Histoire abrégée de la philosophie
La plupart des jeunes gens, qui terminent le cours ordinaire de leurs études, dans les petits séminaires et dans les collèges, savent peu ce qu'a été la philosophie, depuis qu'il y a des philosophes sur la terre, ni ce qu'elle est actuellement. Peut-être ont-ils retenu les explications qu'on leur a données. Trop souvent ils ne vont guère au-delà.
Cependant la connaissance précise des sciences philosophiques , de leur origine , de leurs progrès , de leur décadence , de leurs variations infinies , élève l'âme et l'agrandit. En voyant l'impuissance de la raison et ses tristes écarts, nous sentons le besoin d'une autorité qui nous garantisse de toute
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erreur : nous l'appelons de nos vœux; nous la recherchons , afin de nous y attacher avec confiance.
Nous commençons par recueillir les vérités fondamentales qui n'ont jamais pu être sérieusement ébranlées, et sur lesquelles repose l'ordre moral : nous nous y fixons comme à des ancres de salut, seules capables d'empêcher que nous ne soyons submergés dans l'abîme du doute. Ces vérités sont les points capitaux d'où il faut que nous partions pour élever solidement en nous un édifice intellectuel.
Lorsque nous embrassons d'un coup d'oeil, les égarements de tant de génies supérieurs , notre orgueil est confondu. Pourrions-nous avoir la présomption de nous croire plus habiles ou plus infaillibles qu'eux? Qu'est-ce donc que la raison abandonnée à elle-même , si elle n'a pu conduire ceux qui l'ont possédée à un si haut degré, qu'à des contradictions sans fin et à d'incroyables absurdités ?
L'histoire de la philosophie est donc, surtout à l'époque où nous vivons, un complément utile et même nécessaire à l'instruction des jeunes gens.
Ceux qui seront sagement dirigés dans cette étude, ne pourront manquer d'en retirer un grand fruit.
Si les professeurs se bornent à un enseignement oral , ils ne s'accorderont point : l'un sera diffus ou inexact; l'autre, trop concis ou pas assez clair : les élèves ne retiendront rien ou retiendront mal.
Peut-être s'en trouvera-t-il , parmi les plus laborieux, qui feront des rédactions : mais rarement ils y auront recours, après que leurs études seront terminées. Bientôt ils n'auront plus dans l'esprit que des notions vagues, confuses et pleines de fausseté.
Qu'ils aient, au contraire, entre les mains un livre élémentaire, digne de leur confiance, il y recourront volontiers; ils le consulteront au besoin, et apprendront insensiblement ce qu'il contiendra. Plus tard, ils pourront lire utilement les longs ouvrages qui ont été composés sur cette matière.
Car beaucoup de savants , principalement en Allemagne, ont fait de sérieuses recherches sur l'histoire de la philosophie. Mais leurs ouvrages, pour la plupart du moins, n'ont aucune proportion avec les facultés des jeunes étudiants. Ce sont d'é-
normes in-/*.0, comme ceux de Brucker, 6 vol.; de nombreux in-8.°, comme ceux de Tiedemann, 6 vol.; de Buhle, 7 vol.; de Tenneman, i3 vol ; etc.
Brucker, qui paraît le plus estimé, est écrit en latin dur et pesant. Buhle a été traduit de l'allemand en français : les deux autres sont en allemand et n'ont pas encore été traduits, que nous sachions.
Beaucoup d'autres auteurs ont encore écrit plus ou moins longuement sur l'histoire de la philosophie : nous ne pouvons les énumérer, sans dépasser les limites dans lesquelles nous devons nous renfermer. Ceux qui désireront les connaître avec la nomenclature de ce qu'ils ont écrit, pourront consulter X Histoire comparée des systèmes de philo sopl lie , par M. de Gérando, 4 vol. in-8.°, t. 1., ch. 2., 2.e édition, ou le Manuel de Tiedemann, traduit en français par M. Cousin, 1 vol. in-8.°
Plusieurs écrivains français ont aussi travaillé sur l'histoire des philosophes et de la philosophie. Nous pouvons citer, entr'autres, Deslandes, 4 vol. in- 11 , superficiel, Fénelon, Le Batteux, Condillac, Fréret, de Gérando, Cousin, Damiron, etc.
Néanmoins, on convient qu'il n'y a point encore,
dans notre langue, d'ouvrage élémentaire sur l'histoire de la philosophie, propre à être mis entre les mains des élèves de nos écoles catholiques. MM. de Ram, en Belgique, de Salinis et de Scorbiac, en France, ont publié de bons précis, le premier en latin, i vol. in-8.°, et les deux autres en français, aussi i vol. in-8.° Nous nous associons volontiers au bien qu'on a dit de ces ouvrages. Toutefois, ni l'un ni l'autre n'entre dans le plan que nous avions conçu dès 1824. Diverses circonstances nous avaient empêché jusqu'ici de donner suite à ce projet. Nous avons cru devoir y revenir; et aujourd'hui nous publions cet abrégé, comme complément de notre cours élémentaire de philosophie.
Notre intention n'est point d'approfondir ni de comparer les uns aux autres les divers systèmes de philosophie : ce travail nous entraînerait beaucoup trop loin. Nous voulons seulement énoncer les faits, exposer, en substance, ce qu'a été la philosophie, depuis l'origine des temps jusqu'à nos jours, afin que les jeunes gens puissent s'en former une idée exacte.
Plusieurs seront étonnés des nombreuses con-
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tradictions qui se sont succédé les unes aux autres. Peut-être seront-ils tentés de conclure que le moins déraisonnable de tous les systèmes, malgré son absurdité, est le doute universel.
Au milieu des aberrations de l'esprit humain, certaines vérités cependant n'ont jamais pu être entièrement effacées : elles ont surnagé dans tous les naufrages intellectuels, et, traversant les abîmes, elles sont venues jusqu'à nous, comme un dépôt précieux. Leur certitude d'ailleurs nous est garantie par un enseignement supérieur à l'intelligence humaine et infaillible. Nous pouvons donc nous appuyer sur elles, comme sur une base inébranlable. Voilà ce qui ressortira, nous l'espérons, de l'ensemble de notre travail.
Ce coup d'oeil, jeté rapidement sur les efforts impuissants de tant d'hommes distingués par leurs talents et leurs laborieuses recherches, inspirera aux jeunes gens une juste défiance d'eux-mêmes : il leur fera sentir la nécessité d'une autorité tutélaire, à laquelle ils puissent s'abandonner sans crainte.
La philosophie, prise en général, embrasse toutes
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les connaissances déduites, par le raisonnement, des premiers principes. Pour en faire une histoire complète, il faudrait donc décrire l'origine, les progrès, les variations des diverses sciences naturelles ; rendre compte de la manière dont elles ont été cultivées; faire connaître les auteurs qui en ont traité; analyser leurs ouvrages, les apprécier et montrer le jugement que le public en a porté. Il est aisé de comprendre, d'après cet aperçu, comment des hommes d'une immense érudition et d'une patience infatigable, ont pu écrire de si volumineux ouvrages sur l'histoire de la philosophie. Nous ne pouvons embrasser un plan de cette nature; nous n'avons ni le temps, ni les moyens, ni la volonté de le faire.
Dans notre cours élémentaire de philosophie, il n'a point été question de la physique ni des sciences naturelles qui s'y rattachent. Après avoir posé les règles qui dirigent les opérations de l'âme dans la recherche et la manifestation de la vérité, nous avons borné nos efforts à cette partie qui tend à rendre les hommes sages, et qui seule, à proprement parler, mérite le nom de philosophie. Dieu,
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ses attributs ou ses perfections; l'âme, ses facultés et sa destination; la distinction du bien et du mal, la loi naturelle et ses caractères; la vie future avec ses récompenses et ses châtiments; les devoirs de l'homme envers Dieu, envers les autres hommes et envers lui-même; tels sont les objets principaux qui nous ont spécialement occupé : sur ces points repose essentiellement l'ordre moral tout entier. Une philosophie qui ne les comprendrait pas , ou qui ne les présenterait que d'une manière vague, ou sous la forme du doute, serait par là-même fausse et dangereuse; elle ne pourrait contribuer à rendre les hommes sages : dès-lors elle porterait à tort le nom de philosophie.
C'est donc principalement sous le rapport de ces vérités, que nous allons tracer l'histoire abrégée dont il s'agit ici,
Nous considérerons la philosophie: i.°chez les Hébreux, depuis la création du monde jusqu'à Jésus-Christ; 2.0 chez les nations orientales, avant les Grecs; 3.° chez les Grecs; 4.0 chez les Romains; 5.° chez les chrétiens, jusqu'à la chute des lettres; G.° chez les Arabes, depuis leur origine jusqu'à nos
jours; 7.0 chez les chrétiens, dans le moyen âge; 8.° chez les chrétiens, depuis la renaissance des lettres jusqu'au i8.e siècle; 9.0 nous traiterons de la philosophie pendant le i8.e siècle; io.° nous exposerons ce qu'a été la philosophie au commencement du ic).e siècle; n.° nous présenterons l'analyse de la philosophie catholique, en opposition aux systèmes philosophiques de tous les temps*
Ces divisions formeront onze livres. Ces livres eux-mêmes seront partagés en sections ou en chapitres, et quelquefois en paragraphes, afin que les matières soient classées dans un meilleur ordre.
A l'aide de ces divisions, on trouvera plus aisément ce que l'on cherchera, et on le retiendra mieux