‹ Histoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d'Arc, surnommée la pucelle d'OrléansChapitre 38 sur 70 · FIN DE LA NOTICE · texte numérisé non relu

FIN DE LA NOTICE

(rt) Parmi les monuments consacrés à la mémoire de Jeanne d'Arc, on doit compter principalement ceux érigés à Orléans sur le pont, et à Rouen dans remplacement même où l'héroïne a été brûlée. Le monument d'Orléans, que l'on a fait connaître en détail dans la Notice, a été érigé en i458, détruit en 1667, et refondu en iSyo. Il a disparu entièrement en 1793. Il a été remplacé en i8o5 par une statue en bronze de l'héroïne, qui orne aujourd'hvii la place du Martroy.

Le monument érigé primitivement à Rouen était d'un travail très délicat et composé de trois rangs de colonnes posées l'une sur l'autre dans un plan triangulaire. Le tout était orné d'arabesques , de statues de saints, et de la statue de Jeanne d'Arc au sommet. L'eau sortait par trois robinets terminés par des têtes de cheval. Cet ancien monument tombant de vétusté fut remplacé eu iy55 par un autre qui subsiste encore aujourd hui. Ce dernier consiste en une fontaine formée d un piédestal triangulaire à chacune des faces duquel est un robinet par où l'eau s'écoule. Aux angles du piédestal sont des dauphins. La statue de la Pucelle qui surmonte cette fontaine a des vêtements de femme et la tête nue. Elle s'appuie sur une épée la pointe en bas. Les inscriptions qui décoraient ce monument ont été arrachées au moment de la révolution; il aurait été lui-même renversé en 1792, sans la présence d'esprit du maire de Rouen, qui fit observer au peuple que Jeanne d'Arc étant du tiers-état, il fallait respecter sa statue.

On ne peut passer sous silence le monument érigé à la mémoire de Jeanne d Arc, dans la cathédrale de Toul, vers la fin du seizième siècle, par Claude Hordal, doyen de cette cathédrale, et l'un des descendants en ligne féminine de Pierre d'Arc, dit le Chevalier du Lys, troisième frère de la Pvicelle. Je me suis rendvi à Toul exprès pour m'assurer si ce monument avait échappé aux fureurs révolutionnaires. Mais j'ai bientôt acquis la certitude qu'il avait été détruit, ainsi que beaucoup d'autres qui faisaient l'ornement de la cathédrale de Toul. La description que je vais en donner est le résultat de renseignements recueillis auprès de nombre de personnes du pays, qui ont bien conservé le souvenir de ce monuiïient pour l'avoir vu souvent pendant leur jeunesse.

Il consistait en une statue agenouillée, d'un mètre un tiers à peu près de hauteur (4 pieds). Elle était placée dans l'allée latérale de gauche, en entrant dans la cathédrale, et soutenue à plus de trois mètres (9 pieds) de hauteur, par une espèce de console scellée dans un pilier qui porte la voûte de la chapelle Saint-Nicolas. La console n'existe plus aujourd'hui, mais on voit encore la rainure de scellement qui est pratiquée dans ce pilier sur une hauteur verticale d'un mètre, une largeur de huit centimètres, et une profondeur de cinq centimètres. L'héroïne était leprésentée à genoux , tenant à la main droite une épée nue, la pointe en haut; elle avait la main gauche appuyée sur la poitrine; la guerrière était couverte d'une armure complète, sans casque toutefois; sa chevelure flottait sur ses épaules, et descendait très bas. Elle était peinte en jaune d'or. La cuirasse dont son corps était revêtu, était d'une couleur qui imitait le fer ou l'acier; les bras, les cuisses, et les jambes étaient couverts de lames de fer, de la même couleur que la cuirasse; les vêtements qui paraissaient sous l'armure étaient de couleur rouge. Cette statue avait la tête d'une beauté remarquable, elle était de propoition colossale; en la renversant, on l'a jetée sur une tombe où elle a été brisée.

(A) Sur cette médaille est le buste du Roi avec l'exergue :

Louis XFIII , roi de France et de Navarre.

Au l'cvers est écrit :

La ville d'Orléans à Nicolas Gérardii , de la famille de Jeanne d'Arc, pour avoir par un louable désintéressement conservé a la France la nniison oli naquit la Pucelle d'Orléans.

i8o NOTES.

Il est nécessaire de consigner ici, ponr ne.|)as perpéUier une erreur, que Gérardin n'est pas de la famille de Jeanne d'Arc, circonstance qui d'ailleurs rend son action plus honorable encore, puisqu'elle est plus désintéressée-, la famille d'Arc cependant n'est pas éteinte, il existe encore à Nancy et à Strasbourg des personnes qui en descendent. MM. de Haldat du Lys ont bien voulu me communiquer des preuves authentiques de leur descendance, d'où il résulte qvi'ils tirent leur origine par les femmes de Pierre d'Arc, dit le Chevalier du Lys; leur aïeul, George Haldat, écuyer, capitaine d'infanterie au service de France, épousa Catherine d'Arc du Lys, fille de Pierre d'Arc; ils eurent pour fils, Jacques Haldat du Lys, avocat au parlement de Paris, qui épousa Suzanne Raulin, desquels est issu Jean Haldat du Lys, receveur général des ville et comté de Clermonf, celvii-ci épousa Jeanne Pierrat, dont il eut Antoine Haldat du Lys, gouverneur et commissaire des ville et château de Bar-le-Duc; ce dernier épousa Marie l'Allemant, et eut pour fils, Antoine Haldat du Lys, deuxième du nom, baron de Bonnet, seigneur de Morenlieu, ([ui épousa Anne Pieriot; de ce mariage, est né Jean Haldat du Lys, seigneur de Bonnet et de la tour de Saint-Biaise, capitaine, prévôt de Gondrecourt, qui épousa Mprie Minette, descendue de Jean d'Arc, prévôt de Vaucouleurs-, ils eiuent pour fils, Nicolas Alexandre Haldat du Lys, seigneur et baron de Bonnet, capitaine prévôt des ville et château de Gondrecourt, qui épousa Françoise Duparge, dont le fils François Alexandre Haldat du Lys, capitaine prévôt, Gruier, chef de police de Gondrecourt, et receveur des finances du roi, épousa Françoise Claire Haldat; de ce mariage est né Alexandre de Haldat du Lys, avocat au parlement, qui épousa Jeanne Agnès de Roussel ; ils ont eu pour fils, Charles Nicolas Alexandre de Haldat, aujourd'hui docteur en médecine, professeur et secrétaire de la société royale des sciences, lettres et arts de Nancy, et Jean Baptiste de Haldat du Lys, son frère.

M. Denis, membre de la société royale des antiquaires de France, et rédacteur du Narrateur de la Meuse, m'a communiqué une lettre que lui a adressée M. Piquart du Lys, et qui renferme sur la famille des du Lys, des détails curieux, ce qui m'engage à la citer ici.

(( J'ai vu dans votre narrateur que vous desirez avoir des éclaircissements sur la famille de la Pucelle (( d'Orléans. Je vous dirai que Catherine d'Arc du Lys, soeur de la Pucelle, veuve de Nicolas Alexandre, (- baron de Haldat, chevalier du Lys, tué à la bataille de Saint- Aubin, en 1489, a été enterrée à Dom- «remy, dans l'église de Saint-Remi, l'an 1492, où était son épitaphe; je vous dirai aussi que les en- (f fants de Jean d'Arc, prévôt de Vaucoideurs, frère de la Pucelle, mort en i46o, et leurs desce'ndants « ont demeuré, tant à Greux, qu'à Domremy, plus de 200 ans, et l'on voyait leurs épitaphes dans les «églises de ces villages; monuments qui ont été détruits dans la révolution: qu'ensuite ils se sont dis- (t perses dans différentes communes voisines où étaient aussi leurs épitaphes, notamment à Gibeaumé, « dont ils furent seigneurs, et à Vaucouleurs. Mais depuis plus de 100 ans, il n'existe plus dans le pays (( de du Lys, qui soient issus de mâle en mâle ; il ne s'y trouve queues familles qui sont alliées aux filles « des du Lys, et qui ont pris ce nom, parceque Charles VII avait donné le surnom de du Lys aux des- « cendants de cette famille et à tous ses parents, pour faire croire à jamais à la postérité qu'il devait à «cette famille le rétablissement de son royavime. Voilà pourquoi vous avez trouvé des Noël du Lys, « comme vous trouveriez des Ilordal du Lys, des Haldat du Lys, des Gratas du Lys, des Piquart du Lys (t et des Darbamont du Lys.

« Povir ce qui regarde Pierre du Lys Chevalier, frère cadet de la Pucelle, il a eu plusieurs filles et « deux garçons; ceux-ci furent nommés tous les deux Jean : l'aîné mourut sans postérité en 1 5o i ; Jean «du Lys, son puîné, eut plusieurs enfants. Charles du Lys, avocat à la Covxr des aides de Paris, et «Lucas du Lys son frère en descendaient, comme il est démontré par les lettres de confirmation de «noblesse qu'ils obtinrent en l'an 1612. Il ne serait pas étonnant que la branche mâle de Charles du «Lys se fût éteinte en 1762, par la mort de François de Coulombe du Lys; pourtant on m'a assuré qu'il « y avait un du Lys à Saint-Malo en Bretagne, venant de cette famille, ce que je ne certifie pas; de plus, «des descendants des du Lys, qui demeuraient à Domremy, sont passés en Alsace; je ne sais s'ils y ont

« des lignées.

"Beaumont, 29 août 1817.»

NOTES. i8i

M. Denis m'a éfjalement communiqué une lettre d'un M. Hordal du Lys , datée de Strasbourg , 2 avril i8i8 ; c'est l'un des du Lys dont il a été fait mention dans la lettre ci-dessus.

Il paraît qu'il existe encore dans les environs d'Orléans des descendants de Pierre d'Aïc, dit le Chevalier du Lys, qui avait établi sa i-ésidence dans cette ville.

Le parlement, par un arrêt de i6i4, avait, malgré les dispositions de l'ordonnance de Charles VII, réduit la noblesse aux seuls mâles de la famille.

(c) Acte de vente >

Du vingt juin mil huit cent dix-huit, à Domremy la Pucelle, trois heures de relevée;

Devant Claude Edme, notaire, à la résidence et pour l'arrondissement de Neufchâteau,

Fut présent Nicolas Gérardin , dragon au service de France, retraité pour causes de blessures reçues à la défense du territoire français, de présent, vigneron, domicilié audit Domremy la Pucelle, son pays natal ;

Lequel, déterminé par le désir de faire, en faveur des habitants du département des Vosges, une concession qui leur soit agréable, et plus encore, par l'amour de sa patrie, et du Roi, son bien aimé souverain, a bien volontairement et de son plein gré, déclaré céder et transporter en toute propriété, avec promesse de garantir ainsi qu'il est exprimé par la loi :

Au département des Vosges, dont le village de Domremy fait partie; agissant par M. Boula de Colombiers, maître des requêtes, chevalier de l'ordre royal de la légion d honneur, préfet dudit département, et par MM. les membres du conseil général, acceptant au cas présent, par M. Florentin Muel, propriétaire de forges, domicilié à celle de Sionne, l'un des membres dudit conseil général, aussi comparaissant en personne;

La maison qu'il habite en ce lieu de Domremy, à lui provenant d'Ancien, comme seul enfant et unique héritier d'Albert Gérardin son père, décédé, et appartenant originairement à Jacques d'Arc et à Isabelle Romée, à Jeanne d'Arc, leur fille, sui-nommée la Pucelle d Orléans, qui l'a habitée, et où elle est née, an plus tard, en l'an quatorze cent douze, au surplus ainsi qu'il est de tovite notoriété et de ti'adition certaine ;

Comme ladite maison se contient actuellement, de haut en bas, et de fond en comble, avec tous ses bâtiments; son jardin potager au derrière, le buste de ladite Jeanne d'Arc, placé à l'extérieur, au-dessus de la couverte de l'entrée principale; ses terrains et accints, tant intérieurs qu'extérieurs, ses aisances et dépendances, au-devant, au derrière, et de chaque côté, sans en rien réserver; la totalité située près l'église dudit Domremy, en la rue du Moulin, entre Toussaint Humblot, au nord; Elophe Liétard, au midi ; ayant ses jours et entrées principaux sur ladite rue au levant; confinée au couchant, par les filles Boudin, et ledit Elophe Liétard;

Ainsi transmise, franche de tous cens, charges, servitudes et redevances foncières; pour par le département en faire et disposer en toute propriété et jouissance, à compter de ce jour; néanmoins sous les réserves ci-après :

Cette cession ainsi faite, et consentie par ledit Gérardin, à la condition que, quelle que soit à l'avenir, la disposition du local, son objet principal, et quels que soient les changements qu'il doive éprouver, il en sera le gardien tant qu'il vivra ; au surplus, tant que par sa conduite, il méritera d'être chargé de ce gardlennat; garde qu'il demande, au reste, comme faveur spéciale, et pour le maintenir, lui et sa famille dans le souvenir d'une habitation à laquelle il tenait, à raison des vertus et de Ihéroïsme de Jeanne d'Arc.

Moyennant, en outre, la somme de deux mille cinq cents fi'ancs en principal, à compte de laquelle il reconnaît avoir reçu à l'instant par les mains et des deniers de mondit sieur Muel, celle de six cents francs, dont d'autant quittance; quant à la somme de dix-neuf cents francs restant, M. Muel s'engage d'en faire le paiement entre les mains dudit Gérardin, au plus tard dans un an, date de ce jour, et sans intérêts jusque-là; obligation que le même Muel a, en tant que de besoin, déclaré contracter personnellement et directement envers ledit Gérardin, qu'il autorise au surplus à en exiger

i82 NOTES.

de lui l'exécution , saris égard à la qualité sous laqvxelle il contracte ici au nom du département des Vosges; clause que M. Muel a fait insérer ici expressément en témoignage de la bonne volonté que le même Gérardin a mise à lui faire cette concession, se recommandant au reste ledit vendeur à la bienveillance des autorités du département, et aux bontés de sa majesté, dont il n'a rien de plus à cœur que de se rendre digne, à la considération de la nombreuse famille dont il est chargé, et de l'état de pauvreté dans lequel il se trouve.

Dont acte lu aux parties, fait et passé en la maison vendue, en présence de messieurs Jean-Baptiste Laurent Humblot, maire de la commune, et Claude Josej^h Boucirot, prêtre desservant la succursale de Maxey sur Meuse, domiciliés audit Domremy la Pucelle, témoins connus, requis et soussignés avec les comparants et le notaire, les an et jour avant dits.

Enregistré à Neufchâteau, le 29 juin 1818, vol. 69, fol. 58, ver. 6, pag. i et suivantes; reçu provisoirement un franc dix centimes, d'après l'ordre de M. Boiteux, directeur, suivant sa lettre du vingt juin. Signé PONTARLIER.

Pour co\ne conforme, délivrée d'office sous cette forme, à la réquisition de M. le préfet du département des Vosges, par le notaire instrumentaire soussigné,

Edme.

(d) Ordonnance.

Louis par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre.

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'état au département de l'intérieur.

Notre conseil détat entendu,

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

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