NÉCESSITÉ D'UN PREMIER ÊTRE
Dieu existe s'il y a un être nécessaire , et si cet être est infiniment parfait. Or, ces deux propositions sont incontestables. Premièrement, il y a un être nécessaire, c'està-dire un être qui n'a point eu de commencement et ne dépend d'aucune cause : car , ou il existe un être éternel qui n'ait reçu son existence d'aucune cause, ou la collection de tous les êtres existants a été formée dans le temps. Or, si tous les êtres existants avaient été formés dans le temps ,
tous seraient des effets, puisqu'ils auraient été produits; mais comment et par qui auraient-ils pu être produits? Hors la collection de tous les êtres existants, il n'y a rien. Il y aurait donc un effet sans cause , ce qui est absurde. Cette vérité est si palpable que les philosophes de tous les siècles , sans aucune exception, ont admis un principe éternel.
En vain supposerait-on une série éternelle d'êtres produits se succédant les uns aux autres : car la terre, la mer, le soleil, la lune, etc., ne sont pas le produit d'autres êtres de la même nature. Il faut pourtant qu'on trouve quelque part la raison de leur existence. Les animaux et les plantes se reproduisent, il est vrai , d'une manière merveilleuse ; mais où se trouve la vertu de cette reproduction? Ce n'est pas dans les individus qui en sont les instruments : aucun ne trouve en lui-même la cause de son existence, tous sont produits.
En remontant aussi haut que l'on voudra , on n'aura donc jamais qu'une réunion d'effets sans cause , s'il n^existe pas un être éternel et indépendant qui soit la cause première de tous les autres.
En second lieu , l'être éternel et indépendant est infiniment parfait. Car, que faut-il pour qu'il soit infiniment parfait? Qu'il contienne , d'une manière illimitée , les perfections de tous les êtres existants et possibles : or, tel est, par sa nature, l'èlrc éternel et indépendant. Il contient les perfections de tous les êtres existants , puisque ces êtres viennent de lui , et quil n'aurait pu donner ce qu'il n'avait pas : il contient les perfections des êtres possibles , autrement ces êtres possibles seraient néanmoins impossibles par le défaut d'une
cause capable de les produire : il contient ces perfections dune manière illimitée ; car s'il y avait des limites dans ses perfections , il y aurait donc des perfections possibles qu'il ne posséderait pas ; mais ces perfections devraient procéder d'une cause qui les aurait en elle-même j par conséquent de l'être éternel et indépendant. Donc cet être possède par lui-même absolument , essentiellement et sans limites toutes les perfections possibles , ce qui a fait dire au psalmiste (\ ) : Le Seigneur est grand et digne d'être loué infiniment , et sa grandeur n' a point de bornes.
De quelle manière l'être inûniment parfait contient-il toutes les perfections? Nous n'entreprenons pas de l'expliquer. Un architecte contient dans sa tète , d'une certaine façon, l'édifice dont il a conçu le plan. Nous sommes incapables d'en rendre raison. Comment pourrions-nous donc concevoir la manière dont les choses réelles et possibles sont en Dieu?
â.° NOTRE PROPRE EXISTENCE.
J'existe : rien de plus clair ni de plus infaillible pour moi* Comment est-ce que j'existe? Je l'ignore. Je dois le jour à des parents : mais mes parents ignorent comment toutes les parties qui constituent mon être se sont formées et arrangées ; comment la vie a paru en moi et s'est développée ;
(i)Ps. 144., 3.
ils n'ont donc été que des instruments aveugles de mon existence. Eux-mêmes ne se sont pas donné l'être; ils l'ont reçu. Il faut donc une cause première d'où nous venions tous.