LOGIQUE PROPREMENT DITE
La logique ayant pour but de diriger l'âme dans la recherche et dans la manifestation de la vérité , est une science pratique , applicable à toutes les autres sciences , et qui doit leur servir de guide.
Sans examiner encore ce que notre âme est en elle-même, prenant ses diverses opérations comme des faits , nous concevons qu'elle peut ou se représenter les objets par une simple vue , ou prononcer sur leurs rapports entre eux ou déduire une pensée d'une ou de plusieurs autres pensées ou coordonner ses actes de la manière la plus propre à atteindre le but qu'elle se propose. De-là l'idée , le jugement , le raisonnement et la méthode , qui sont les quatre parties de la logique.
L'idée n'étant qu'une simple représentation de l'objet dans Famé , ne peut être , à proprement parler , le siège de l'erreur : mais nous pouvons nous tromper et nous nous trompons souvent en prononçant témérairement sur la convenance ou la disconvenance des idées entre elles , en posant comme vrais des principes faux ou en tirant des conclusions inexactes, ce qui revient toujours à un jugement erroné.
L'erreur est une opinion contraire à la vérité : l'ignorance est un simple défaut de connaissance. On peut ignorer beaucoup de choses et ne pas être dans l'erreur : c'est ce qui arrive lorsque l'on n'affirme rien de faux et que l'on ne nie rien de vrai. L'ignorance est un défaut, mais elle n'est pas un vice , à moins que nous ne négligions d'apprendre ce que nous devons savoir. L'erreur , au contraire , est de sa nature un vice, et n'est excusable que lorsque nous y sommes entraînés de bonne foi. Par conséquent, soit dans la recherche , soit dans l'expression de la vérité , nous devons procéder avec une sage circonspection , et nous abstenir soigneusement de prononcer au-delà de ce que nous comprenons clairement ou de ce qui est solidement prouvé.
Des règles qui sortent de la nature même des choses nous préserveraient de toute erreur, si nous étions fidèles à les suivre dans nos jugements et dans nos raisonnements , et si ceux qui sont en rapport avec nous ne cherchaient pas a nous tromper , les uns par ignorance , les autres par artifice. Tenons-nous donc en garde avec la même vigilance contre la précipitation , les préjugés , les passions , les illusions des sens et l'imagination , qui trop souvent nous font porter de faux jugements , et contre les arguments captieux , appelés sophismes , que forme notre esprit mal dirigé , ou qu'emploient à notre égard , de bonne ou mauvaise foi , les hommes qui traitent avec nous de vive voix ou par écrit.
Quand il s'agit de régler nos pensées dans l'ordre qui doit nous conduire plus sûrement à la connaissance de la vérité , ou nous mettre dans le cas de la faire comprendre
plus aisément à ceux que nous voulons instruire , deux méthodes se présentent à nous , l'analyse et la synthèse. Par la première , on part des effets , et on remonte à la cause , ou au principe primitif : par la seconde , on descend de la cause aux effets, ou du principe aux conséquences. L'une et l'autre a aussi ses règles dont il ne faut point s'écarter, si Ton ne veut ni se tromper soi-même , ni s'exposer à tromper les autres.