‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 99 sur 156 · EXISTENCE DE U MATIERE · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE U MATIERE

L'existence de la matière n'est point douteuse : tout le monde l'admet , sauf quelques visionnaires si peu nombreux qu'ils ne doivent compter pour rien. Les anciens philosophes se sont épuisés pour rendre raison de l'existence de la matière. Presque tous l'ont regardée comme éternelle. Cependant cette hypothèse est pleine d'absurdités : car ce qui est éternel doit être nécessaire , immuable , indépendant, illimité, parfait : or, la matière n'a aucune de ces qualités ; nous la pouvons concevoir autrement qu'elle n'est ; elle est variable, limitée et pleine d'imperfections. La Genèse seule , d'accord avec la raison , résout parfaitement le problème insoluble hors de-là , en disant , avec autant de noblesse que de simplicité : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ce fait si nettement exprimé , est sans cesse rappelé dans le cours des livres saints , et entre dans le premier article du symbole de la foi chrétienne : Je crois en Dieu le Père tout-puissant , créateur du ciel et de la terre. Toutes les cosmogonies anciennes et nouvelles s'éva? nouissent devant cette vérité si lucide,

Si l'on nous objecte le célèbre axlçme des philosophes

grecs, Rien ne se fait de rien, nous répondons qu'à la vérité le rien ne peut être une cause matérielle ou efficiente de quoi que ce soit ; mais nous ajoutons qu'il ne s'en suit pas qu'un être infiniment puissant ne puisse rendre réels , par sa seule volonté , des êtres possibles , en leur donnant l'existence qu'ils n'avaient pas. Tous les arguments que l'on pourrait faire ne prouveraient qu'une chose; savoir, que nous ne comprenons ni la nature de Dieu , ni la manière dont il opère, ni l'étendue de sa puissance. Or, c'est ce que nous devons confesser dans le sentiment d'une profonde vénération, à la vue de notre faiblesse d'une part, et de l'abîme des perfections divines de l'autre.

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