PROBABILITÉ
La certitude étant une ferme adhésion de l'âme à la vérité connue, il s'ensuit qu'elle existe ou n'existe pas, et ne peut être divisée. Mais entre l'ignorance et la certitude , il y a souvent un grand nombre de degrés : ce sont les raisons plus ou moins fortes d'adhérer à une proposition non encore démontrée, qui forment ces degrés. La probabilité en général est donc la raison même qui nous porte plus ou moins fortement à admettre comme vraie une proposition non démontrée.
Rien de plus difficile que de fixer exactement le degré de probabilité d'une proposition , parce que cela dépend d'une infinité de circonstances auxquelles il faut avoir égard. La même proposition peut être certaine pour l'un , vraisemblable pour un autre , douteuse pour un troisième , peu probable pour un quatrième, à cause de la diversité d'esprit, de talents, d'études, de connaissances, etc., de chacun. Gardons-nous donc avec soin, on ne peut trop le répéter, de prononcer témérairement au-delà de ce que nous apercevons. Certains événements sont quelquefois contenus avec certitude dans un nombre de cas déterminés : alors la probabilité peut se déterminer mathématiquement. Ainsi vingt jeunes gens tirent au sort : il en faut quatre pour le service militaire : il y a quatre à parier contre un que Frédéric aura un bon numéro. On sait que les combinaisons do deux dés sont de trente-six ; un doublet déterminé ne pou-
vant se trouver qu'une fois dans ce nombre , il y a Irentecinq contre un pour qu'il ne vienne pas : le nombre huit pouvant, au contraire , se trouver de cinq manières, il n1y a que sept contre un pour qu'il n'arrive pas. C'est sur ces données que les bons joueurs de trictrac disposent leurs dames.
Les contrats d'assurance se font sur des calculs à peu près semblables.