‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 100 sur 100 · DES THOMISTES ET DES SCOTISTES · texte numérisé non relu

DES THOMISTES ET DES SCOTISTES

Les deux ordres religieux de saint Dominique et de saint François commencèrent dans le même temps. Etablis à peu près sur le même plan et dans le même dessein , tous les deux se livraient aux études et à l'enseignement. Naturellement il dut se trouver entre eux de l'émulation. Il y en eut en effet une très-prononcée , qui , bien dirigée , aurait produit les plus heureux résultats. Malheureusement elle s'exerça sur des théories sans application possible , sur des arguties qui consumaient un temps précieux à pure perte.

Voici quelle en fut l'occasion : saint Thomas avait donné , dans ses œuvres, des explications philosophiques plus ou moins fondées, quelquefois abstraites et subtiles, sur des points théologiques; par exemple, sur la nalure de Dieu, sur ses attributs , sur son concours avec nous , même dans nos actions libres; sur le principe de nos connaissances, sur la distinction de nos facultés , et sur beaucoup d'autres choses.

Scot entreprit de le contredire dans une grande partie de ces points, où la foi n'était pas intéressée. Le génie singulièrement subtil de Scot lui fit inventer des formalités substantielles, des entités métaphysiques, des êtres de raison ajoutés aux êtres réels : il en trouvait partout, autant que de facultés, que de quantités, que de modifications. Les franciscains, en général, s'honorant d'avoir un si grand docteur dans leur ordre , se firent un devoir

de soutenir ses opinions : par cette raison , ils furent appelés scotistes.

Les dominicains se glorifiant, avec plus de raison encore, d'avoir produit saint Thomas , défendaient sa doctrine contre ceux qui l'attaquaient. On leur donna, dans l'école, le nom de thomistes. C'était surtout en ce qui concerne la grâce, le libre arbitre, la prédestination, la manière de concevoir et d'expliquer ces dogmes profonds de la foi chrétienne , que les deux opinions contradictoires s'exerçaient. Elles firent grand bruit , pendant trop longtemps , dans les écoles. Presque tous ceux qui se livraient à l'étude de la philosophie ou de la théologie, se croyaient obligés de prendre parti pour un système ou pour l'autre. Ils se faisaient thomistes ou scotistes ; plus tard , thomistes ou molinistes , parce que le système de Scot avait été modifié par le jésuite Molina.

Il y eut quelques autres dénominations , comme Galberlistes et iïoccamistes , disciples d'Albert-le-Grand et d'Occam. Ces dernières sectes eurent si peu de retentissement , que nous n'en devons pas traiter dans cet ouvrage.

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