la première venue? Des religions contradictoires ne peuvent être vraies en même temps. Le déiste Rousseau l'a proclamé en ces termes : Parmi tant de religions diverses , qui se proscrivent et s'ex-

(i) Clarke , Existence de Dieu , t. 2., ch. io.

cluent mutuellement , une seule est la bonne , si tant est qu'une seule le soit (1). Ce serait faire injure à Dieu que de prétendre l'honorer par le mensonge : cependant il en serait ainsi , si chacun pouvait regarder comme vrai le premier culte venu , celui de sa patrie , par exemple , sans autre examen. D'un autre coté, rejeter tous les cultes comme faux; ce serait vivre en athée pratique, contredire les livres saints , les traditions , le sentiment commun des peuples et la saine raison. Il faut donc chercher un autre moyen de connaître la vérité et recourir au fait historique de la révélation.

L'authenticité , la vérité et l'intégrité des livres de l'ancien et du nouveau Testament étant clairement démontrées , rien n'est plus aisé que de constater l'existence de la révélation divine , la formation de l'Eglise chrétienne , son autorité sacrée et infaillible, qui, comme un flambeau lumineux , nous conduit plus sûrement dans les voies de la vérité , au travers des erreurs humaines , que la boussole ne dirige les marins sur les abîmes de l'océan. De même que ceux qui ont foi à un capitaine de vaisseau montent avec confiance sur son bâtiment et se laissent conduire , sans inquiétude , au port où ils veulent aborder ; pareillement l'homme religieux se confie à l'autorité de l'Eglise, une fois qu'il la connaît , et il demeure dans une sécurité parfaite.

(t) Emile, t. 2., p. g3.

Dans un autre ouvrage , nous poursuivrons le développement de cette consolante vérité.

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