‹ Histoire abrégée de la philosophieChapitre 95 sur 100 · Pierre Julien , dit d'Espagne , était fils d'un médecin · texte numérisé non relu

Pierre Julien , dit d'Espagne , était fils d'un médecin

de Lisbonne. Devenu évèque de Tusculum , on ne sait comment, il fut élu pape en 4276 , sous le nom de Jean XXI.

Associant l'étude de la médecine à celle de la philosophie et de la théologie , il fit un manuel de logique , selon les principes d'Arislote, et montra par ailleurs retendue de ses connaissances en médecine et en philosophie.

5.° Roger Bacon , né dans le comté de Somerset , en Angleterre, en 1 2 1 4, de parents honorables, étudia à Oxfort, puis à l'université de Paris. Selon l'usage du temps, il suivit tous les cours que l'on enseignait , et surpassa bientôt ses maîtres. Ayant appris les langues anciennes , il lut les philosophes grecs et arabes , méprisa les subtilités de la logique et de la métaphysique , s'adonna à la médecine , aux mathématiques , à l'astronomie et à toutes les parties de la physique.

De retour en Angleterre , il se fit religieux franciscain , afin d'être débarrassé de toute espèce de soin, et d'avoir plus de temps pour l'étude.

Homme de génie , de patience et d'application , observateur infatigable de la nature, il se livra aux sciences naturelles, se procura des sommes énormes pour acheter des instruments , fit une foule d'expériences qui le conduisirent à d'heureuses découvertes : il excita l'admiration des hommes instruits, et l'étonnement de ceux qui ne l'étaient pas, au point qu'il passa pour sorcier. Son général lui défendit d'écrire davantage , le fit mettre en prison et prohiba la lecture de ses ouvrages. Roger envoya à Rome ses écrits , ses instruments, ses machines pour prouver qu'il ne faisait

rien que de naturel ; il offrit de corriger les vices du calendrier et ne put être compris. Ce ne fut qu'après dix ans de captivité qu'il recouvra sa liberté. Nonobstant les traverses qu'il eut à essuyer , il a joui dans la postérité du titre de docteur admirable. On lui a attribué l'invention du télescope et de la poudre à canon. Toutefois, il paraît démontré qu'il n'a point inventé le télescope , quoiqu'il ait parlé savamment de la lumière et de ses effets : il connaissait la poudre, puisqu'il en parle en termes non équivoques; mais on ne croit pas maintement qu"il en soit l'inventeur.

Plusieurs de ses ouvrages n'ont point été imprimés et sont conservés en manuscrits ; beaucoup d'autres sont imprimés. Le plus célèbre est intitulé Le grand OEuvre (1)» 1 vol. in-fol. , dans lequel il traite des obstacles à la sagesse , des causes de l'ignorance , de l'utilité des sciences , de la physique théorique et expérimentale , etc.

Ce pauvre moine était un prodige pour le temps.

C.° Henri, de Gand, ainsi nommé du lieu de sa naissance , était docteur de l'université de Paris , et archidiacre de Tournay, où il mourut en 1295. Sa réputation fut si grande qu'on le surnomma le docteur solennel. Étant à peu près dans les principes des néoplatoniciens , il croyait aux idées substantielles , exemplaires de ce qui existe et de ce qui est possible : il se permettait de critiquer Aristote . saint Thomas, etc.

(i) Opus ntnj'us,

7.° Gilles Colonne, de l'illustre famille des Colonne , de Naplcs, étudia à Paris sous saint Thomas, entra dans Tordre des augustins et en devint général. 11 enseigna à Paris avec distinction, et mérita le titre de docteur très- fondé. Philippele-Hardi lui confia l'éducation de Philippe-le-Bel , son fils. Colonne composa , pour son auguste élève , le traité De la Conduite d'un prince , et divers ouvrages de philosophie et de théologie, qui sont imprimés en 1 vol. in-fol.

Nommé archevêque de Bourges en 1294 , il assista au concile de Vienne en 1541 et mourut en 4 546.

8.° Jean Duns Scot était originaire d'Angleterre , d'Irlande ou d'Ecosse , car ces trois parties du royaume actuel d'Angleterre se le disputent. Entré de bonne heure chez les franciscains , il s1y distingua par sa pénétration et ses succès. Pendant longtemps il enseigna à Oxfort , puis à Paris où il fut envoyé par ses supérieurs. Se piquant de suivre des opinions opposées a celles de saint Thomas, il les soutenait avec une merveilleuse subtilité , ce qui le fit qualifier de docteur très-subtil.

Comme il eut un grand nombre de partisans , il résulta de cette division d'opinions, entre saint Thomas et lui, deux écoles célèbres au moyen-âge et même après , celle des thomistes et celle des scotistes , dont nous parlerons bientôt. La fécondité du génie pointilleux de Scot lui fit enfanter 42 vol. in-fol. de philosophie et de théologie, remplis de questions vaines , d'abstractions inintelligibles , de distinctions sans fondement , de disputes pour et contre , de raisons insignifiantes , de niaiseries puériles et insupportables. Per-

sonne n'est tenté de lire actuellement ces longs et fastidieux ouvrages.

9.° Parmi les autres docteurs remarquables de celte époque , on compte particulièrement Simon , de Tournay, renommé par ses subtilités, et devenu suspect d'hérésie à cause de son attachement excessif aux opinions d'Aristote ; Pierre d'Apon , médecin distingué ; Robert Sorbon , fondateur, au milieu du 45.e siècle , de la fameuse école de théologie qui portait son nom ; Pierre de Tarentaise , célèbre péripatélicien , et plusieurs dominicains, partisans de saint Thomas.

On peut citer encore François de Mayronis , surnommé le docteur illuminé et le maître des abstractions, instituteur des disputes solennelles qui avaient lieu le vendredi à la Sorbonne ; Jean Bossolis , médecin philosophe , et autres franciscains, défenseurs prononcés des scotistes.

Voilà , en substance , ce que la philosophie scolastique a fait dans cette durée que nous appelons son second âge. Les génies ne manquaient pas , les travaux furent immenses , et cependant les résultats ont été peu de chose , comme nous allons le voir.

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