‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 69 sur 100 · DES SCEPTIQUES CHEZ LES ROMAINS · texte numérisé non relu

DES SCEPTIQUES CHEZ LES ROMAINS

De toutes les seetes philosophiques importées de la Grèce , la sceptique est celle qui a eu le moins de succès chez les Romains : le discrédit dans lequel elle était tombée , par suite de ses absurdités , la faisait repousser de toutes parts. La moyenne académie , réformée par Philon et Antiochus l'Ascalonite , plus modérée dans ses doutes , entraîna ceux qui ne voulaient pas être trop afûrmatifs , et absorba le scepticisme proprement dit.

Cependant iEnésidème , de Gnosse , en Crète , contemporain de Cicéron , renouvela le pyrrhonisme dans sa plus grande étendue. De huit livres qu'il écrivit pour le soutenir, il ne reste plus qu'un extrait qui se trouve dans Photius.

iEnésidème eut plusieurs successeurs assez obscurs; tous étaient médecins.

Le plus célèbre sceptique de ce temps-là fut Sextus , médecin d'Alexandrie , surnommé Empirions , parce qu'en médecine il avait adopté l'empirisme. 11 vivait à la lin du 2.e et au commencement du 5.e siècles. Nous n'avons rien de positif sur sa patrie , sa naissance, sa vie et sa mort : nous ne pouvons donc guère le juger que par ses écrits. Or ses ouvrages , traduits du grec , sont , \ .° les Hypotyposes ,

en 5 livres , dans lesquels il fait l'application des principes pyrrhoniens aux doctrines des autres philosophes. 2.° Contre les mathématiciens , \ 1 livres. Pans cet ouvrage , Sextus attaque tous les dogmatistes , les uns après les autres , fait profession de ne rien croire sur aucun point , et paraît douter de son doute môme.

Plusieurs Romains distingués , du temps d'Auguste et après Auguste , étudiaient les différentes doctrines philosophiques et ne s'attachaient positivement à aucune ; par exemple , Virgile était dans ce cas : cependant il semblait pencher pour l'académie ; Horace parlait et vivait en épicur ien , sans néanmoins faire profession de cette secte ; Ovide décrit les théogonies des Grecs et, par son dogme de la métempsycose , parait s'approcher des platoniciens ; Manilius, Lucain, Perse, inclinent vers les stoïciens ; Tile- Live ne tient à aucun système ; Tacite et Strahon avancent des maximes tantôt stoïciennes , tantôt péripatéticiennes , et quelquefois épicuriennes ; Mécène protégeait les philosophes des diverses sectes , comme les littérateurs de toutes les opinions.

En fait de doctrines morales et vraiment philosophiques , il régnait une incroyable anarchie : cette anarchie ne pouvait manquer d'aboutir au pyrihonisme spéculatif , et à l'épicuréisme pratique. Tel était effectivement le dégoûtant spectacle que présentait !a société romaine à la fin de la république et sous l'empire.

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