‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 80 sur 156 · OBJET ET FONDEMENT DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

OBJET ET FONDEMENT DE LA PHILOSOPHIE

Nous entendons , par philosophie , la connaissance raisonnée des choses naturelles, ou une science déduite des premiers principes. Cette science diffère donc essentiellement de la théologie qui tire ses conclusions de principes révélés

ou surnaturels. Tout ce qui n'est pas théologique , c'est-àdire , tout ce qui ne repose pas sur des principes révélés , appartient à la philosophie , prise en général. On voit par là combien le domaine de la philosophie est étendu , puisqu'il ne s'agit de rien moins que d'expliquer scientifiquement tout ce qui est naturel , en quelque genre que ce soit , même l'accord et le développement des vérités révélées.

Afin de mettre de l'ordre dans l'esprit des étudiants , nous commençons par établir des règles , à l'aide desquelles la vérité puisse être clairement séparée de l'erreur et placée sur des bases solides : c'est la logique.

Munis de ces règles comme d'un guide propre à nous diriger , nous fixons notre attention sur ce qu'il y a de plus important dans la nature. Alors se présentent à nous Dieu et ses attributs , l'ange et Pâme humaine avec ses facultés : c'est ce que nous appelons la métaphysique. Ces points fondamentaux solidement établis , nous sommes naturellement amenés à examiner ce que nous devons faire pour répondre aux vues de Dieu sur nous et préparer notre avenir dans la vie future : c'est l'objet de la morale.

Après ces questions de l'ordre le plus élevé , vient la physique avec ses nombreuses ramifications. Autrefois , c'était la quatrième partie de la philosophie. Ce qui en faisait l'objet est aujourd'hui partagé en diverses branches , qui s'étendent de plus en plus chaque jour par de nouveaux progrès.

La science élémentaire, connue sous le nom de philosophie , est bornée depuis longtemps à la logique , la mêla-

physique et la morale. Ainsi envisagée , pourvu qu'elle soit bien dirigée , elle est du plus haut intérêt , et doit exercer une grande influence sur l'avenir de ceux qui l'étudient.

La philosophie étant une science déduite des premiers principes , ne peut exister s'il n'y a pas des principes clairs par eux-mêmes et incontestables , qui servent de point de départ, comme il serait impossible d'élever un édifice solide, si Ton ne trouvait des fondements inébranlables sur lesquels on posât les premières assises. Or , il y a des principes de cette nature : car une multitude de choses sont tellement claires par elles-mêmes qu'elles ne peuvent être l'objet de nul doute sérieux. Quel est l'homme au monde, jouissant de sa raison , qui pourrait douter seulement un instant qu'il pense, qu'il existe, qu'il a un corps, que des objets sensibles l'environnent , qu'il y a une terre , des arbres , dès plantes , des animaux , des maisons , un ciel , un soleil , une lune , des étoiles , d'autres hommes , qui parlent et agissent , sont en relation entre eux et avec nous ?

On peut faire mille questions embarrassantes sur la nalure de ces objets et sur la manière dont ils existent : mais le fait de leur existence n'est douteux pour personne. On détruirait plutôt notre nature intelligente que de nous mener à un doute véritable sur ces points et sur une foule d'autres qui ne sont pas moins éclatants de lumière. Nous les admettons sans aucune hésitation, non sur la parole de Dieu, non sur le témoignage des hommes , mais parce que nous sentons que leur connaissance ne peut être révoquée en doute.

Que cette conviction profonde soit appelée foi, si Ton veut ; nous y consentons : mais ce n'est ni une foi divine , ni une foi humaine , parce que nous ne croyons , dans ces cas , ni sur l'autorité de Dieu , ni sur des témoignages humains , mais uniquement sur ce que notre être intellectuel est porté invinciblement à croire. C'est donc une foi naturelle ou une foi qui tient essentiellement à notre nature morale. Chercher des raisons pour rendre plus claires les vérités que nous croyons de la sorte , serait demander un flambeau pour mieux voir le soleil en plein midi.

L'ensemble de ces vérités premières , si manifestes qu'elles n'ont besoin d'aucune preuve , est ce que nous appelons les premiers principes : ces principes constituent le fondement de la philosophie , fondement aussi ferme que le roc sur lequel on bâtit un mur.

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