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Avant d'entreprendre l'histoire de l'héroïne qui sauva la France du joug de l'étranger, il est nécessaire de jeter un coup-d'œil rapide sur les événements antérieurs, et de montrer quelle était alors la situation du royaume.
Déjà vingt années s'étaient écoulées depuis la démence de Charles VI. Elles avaient été signalées par toutes sortes d'exactions et d'horreurs. Les princes du sang, oncles du roi, son frère Louis duc d'Orléans, la reine Isabelle et Jean-Sans-Peur, fils de Pliilippele-Hardi, duc de Bourgogne, s'étaient disputé le pouvoir et l'avaient successivement obtenu de la faiblesse du inonarque dans les intervalles de ses moments lucides. On avait vu le meurtre du duc d'Orléans ordonné et exécuté par Jean ( le 2 3 novembre 1407 ) avec une audace aussi extraordinaire que l'impunité que ce crime avait obtenue. La France était partagée en deux partis , celui des Bourguignons et celui des Armagnacs. Le premier était dirigé par le duc de Bourgogne et le second par le comte d'Armagnac, beaupère du jeune duc d'Orléans. Le désordre était à son comble; mais durant ce temps l'Angleterre n'était pas restée oisive; Henri IV, qui la gouvernait alors, mit toute, sa politique à entretenir les divisions de la France pour en tirer parti dans l'occasion. Il donnait tourà-tour du secours à chacune des deux factions pour les maintenir à-peu-près en équilibre : le duc de Bourgogne osa le premier réclamer
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et recevoir les secours des Anglais ; mais les Armagnacs , comme pour lui disputer cette ressource honteuse , souscrivirent avec les ennemis de la France des conditions avilissantes. Ils ne tirèrent cependant aucun fruit de tant de déshonneur. La France seule en fut la victime. Henri IV meurt (le 20 mars i4i3). Son successeur Henri V se dispose à recueillir les fruits de la politique de son père. Il avait fait ses préparatifs de longue main. Il débarque en France en 141 5. Il débute par la bataille d'Azincourt, où périt félite de la noblesse française. On aurait pu croire que le désastre de cette journée allait réunir les partis dans l'intérêt commun. Il n'en fut rien: la division augmenta parmi les Français. Outre les deux partis principaux, il s'en forma de secondaires.
Le comte d'Armagnac, assuré de l'appui du troisième fils du roi, devenu dauphin par la mort de ses deux frères auiés, ne songe qu'à la conservation de son autorité. Pourvu qu'il se maintienne à Paris , il lui importe peu que les Anglais envahissent de toutes parts le territoire de la France. Revêtu de la dignité de connétable, il ne garde aucun ménagement avec la reine. Cette princesse vivait dans un désordre public. Jusqu'alors ennemie déclarée de Jean-Sans-Peur, elle changea tout-à-coup de sentiment, et se ligua avec ce monstre pour se venger à-la-fois de son époux et de son fils. Elle était retenue prisonnière à Tours. Le duc de Rourgogne parvient à l'enlever. Elle reprend le titre de régente que dans l'origine elle avait obtenu de Charles VI, et elle ose établir un parlement à Troyes.
Le duc de Rourgogne rentre bientôt dans Paris : un massacre horrible signale son triomj^he. La journée du 12 juin 1^18 est écrite dans l'histoire en caractères de sang. On massacra dans les prisons tout ce qui s'y trouvait d'Armagnacs, et le duc de Rourgogne vint consacrer par sa présence toutes ces atrocités.
Le jeune dauphin, depuis Charles VII, enlevé de son lit par
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Tanneguy du Ghâtel, n'avait dû la vie qu'au dévouement de ce serviteur fidèle. Suivi d'une grande partie du parlement, ce prince se retira vers la Loire, et rallia autour de lui tous ceux qui purent échapper au fer des assassins.
Henri V ne manque pas une occasion si favorable à l'accomplissement de ses vues ambitieuses. Il ordonne de nouvelles levées, et s'empare de toute la Normandie. Rouen résistait encore au vainqueur d'Azincourt. Après des efforts incroyables de constance et de valeur, cette ville envoya au roi des députés pour solliciter des secours; mais ce fut en vain. Il fallut céder à la nécessité et capituler. Henri V y fît son entrée le 1 9 janvier 1 4 ' 9-
La prise de Rouen entraîna la réduction dun petit nombre de places qui n'avaient pas encore subi le joug.
Le 3o juillet 14*95 1^ duc de Clarence surprit Pontoise, et s'en empara par escalade. Cette nouvelle répandit la consternation dans la capitale.
Au milieu de si grands malheurs, le duc de Bourgogne, effrayé des maux de la France, parut vouloir se réconcilier avec le dauphin; mais leur entrevue sur le pont de Montereau, qui pouvait amener les résultats les plus heureux pour le royaume, donna lieu à fun des événements les plus funestes qui soient consignés dans notre histoire. Les deux princes venaient de se joindre. Le duc, qui, selon l'usage, avait mis le genou en terre pour saluer le dauphin, posa en se relevant la main sur son épée pour la remettre à sa place. Tous ceux qui formaient la suite du dauphin avaient été attachés au duc d'Orléans, Louis, assassiné par les ordres du duc de Bourgogne. Frappés de l'idée que celui-ci voulait tirer fépée pour en percer le dauphin , ou seulement saisis d'une fureur soudaine à la vue du meiutrier de leur ancien maître, ils s'élancèrent sur le duc, et le massacrèrent ( le I o septembre 1 4 1 9 )•
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La mort de Jean-Sans-Peur souleva une partie de la France contre le dauphin, à qui Ton attribuait généralement ce crime. La reine Isabelle se livra dans cette circonstance à des excès à peine croyables. On eût dit qu'elle avait soif du sang de son fils. Elle joignit sa haine au ressentiment du nouveau duc de Bourgogne Philippe-le-Bon. Le roi d'Angleterre accourut : ils dressèrent ensemble à Troyes(le 20 mai 1420) le fameux traité qui, en privant le dauphin de la couronne de ses ancêtres, transmettait ses droits à Henri V, devenu l'époux de la princesse Catherine, fille de Charles VI. Le duc de Bourgogne reconnut par ce traité le roi d'Angleterre pour roi de France. Il s'engagea à combattre Charles et ses enfants par toutes les voies possibles, jusqu'à ce quils fussent détrônés, et cela sur la foi de son corps et par parole de prince. On régla dès ce moment que Henri V gouvernerait la France, attendu l'incapacité du roi Charles; que celui-ci, en lui écrivant, emploierait cette formule : ^ notre très cher fils Henri ^ roi d'Angleterre, héritier de France, et que l'on poursuivrait vivement Charles, soi-disant dauphin. Le roi, plongé en ce moment dans l'imbécillité la plus profonde, signa le traité sans résistance.
Le mariage de Henri V et de la princesse Catherine fut bientôt après célébré.
Le duc de Bourgogne se rendit maître de Montereau, et Henri V continua à s'avancer vers la capitale. Il voulut cependant s'emparer préalablement de Melun , place importante par sa situation sur la Seine, mais qui opposa une résistance inattendue. Enfin Barbazan, le chevalier sans reproche, fut obligé de capituler.
Henri V établit sa cour dans la capitale de la France. Ce prince ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à l'abaissement du dauphin. Si l'on ajoute foi à quelques historiens qui paraissent se fonder sur des pièces dont il nous a été impossible de vérifier l'authenticité, celui-ci fut cité à la table de marbre pour raison de
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riîomicide exécuté sur Jean, duc de Bourgogne. Il fut, par arrêt, convaincu des cas à lui imputés, et, comme tel, banni et exilé à jamais du royaume, et conséquemment déclaré indigne de succéder à la couronne. C'est ainsi que les Anglais punissaient un crime dont sans doute ils avaient été les instigateurs. Le dauphin appela de cet arrêt à son épée.
La bataille de Beaugé gagnée le 22 mars 142 i par les Français sur le duc de Clarence, frère de Henri V, pendant le voyage que fit ce monarque à Londres pour le couronnement de Catherine de France comme reine d'Angleterre, ne fit que suspendre le cours des prospérités des Anglais. Henri, brûlant de venger la mort de son frère tué dans cette bataille, repassa en France le 10 juin avec de nouvelles troupes. Il fit lever le siège de Chartres au dauphin, et prit la ville de Dreux.
Bientôt il mit le siège devant Meaux, la ville la plus importante du royaume, soit par ses fortifications, soit par sa situation sur la Marne, à peu de distance de la capitale. Cette place opposa la résistance la plus obstinée. Mais elle fut enfin forcée de se rendre. Henri V vint ensuite jouir à Paris de son triomphe. Il desirait ardemment le moment où il pourrait ceindre sur son front la couronne des lis, mais il fut atteint d'un mal subit, et précéda de deux mois au tombeau le faible et infortuné Charles VI. Il mourut le 3i août 1422. Charles VI cessa de vivre le 22 octobre de la même année. Les restes mortels du monarque français furent accompagnés à Saint-Denis par tout le peuple de Paris dont il était aimé. II fut à peine descendu dans la tombe qu'un héraut fit retentir les voûtes de l'église de ce cri funeste : Five Henri de Lancastre , roi d'Angleterre et de France. Henri VI , fils de Henri V et de Catherine de France, était encore au berceau. Il était né le 6 décembre 142 i.
Le duc de Bedfort, frère de Henri V, était régent de France.
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Le duc de Glocester avait la régence de l'Angleterre. Le comte de Warvick était gouverneur de Henri VI.
La Champagne, Tîle de France, la Picardie, la Normandie, une partie du Maine et de l'Anjou, la Guienne entière, y compris la Gascogne, obéissaient immédiatement au roi anglais représenté par le duc de Bedfort. L'alliance de Philippe-le-Bon lui soumettait les deux Bourgognes, la Flandre et l'Artois. Le duc de Bretagne, entraîné par l'exemple, avait embrassé le parti de ce dernier. Le Languedoc, le Dauphiné , l'Auvergne, le Bourbonnais, le Berri , le Poitou, la Saintonge, la Touraine, l'Orléanais, une partie du Maine et de l'Anjou, restés fidèles au roi légitime, semblaient devoir bientôt subir le même sort que les autres provinces, et passer sous le joug de l'étranger. L'infortuné Charles VII paraissait incapable de lutter avec succès contre une adversité toujours croissante. Les batailles de Crevant en 1428 et de Verneuil en 1424 achevèrent d abattre cette ame naturellement facile à décourager.
Une querelle survenue entre le duc de Bourgogne et le duc de Glocester, régent d'Angleterre, laissa aux Français quelque relâche. Les ministres de Charles VII profitèrent de cette brouillerie pour arrêter les progrès du duc de Bedfort, et négocier un accommodement avec le duc de Bretagne. Le comte de Richemont, frère de ce prince, reçut alors Fépée de connétable. On faisait en lui facquisition d'un général habile. Le connétable, après avoir rassemblé en Bretagne une armée de vingt mille hommes, se voit au commencement de 1426 en état d'envahir la Normandie. Il avait déjà pris Pontorson; il assiégeait Saint-James de Beuvron qui couvrait cette province. L'entreprise devait réussir, mais un favori de Charles, Giac , la fit échouer en retenant les sommes réservées à la solde des troupes. L'armée se débanda , et Richemont fut complètement battu.
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La Tréniouille succéda à Giac dans la faveur de Charles VII. Son crédit devait être encore plus fatal à la France. On avait laissé échapper l'occasion que l'absence du régent offrait à Charles pour agir; et Bedfort revint en 1427 avec des subsides considérables et une armée de vingt mille hommes.
Les Anglais avaient mis le siège devant Montargis. Cette ville s'était défendue pendant trois mois par l'avantage de sa situation, par l'habileté de son gouverneur, et sur-tout par le courage de ses habitants. La Hire et le comte de Dunois, bâtard d'Orléans, en avaient X fait lever le siège, et avaient mis les ennemis en déroute le 4 septembre 1427.
Les succès avaient été balancés. Talbot et Suffolck emportèrent Laval d'assaut. Mais bientôt le duc de Bedfort, profitant des divisions qui existaient à la cour de Charles VII, marcha d'abord contre la Bretagne avec la plus grande partie de ses forces. A peine eut-il paru sur les frontières de cette province que le duc se hâta de négocier, accorda tout, et changea pour la quatrième fois de parti. Il reconnut Henri VI pour roi de France, et adhéra au traité de Troyes.
Bedfort ne douta plus que le moment ne fût arrivé de consommer la conquête du royaume.
Le comte de Warvick qui commandait l'armée anglaise retourna en Angleterre pour remplir les fonctions de gouverneur de Henri VI. Il fut remplacé par le comte de Salisbury. Celui-ci, à la tête de son armée, ouvrit la campagne au mois de juillet 1428. Il prit successivement Nogent-le-Roi, Rambouillet, Béthencourt et Rochefort, places peu éloignées d'Orléans, mit le siège devant le Puiset et Janville. Meun-sur-Loire envoya des députés au vainqueur, et reçut garnison anglaise. Les Anglais entrèrent dans Beaugency abandonné par la garnison française, qui se retira dans le château, et de là ils menaçaient déjà d'attaquer Orléans, le dernier rempart de la monar-
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chie. Au premier bruit du danger on vit accourir dans cette ville un grand nombre d'illustres chevaliers, parmi lesquels était le fameux Poton de Xaintrailles.
L'artillerie, attendue par Salisbury pour faire le siège du château de Beaugency, devait passer près d'Orléans. Les Français se proposaient de l'attaquer, mais les Anglais accoururent en force pour s'y opposer.
Les Anglais vinrent mettre le siège devant Jargeau, qui capitula trois jours après. Ils marchèrent aussitôt sur Château-Neuf-sur- Loire, qui se soumit sans résistance, et ils prirent position à Olivet près d'Orléans. Ils furent cette fois repoussés, et allèrent rejoindre Je gros de leur armée à Meun et à Beaugency.
Mais bientôt l'armée anglaise, qui comptait au nombre de ses chefs le comte de Salisbury et le comte de Suffolck, l'un des généraux les plus habiles de Henri V, revint devant Orléans le 12 octobre 1428, et l'attaque de la ville fut commencée du côté du midi.
Les Orléanais avaient détruit tout le faubourg qui se trouvait audelà de la Loire; ils s'étaient retirés dans la ville, mais ils occupaient le boulevart et le fort des Tourelles ou des Tournelles , qui défendait la tète de l'ancien pont d'Orléans. Le 2 i , les Anglais donnent l'assaut, et sont repoussés. Hommes, femmes, vieillards, enfants, tous se réunissent pour la défense du fort. Les femmes apportent des vivres, et transportent même des pierres qu'on lance sur l'ennemi du haut des remparts. Mais les Orléanais doivent enfin céder, et abandonner un boulevart que l'artillerie ennemie avait fait tomber en ruine. Ils coupent une arche du pont , et se retirent dans un nouveau boulevart construit solidement, appelé le boulevart de la Belle-Croix, et d'où ils commencent à tirer sur le fort qu'ils venaient d'abandonner. La perte des Tournelles avait fait une impression fâcheuse sur l'esprit des Orléanais; mais l'arrivée du comte de Dunois
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vint bientôt ranimer les courages abattus. Salisbury, surpris de la résistance qu'il venait d'éprouver, et prévoyant que le siège se prolongerait, vu l'avancement de la saison, résolut d'enfermer la ville dans une enceinte de forts placés à peu de distance les uns des autres, tellement que l'entrée de la place serait interdite à toute espèce de renfort et de convoi de vivres. Poiu' exécuter son projet et désigner de l'œil les endroits où les boulevarts devaient être établis, il était monté au second étage du fort des Tournelles, accompagné de Glacidas. Là ce dernier lui montrait la ville, dont, disait-il, il allait bientôt être le maître, mais la fortune en décida autrement. Un boulet de pierre lancé d Orléans brisa l'un des côtés de la fonêtre où ils étaient en observation, et les éclats blessèrent à mort le comte de Salisbury qui tomba tout sanglant aux pieds de Glacidas. Ce coup imprévu porta le deuil et la terreiu' dans le camp anglais, tandis qu'il ranima la joie et l'espérance dans le cœur des Français.
Le comte de Suffolck fut choisi par le duc de Bedford pour succéder à Salisbury. Ce général mit tous ses soins à exécuter le projet qu'avait conçu son prédécesseur d'entourer Orléans d'ime enceinte de forteresses, au moyen desquelles on pût en former le blocus exact. Informés du projet de fennemi, les Orléanais avaient mis le feu à un grand nombre d'églises situées autour d'Orléans, et où les assiégeants auraient pu v enir se loger pour Fexécution de ce dessein.
L'armée anglaise se renforçait de troupes et de guerriers célèbres, entre autres de Talbot, héros du plus grand renom. Mais le courage et la constance des Orléanais sembla croître avec les dangers. L'ardeur et le zèle suppléaient à tout. Un habile ouvrier jeta en fonte une bombarde du plus fort calibre; *a côté de cette pièce d'artillerie on plaça deux forts canons, qui, pendant tout le siège, foudroyèrent presque continuellement les établissements de fennemi, formés au-