‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 144 sur 156 · GOG · texte numérisé non relu

GOG

n'avez pas encore échappé au jugement de Dieu qui peut

tout et voit tout. Mes frères , après avoir supporté une

douleur passagère , sont entrés maintenant dans la vie

éternelle; mais vous , vous souffrirez au jugement de Dieu

la peine que votre orgueil a justement méritée. Quant à

moi , j'abandonne volontiers , comme mes frères , mon

corps et mon âme pour la défense des lois de mes pères (I).

Ce langage si conforme à ce qui est dit dans le chapitre 12.2,

de Daniel , Ceux qui dorment dans la poussière de la

terre se réveilleront , les uns pour la vie éternelle , et les

autres pour un opprobre qu'ils auront toujours devant

les yeux, montre quelle était la foi des Juifs dans la

vie future.

Rien n'est plus clairement exprimé d'un bout à l'autre des livres du nouveau Testament que la vie future, heureuse ou malheureuse , selon que la conduite aura été bonne ou mauvaise : Ceux-ci iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle (2).

Je crois à la vie éternelle ; tous les chrétiens admettent cet article du symbole des apôtres. Le symbole de saint Athanase , également universel dans l'Eglise , ajoute : Ceux qui auront fait le bien , iront dans la vie éternelle, et ceux qui auront fait le mal, iront au feu éternel. Les blasphèmes des impies et les vaines allégations des incrédules ne peuvent ébranler ee dogme fondamental.

(1) II. Machabées,7., 36.

(2) Saint Matth., ï5.) 46.

Telle est aussi la foi constante des mahométans de tous les pays.

Les peuples anciens , comme les modernes , admettaient des champs élysées et un tartare , ou une migration des âmes d'un corps dans un autre, avec des conditions différentes. D'autres honoraient les morts ou conservaient d'eux un souvenir qui annonçait leur persuasion que tout ne finissait point avec la vie du corps. Ces opinions et ces pratiques s'expliquent admirablement sous la foi primitive de la vie future , foi claire dans l'origine , mais embrouillée plus tard par les superstitions ; elles ne peuvent s'expliquer dans Thypothèse contraire.

2.° La sagesse de Dieu , sa bonté , sa sainteté et sa justice demandent qu'il y ait une autre vie , dans laquelle les bons trouvent leur récompense , et les méchants les châtiments qui leur sont dus : 1.° La sagesse; car s'il n'y avait pas d'autre vie, Dieu n'aurait point pourvu à l'exécution de ses lois , puisqu'il verrait du môme œil , à la fin , ceux qui les auraient violées et ceux qui les auraient observées. 2.° La bonté ; car la bonté d'un maître exige qu'il ne soit pas indifférent aux actes de dévouement qu'exercent pour lui ses meilleurs serviteurs ; c'est pourtant la conduite que Dieu tiendrait à l'égard de ceux qui lui sont le plus dévoués, si au lieu de les récompenser, il les anéantissait. 5.° La sainteté de Dieu demande qu'il improuve le mal , et punisse les méchants : cependant il arrive souvent , et presque toujours, tjue les méchants ne reçoivent point sur la terre une punition proportionnée à leurs désordres. 4.° Enfin, la jus-

tice de Dieu ne peut souffrir que les bons soient opprimés sur la terre , tandis que les mauvais sont dans la prospérité , et qu'à la fin tous soient confondus dans le même néant. Voilà pourtant ce qui arriverait , s'il n'y avait point d'autre vie.

Plus je rentre en moi , et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : Sois juste , et tu seras heureux. Il n'en est pourtant rien, à considérer Vétat présent des choses: le méchant prospère , et le juste reste opprimé. Voyez aussi quelle indignation s'allume en nous , quand cette attente est frustrée! La conscience s'élève contre son auteur ; elle lui crie en gémissant : Tu m'as trompée !

Je t'ai trompée , téméraire ! Et qui te l'a dit ? Ton âme est-elle anéantie? As-tu cessé d'exister?...

On dirait, aux murmures des impatients mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite , et qu'il est obligé de payer la vertu d'avance. Oh ! soyons bons premièrement , et puis nous serons heureux. N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n'est point dans la lice, disait Plutarque, que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnés ; c'est après qu'ils l'ont parcourue.

Si l'âme est immatérielle, elle peut survivre au corps; et si elle y survit, la providence de Dieu est justifiée. Quand je n'aurais pas d'autre preuve de V immatérialité de Vâme que le triomphe du méchant et l'oppression du juste en ce monde , cela seul m' empêcherait d'en douter. Une contradiction si manifeste , une si choquante disso-

nance dans V harmonie universelle, me ferait chercher à la résoudre. Je me dirais : tout ne finit pas pour nous avec la vie ; tout rentre dans V ordre à la mort (1).

5.° Nous éprouvons un désir insatiable de connaître la vérité , désir qui n'est jamais satisfait ici-bas ; nous sentons en nous un penchant qui nous porte invinciblement à souhaiter d'être heureux , et heureux d'un bonheur qui ne se trouve point sur la terre : nous avons horreur de la mort, et voudrions toujours vivre. Les méchants seuls invoquent le néant après la mort. Est-il possible que Dieu ait mis en nous de telles dispositions , s'il n'a pas eu d'autres desseins que de nous anéantir tous également à la mort? La raison en est blessée , et ne peut soutenir cette pensée.

4.° S'il n'y a rien à attendre ni à craindre après la mort , chacun devra chercher la plus grande somme de bonheur possible dans la vie présente, sans s'inquiéter du bonheur ou du malheur des autres : Que tous les hommes fassent mon bien aux dépens du leur ; que tout se rapporte à moi seul ; que tout le genre humain meure , sHl le faut, dans la misère et dans la peine, pour m' épargner un moment de douleur ou de faim : tel est , dit Rousseau , le langage intérieur de tout incrédule qui raisonne (2). Qui oserait avouer de telles conséquences?

5.° Pour que Tordre , tel que Dieu infiniment sage a dû rétablir , soit complet , il faut une sanction qui s'étende

(i) Rousseau, Emile, t. 2., p, 52.

(2) Emile, t. 2., p. 119.

à tous les actes de la loi naturelle, sans nulle exception; que tout mérite soit dignement récompensé et toute transgression justement punie , d'après un jugement équitable et infaillible. Ce jugement ne peut être porté d'une manière définitive , qu'après que la carrière des œuvres méritoires et des actions coupables est terminée , par conséquent qu'à la fin de la vie présente. Enfin, la vertu doit être encouragée par une espérance si grande , que rien ne puisse lui être préféré, et le vice réprimé par la crainte d'un tel mal , que rien ne soit plus redoutable. Or , tout cela se trouve parfaitement dans la croyance d'une autre vie souverainement heureuse ou souverainement malheureuse , et ne peut se trouver hors de-là.

Admettons donc, sans hésiter, un dogme si solidement établi , et ne le perdons jamais de vue dans le cours de la vie présente.

Qu'on ne dise pas, avec les incrédules , que la vertu porte avec elle sa récompense et le vice son châtiment , parce que la paix , dont jouissent les cœurs purs , les rend heureux , et que les remords des méchants empoisonnent leurs joies : car l'espérance , qui console le juste, n'est fondée que sur l'attente d'une vie meilleure , et le méchant aurait bientôt étouffé les remords de sa conscience , s'il acquérait la certitude que ses forfaits resteront impunis , que tout son être sera anéanti à la mort.

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