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CHAPITRE IV

DU TROISIÈME AGE DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE, DEPUIS DURAND DE MEAUX JUSQU'AU COMMENCEMENT DU XVI.e SIÈCLE.

Si nous ne faisons attention qu'au nombre des maîtres et et à la multitude des élèves , la philosophie scolastique aurait fait des progrès dans l'espace que nous lui assignons pour son troisième âge ; mais si nous considérons les talents qu'elle a développés , les efforts qu'elle a suscités , les œuvres qu'elle a produites , nous en jugerons bien autrement : nous verrons que loin de gagner , elle a dépéri , qu'elle a plutôt éloigné du vrai et de l'utile ceux qui la cultivaient que de les faire avancer dans la carrière d'instruction ouverte avant eux et pour eux. La déplorable manie des subtiles rêveries , inventées par Scot , ayant envahi toutes les écoles , absorba le temps, rétrécit les esprits et corrompit tout.

Nous allons , selon notre coutume , exposer en peu de mots , ce qu'ont été , sous le rapport de la philosophie , les principaux personnages de cette période.

l.°GuillaumeDurand,deSaint-Pourçain,prèsdeGlermont, en Auvergne, entra chez les dominicains de cette ville. Ayant étudié avec succès, il enseigna la philosophie et la théologie, reçut les insignes du doctorat , à Paris , en \ 515 , et fut créé

maître du sacré palais par Jean XXII. Evèque du Puy en 4518, de Meaux en 4326, il mourut en 4555.

Ce docteur ne s'assujétissait point à suivre les routes battues; il voulait penser par lui-même et avançait souvent des propositions nouvelles , soit en philosophie , soit en théologie. Il soulevait des difficultés qui n'avaient pas été faites , et les résolvait avec tant d'assurance qu'on l'appela le docteur très-résolutif. D'abord il parut zélé partisan de saint Thomas ; mais il l'abandonna en plusieurs points et devint même son adversaire. Il faisait profession de n'écouter que la vérité , sans se soumettre à l'autorité d'aucun docteur.

Comme la plupart de ceux que nous avons nommés depuis Pierre Lombard , il fit un commentaire sur les Sentences , \ vol. in-fol. , un traité sur V Origine des juridictions , et plusieurs autres ouvrages qui annoncent une sagacité peu commune.

2.° Guillaume Occam ou Ocham, du comté de Surrey, en Angleterre , disciple de Scot et franciscain comme lui , se distingua par de nouvelles subtilités : s'écarlant des opinions de son maître , il renouvela la dispute des nominaux et inventa de nouveaux arguments pour soutenir ce système. Devenu professeur de tbéologie à la faculté de Paris , il prit fait et cause pour Philippe-le-Bel contre le pape Boniface VIII, et publia un livre, plein d'un zèle fougueux, De la puissance ecclésiastique et séculière.

Dans ce livre il soutint que J.-C et les apôtres n'avaient aucune propriété , ni en commun , ni en particulier , et que les religieux devaient être de même. Jean XXII ayant décidé

le contraire , à regard des frères mineurs , c'est-à-dire des franciscains , Occam le combattit vigoureusement : il prit la défense de Louis de Bavière et de son anti-pape contre le même Jean XXI I.

En outre , il fit un grand nombre d'ouvrages philosopbiques , basés sur les principes d'Aristote , mais pleins de singularités, et qu'on ne lit plus.

Frappé d'anathème, il mourut , à ce qu'on croit , sous le poids de l'excommunication, à Munich, en 4547. On lui a donné le titre de docteur singulier et de docteur invincible.

5.° Richard Suisset , religieux de l'ordre de Citeaux, en Angleterre , joignait aux sciences de la philosophie et de la théologie des connaissances très-étendues sur les mathétiques et la physique : il enseigna ces deux parties à Oxfort. Dans un ouvrage intitulé Le calculateur très-subtil , il essaie, par des combinaisons abstraites, de ramener aux règles du calcul tout ce qu'on disait , dans les écoles , des quotités physiques ou des formes corporelles , de la résistance des milieux , des forces , de la réaction , et , en cela , il contredit Aristote. Il commenta aussi le maître des sentences , la physique et la morale d' Aristote.

4.° Jean Buridan , né à Béthune , étudia sous Occam , à l'université de Paris , en devint docteur , professeur et recteur. Il se rendit célèbre par ses règles pour trouver des idées moyennes dans l'opération logique , par ses recherches sur le libre arbitre , et par son exemple , devenu proverbial , d'un ane mourant de faim entre deux bottes de foin , s'il n'avait pas de raison de manger de l'une plutôt que de

l'autre. Après avoir commenté presque tous les ouvrages d'Aristote , il fut persécuté comme défenseur des nominaux : obligé de quitter la France en 1553 , il se retira à Vienne , en Autriche , où il éleva , dit-on , une école qui a été le berceau de l'université actuelle de cette ville. Le fait est contesté.

5.° Marsile d'Ingen , disciple aussi d'Occam , enseigna avec éclat à Paris , fut persécuté avec Buridan et chassé , comme lui j pour la même cause.

Retiré en Allemagne , il donna occasion à la naissance d'une université à lïeidelberg. Ayant fait , selon l'usage, une explication du livre des Sentences , en \ vol. in-fol. , qui existe encore , il commenta Aristote et composa une dialectique remarquable.

6.° Gautier Burley , originaire d'Angleterre, prêtre et docteur de Paris , suivit d'abord les principes de Scot , puis ceux d'Occam , devint précepteur d'Edouard III et s'acquit une telle réputation qu'on l'appela le docteur pénétrant. Il commenta les sentences de Pierre Lombard , les livres philosophiques et politiques d'Aristote , et écrivit , en 334 chapitres , la vie des philosophes , depuis Thaïes jusqu'à Sénèque. On lui reproche de n'avoir pas assez connu le grec et la philosophie ancienne.

7.° Pierre d'Ailly, né à Compiègne, d'une famille obscure, en \ 550 , fut boursier à Paris , au collège de Navarre } dont il devint, par la suite, comme un second fondateur. A cause de ses progrès extraordinaires dans l'étude , on le surnomma l'aigle des docteurs et le marteau des hérétiques.

Après avoir passé par tous les degrés , de docteur , de professeur , de grand maîlre du collège de Navarre , de chancelier de l'université , d'aumônier et de confesseur du roi Charles VI , il devint évoque de Cambrai , cardinal et légat du pape en Allemagne, fut l'âme du concile de Piso et de Constance , et eut la plus grande influence sur les affaires publiques de son siècle.

Il commenta les livres d'Aristote, sur la nature de l'âme, se créa une logique qui approchait de la méthode des académiciens et cultiva les sciences mathématiques ; mais il donna dans les rêveries de l'astrologie judiciaire.

8.° Jean Gerson , ainsi nommé d'un village où il prit naissance, près de Rhétel, diocèse de Reims, en 1565, fut envoyé, à 14 ans, au collège de Navarre à Paris. Pendant dix ans, il étudia dans cette maison, où il eut pour professeur et pour ami Pierre d'Ailly. Il lui succéda dans la place de chancelier de l'université , et , par ses talents , par ses connaissances , par ses vertus , il mérita le tire de docteur trèschrétien.

Ses qualités personnelles et la manière dont il géra les emplois qui lui furent confiés ont rendu son nom célèbre. Ses ouvrages, en 5 vol. in-fol. , roulent presque entièrement sur la théologie et les matières religieuses. On y trouve néanmoins des idées d'une saine philosophie , spécialement en ce qui concerne la morale. L'auteur la fait reposer , comme on peut bien le présumer , sur sa base naturelle , qui est Dieu et la religion.

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