‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 84 sur 156 · EVIDENCE · texte numérisé non relu

EVIDENCE

L'évidence est cette clarté qui frappe notre intelligence ,

comme le soleil frappe nos yeux en plein midi. Elle se définit : La perception claire de la convenance ou de la répugnance des idées entre elles. Ne s'appliquant qu'aux idées , elle nous fait juger des choses telles qu'elles sont en ellesmêmes , c'est-à-dire de leur nature et de leur essence , non de leur existence , ni de leur manière d'être.

Les objets manifestés à notre intelligence par cette clarté qui rend impossible jusqu'au plus léger doute , sont à notre égard des principes hors de toute discussion , que nulle raison ne peut ébranler. Qui pourrait en effet sérieusement douter de la vérité de ces propositions : Deux et deux font quatre ; le tout est plus considérable qu'une de ses parties ; un cercle est rond ; tous ses rayons sont égaux ; une ligne droite entre deux points est plus courte qu'une ligne courbe qui joindrait les mêmes points , etc.

Les mathématiques et les sciences exactes sont fondées sur des principes de cette nature.

Dès qu'un homme est amené à convenir qu'une proposition est évidente, toute contestation cesse sur ce point. L'évidence est donc la dernière raison qu'on doive donner, parce qu'il n'y a plus rien au-delà qu'on puisse alléguer comme preuve.

S'il arrive que deux hommes, en désaccord, invoquent en même temps l'évidence , chacun de son côté , ce ne sera pas sur les premiers principes , mais sur des conséquences éloignées. Dans ce cas, l'un ou l'autre, et quelquefois les deux , affirmeront témérairement qu'ils voient ce qu'ils ne voient pas.

Alors l'erreur n'est pas dans l'évidence , mais dans le jugement de celui qui s'attribue faussement l'évidence.

Deux hommes placés au milieu d'une ville éclairée par un soleil brillant, conviendront sans peine qu'ils voient des maisons , des rues , des places , une ville ; mais s'ils apercevaient cette ville vers l'horizon , par un jour affaibli , ils pourraient aisément se diviser d'opinion et affirmer, l'un qu'il voit une ville , et l'autre qu'il voit tonte autre chose. C'est ce qui arrive fréquemment , quand on s'éloigne des premières vérités évidentes : on ne se préserve des erreurs que par une extrême attention à ne pas confondre une lueur de lumière avec la lumière même.

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