‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 31 sur 100 · De cette distinction il suit qu'il y a deux objets de · texte numérisé non relu

De cette distinction il suit qu'il y a deux objets de

nos connaissances qtfort ne doit pas confondre ensemble ; l'un , intellectuel , infini , immuable , dans lequel il n'y a ni commencement, ni fin , ni génération , ni mort; et Tau Ire, matériel, clans lequel se trouve la variation des formes dont la matière est susceptible : Fun, est le domaine de la raison , et l'autre , celui des sens. Dans le premier , il y a évidence et certitude ; dans le second , comme les sens trompent souvent , il ne peut y avoir qu'opinion (1).

4.° Il y a des mondes à l'infini : ces mondes sont éternels et immuables; l'univers est l'ensemble de tous.

Ceci se comprend très-bien dans l'ordre métaphysique : c'est ce que nous appelons les mondes possibles.

5.° Dans la rigueur de ses principes , Xénophane ne pouvait admettre les théogonies d'Hésiode et d'Homère , ni les opinions du vulgaire , ni la doctrine de la plupart des philosophes sur la pluralité des dieux : il se moquait de ces divinités subalternes , en parlait avec mépris et les chantait dans des vers ironiques. Par là même , il rejetait les pratiques de divination et de sortilège , usitées chez les pythagoriciens.

6.° Il admettait une âme humaine, spirituelle, de la même nature que l'être éternel.

7.° Quant au monde physique, objet de tant d'illusions , il avait d'étranges idées. Tout , selon lui , était formé de la

(i)Tels sont à peu près les principes que vient de renouveler M. de la Mennais dans le i.er vol. de son Esquisse d'une philosophie > ouvrage déplorable.

terre : le soleil provenait des exhalaisons qui s'élevaient et s'embrasaient chaque jour ; les étoiles venaient de nuées embrasées : quelquefois elles s'éteignaient, puis s'embrasaient de nouveau , comme des charbons ardents. Il disait que la terre se dissout par les eaux , comme le prouvent les écailles et les formes de poissons trouvées dans son sein , jusque sur le sommet des montagnes ; que les hommes périssent , lorsqu'elle est convertie en limon, puis renaissent, quand elle se durcit de nouveau; qu'un monde succède ainsi à un autre monde a l'infini , etc.

2.° Parménide , né à Élée , vers £00 ans avant J.-C. , fut disciple de Xénophane , et eut lui-même de célèbres disciples , entr'autres , Mélissus , Zenon , Empédocle et probablement Hermogène avec qui Platon eut des entretiens philosophiques , lors de son voyage en Italie.

Parménide ût un poème sur la Nature, dont nous n'avons que des parties détachées. Toutefois nous voyons, par ces fragments et par les témoignages des anciens . qu'il avait adopté la doctrine de Xénophane et cherchait à la compléter. Comme lui, il admettait deux ordres de connaissances ; les unes , fondées sur la raison et arrivant à la certitude ; les autres , ayant pour base les sens , ne pouvaient

dépasser les limites de l'opinion.

Comme son maître , il partait de cet axiome : Rien ne

se fait de rien , et en concluait qu'il y a un principe éternel ,

infini , unique , etc. ; que ce principe est l'univers, de forme

sphérique , c'est-à-dire sans limites. Il ne parait pas avoir

attaché d'autre sens à cette expression.

Dans Tordre physique , il faisait venir les objets sensibles de la lumière et de l'obscurité, ou de la chaleur et du froid : l'un était le principe actif qui fécondait, et l'autre le principe passif qui produisait. Cette allégorie désigne la vertu divine, agissant sur la matière ou le chaos.

De l'union de la vertu divine et de la matière sont venus les éléments et les corps célestes. Les éléments sont le feu , Pair, l'eau et la terre : ils sont disposés en cercle; le cercle supérieur, qui renferme tous les autres, est d'un feu trèssubtil ; le second , d'air ; le troisième , d'eau ; la terre est au milieu, comme le centre de toute cette nature matérielle.

Les premiers hommes sont nés du limon de la terre , fécondé par la chaleur du soleil : le monde doit finir et recommencer, etc.

Parménide disait que Famé est un esprit; mais il paraît qu'il entendait par la une certaine vertu , principe de nos actions, et non une substance immatérielle; car il faisait résider la partie principale de cette âme dans la poitrine.

5.° Mélissus , de Samos , ayant fait aussi un livre de l'Ëlre et de la Nature , adopta les idées de Parménide sur le tout universel et sur l'incertitude de ce qui n'est connu que par les sens. Selon lui, les impressions reçues par les sens et les sens eux-mêmes n'étaient que des illusions.

Relativement aux dieux , il disait qu'on ne pouvait rien affirmer touchant leur existence ; ce qui doit s'entendre des dieux inférieurs. Encore en parlait-il avec modération , car, d'après ses principes , ces divinités vulgaires ne pouvaient être à ses yeux que des chimères. Mais, dans le fond, il

n'était pas plus athée que Parménidc et Xénophane : le (out universel était dieu pour lui comme pour eux.

4.° Zenon, d'Élée, différent du chef des stoïciens, vécut du temps de Parménide , et entreprit de défendre son système ; il le faisait moins par des raisons directes , qu'en attaquant et pressant vigoureusement ses adversaires. Sa méthode consistait à leur présenter des objections subtiles et des dilemmes embarrassants , auxquels ils ne pussent répondre , selon les règles d'une exacte dialectique ; à les mettre en contradiction avec eux-mêmes , afin de conclure que leurs principes étaient faux.

Ainsi, en défendant contre les partisans exclusifs de la matière le tout éternel , infini , universel , invariable , principe fondamental de l'école éléatique , il argumentait de manière à montrer l'impossibilité du multiple, du mouvement, de la variété. Était-il purement idéaliste? Plusieurs l'ont cru. Mais d'autres soutiennent , avec plus de vraisemblance , qu'il voulait seulement convaincre ses antagonistes que leurs principes conduisaient là.

Contre l'existence du mouvement , il faisait quatre ou cinq arguments qu'il regardait comme insolubles • par exemple , I .° il y a toujours , entre un lieu et un autre , un espace qui devrait être parcouru successivement; cet espace , quelque petit qu'il soit, est divisible à l'infini : donc il ne peut jamais être parcouru successivement. 2.° Un corps en mouvement, quelle que fut sa vitesse , ne pourrait jamais en devancer un autre qui le précéderait et irait plus lentement , parce que tandis qu'il parcourrait une portion de

l'espace , l'autre parcourrait aussi une portion , quoique plus petite , et ainsi à l'infini. 5.° Une flèche est en repos quand elle est en mouvement : car tout ce qui est en mouvement, Test dans un espace qui lui est égal. Or tout objet est où il est , et jamais où il n'est pas : donc la flèche est toujours en repos ; car elle n'est jamais où elle n'est pas , etc.

La conclusion de ces subtilités était qu'il n'y avait qu'une seule substance , éternelle , infinie , immuable , comprise par la pensée , objet unique de la science ; que le reste était illusion et apparence trompeuse.

Ainsi Xénophane exprimait son embarras sur la certitude des connaissances acquises par les sens ; Parménide ne croyait pas que ces connaissances allassent au-delà de l'opinion ; Mélissus accuse les sens de nous tromper ; Zenon harcèle par d'inextricables difficultés, ceux qui invoquent leur témoignage, et conduit à l'idéalisme absolu. Tel est le progrès et l'enchaînement des doctrines métaphysiques de l'école éléatique.

DE L'ÉCOLE PHYSIQUE d'ÉLEE.

Leucippe, né à Abdère , en Thrace , vers l'an 470 avant J.-C , fut disciple de Mélissus et de Zenon. Sentant bien que les argumentations interminables de son dernier maître pouvaient embarrasser les esprits et non les satisfaire , que e pur idéalisme ne prévaudrait jamais contre l'expérience et l'invincible persuasion du genre humain , il admit la

réalité du monde matériel , crut au témoignage des sens, étudia la nature et fit plusieurs ouvrages qui ne nous sont point parvenus. De cette perte il résulte que nous ne pouvons connaître son système que par les témoignages des anciens auteurs qui en ont parlé. En voici les points fondamentaux :

1 .° Faisant attention que dans les objets sensibles , il y a des formes et des changements continuels, ce qui suppose le mouvement, Leucippe en conclut l'existence de l'espace et du vide , parce qu'il ne peut y avoir de mouvement sans cette double condition.

2.° Pour expliquer l'origine du monde, il suppose, dans ce vide immense et éternel, des parties élémentaires de matière , éternelles , pures , simples , indivisibles , de formes différentes, qui s'agitent en tout sens et continuellement : il croit que ces parties indivisibles, qu'il nomme pour cela atomes, ont pu, dans ce mouvement perpétuel, s'attacher les unes aux autres et former ainsi toutes les substances qui existent.

o.° De cette sorte le monde et tout ce qui est dans le monde est l'effet du hasard : c'est le hasard qui a combiné les atomes et les combine encore chaque jour , de manière à faire et à défaire ce qui se passe sous nos yeux. La naissance, la mort, les formes nouvelles qui succèdent aux formes anciennes, les changements de toute nature qui arrivent journellement , ne sont que le résultat de cette perpétuelle agitation des atomes : la pensée , dans ses diverses modifications , n'a pas d'autre origine. Tout absolument est le produit

aveugle de ces deux principes éternels , les atomes innombrables en mouvement nécessaire dans un vide infini.

4.° Cette hypothèse rejette la cause première et intelligente. Leucippe peut donc être regardé comme le premier philosophe athée , positif et formel. Car les autres admettaient souvent, il est vrai, un dieu bizarre et absurde ; mais cependant ils reconnaissaient , au moins d'une certaine façon , une intelligence suprême qui avait présidé à tout. Leucipe ne voit que matière éternelle, nécessité et hasard. Il ne semble pas même s'apercevoir que sa supposition est gratuite , ses principes absurdes et les effets qu'il en déduit impossibles.

Démocrite, aussi d'Abdère, fut disciple de Leucippe et adopta son système; il chercha à le fortifier et à résoudre les difficultés qu'on y opposait. Voici la substance de ce qu'il enseignait :

1 ,° Rien ne se fait de rien : il faut donc admettre des principes éternels , d'où procède tout ce qui existe.

2.° Ces principes, qui sont les atomes et le vide, ne viennent point l'un de l'autre. Tous les deux sont éternels : les atomes sont infinis en nombre, et le vide, en étendue. De leur union est sorti tout ce qui est.

5.° Les atomes ne sont ni blancs ni noirs, ni chauds ni froids , ni doux ni amers ; mais bien de formes très-variées , triangulaires, droits, ronds, crochus, polis, rudes, pesants, légers et dans un mouvement perpétuel en tout sens, de manière à former un immense tourbillon.

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