SUR LA QUESTION DE L'EXAMEN DU MAGNÉTISME ANIMAL
Au nom d’une commission composée de MM. AbeLoN > BURDIN aîné, Marc et PARISET,
* (Rapporteur M. HUSSON.|
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« Messieurs, vous avez chargé, dans la séance du 41 octobre dernier, une commission composée de MM. Mare, Adelon, Pariset, Burdin et moi, de vous faire un rapport sur une lettre que M. Foïissac, docieur en médecine de la faculté de Paris, a écrite à la section pour l’engager (1) à renouveler les expériences faites en 1784 sur le magnétisme animal, et pour mettre
(1) Quand un simple particulier se permet d’écrire à une académie, à une société savante, c’est ordinairement pour soumettre à ses lumières ou une découverte ou de nouvelles observations ou des expériences importantes; ici pas du tout, c’est un particulier qui juge à propos de donner une mission à l’académie ; de sa propre autorité, ce particulier l'invite, l'engage à renouveler telles expériences ; comme le feraitun ministre dans l'intérêt de la société et qui dirait au président : Veuillez, M. le président, inviter l'académie, etc. C’était donc une grave autorité que M. Foissac ? il portait donc un nom déjà illustre dans la science, ce M. Foissac, pour se permettre d'inviter une académie à suspendre immédiatement l’ordre ordinaire de ses travaux pour suivre telle direction qu’il lui imprimait ?
à sa disposition (1), si elle jugeait convenable de Îles répéter, une somnambule qui servirait aux recherches que des commissaires pris parmi vous croiraient (2) à propos de tenter.
» Avant de prendre une détermination sur l’objet de cette lettre, vous avez désiré être éclairés sur la question de savoir s'il était convenable que l'académie (3) soumît à un nouvel examen une question scientifique jugée et frappée de réprobation, il y a quarante ans, par l'académie royale des sciences, la société royale de médecine et la faculté demédecine; poursuivie depuis cette époque par le ridicule (4), enfin abandonnée ou plutôt délaissée par plusieurs de ses partisans.
» Pour mettre l’académie(5) à même de prononcer dans cette cause, la commission a cru devoir comparer les renseigne ments qu’elle a pu recueillir (6) sur les expériences faites par ordre du roi en 4784, avec les ouvrages publiés en dernier lieu sur le magnétisme, avec les expériences dont plusieurs de ses membres et plusieurs d’entre vous ont été les témoins. Elle a établi d’abord que, quand bien même les travaux modernes ne seraient que la répétition de ceux qui furent jugés par les corps savants investis en 1784 de la confiance du roi,
(1) M, Foissac ne soumet aucun fait scientifique, seulement il engage l’académie à travailler dans telle direction, et pour lui faciliter les choses, il lui offre une somnambule comme sujet d’expérimentation. Je vous prêterai une somnambule, semble-t-il dire , je La mets à votre disposition ; ces derniers mots appartiennent à M. Foissac,
(2) I y a dans l'original : jugeraient et non pas croiraient; mais ceci n’est qu’une négligence de style.
(3) Ici ce n’est plus une négligence de style, c’est un changement qui devait avoir une certaine portée; dans l'original, il y a section et non pas académie ; pourquoi vouloir rendre l’académie solidaire d’un fait qui ne concerne qu’une section ? TE
(4) Ici il y a une suppression ; on lit dans l'original les mots suivants : puis pratiquée de nouveau par des personnes bienfaisantes et par des médecins désireux de juger par eux-mêmes les phénomènes qu’on leur annonçait être produits par ce nouvel agent.
(5) Même observation ; ici il y a et il devait y avoir dans l'original section et non académie, mais il paraît que c’est un parti pris; en voilà assez.
(6) Les renseignements qu’elle a pu recueillir! mais que va-t-on nous apprendre? où donc aura-t-on puisé ces nouveaux renseignements ?
un nouvel examen pourrait cependant être encore utile, parce que, dans cette affaire du magnétisme animal, on peut, comme dans toutes celles qui sont soumises aux jugements de la faible humanité, en appeler des décisions prises par nos devanciers à un nouvel et plus rigoureux examen. Eh! quelle science, plus que la médecine (1), a été aussi sujette à ces variations Qui en ont si souvent changé les doctrines ? Nous ne pouvons pas ouvrir les fastes de notre art sans être frappés, non-seulement de la diversité des opinions qui se sont partagé son domaine, mais encore du peu de solidité de ces jugements qu’on croyait inattaquables à l'instant où on les portait, et que des jugements nouveaux sont venus réformer. Ainsi, de nos jours, pour ainsi dire, nous avons vu successivement la circulation du sang déclarée impossible (2), l’inoculation de la petite vé-
(1) Mais il ne s’agit pas ici de médecine ! il s’agit de magnétisme, de manœuyres qui n’ont aucun rapport avec les faits dont la science médicale se com pose; comment se fait-il donc que d’un trait de plume on fasse rentrer le magnétisme dans le domaine dela médecine; qu’on élève, sans plus de façon, les passes à la hauteur des faits scientifiques. Suivant le rapporteur, il peut y avoir variation dans les jugements portés sur le magnélisme; cela lui paraît naturel, et il s’écrie aussitôt : Eh! quelle science plus que la médecine a été aussi sujette à ces variations ; Mais pourquoi mettre ici en cause la médecine? pourquoi lui faire porter la responsabilité des faits prétendus magnétiques ?
Suivant M. Husson, rien ne serait stable en médecine, à chaque époque une nouvelle révolution viendrait renverser de fond en comble ce qu’on croyait bien établi; mais à ce compte il n’y aurait pas de science médicale. Il est vrai que c’est là ce que voudraient faire croire les magnétiseurs, afin de substituer leurs somnambules aux médecins ; mais cela est faux et outrageant pour la médecine ; ce qui a varié en médecine, c'est l'esprit de système, ce sont les théories, parce qu’elles étaient prématurées; mais les notions positives sont restées, elles passent d'âge en âge, et peu à peu elles agrandissent le domaine de la science ; voilà ce qu’il fallait distinguer,
(2) La circulation du sang! citation malheureuse, car elle prouve contre le plaidoyer en faveur des variations de ia médecine. Cette admirable découverte, due au génie investigateur de Harvey, a été comme toute découverte contestée d’abord par quelques esprits rétrogrades, mais elle n’a pu être ébranlée; elle est restée et elle restera à jamais dans la scienceet c’est un des plus beaux fleutons de sa couronne. Qu'importe que cette grande vérilé ait été d’abord niée par quelques-uns de ces hommes qui ferment toujours les yeux à la vérité? est-ce là une variation de la médecine? non, assurément, car c’est une preuve
role considérée comme un crime (4), ces énormes perruques dont plusieurs d’entre nous ont eu la tête surchargée, être proclamées comme infiniment plus salubres que la chevelure naturelle (2); et pourtant il a été bien reconnu que le sang circule, nous ne voyons pas qu’on intente de procès aux personnes qui inoculent la petite vérole, et nous avons tous la conviction qu’on peut se très-bien porter sans avoir la tête recouverte de l'attirail grotesque qui occupe le tiers au moins de la sur-
nouvelle de Ja stabilité des notions réellement scientifiques ; eLon va citer les clameurs de quelques arriérés comme une preuve que rien ne dure, que rien ne subsiste , que rien ne reste en médecine! Sachez que l’immortelle découverte de Harvey sera à tout jamais au premier rang des vérités médicales ; c’est une colonne inébranlable de la physiologie; appuyée sur des vérités de cette nature, la science ne peut que grandir, il n’y a pas de révolution qui puisse les atteindre, à moins qu’on ne prétende que les somnambules viendront changer tout cela. IL est vrai que la demoiselle Samson, premier sujet des expériences de M. Husson , lui avait dit qu’elle voyait dans son propre corps un petit fil qui faisait mouvoir son cœur! voilà qui menaçail directement la circulation harveyenne d’une grande variation!
(4) L’inoculation ! encore une citation malheureuse ; pourquoi M. Husson n’a-t-il pas cité aussi la vaccine? Quelques esprits, et où ne trouve-t-on pas d'opposition? quelques esprits ont nié d’abord l'efficacité de la vaccine comme préservatif; d’autresavaient nié que la variole provoquée artificiellement fût plus bénigne que la variole spontanée; ce qui n’a pas empêché ces deux vérités de s'établir ; en quoi cela prouve-t-il que tout n’est que variation en médecine ? Laissez dire cela aux gens du monde, laissez dire cela aux détracteurs de la médecine; mais on ne doit pas oublier que les notions scientifiques, une fois acquises, n’ont rien à redouter de variations théoriques.
(2) On ne s'attendait guère, il faut en convenir, à trouver des perruques en cette affaire ! et cela pour prouver que la médecine n’éprouve que variations et révolutions !! Un candidat, pour faire de l'esprit, prend pour sujet de thèse l’éloge des perruques, comme d’autres ont fait l'éloge de la folie, et voilà une nouvelle varialion dela médecine! La faculté de médecine actuelle, sachant bien qu’elle ne doit en aucune manière porter la responsabilité des excentricités de ses candidats, a soin de rappeler dans chaque thèse que, par délibération du 9 décembre 1798, il à été arrêté que les opinions émises par les candidats doivent être considérées comme propres à leurs auteurs, et qu’elle n'entend leur donner ni approbation ni improbation ; et, parce qu'un mauvais plaisant trouve que les vieilles perruques valent mieux que la chevelure naturelle, il faut tout de suite en conclure queles médecins n’ont rien de fixe, rien d'arrêté dans l'esprit !
DU MAGNÉTISME ANIMAL,. 285 face de chacun des portraits qui nous restent de nos anciens maitres.
» Si des opinions nous passons aux jugements, qui n’a encore présente à la pensée la proscription qui frappa toutes les préparations de l’antimoine, sous le décanat du fameux Gui Patin ? Qui à pu oublier qu'un arrêt du parlement, sollicité par la faculté de médecine de Paris, défendit l'usage de l’émétique, et que, quelques années après, Louis XIV étant tombé malade et ayant dû sa guérison à ce médicament, lParrêt du parlement fut révoqué par suite d’un décret de la même faculté, et l’émétique replacé au rang qu’il tient encore dans la matière médi- Cale (1)? Enfin, cemême parlement n’a-t-il pas défendu, en 1763, que l’on pratiquât l’inoculation de la petite vérole dans les villes et faubourgs de son ressort ? et onze ans après, en 1774, à quatre lieues de la salle de ses séances, Louis XVI, ses deux frères, Louis XVIII et Charles X, ne se firent-ils pas inoculer à Versailles, dans le ressort du parlement de Paris ?
» Vous voyez donc, messieurs, que le principe de l’autorité de la chose jugée, si respectable dans une autre sphère que la nôtre (2), peut être abrogé, et que par conséquent, dans cette circonstance d’un nouvel examen du magnétisme, votre sollicitude pour la science ne doit point être enchainée par un jugement qui aurait été portés précédemment, en admettant même que, comme dans les deux questions précédentes, l’objet à juger fût identiquement semblable à celui sur lequel il a déjà été prononcé.
» Maïs aujourd'hui le magnétisme ne se présente plus à votre examen tel qu’il a été soumis à celui des corporations savantes qui l'ont jugé ; et, sans vouloir rechercher jusqu’à quel
(4) Ces mots : et l’émétique replacé au rang aqw’il tient encore dans la matière médicale , ne sont pas dans l'original; admettons que c’est pour réparer une négligence de style que M. Husson en a autorisé l’addition.
(2) Dans une autre sphère que la nôtre! Ainsi en médecine LAROTES de la chose jugée ne serait rien; les médecins ont tant varié dans leurs D et dans leurs jugements qu’il ne faudrait plus reconnaître chez eux le principe de lautorité la chose jugée ! etc’est un médecin qui dit tout cela! Se
Ainsi, permis ailleurs, permis dans une autre sphère d’invoquer le principe de l’autorité de la chose jugée; mais les médecins dans leur sphère ont perdu ce droit ; c’est assurément nous faire beaucoug d'honneur !
point (1) ces jugements ont été précédés d’une étude impartiale des faits, jusqu’à quel point la manière de procéder dams cette étude a été conforme aux principes d’une observation sage et éclairée, la commission s’en rapporte à vous, messieurs, du soin d'établir si l’on doit ajouter une confiance exclusive et irévocable aux conclusions d’un rapport dans lequel on trouve cet étrange avertissement, ce singulier exposé du plan d'après lequel les commissaires se proposent d'opérer (2).
(1) On appelle cela une insinuation , ou plutôt c'est ce que les rhétoriciens: appellent une prétérition; nous ne rechercherons pas... nous ne vous dirons pas, C'est-à-dire qu’on recherche et qu’on dit; donc M, Husson donne positivement à entendre ici que les jugements portés autrefois par les corps savants n'avaient pas été précédés d’une étude impartiale des faits ; il donne encore à entendre que {a manière de procéder des anciens commissaires dans celte étude n'avait pas été conforme aux principes d'une observation Sage et éclairée , et ceci va être suivi d'une citation empruntée à la commission. Nous allons ré= pondre à tout cela. ù
(2) S'il fallait s’en tenir à cette citation tronquée, mutilée , on croirait en effet que Bailly, Lavoisier, Franklin, etc., ont. prétendu juger des faits sans Les observer assidüment, qu'ils ont voulu juger ces faits sur un simple compte rendu de l’un d’eux ; eh bien, ceci est matériellement inexact, controuvé. Lisez cet admirable, ce judicieux rapport de Bailly, vous verrez que les commissaires, sollicités par Deslon, comme ils l’avaient été par Mesmer, d'assister à ces cohues de femmes échevelées et furieuses qui Dur autour des baquets, avaient décidé que leur présence assidue n’était pas nécessaire dans ce pandæmonium (ils auraient pu même refuser absolument d’y assister, car ce n’était pas là la place d'hommes qui se respectent); mais, pour juger rigoureusement de la réalité des faits magnétiques, vous verrez qu'ils avaient mis Deslon en demeure de produire devant eux , en particulier, les faits annoncés ; et à ces expériences particulières, Les seules concluantes, ils. avaient décidé d'y assister régulière ment, assidûment, et tous à la fois ; lisez la page 42, vous verrez comment ils se sont proposés de ne faire des expériences suivies que sur des sujets-isolés ; voyez la page suivante, et vous verrez qu'ils ont fait des expériences sur euxmêmes une fois par semaine, puis sur des sujets pris dans diverses conditions physiques et morales. Qu’aurait dit M. Husson si M. Foissac, admis à faire ses expériences devant la nouvelle commission , avait commencé par dire à M. Husson et à ses collègues : Je fais un traitement public tel ou tel jour, dans un local à moi ; la foule y est considérable, les effets variés, surprenants, extraordinaires ; venez assister à mes séances, je me ferai un plaisir de vous faire donner des places? Est-ce que M. Husson , entendant bien ses devoirs, n'aurait pas rés pondu à M. Foissac : Ge sont des expériences faites sur des sujels isolés que nous
« Les malades distingués qui viennent au traitement pour leur santé, disent les commissaires du rOÏi, pourraient être importunés par les questions; les soins de les observer pourraient ou les gèner ou leur déplaire ; les commissaires eux-mêmes seraient gênés par leur discrétion. Ils ont donc arrêté que, leur assiduité n'étant point nécessaire à ce traitement, il suffirait que quelques-uns d'eux y vinssent de temps en temps pour confirmer les premières observations générales, en faire de nouvelles, s’il y avait lieu, et en rendre compte à [a commission assemblée (voyez Rapport de Bailly, in-4°, p. 8).
» Ainsi on établit en principe (4) que, dans lexamen d’un
voulons, des expériences faites pour nous seulset devant nous; celles-ci nous les Suivrons assidüäment , ponctuellement , tous à la fois, parce qu’elles seront probantes; mais, pour vos séances publiques, la multitude des effets ne nous permettrait pas de bien observer, on verrait trop de choses à la fois pour en bien voir une en particulier (expressions de Bailly, p. 54); donc il nous suflira d'en prendre une connaissance générale; l’un de nous pourra en rendre compte à la commission ? Est-ce que M. Husson n’aurait pas dit cela? et qui aurait pu l'en blâmer? loin de là, on aurait dit que les commissaires s'étaient montrés également jaloux et de leur dignité et de leur devoir.
Mais maintenant voici quelque chose de plus grave : si M. Husson ayant procédé ainsi et ayant dit dans son rapport, un autre rapporteur, ne parta- 8eant pas son opinion à lui M. Husson, venait dire à une autre assemblée : « Voyez, messieurs, comme M. Husson a mal procédé, il fait un rapport et nous y trouvons un étrange avertissement, un singulier exposé de son plan. » M. Husson avoue qu’il n’a pas voulu assister régulièrement aux séances données par M. Foissac, qu'on s’en est rapporté au compte rendu d’un des commissaires , etc.; M. Husson a prétexté la multitude des effets, qu’on verraié trop de choses à la fois, etc. »
Que dirait à son tour M. Husson du procédé de ce nouveau rapporteur? quel nom donnérait-il à cette idée de luiemprunter un passage et de taire les autres ? C'est cependant là ce que M. Husson a fait ici, et nous allons le voir se complaire dans l’énumération de toutes les fautes commises par les commissaires.
(4) Oui, on établit cela enprincipe, mais seulement pour le traitement public de Deslon, où les commissaires étaient simplement admis comme tant d’autres.
Non, on ne fera point de questions à ces personnes, parce qu’on n'aurait que des réponses insignifiantes ; mais lisez la page 42 que M. Husson n’a pas citée, et vous verrez comment on a questionné les sujets ; vous verrez qu'on les avait partagés en deux catégories, de telle sorte, dit Bailly, que Les uns par leur simplicité, les autres par leur intelligence étaient capables de rendre un couvre FIDÈLE ET EXACT de ce qu’ils avaient éprouvé, Entendez-vous, M, Husson, un
fait aussi important, les commissaires ne feront point de questions aux personnes soumises aux épreuves, qu’ils ne prendront pas le soin de les observer, qu’ils ne seront pas assidus aux séances dans lesquelles se feront les expériences, qu’ils y viendront de temps en temps, et qu’ils rendront compte de ce qu’ils auront vu isolément à la commission assemblée. Votre commission, messieurs, ne peut s'empêcher de reconnaître que ce n’est pas de cette manière que l’on fait & présent les expériences, que l’on observe les faits nouveaux, et que, quelque soit l’éclat que la réputation de Franklin, Bailly, Darcet, Lavoisier réfléchisse encore sur une génération qui n’est plus la leur, quel que soit le respect qui environne leur mémoire, quel qu’ait été l’assentiment général qui, pendant quarante ans, a été accordé à leur rapport, il est certain que le jugement qu’ils ont porté pèche par la base radicale (1), par une manière peu rigoureuse de procéder dans l’étude de la question qu’ils étaient chargés d'examiner. Et si nous les suivons près des personnes qu’ils magnétisent ou font magnétiser, surtout les commissaires de la société royale de médecine, nous les voyons dans une disposition peu bienveillante; nous les voyons, malgré toutes les représentations qui leur sont faites, faire des essais, tenter des expériences dans lesquels ils omettent (2) les condi-
compte fidèle et exact ; vous qui citez Bailly pour lui faire dire que les commissaires ne feront pas de questions aux personnes soumises aux épreuves.
Non, on n’assistera pas assidüment à ces sortes de séances, parce que les commissaires ne devaient pas se donner en spectacle aux oisifs et aux imbéciles.
Mais lisez la page 44 que M. Husson ne cile pas, et vous. verrez que Deslon leur avait consacré chez lui une chambre séparée et un baquet particulier ; vous verrez que tous les commissaires ont été d’abord s’y placer eux-mêmes, puis qu’ils y ont opéré assidûment, parfois même plusieurs jours de suite, sur des sujets isolés; et cela, disent-ils, afin d’être, dans tous les cas, les seuls ou du moins les premiers juges de ce qu’ils avaient éprouvé. |
(4) Conclusion juste pour ceux qui n’ont lu du rapport de Bailly que les douze lignes citées par M. Husson ; ces douze lignes sont données comme la base pue, donc ils auraient péché par la base radicale, c’est-à-dire par une maniére peu rigoureuse de procéder.
(2) Commeici il n°y aaucun fait articulé pour prouver cette malvcillance, ces
dispositions morales omises, comme il n°y a pas même de citations tronquées , nous n'avons rien à répondre ; passons plus loin.
Se
tions morales exigées et annoncées comme indispensables aux succès ; nous voyons enfin l’un de ces derniers, celui qui a été le plus assidu à toutes les expériences, dont nous connaissons tous la probité, l’exactitude, la candeur, M. de Jussieu, se séparer de ses collègues, et publier un rapport particulier, con- . tradictoire (1), qu’il termine en déclarant que les expériences
(1) Ici le rapporteur déclare tout net que le rapport particulier de Jussieu est contradictoire à celui de ses collègues ; ce qui doit signifier que, le rapport de la majorité des commissaires de la société royale étant défavorable au magnélisme animal, celui de Jussieu est nécessairement favorable à cette prétendue doctrine ; eh bien ! cette assertion est inexacte ; nous l'avons prouvé dans notre analyse du rapport de Jussieu , nous allons y revenir ici afin de ne rien laisser passer, Et d’abord quelle est la conclusion définitive des commissaires de la société royale à l'égard du magnétisme? la voici : La réalité du magnétisme animal n’est nullement démontrée. Quelle est maintenant la conclusion définitive du rapport de Jussieu à l’égard du magnétisme? la voici textuellement (p. 186) : Conclusion : la théorie du magnétisme animal ne peut être admise! est-ce là un rapport contradictoire ?
Maintenant, si l’on nous demandait pourquoi de Jussieu, après tout, s'était séparé de ses collègues, nous répondrions que déjà nous avons fait connaître quels avaient été ses motifs, mais nous allons y revenir en peu de mots ; car la citation de M. Husson nous en fait une loi; il est bon d’en donner le commentaire.
La majorité de la commission, d’accord en cela et tout à fait d'accord avec de Jussieu , avait d’abord écarté la supposition d’un prétendu agent magnétique; de Jussieu à cet égard est tout aussi explicite que la commission , il regarde les magnétiseurs comme des charlatans qui, pour rendre leur traitement plus intéressant ont voulu l’étayer d'une grande théorie, qui ont voulu réduire toutes Les maladies à une seule, etc., etc. (p. 182). Mais restait l’interprétation rationnelle des faits observés ; et c’est ici qu'il y a, non pas contradiction, mais légère dissidence : suivant la majorité, il faut remonter à plusieurs causes , telles que l'imagination, l’agitation de l’air, la chaleur animale, etc, Suivant de Jussieu , pour rendre raison des mêmes effets, il suflirait d’une condition, c’est-à-dire la communication de la chaleur animale par le moyen des attouchements, des frictions, des pressions exercées par les magnétiseurs sur les magnétisés ; et encore notez que de Jussieu reconnaît qu’en certains cas l’imagination joue aussi un rôle, ainsi que l'exercice, les distractions, etc. (p. 181). C’est ce que M. Husson a été forcé de dire lui-même dans Je passage qu’il a emprunté à de Jussieu ; vous y voyez en effet qu’il n’est question comme ‘cause que de la chaleur animale , et que le fluide magnétique, que le magnétisme y est mentionné comme un fait xon démontré; eh bien , malgré ce non démon-
qu’il a faites, et dont il a été le témoin, prouvent que l’homme produit sur son semblable une action sensible par le frottement, par le contact, et plus rarement par un simple rapprochement à quelque distance; que cette action, attribuée à un fluide universel, non démoniré, lui semble appartenir à la chaleur animale existante dans les corps; que cette chaleur émane d'eux continuellement, se porte assez loin, et peut passer d’un corps dans un autre; qu’elle est développée, augmentée ou diminuée dans un corps par des causes morales et par des causes physiques; que, jugée par des effets, elle participe de la propriété des remèdes toniques, et produit, comme eux, des effets salutaires ou nuisibles, selon la quantité de chaleur communiquée et selon les circonstances où elle est employée; qu'enfin un usage plus étendu et plus réfléchi de cet agent fera mieux Connaître sa véritableaction et son degré d'utilité.
» Dans cette position, messieurs, quel est celui des deux rapports qui doit fixer votre indécision ? Est-ce celui dans lequel on annonce que l’on ne questionnera pas de malades, que l’on ne S’astreindra pas à les observer exactement, qu’on peut ne point être assidu aux épreuves; où celui d’un homme laborieux, altentif, scrupuleux, exact(1), quia le courage dese détacher de
tré, M. Husson veut à toute force faire de Jussieu un partisan du magnétisme !
(1) Pour que toute indécision cesse, M. Husson, après avoir mis l'incapacité, l’incurie du côté des membres de l’ancienne académie des sciences, va combler de qualités le membre dissident de la société royale de médecine, c'està-dire de Jussieu. Donc M. de Jussieu est d’abord un homme laborieux, c’est un homme attentif, c’est un homme scrupuleux, c’est un homme exact ;ilale courage de se détacher de ses collègues, les autres ont eu la faiblesse d’être unanimes ; il a le courage de braver Le ridicule dont il sait qu’il va être couvert, tandis que les autres ont eu peur du ridicule ; il brave l'influence du pouvoir, car le pouvoir sans doute redoutait le mesmérisme ; enfin, et C’est là son plus grand mérite, de Jussieu publie un rapport particulier dont les conclusions sont DIAMÉTRALEMENT Opposées à celles des autres commissaires! Oh! mais pour cela, non, Faut-il vousrépéter, M. Husson, la conclusion définitive de Jussieu? la voici : Conclusion : la théorie du magnétisme animalne peut être admise! Quelle est celle des autres commissaires ? Rien ne prouve l'existence du magnétisme animal ! Peut-on appeler celades conclusions diamétralement opposées !! Accordez, sivousle vou«
ses collègues, de mépriser le ridicule dont il sait qu’il va être couvert, de braver l'influence du pouvoir, et de publier un rapport particulier dont les conelusions sont diamétralement opposées à celles des autres commissaires? Votre commission n'est pas instituée pour se prononcer à cet égard; mais elle trouve dans cette divergence d’opinions un motif nouveau pour prendre en considération la proposition de M, Foissac.
» Ainsi, messieurs, voilà déjà deux raisons pour soumettre le magnétisme à un nouvel examen : l’une, vous l’avez senti, est fondée sur cette vérité qu’en fait de science un jugement quelconque n’est qu’une chose transitoire (4); autre, que les commissaires chargés par le roi d'examiner le magnétisme animal ne nous paraissent pas avoir scrupuleusement rempli leur
lez, et exclusivement à M. de Jussieu, de l’assiduité, du labeur, de l'attention, des scrupules, de l’exactitude, du courage, de l'indépendance, mais ne parlez pas de conclusions diamétralement opposées; si vous voulez rester dans le vrai, dites : Il diffère en cela de ses collègues que pour luila cause générale des effets observés réside dans la communication de la chaleur animale,
(1) M. Husson se résume; reprenons ses considérations ainsi résumées ; el d’abord voici un premier aphorisme : en fait de science, un jugement quelconque n’est que transitoire | Voilà une sentence qui, si elle était vraie, ne laisserait pas d'être très-encourageante; un jugement n’étant que l’énonciation d’une proposition , il faudrait admettre que toute proposition scientifique est une chose (puisque chose il y a), est une chose provisoire ; à ce compte, toutes les propositions d’Euclide, de Kepler, de Newton, de Toricelli, de Galilée, d'Harvey , de Haller, etc., sont choses provisoires ; mais laissons cette discussion, On le voit, M. Husson à toujours l’esprit préoccupé d’un certain jugement, nous osons à peine le rappeler en matière aussi grave; n’importe, il faut le dire, ce qui préoccupeici M. Husson, c’est le fameux jugement sur les perruques; il a vu que c’est chose transitoire, les perruques pourront revenir et avec elles leurs apologistes.
Quoi qu’il en soit, voilà la première vérité, ou lune des deux raisons qui doivent porter l'académie à soumettre le magnétisme à un nouvel examen. Voyons la seconde, ou l’autre, comme dit M. Husson : 1° c’est que les commissaires nommés par le roi ne lui paraissent pas avoir scrupuleusement rempli leur mandat ; toujours la même accusation, n’en parlons plus, nous verrons si les commissaires invités par M. Foissac seront plus scrupuleux; 2° c’est que l’un des commissaires aurait fait un rapport contradictoire , mais M. Husson
voit une contradiction là où il y a uniformilé,
mandat (4), et que l’un d’eux à fait un rapport contradictoire. Voyons à présentsi nousn’en trouvons pas une troisième dans la différence qui existe entre le magnétisme de 1784et celui sur lequel on veut fixer aujourd’hui l'attention de l’académie.
» Notre devoir n’est pas d'entrer dans des détails sur l’histoire de cette découverte, sur la manière dont elle a été accueillie en Allemagne et en France; nous devons seulement établir que ia théorie, les procédés et les résultats qui ont été jugés en 4784 ne sont pas les mêmes que ceux que les magnétiseurs modernes nous annoncent, et sur lesquels ils appellent votre examen. D'abord la théorie de Mesmer, fidèlement exposée par les commissaires et copiée textuellement par eux dans son premier ouvrage, est celle-ci :
« Le magnétisme animal est un fluide universellement répandu. Il est le moyen d’une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés. Ilest continué de manière à ne souffrir aucun vide. Sa subtilité ne permet aucune comparaison. Il estcapable derecevoir, propager, communiquer toutes
(1) Encore cette accusation inqualifiable! nous ne pensions pas avoir à y revenir ; comment: on accuse de nouveau les commissaires de l’académie des sciences d’avoir fait un rapport sur le magnétisme animal après s’être imposé. la loi de ne faire aucune question aux individus soumis aux expériences! On accuse de nouveau ces mêmes commissaires d’avoir fait ce rapport après êlre convenus entre eux de ne pas assister exactement aux expériences ! Mais encore un coup ils ont dit cela pour les séances publiques, pour les scènes scandaleuses des baquets ; mais ils s'étaient réservé de questionner minutieusement les sujets pris isolément , d’expérimenter d’abord sur eux-mêmes, ce qu'ils ont fait; puis d’assister exactement aux expériences faites dans une chambre particulière que leur avait consacrée Deslon ; voilà ce qu’ils ont fait.
S’il fallait en croire ici le rapporteur, non-seulement les commissaires auraient manqué essentiellement à leur devoir, mais ces commissaires, ces Franklin, ces Lavoisier, ces Bailly, auraient été privés de sens! Comment ils auraient annoncé en tête de leur rapport, le mot est de M. Husson, ils auraient annoncé, sans doute pour donner plus de créance à ce rapport, qu’ils n'ont pas questionné les sujets, qu’ils n’ont pas été eœacts aux expériences! mais il n’y a pas de commissaires assez sots pour agir ainsi; faut-il, bon Dieu, que nous en soyons réduits à prendre la défense de ces grands hommes , à les laver surtout d’une semblable ineptie!
Assurément M. Husson n'avait pas lu leur rapport ; nous ne pouvons atiribuer cela qu’à une erreur de sa part,
lesimpressions du mouvemnt.Il est susceptile defluxetreflux.Le Corpsanimal éprouve les effets decet agent, etC’estens’insinuant dans la substance: des nerfs qu'il les affecte immédiatement. On reconnaît particlièrement dans le COrps humain des propriétés analogues à celles de l’aïmant; on y distingue des pôles également divers et opposés. L’action et la vertu du magnétisme animal peuvent être communiquées d’un corps à d’autres corps animés et inanimés ; cette action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire; elle est augmentée, réfléchie par les glaces, communiquée, propagée, augmentée par le son; cette vertu peut être accumulée, concentrée, transportée. Quoique ce fluide soit universel, tous les Corps animés n’en sont pas également susceptibles. Il en est même, quoique en très-petit nombre, qui ont une propriété si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets de ce fluide dans les autres corps.
__» Le magnétisme animal peut guérir immédiatement les maux de nerfs et médiatement les autres ; il perfectionne l’action desmédicaments ; il{provoque et dirige les crises salutaires, de manière qu’on peut s’en rendre maître : par son moyen, le médecin connaît l’état de santé de chaque individu, et jugeavec certitude l’origine, la nature et les progrès des maladiesles plus compliquées; il en empêche l’accroissement, et parvient à leur guérison sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que soient l’âge, le tempérament et le sexe : la nature offre dans le magnétisme un moyen universel de guérir et de préserver les hommes (1). »
» Ainsi, messieurs, cette théorie était liée à un système général du monde. Dans ce système, tous les corps avaient une influence réciproque les uns sur les autres ; le moyen de cette influence était un fluide universel qui pénétrait également les astres, les corps animés et la terre, qui ne souffrait aucun vide.
» Tous les corps avaient des pôles opposés, et les courants rentrants et sortants prenaient une direction différente selon ces pôles, que Mesmer comparait à ceux de laiïmant (2).
* LA 2 ,* 4 Ù (1) Nous n'avons aucune remarque à faire sur l'exposition de la doctrine
de Mesiner, nous en avons parlé assez longuement ailleurs. (2) M. Husson change son mode d'argumentation : après avoir établi en
» Aujourd’hui les personnes qui ont écrit sur le magnétisme et celles qui le pratiquent n’admettent point l'existence ni l'action de ce fluide universel, ni cette influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les êtres animés, ni ces pôles, ni ces courants opposés. Les uns n’admettent l’existence d'aucun fluide, d’autres établissent que l'agent magnétique qui produit tous les phénomènes dont il a été question est un fluide qui existe dans tous les individus, mais qui ne se sécrète et n’en émane que d’après la volonté de celui qui veut en imprégner pour ainsi dire un autre individu; que d’après cet acte de sa
principe que les jugements en matière de science ne signifient rien, ce qui équivaut à dire que dans les sciences on ne sait jamais rien; après avoir cherché à prouver que quand bien même un jugement serait quelque chose de sérieux en matière de science, celui qui a été porté sur le magnétisme ne pourrait être accepté, attendu que les anciens commissaires ne savaient pas observer, qu’ils ne savaient pas faire d'expériences comme on en fait à présent; M. Husson va nous démontrer qu’après tout ce n’est pas le magnétisme qu'on a jugé alors.
Ainsi voyez comme tout s’enchaîne : 40 un jugement en mafière de science est chose nulle ; 20 les anciens commissaires ne savaient pas juger ; 3° ce n’est pas le magnétisme qu’ils ont jugé. Maïs nous arrêterons encore M. Husson en si beau chemin ; après lui avoir prouvé qu’un jugement en matière de science est quelque chose, que les anciens commissaires savaient juger , nous allons lui démontrer que c’est bien le magnétisme qu’ils ont jugé.
Quelles sontles raisons de M. Husson pour nier Ce dernier fait? Sa première est exposée ici, savoir : Les anciens commissaires ont eu à examiner un fluide universel qui établit uneinfluence mutuelle entre les corps célestes. Eh bien ! voilà précisément ce qui n’est pass vous n’avez donc pas lu le rapport de Bailly? vous n’avez done pas lu à la page 35 ces paroles du rapporteur placées en tête du paragraphe ? En s’occupant de l'existence du magnétisme, il faut d’abordécarter l'idée des influences célestes; puis plus bas : Les commissaires, sans $'embar= rasser d'où vient le fluide, devaient constater l’action qu'il exerce sur nous, autour de nous et sous nos yeux, avant d'examiner ses rapports avec l'univers. Il est donc évident que , quant à ce qui a été examiné, jugé dans le magnétisme, c'était précisément ce qu’on proposait d'examiner et de juger de nouveau.
Qu'importe que Mesmer et Deslon aient parlé defluideuniversel, d’influences célestes ; tout astronome qu’était Bailly, ou plutôt sans doute parce qu’il était savant astronome , il leur a dit, laissez là votre fluide universel el vos corps célestes , c’est déjà bien assez d’avoir à constater ce qui se passe en nous ; el Deslon a fini par être d'autant plus de cet avis , que de son aveu les effets appréciables ne pouvaient se manifester que dans le corps humain ; et c’est en effet dans ces limites que la question a été étudiée,
volonté il met ce fluide en mouvement, le dirige, le fixe à son gré, et l’enveloppe de cette atmosphère ; que s’il rencontre dans cet individu les dispositions morales analogues à celles qui l’animent, le même fluide $e développe dans l'individu magnétisé, que leurs deux atmosphères se confondent, et que de à naissent ces rapports qui les identifient Pun avec l’autre, rapports qui font que les sensations du premier se communiquent au second, et qui, selon les magnétiseurs modernes, peuvent expliquer cette clairvoyance que les observateurs assurent avoir vue très-fréquemment chez les personnes que le magnétisme a fait tomber en somnambulisme.
» Voilà done une première différence établie (1) et qui a paru à votre commission d'autant plus digne d'examen, qu’à présent la structure et les fonctions du Système nerveux deviennent l’objet de l’étude des physiologistes, et que l'opinion de Reil, d’Autenriethet de M. de Humboldt, ainsi que les travaux récents de M. Bogros, paraissaient donner la certitude, non-seulement de l'existence d’une circulation nerveuse, mais même de l'expansion au dehors de ce fluide circulant, expansion qui a lieu avec une force et une énergie qui forment une sphère d'action qu’on peut comparer à celle où l’on observe l’action des corps électrisés.
» Si de la théorie du magnétisme nous passons aux procédés, nous verrons encore une différence totale (2) entre ceux dont
(1) Oui, mais fort mal établie, comme nous venons de le prouver : ici M. Husson affirme sérieusement que son fluide nerveux fait irruption au dehors; les recherches de M. Bogros lui donnent la certitude qu’il y a expansion au dehors de ce fluide! Ainsi M. Bogros, en recherchant quelle est la structure des cordons nerveux, a donné à M. Husson la certitude que le fluide nerveux démontré pour lui (M, Husson s’entend) fait expansion au dehors, passe d’un individu dans un autre, traverse les murailles, fait prédire l'avenir, etc., ete. :
(2) M. Husson n’est pas plus heureux pour sa seconde différence; il s’agit toujours de ce qu’ont jugé les anciens commissaires ; nous venons de voir que théoriquement ils ont jugé les mêmes absurdités qu’on soutient aujourd’hui. Si maintenant, et avec M. Husson, nous passons aux procédés, nous verrons qu’ils ont également jugé les procédés actuels. M. Husson croit ou veut faire croire que les anciens commissaires n’ont eu à examiner que le procédé du baquet , des bouteilles et des tiges; ce qui fait qu’il donne ici une description ie, baquets ; mais il suffit de jeter les yeux sur le rapport de Bailly pour voir qu’ils
se servaient Mesmer, Deslon et ceux qui sont mis en usage aujourd’hui. Ce seront encore les commissaires du roi qui nous fourniront les renseignements sur les procédés qu'ils ont vu mettre en usage. « Il ont vu, au milieu d’une grande salle, une caisse circulaire faite de bois de chêne, et élevée d’un pied ou d’un pied et demi, qu’on nomme le baquet. Le couverele de cette caisse est percé d’un nombre de trous d’où sortent des branches de fer coudées et mobiles. Les malades sont placés à plusieurs rangs autour de ce baquet, et chacun a sa branche de fer, laquelle au moyen du coude peutêtre appliquée directement sur la partie malade. Une corde passée autour de leurs corps les unit les uns aux autres: quelquefois on forme une seconde chaîne en se communiquant par les mains, c’est-à-dire en appliquant le pouce entre le pouce et l'index de son voisin, et en pressant le pouce que l’on tient ainsi. L’impression reçue à la gauche se rend par la droite et circule à laronde. Un piano est placé dans un coin de la salle, et on y joue différents airs sur
jugé aussi un autre procédé, celui de M. Jumelin, procédé qui n’est autre que ceux employés aujourd’hui. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à lire un chapitre, que M. Husson n’a pas cité, bien entendu, et qui a pour titre: ME- THODE DE M. JUMELIN POUR MAGNÉTISER, DIFFÉRENTE DE CELLE DE MM. Mesmer ET Desion. Les commissaires, dit le rapporteur, avaient entendu parler des expériences qui ont été faites chez M. le doyen de la faculté par M. Jumelin, docteur en médecine ; ils ont désiré voir ces expériences, et ils se sont rassemblés avec lui chez l’un d'eux, M. Majault. M. Jumelin leur a déclaré qu'il n’était disciple ni de M. Mesmer ni de M. Deslon; il n’a rien appris d'eux sur le magnétisme animal, et sur ce qu’il en a entendu dire, il a conçu des principes et s’est fait des procédés. Ses principes consistent à regarder le fluide magnétique comme un fluide qui circule dans le corps (c’est la circulation nerveuse de M. Husson) comme fluide qui en émane (c’est l'expansion de M. Husson), fluide qui, comme tous les autres, tendant à l'équilibre, passe du corps qui en a le plus dans celui qui en a le moins. Quant aux procédés, M. Jumelin magnétise avec le doigt et par l'application des mains, mais sans aucune distinction de pôles.
Après avoir cité Bailly, citons une note d’un magnétiseur moderne, Bertrand ; la voici : La théorie adoptée dès ce temps-là par M. Jumelin Est Tour A FAIT ANALOGUE à Celle des magnétiseurs de nos jours.
Donc les anciens commissaires ont jugé vos nouveaux procédés, et ils les connaissaient aussi bien que vous, grâce à ce M. Jumelin. Après avoir cité le passage des baquets, on aurait dû citer le passage de M. Jumelin. |
des mouvements variés; on y joint quelquefois le son de la voix et le Chant. Tous ceux qui magnétisent ont à la main une baguette de fer, longue de dix à douze. pouces. Cette baguette, qui est le conducteur du magnétisme, le concentre dans sa pointe, et en rend les émanations plus puissantes. Le son du piano est aussi le conducteur du magnétisme ; les malades, rangés en très-grand nombre et à plusieurs rangs autour du baquet, reçoivent donc à la fois le magnétisme par tous ces moyens, par les branches de fer qui leur transmettent celui du baquet, par la corde enlacée autour du Corps, par l’union des pouces, par le son du piano. Les malades sont encore magnétisés directement, au moyen du doigt et de la baguette de fer promenés devant le visage, dessus ou derrière la tête et sur les parties malades; mais surtout ils sont magnétisés par l’application des mains et par la pression sur les hypochondres et sur les régions du bas-ventre, application souvent continuée pendant longtemps, quelquefois pendant plusieurs heures,
» Ainsi, messieurs, les expériences consistaient alors dans une pression mécanique exercée et répétée sur les lombes et sur le ventre depuis l’appendice sternale jusqu’au pubis ; elles se faisaient alors ces expériences, dans les grandes réunions, sur un grand nombre de personnes en même temps, en présence d’une foule de témoins, et il était impossible que l’imagination ne fût pas vivement excitée par la vue des appareils, le son de la musique et le spectacle des crises ou plutôt des convulsions, qui ne manquaient jamais de se développer, que Vimitation répétait, et qui avaient souvent des formes tellement effrayantes que les salles de magnétisme avaient reçu dans le monde le nom d’enfer à convulsions (1).
» Aujourd’hui, au contraire, nos magnétiseurs ne cherchent plus (2) de témoins de leurs expériences ; ils n’appellent à leur
(4) Cest vrai, c'était un enfer à convulsions, et voilà justement pourquoi les commissaires de l’académie des sciences n’ont pas voulu y faire leurs observations et leurs expériences ; voilà pourquoi ils ont refusé et leur assiduité et leur concours à ces scènes grotesques, réservant cette assiduilé et ce concours aux expériences isolées.
(2) I y a dans l'original ne veulent plus, et non pas ne cherchent plus ; mais M. Foissac aura jugé que M. Husson était allé un peu trop loin; car les megnétiseurs veulent bien; et M. Husson aura consenti à la rectification.
aide ni l'influence de la musique ni la puissance de limitation; les magnétisés restent seuls ou dans la compagnie d’un ou deux parents; on ne les enveloppe plus de cordes, on a entièrement abandonné le baquet, ainsi que les branches de fer coudées et mobiles qui en sortaient. Au lieu de la pression qu’on exerçait sur les hypochondres, sur l'abdomen, on se borne à des mouvements qui semblent, au premier coup d'œil, insignifiants, qui ne produisent aucun effet mécanique : on promène doucement les mains sur la longueur des bras, des avant-bras, des cuisses et des jambes; on touche légèrement le front, l’épigastre ; on promène vers ces parties ce que les magnétiseurs appellent leur atmosphère magnétique. Ces espèces d’attouchements n’ont rien qui puisse blesser la décence (1), puisqu'ils ont lieu par-dessus les habits, et que souvent même il n’est pas nécessaire que le contact ait lieu; car on à vu et l’on voit très-fréquemment (2) leffet magnétique obtenu en pro-
(1) Ces espèces d’attouchements, dit M. Husson, n’ont rien qui puisse blesser la décence, et cela, ajoute-t-il, parce qu’ils ont lieu par-dessus les habits : d’abord toute espèce d’attouchement d'homme à femme, de magnétiseur à jeune fille, est équivoque ; ceci nous rappelle une anecdote fort plaisante rapportée par Hoffmann ; la voici : « Je me trouvai, dit-il (op. cit.; 571), il y a plus de trente ans, dans une société où un médecin faisait l’éloge du magnétisme et du docteur Deslon, l’aide de camp de Mesmer. Parmi les auditeurs se trouvait une jeune provinciale, fort jolie, point sotte, et désirant beaucoup savoir ce que c'était que le magnétisme qui faisait tant de bruit même dans sa province.
Le docteur offrit de donner lapremièrelecon à la belle curieuse, et il fut pris au mot. «Hi lui imposa d’abord les deux mains sur le sommet de la tête, puis les descendit sur les épaules ; ensuite il appliqua la droite sur le dos et la gauche sur la poitrine ; la demoiselle frémit. » C’est ainsi qu’il faut commencer, dit le docteur.—Commencer ! «s’écria la jeune demoïselle, avec un accent qui annonçait de l'inquiétude pour la fin. Le magnétiseur glissa ensuite sa main le long du sternum, s'arrêta un moment à la partie qui correspond au bord antérieur du diaphragme ; puis tout à coupil l’appliqua fortement sur l’épigastre. La demoiselle, ’'apercevant que le magnétisme aspire toujours à descendre, se leva brusquement et dit : « Monsieur le docteur, on dit dans mon pays : jeu de mains, jeu de vilain, » Le monsieur se tourna vers nous et murmura tout bas : « Comme on est superstilieux en province ! »
(2) On a vu et l’on voit rrès-rréquemmENT : c’est une affirmation, de Ja part de M. Husson, ceci ne nous étonne pas, puisqu’en 1820 il était plus avancé que
menant les mains à une distance de plusieurs pouces du corps du magnétisé et même de plusieurs pieds, quelquefois même à son insu, par le seul acte de la volonté, par conséquent sans contact. À :
» Ainsi, sous le rapport des procédés nécessaires à la production des effets magnétiques, vous voyez qu’il existe une très-grande différence entre le mode suivi autrefois et celui adopté de nos jours (1).
» Mais C’est surtout dans la comparaison des résultats obtenus en 1784 avec ceux que les magnétiseurs modernes disent observer constamment, que votre commission a cru trouver un des plus puissants motifs de votre détermination à soumettre le magnétisme à un nouvel examen. Les commissaires, dont nous empruntons encore les expressions , nous disent « que dans les expériences dont ils ont été les témoins, les ma- » lades offrent un tableau très-varié par les différents états où ils » Setrouvent; quelques-uns sont calmes, tranquilles et n’éprou- » ventrien; d’autres toussent, crachent, sentent quelque légère » douleur, une chaleur locale ou universelle, et ont des sueufs; » d’autres sont tourmentés et agités par des convulsions : ces » convulsions sont extraordinaires par leur durée et par leur » force; dès qu’une convulsion commence, plusieurs autres se » déclarent. Les commissaires en ont vu durer plus de trois » heures ; elles sont accompagnées d’expectoration d’une eau
M. Foiïssacs mais il ne devait pas, lui rapporteur, faire parler ainsi la commission; car qu'est-ce donc qu’on verrait très-fréquemment? que l'acte de la vo lonté d’un magnétiseur agit à plusieurs pieds de distance sur une magnétisée et à l'insu de celle-ci ; or, dans toute l'académie, il n’y avait que le seul M. Husson qui eût vu cela et à l’Hôtel-Dieu ;les personnages, on s’en souvient, étaient M. Dupotet et Mie Samson; et M. Husson était l'observateur.
Cette note était écrite quand nous nous sommes aperçus que dans le manuscrit de M. Husson il y a après le mot fréquemment , disent encore les magnétiseurs modernes. M. Foissac, en supprimant ces mots, a mis l’assertion sur le compte des commissaires ; mais nous dirons comme M Dacier : Notre obsertion subsiste, puisque M. Husson a revu les épreuves de M. Foissac.
(1) Pas du tout, M. Jumelin magnétisait sous les yeux des anciens com
missaires absolument comme on magnétise aujourd’hui.
» trouble êt visqueuse arrachée par la violence des efforts ; on » y à vu quelquefois des filets de sang. Elles sont caractérisées » par des mouvements précipités, involontaires, de tous les » membres et du corps entier, par le resserrement de la gorge, » par des soubresauts des hypochondres et de l’épigastre, par le » trouble et l’égarement des yeux, par des cris perçants, des » pleurs, des hoquets et des rires immodérés ; elles sont pré- » Cédées ou suivies d'un état de langueur et de rêverie, d’une » sorte d’abattement et même d’assoupissement: Le moindre » bruit imprévu cause des tressaillements, et l’on a remarqué » que le changement de ton et de mesure dans les airs joués » Sur le piano influait sur les malades , en sorte qu’un mouve- » ment plus vif agitait davantage et renouvelait la vivacité de : » leurs convulsions. Rien n’est plus étonnant que le spectacie » de ces convulsions ; quant on ne l’a point vu, on ne peut » s’en faire une idée, et, en le voyant, on est égaiement sur- » pris et du repos profond d’une partie de ces malades et de l’a- » gitation qui anime les autres , des accidents variés qui se ré- » pètent, des sympathies qui s’établissent. On voit des malades » se chercher exclusivement, et, en se précipitant l’un vers » l’autre, se sourire et se parler avec affection, et adoucir » mutuellement leurs crises. Tous sont soumis à celui qui » magnétise; ils ont beau être dans un assoupissement appa- » rent, sa voix, un regard, un signe les en retire. On ne peut » $’empêcher de reconnaître à ces effets constants une grande » puissance qui agite les malades, qui les maîtrise, et dont » Celui qui magnétise semble être le dépositaire; cet état » Convulsif est appelé improprement crise de la théorie du » magnétisme animal ( vie Rapport de Bailly, page 5, » in-4°). »
» Aujourd’hui il n’y a plus de convulsions; si quelque mouvement nerveux se déclare, on cherche à l’arrêter; on prend toutes les précautions possibles pour ne point troubler les personnes soumises à l’action du magnétisme animal : on n’en fait plus un sujet de spectacle. Mais si l’on n’observe plus ces crises, Ces cris, ces plaintes, ces spectacles de convulsions que les commissaires avouent être si extraordinaires , on a, depuis la publication de Jeur rapport , observé un phénomène que les magnétiseurs disent tenir presque du prodige : votre commis-
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 301 sion véut parler du somnambulisme produit par l’action magnelique.
» C’est M. de Puységur (1) qui l’a observé le premier dans sa terre de Busancy, et qui l’a fait connaître à la fin de 1784, quatre mois après la publication du rapport des commissaires du roi. | |
» Vingt-neuf ans après, en 1813, le respectable M. Deleuze, à la véracité, à la probité, à l'honneur (2) duquel votre commission se plaît à rendre hommage, lui a consacré un chapitre entier dans son Histoire critique du magnétisme animal, Ouvrage dans lequel l’auteur a exposé avec autant de sagacité ‘que de talent et de méthode, tout ce qu’on recueillait péniblement dans les nombreux écrits publiés sur ce sujet à la fin du siècle dernier.
» Plus tard, au mois de mai 1819, un ancien élève et un élève distingué de l’école polytechnique, qui venait de recevoir le doctorat à la faculté de médecine de Paris, M. Bertrand (3) fit avec un grand éclat, et devant un nombreux auditoire, un Cours public sur le magnétisme et le somnambulisme. Il le re-
(1) Ici nous arrivons à l’histoire du somnambulisme ; mais tout d’abord nous voyons que le rapporteur n’est pas bien au courant de cet historique ; s’il avait bien lu de Puységur, il aurait vu que ce magnétiseur ne s’attribue pas la découverte du somnambulisme, si tant est qu’il y ait en cela découverte; c’est à son frère M. de Chastenet qu'il attribue cette découverte; M, de Chastenet l'aurait découvert au milieu des scènes variées des baquets de Mesmer ; nous avons cité ce fait; donc ce n’est pas dans le village de Busancy que le prétendu somnambulisme aurait été observé pour la première fois.
(2) Véracité, probité, honneur; un mot sur ces trois qualités attribuées pom peusement à M. Deleuze ; pour ce qui est de l’honneur et de la probité, nous n'avons rien à dire; noùs admettons pleinement que M. Deleuze a été un homme d'honneur et un homme probe; ce qui n’empêche pas qu’on ait pu le tromper et le mystifier ; quant à véracité, veut-on dire par là qu’il n’a annoncé que des faits qu’il croyait vrais; c’est là ce que nous admettrons encore; mais parce que Deleuze les croyait tous vrais, est-ce à dire qu’ils étaient tels? non certainement ; donc il ne faut pas se laisser prendre à ce mot de véracité : il n°y a de mentéur que celui qui ment sciemment; Deleuze n’était pas un menteur, mais il a pu débiter une foule de mensonges de la meilleure foi du monde.
(5) Nous connaissons les fondements de la croyance de Bertrand. Voyez (p. 268), l’histoire de la dame de quarante ans et de la jeune fille bystérique,
somnambule de sa façon et son coup d’essai,
commença avec le même succès à la fin de cette même 4nnée, en 4820 eten 18%; puis, l’état de sa santé ne lui permettant plus de se livrer à l’enseignement publie, il fit paraître en 4822 son Traié du somnambulisme , qui fut le premier ouvrage ex professo sur ce sujet, ouvrage dans lequel, outre les expériences propres à l’auteur, on trouve réunis un très-grand nombre de faits peu connus sur les possédés, les prétendus inspirés et les illuminés des différentes sectes. Avant M. Bertrand, notre esiimable, laborieux et modeste collègue, M. Georget (1), avait analysé cet étonnant phénomène d’une manière véritablement philosophique et médicale dans son important ouvrage intitulé de la Physiologie du système nerveux, et c’est dans cet ouvrage, ainsi que dans le traité du docteur Bertrand et dans le travail de M. Deleuze (2), que vos commissaires ont puisé les notions suivantes sur le somnambulisme.
» Si l’on en croit (3) les magnétiseurs modernes, et à cet égard leur rapport est unanime, lorsque le magnétisme produit le somnambulisme, l'être qui se trouve dans cet état acquiert une extension prodigieuse dans la faculté de sentir. Plusieurs de ses organes extérieurs ordinairement, ceux de la vue et de. l’ouie, sont assoupis, et toutes les sensations qui en dépendent s’opèrent intérieurement. Le somnambule a les veux fermés, ne voit pas par les yeux, il n’entend point par les oreilles; mais il voit et entend mieux que l’homme éveillé. Il ne voit etn’entend que ceux avec lesquels il est en rapport, et ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention. Il est soumis à la volonté de son magnétiseur
(4) Nous savons comment Georget avait analysé cet étonnant phénomène. Voyez (p. 261) l’histoire de Pétronille jetée à l’eau par MM. Londe et Mitivié, puis l'histoire de la veuve Brouillard, et vous saurez comment a été mystifé Georget tout estimable, laborieux et modeste qu'il était.
(2) En vérité le rapporteur avait puisé aux bonnes sources; M. Husson doit faire un rapport sur une question de convenance, d'opportunité; savoir s’il convenait, s’il était opportun de constater la réalité des assertions soutenues par les magnétiseurs, et il va chercher ses raisons précisément dans les ouvrages des magnétiseurs,
(8) Voilà toute une longue tirade qui va suivre ce si l’on en croit ; mais là était précisément la question ; car si l’on n’en croit pas, toutcela tombe. Avec un si l'on en croit, on pourrait tout faire passer,
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 303 pour, tout ce qui ne peut lui nuire et pour tout ce qui ne contrarie pas en lui les idées de justice et de vérité. Il sent la volonté de son magnétiseur ; il aperçoit le fluide magnétique; il voit ou plutôt il sent l’intérieur de son corps et celui des autres; mais il n'y remarque ordinairement que les parties qui ne sont pas dans l’état naturel et dont l'harmonie est troublée. Il retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu’il avait oubliées pendant la veille. 11 a des prévisions, des pressentiments qui peuvent être erronés dans plu- Sieurs circonstances, et qui sont limités dans leur étendue. Il s’énonce avec une facilité surprenante; il n’est point exempt d’une vanité qui naît de la conscience du développement de cette singulière faculté. Il se perfectionne de lui-même pendant un certain temps, s’il est conduit avec sagesse; mais il S’égare s’il est mal dirigé. Lorsqu'il rentre dans l’état naturel, perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu’il a eues dans l’état de somnambulisme 4 tellement que ces deux états sont aussi étrangers l’un à l’autre que si le somnambule et l’homme éveillé étaient deux êtres différents; souvent, dans ce singulier état, on est parvenu à paralyser, à fermer entièrement les sens aux impressions extérieures, à tel point qu’un flacon contenant plusieurs onces d’ammoniaque concentré a pu être tenu sous le nez pendant cinq, dix, quinze minutes et plus, sans produire le moindre effet, sans empêcher aucunement la respiration, sans même provoquer l’éternument; à tel point que la peau était également d’une insensibilité complète, lorsqu’on la pinçait de manière à la faire devenir noire, lorsqu’on la piquait; bien plus, elle a été absolument insensible à la brûlure du moxa, à la vive irritation déterminée par l’eau chaude très-chargée de farine de moutarde, brûlure et irritation qui étaient vivement senties et extrêmement douloureuses lorsque (1) la peau reprenait sa sensibilité normale.
» Certes, messieurs, tous ces phénomènes, s'ils sont réels (2),
(4) Ici il y a quelque chose de plus dans l'original ; il y a lorsque l’état de somnambulisme étant cessé; on aura supprimé cet étant cessé, comme négli-
gence de style et on a bien fait, , (2) Oui s'ils sont réels ! c’est comme si l'on en croit, une toule petite condi-
méritent bien qu’on en fasse une étude particulière, et C’est précisément parce que votre Commission Îles a trouvés tout à fait extraordinaires, et jusqu’à présent inexpliqués, nous ajoutons même incroyables, quand on n’en à pas été témoin, qu’elle n’a pas balancé à vous les exposer, bien convaincue que, comme elle, vous jugerez convenable de les soumettre à un examen sérieux et réfléchi. Nous ajouterons que les commissaires du roi n’en ayant pas eu Connaissance, puisque le somnambulisme ne fut observé qu'après la publication de leur rapport, 1l devient instant d'étudier cet étonnant phénomène, et d’éclaircir un fait qui unit d’une manière si intime la psychologie et la physiologie, un fait, en un mot, qui, s’ilest exact, peut jeter un si grand jour sur la thérapeutique.
» Et s’il est prouvé, comme l’assurent les observateurs modernes, que, dans cet état de somnambulisme dont nous venons de vous exposer analytiquement les principaux phénomènes , les personnes magnétisées aient une lucidité qui leur donne des idées positives sur la nature de leurs maladies, sur la nature des affections des personnes avec lesquelles on les met en rapport, et sur le genre de traitement à opposer à ces deux cas; s’il est constamment vrai, comme on prétend l'avoir observé en 4820 (1), à l'Hôtel-Dieu de Paris, que pendant ce
lion; après si l’on en croit vient une description de faits extraordinaires, mer- Veilleux, de vrais miracles enfin, mais qni tombent d'eux-mêmes, qui ne sont plus que des mensonges, des jongleries, des mystifications, si l’on n’en croit pas MM. les magnétiseurs. Ici avec cette condition , s’ils sont réels, aucun examen n'est nécessaire; Ce sont des phénomènes étonnants; ils unissent, ajoute le rapporteur, la psychologie et la physiologie, etc., etc. ; mais s'ils ne sont pas réels ? n
Enfin, dit le rapporteur, ces phénomènes peuvent jeter un grand jour sur la thérapeutique (singulier jour qui annihilerait tout). Mais s’ils ne sont pas réels encore un coup? le paragraphe suivant, précédé encore d’un s’il est prouvé, n’est pas moins curieux.
(2) Ne vous cachez pas par modestie : c’est vous, M. Husson, qui prétendez avoir observé cela en 4820 à l'Hôtel-Dieu , à l’époque où votre croyance étonnait M. Foissac ; c’est vous qui avez été témoin d’une lucidité qui donnait à M°° Samson des idées positives sur la nature de ses maladies , les petits boutons blancs et rouges, et la poche de sang, et le fil qui remuait le cœur; c'est vous qui avez noté le genre de traitement à opposer dans ce cas, c'est-à-dire la guimauve, les loochs et Les adoucissants (voyez p. 259).
singulier état la sensibilité soit tellement assOupié qu'on puisse Impunément cautériser les somnambules ; S'il est également vrai que, comme on assure l'avoir vu à la Salpêtrière, en 1821, les somnambules jouissent d’une prévision telle, que des femmes bien reconnues comme épileptiques, et comme telles traitées depuis longtemps, aient pu prévoir vingt jours d’avance, le jour, l’heure, la minute où l'accès épileptique devait leur arriver et arrivait en effet, et si enfin il est également reconnu par les mêmes magnétiseurs que cette singulière fa- Culté peut être employée avec avantage dans la pratique de la médecine, il n’y a aucune espèce de doute que ce seul point de vue ne mérite l'attention et l’examen de l’académie (1).
» À ces considérations, toutes prises dans l'intérêt dé la science, permettez-nous d’en ajouter une que nous puisons dans l’amour-propre national (2). Les médecins français doivent-ils rester étrangers aux expériences que font sur le magnétisme les médecins du nord de l'Europe? Votre commission ne le pense pas. Dans presque tous les royaumes de ces contrées, le magnétisme est étudié et exercé par des hommes fort habiles, fort peu crédules ; et, si son utilité n’y est pas généralement reconnue, on assure (3) du moins que sa réalité n’y est pas mise en doute. Ce ne sont plus seulement des écrivains enthousiastes qui donnent des théories ou qui rapportent des faits, ce sont des médecins et des savants d’un ordre distingué.
» En Prusse, M. Hufeland, après s'être prononcé contre le magnétisme, s’est rendu à ce qu’il appelle l'évidence, et s’en est déclaré le partisan. On à établi à Berlin une clinique con-
(4) Dans l'original il n’y a pas académie, il y a toujours section, et il ne pouvait pas y avoir académie puisque le rapport était fait à une section; nous l'avons déjà fait remarquer.
(2) Voilà l’amour-propre national bien placé ; c'est du Nord maintenant que nous vient la lumière; mais quelles lumières, que celles qui nous ont été apportées depuis Mesmer jusqu’à Hahnemann! Parce que ailleurs on se laisse aller à desrêveries, il ne faut pas rester en arrière. Eh quoi ! s’écrie M. Husson, dans un des paragraphes suivants, resterons-nous en arrière des peuples du Nord ! Non vraiment, il faut nous hâter de les devancer ; et pour nous y inciter arrivent des citations sur ce qui se passe chez les peuples du Nord.
(5) On assure! qui assure cela? En semblable matière il faut au moins indi-
quer les sources; et nous ne trouvons ici que des assertions. :
sidérable (4), dans laquelle on traite avec succès les malades par cette méthode, et plusieurs médecins ont aussi des traitements avec l’autorisation du gouvernement; car il n’est permis qu’à des médecins approuvés d’exercerpubliquementlemagnétisme.
» À Francfort, M. le docteur Passavant à donné un ouvrage extrémement remarquable, non-seulement par l'exposition des faits, mais encore par les conséquences morales et psychologiques qu’il en déduit. À Groningue, M. le docteur Bosker, qui jouit d’une grande réputation, a traduit en hollandais l'Histoire crilique du magnétisme, de notre honorable compatriote M. Deleuze, et il y à joint un volume d’observations faites au traitement qu'il à établi conjointement avec ses confrères. À Stockholm, on soutient, pour le grade de docteur en médecine, des thèses sur le magnétisme, comme on en soutient dans toutes les universités sur les diverses parties de la science.
» À Saint-Pétersbourg, M. le docteur Stoffreghen, premier médecin, de l’empereur de Russie, et plusieurs autres médecins, ont également prononcé leur Opinion sur l’existence et l'utilité du magnétisme animal. Quelques abus auxquels on a été exposé lorsqu'on. en faisait usage sans précaution ont fait suspendre les traitements publics ; mais les médecins y ont recours dans leurs pratiques particulières lorsqu'ils le jugent utile, Près de Moscou, M. le comte Panin (2), ancien ministre de Russie, a établi dans sa terre, sous la direction d’un médecin, un traitement magnétique où se sont opérées, dit-on, plusieurs guérisons importantes.
(1) On a établi à Berlin une clinique: eh! mon Dieu! qui est-ce qui n’établit pas de cliniques aujourd'hui, n’avons-nous pas des cliniques komæopathiques, el des dispensaires de toutes les façons? Mais ne parlons pas de l’homæopathie, car M. Husson pourrait bien inviter l'académie à ne pas rester sous ce rapport en arrière des peuples du Nord ; des nations, ainsi qu’il ledit fort bien, que TOUS avons le noble orgueil de croire en arrière de nous pour la civilisation et Pour l'avancement des sciences.
(2) M. le comte de Panin fait très-bien ici; un ancien ministre de Russie ! qui établit dans sa terre des représentations somnambuliques, à l'exemple du marquis de Puységur, dans sa terre de Busancy : amusementis d’un grand Segneur, qui vous à une troupe de somnambules, comme il a une troupe de musiciens el de danseuses ; Caprice d’un noble russe, qui a vu qu’il y allait de l'amour-propre national qu’il ne fallait pas rester en arrière des nations, elc.s AUI aVaIL fe noble orgueil,. ele, ete... d'avoir:à. son: servieei des somnambules.
= Resterons-nous en arrière des peuples du Nord, messieurs ? n’accorderons-nous aucune attention à un ensemble de phénomènes qui à fixé celle des nations, que nous avons le EG eue de croire en arrière de nous pour la civilisation pour l'avancement dans les sciences? Votre commission, messieurs, Vous Connaît trop pour le craindre. » Enfin, n'est-il pas déplorable que le magnétisme s'exerce, se pratique, pour ainsi dire sous vos yeux, par des gens tout à fait étrangers à la médecine, par des femmes qu’on promène clandestinement dans Paris, par des individus qui semblent faire mystère de leur existence (4)? Et Pépoque n'est-elle pas arrivée où, selon le vœu exprimé depuis longues années par les personnes honnêtes et par les médecins qui n’ont pas cessé d'étudier et d'observer dans le silence les phénomènes du magnétisme, là médecine française doive enfin, s’affranchissant de la contrainte à laquelle paraissent lavoir condamnée les jugements de nos devanciers, examiner, juger par elle-même des faits attestés par des personnes à la moralité, à la véracité, à Pindépendance et au talent desquelles tout le monde s’empresse de rendre hommage ?
. » Nous ajoutons, messieurs, qué, par le mode de votre institution (2), vous devez connaître de tout ce qui peut avoir rapport à l'examen des remèdes extraordinaires et secrets, et que ce qu’on vous annonce du magnétisme ne füt-il qu’une jon-
(4) Vient enfin la partie déplorable.
I faut que M. Husson ait été le jouet d’une étrange illusion; comment n'avait-il pas vu que ces femmes somnambules que l’on promenait clandestine= mert dans Paris cherchaient tout simplement à augmenter le nombre de leurs dupes? et qu’il ne leur manquait plus pour cela que la sanction académique ? Comment ! il croit qu'après avoir fait reconnaître par l'académie que ces somnambules voient dans les corps de leurs clients et indiquent un traitement convenable , il croit qu’on ne les promènera plus clandestinement dans Paris ? Il ne voit donc pas qu’on vient tout simplement inviter l'académie à leur délivrer en quelque sorte un diplôme de capacité ?
(2) Voiciunesingulière argumentation : l'académie serait instituée précisément pour prendre connaissance de toutes les jongleries des charlatans! quant à nous, nous respectons trop le corps dont nous faisons partie pour admettre une sem blable proposition. L'académie, lorsque l'autorité lui en donne la mission , doit examiner si les remèdes dits secrets peuvent ow non étre nuisibles à la santé publique ; mais inférer de là qu’elle doits'immiscer dans tous les tours de passepasse des charlatans, c’est fort mal raisonner, et Ge plus c'est fori mal penser d’un corps respectable.
glerie imaginée par les charlatans pour tromper la foi publique, il suffit que votre surveillance soit avertie pour que vous ne balanciez pas à remplir un de vos premiers devoirs, à user d’une de vos plus honorables prérogatives, celle qui vous est conférée par l'ordonnance royale de votre création, l’examen de ce moyen qui vous est annoncé comme un moyen de guérison.
En se résumant, messieurs, la commission pense (1) :
1° Que le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le roi d'examiner le magnétisme animal ne doit en aucune manière vous dispenser de l’examiner de nouveau, parce que, dans les sciences, un jugement quelconque n’est point une chose absolue, irrévocable (2).
» 2° Parce que les expériences d’après lesquelles ce jugement a été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires, et avec des dispositions morales qui devaient, d’après les principes du fait qu'ils étaient chargés d'examiner , les faire complétement échouer (3).
» 3° Que le magnétisme jugé ainsi en 1784 diffère entièrement par la théorie, les procédés et les résultats, de celui que des observateurs exacts, probes, attentifs, que des médecins éclairés, laborieux, opiniâtres, ont étudié dans ces dernières années (4).
(1) Nous aussi nous allons nous résumer, mais pour ne pas procéder de nouveau par des dénégations fastidieuses , par des preuves que déjà nous ayons exposées ; nous tirerons aussi nos conclusions, et nous les placerons au bas des conclusions de M. Husson ; nous donnerons les nôtres comme autant de variantes ; on jugera quelles sontles plus logiques.
(2) 1° Le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le roi d’examiner le magnétisme animal doit dispenser l’académie de tout examen sur cette question, parce que dans les sciences un jugement logiquement déduit est une chose absolue , irrévocable.
(5) 2° Parce que les expériences isolées et vraiment probantes d’après lesquelles le jugement a été porté ont été faites avec ensemble et avec le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires , et avec des dispositions morales qui devaient, d’après les principes du fait qu’ils étaient chargés d'examiner, faire échouer ces expériences si elles étaient fausses.
(4) 3° Parce que le magnétisme jugé ainsi en 1784 ne diffère pas essentiellement par la théorie, les procédés et les résultats de celui que des observateurs peu exacts, et peu difficiles (parmi lesquels se trouvaient des médecins qu’on avait
» 4° Qu'il est de l’honneur de la médecine française de ne pas rester en arrière des médecins allemands dans l'étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent (1).
5° Qu’en considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l’académie de l’étudier, de lexpérimenter, enfin d'en enlever l'usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l’art, qui abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation (2).
» D’après toutes ces considérations, votre commission est d’avis que la section doit adopter la proposition de M. Foissac, et charger une commission spéciale de s’occuper de l'étude et de l'examen du magnétisme animal (3) (*).
» Signé ADELON, PARISET , Marc, BurDIN aîné, Husson, rapporteur. »
La section renvoie la discussion de ce rapport à une de ses prochaines séances.
induits en erreur, malgré leurs lumières, leurs travaux et leur opiniâtreté), ontétudié dans ces dernières années,
(1) 40 Qu'il est de l’honneur de la médecine française de ne pas se mettre à la suite de quelques médecins allemands dans l’étude des phénomènes que les partisans du magnétisme, hommes en général peu éclairés et pour la plupart intéressés, annoncent être produits par cenouvel agent.
(2) 5° Qu'on ne saurait considérer le magnétisme animal comme un remède, et partant l’académie comme obligée de l’étudier et de l’expérimenter, et qu’en outre cet examen serait une sanction donnée à la pratique de gens tout à fait étrangers à l’art, qui déjà abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation.
(3) D’après ces considérations, nous aurions émis l’avis que la section passät à l’ordre du jour sur la proposition tout à fait déplacée de M. Foissac, et qu’elie se gardât bien de charger une commission spéciale de s’occuper de l’examen et de l’étude du magnétisme animal.
(*) Cette dernière conclusion dans le texte, dans l’original écrit tout entier de la main de M. Husson, et contre-signé par les commissaires, ne fait aucune mention, ni de M. Foissac, ni de sa proposition; comment se fait-il done que ce même M. Foissac, publiant ce rapport sous les auspices de M. Husson , et après luien avoir soumis les épreuves (voyez Foiss., pag. 210), se soit permis de faire dire à M. Husson ce qu'il n’a pas dit, de lui faire faire à la section une proposition qu’il n’a pas faite, et conséquemment de supposer que la section a adopté cette même proposition qui ne lui a pas été faite ?
La discussion sur le magnétisme animal est ouverte par M. Hussow, rapporteur de ia commission; il rappelle la conclusion du rapport, qui est que la section nomme une commission pour se livrer à un examen et à des recherches sur le magnétisme animal. Plusieurs membres obtiennent successivement la parole , d’après l’ordre dans lequel ils se sont fait ‘inscrire au bureau. |
M. DESGENETTES combat la proposition de la commission ; il convient que le jugement porté sur le magnétisme animal en 1784, par des commissaires de l'académie des sciences et de la société royale de médecine, n’interdit pas rigoureusement un nouvel examen, attendu que, comme il est dit dans le rapport, dans les sciences un premier jugement est souvent révoqué; Mais il récuse les preuves qu’a données de cette assertion le rapporteur , les thèses diverses qu’il a citées, et ce qu’il a dit de la prescription de l’'émétique et de l’inoculation par le parlement de Paris, D’un côté, ces thèses étaient des actes individuels, qui même étaient sans grande importance dans ces temps où elles n'étaient pas des actes probatoires pour l’admission au doctorat ; d’un autre côté, le parlement n’a jamais défendu l’émétique ni l’inoculation; dans ses arrêts sur ce double objet, il a toujours suivi les opinions qu'ont successivement émises les autorités compétentes, les facultés de médecine.
M. Desgenettes défend ensuite les commissaires de 4784 du reproche que leur à fait le rapporteur de m'avoir pas fait leur examen avec plus de soin; il pense que lé respect des convenances et une double discrétion leur interdisaient une exploration plus sévère. Du reste, il rappelle l'opinion qu’a émise sur le magnétisme le célèbre Thouret, et répète d’après ce mé- decin que le magnétisme n’est en tout qu’une jonglerie, Selon lui, c’est à tort encore qu’on a dit dans le rapport que le magnétisme d'aujourd'hui diffère de celui examiné et jugé en 4784; il s’en rapproche au moins en ce sens qu’il est tout aussi riche en miracles ; or les somnambules des magnétiseurs de nos jours ne font pas moins de merveilles que les arbres des magnétiseurs des temps anciens, Quant aux travaux scientifiques sur le magnétisme que le rapporteur a cités et qu’il présente Comme un modèle et un motif d’'émulation pour la section, M. Desgenettes fait remarquer qu’ils sont tous entrepris en Allemagne , et qu’il y a quelque raison d’être en garde contre les inspirations d’un pays qui blâme la méthode d’expérimentation de Newton, et lui préfère la pure intuition. Il termine en votant le réjet de la proposition de la commission, dont ia publicité, dit-il, a déjà eu cette fâcheuse influence qu’elle à redoublé l'audace des magnétiseurs , et a été prise pour une approbation du magnétisme.
M. Virgy approuve la proposition de faire de nouvelles expériences et recherches surle magnétisme animal; dans une lettre au président delasection, il a même dèslongtemps indiqué quelques-unes des expériences que, selon lui, ilserait utile de faire; mais il regrette que la commission, dans son rapport, n’ait parlé que des travaux des commissaires de l'académie des sciences et de la société royale de médecine, et qu’elle se soit tue sur ceux des nombreux savants qui d’autre part se sont occupés de cette question. Il aurait désiré surtout qu’elle se prononçât aussitôt avec force contre lés pratiques médicales et les jongleries honteuses qui déshonorent la cause du magnétisme, et qu’elle annonçât qu’elle ne voulait s'occuper que de la recherche soit physiologique, soit physico-logique des influences qu'il peutexercer réellement sur le système nerveux. Il craint que, par suite du silence de la commission sur ce point, Fopinion publique ne soit trompée , et même que les expériences projetées n’alent
pas le caractère de sévérité et d’exactitude que réclame la science. Du reste il ne croit pas que la section puisse sans déshonneur reculer deyant la question qu’on défère à son examen, et il Vote pour la nomination d’une commission dans laquelle seront admis des contradicteurs. | M. Bazzy ne pense pas qu’il soit dans les intérêts de la science et de l'humanité de former la commission à laquelle conclut le rapport; selon lui, une discussion scientifique sur le magnétisme animal aurait dû précéder la délibération que va prendre la section, et c’est sur les faits scientifiques, et non, comme l’a fait la commission, sur des motifs en quelque sorte en dehors de la question, que cette commission aurait dû appuyer sa proposition. Il fut longtemps sans croire au magnétisme; une expérience de MM. Arago et Ampère a fait naître en son esprit quelques doutes : ces savants physiciens, ayant imprimé un mouvement Circulaire à un disque de métal placé au-dessous d’un barreau aimanté, ils ont vu le barreau tourner; cependant ce métait pas par le moyen de l’air que le mouvement circulaire imprimé au disque avait été communiqué à l'aiguille, car le phénomène fut le même quand ils eurent mis le barreau aimanté dans un appareil isolé. Y aurait-il donc encore dans la nature quelque fluide impondérable autre que ceux qui sont admis en physique? Quoi qu’il en soit de l'application qu’on peut faire de ce fait au magnétisme, M. Bally ne voit pas quels services pourrait rendre la commission qu’on propose de créer; sans doute dans ses recherches elle élaguerait tout ce: qui est surnaturel, elle n’aspirerait qu’à constater des phénomènes physiques ; or la récapitulation des phénomènes physiques du magnétisme a déjà été faite souvent ; le travail de la commission n’ajouterait ni à leur nombre ni à leur légitimité : bien plus, comme la commission ne devrait admettre par avance aucuns faits, mais qu’elle aurait à les vérifier tous, il s'ensuit qu’on ne peut spécifier aujourd’hui ce qu’elle aurait à faire, et qu’à la différence de ce qui est et doit être dans toutes les académies le but de son travail n’est pas déterminé. M. Bally conclut donc à ce que la section ne prenne pas ainsi les devants en Ce qui Concerne le magnétisme animal, mais qu’elle attende que des mémoires sur cette question litigieuse lui soient envoyés ; il croit d'autant plus convenable d'agir ainsi, qu’il est
prouvé qu’en général les commissions servent peu aux progrès des sciences, et que particulièrement celle qui serait créée pour lexamen du magnétisme aurait à se défendre des piéges dont l’entoureraient la fourberie, la jonglerie ou la crédulité.
On peut en effet, dit-il, comparer sous beaucoup de points de vue les phénomènes que paraissent éprouver aujourd’hui les magnétisés avec ceux qu'éprouvaient les initiés aux myStères de Corée ou d’Eleusis; et les oracles prononcés par les somnambules magnétiques de nos jours ne doivent pas paraître moins suspects aux maints sages que ceux que faisaient entendre les sibylles et les pythonisses des temps anciens.
M. Bazzy trouve un argument contre la proposition de la commission dans ce fait, annoncé par tous les magnétiseurs, que la personne qui magnétise acquiert sur celle qui est magnétisée un pouvoir souverain ; il fait ressortir tout ce que ce fait a d'inconvenant et même de dangereux relativement à la morale publique. En somme, dit en terminant M. Bally, le magnétisme actuel est ridiculisé partout ; considéré dans les faits qu’il accuse, dans les pratiques qu’il emploie, tout en lui est ténèbres, confusion ; il est et sera toujours une mine inépuisable pour les charlatans ; la section qui doit combattre ceux-ci ne doit donc pas, par la mesure qu’on lui propose, leur ouvrir un champ si fécond.
M. Orrira défend la proposition de la commission. Ceux qui la combattent, dit-il, se fondent sur les trois raisons suivantes : 4° sur ce que la section n’a pas été provoquée à se livrer à lexamen qu’on lui conseille de faire, et qu’il y a imprudence à aborder ainsi sans nécessité une question si litigieuse ; 2 sur ce que le magnétisme animal n’est qu’une jonglerie ; 8° enfin sur ce que les commissions en général ne travaillent pas. Or le premier fait n’est pas exact : un médecin de Paris, M. Fois- Sac, a provoqué la section à s'occuper du magnétisme, en of- frant de soumettre à lPexamen de commissaires nommés par elle une somnambule magnétique; et des médecins recommandables, membres de l'académie, M. Rostan particulièrement, ont hautement appelé l'attention des savants sur cette question dans des écrits récents. En second lieu, s’il est probable qu’il y a beaucoup de jonglerie dans ce qu’on rapporte des phé-
314 HISTOIRE ACADÉMIQUE nomènes magnétiques, n’y a-t-il pas de la témérité, ou au moins de l’imprudence, à affirmer qu’il n’y a rien de vrai dans tout ce qu’on en dit? Le témoignage d’un médecin Comme M. Rostan ne lui permet pas de le faire. Arguerait-on de ce qu’il y a d’extraordinaire dans les phénomènes magnétiques ? mais les phénomènes de l'électricité durent-ils paraître dans l’origine moins merveilleux ? et eût-il été philosophique de traiter de jongleur Franklin, quand il annonçait qu'avec une pointe métallique il acquérait le pouvoir de diriger la foudre ? Enfin, s’il est vrai qu’une commission en général travaille peu quand ses membres sont astreints à opérer en conscience, M. Orlila croit qu’il n’en est pas de même quand chaque membre peut agir isolément, et vient ensuite unir le fruit de ses recherches à celui de ses coopérateurs. M. Orfila conclut donc à la formation d’une commission composée de dix membres ; par cette décision, la section servira les intérêts de toute la société, car l'opinion qu’elle portera sur le magnétisme consécutivement à des recherches aura dans le monde une influence salutaire : M. Orfila en donne pour preuve le remède de Leroy, dont la vogue était jadis extrême, et qui, depuis le rapport de l'académie, est abandonné en beaucoup de villes de France. M. Dour combat la proposition; le rapport, selon lui, n’est qu’une apologie du magnétisme, et tel n’était pas le mandat qu'avait reçu la commission. Est-il bien possible de croire que les juges de 4784 ont fait, comme l’avance la commission, leur examen avec prévention et légèreté? Des noms tels que ceux de Lavoisier, Bailly, Franklin, Thouret, ne repoussent-ils pas de suite un tel soupçon ? En vain on a dit que le magnétisme d'aujourd'hui différait de celui qui à été jugé alors; ce sont toujours au fond les mêmes idées ; on les a seulement modifiées d’après le nouvel esprit de notre temps. Lorsqu'on voulait aller chercher des exemples et des modèles hors de France, pourquoi aller les prendre en Allemagne, dans ce pays d’où viennent tant de systèmes extravagants ? Et que ne citait-on plutôt l’Angleterre, ce pays qui a vu naître Newton, et qui, dans la culture des Sciences suivant la marche sévère de l'expérience et de l’observation, à dédaigné jusqu’à présent de s'occuper du magnétisme animal ? C’est à tort que la commission s’autorise de l'attribution qu’a l'académie d’examiner les remèdes secrets ;
si le magnétisme en est un, l'autorité lui en a-t-elle déféré l’examen ? Après avoir ainsi combattu les arguments du rapport, M. Double passe à l'examen de la question en elle-même : il à fait du magnétisme une étude personnelle, soit comme magnétisé, soit Comme magnétiseur, et jamais il n’a vu se produireaucun phénomène, Quel que soit le magnétiseur que lon invoque, il n’en est aucun duquel on ne puisse citer soit des erreurs soit des déceplions. Considère-t-on la question sous le rapport thérapeutique ? quelle prétention absurde que celle de manier un agent qu’on ne connaît pas, et que d'aucune manière On ne peut saisir! L’envisage-t-on sous le rapport de lascience seulement ? quel bizarre et incohérent assemblage que la théorie des faits magnétiques ! L'élection d’une commission pour faire l'examen de ces faits ne peut que nuire à la science et compromettre l'académie : en général les corporations et les commissionsnesontpas propres à recueillir des faits; c’est àdes travaux individuels que cette tâche est demandée; la mission des académies est plus particulièrement de juger les faits une fois recueillis et de les systématiser; dans le cas particulier, quel danger que la commission soit trompée ! et combien les amplifications sont plus graves pour les compagnies que pour les individus? Les axiomes des magnétiseurs peuvent même être invoqués contre la proposition de la commission; les académies, disent-ils, ne sont pas dans les conditions convenables pour constater et recueillir Les faits magnétiques : pour la production de ceux-ci, il faut de la part des expérimentateurs actifs et passifs, volonté, confiance et foi, et des commissaires peuvent-ils être jamais dans les conditions exigées? M. Double enfin rappelle le fait, déjà indiqué par M. Bailly, que la personne magnétisée est momentanément mise dans la dépendance la plus absolue de la personne qui magnétise; il développe de même le danger que présente sous ce rapport le magnétisme relativement à la morale publique; et, votant contre la création d’une commission, il veut que la section attende pour ses recherches que des mémoires scientifiques sur le magnétisme lui soient envoyés.
M. LaAENNEG vote contre la proposition de la commission, et cela parce que l’étude personnelle qu’il à faite depuis vingt ans du magnétisme lui a prouvé que tout y était déception et jon-
316 HISTOIRE ACADÉMIQUE glerie; Cependant il apportait à cette étude des préventions favorables, et, il peut le dire, un commencement de foi. 11 a commencé par magnétiser, et il s’est trouvé avoir peu de puissance magnétique. En général, quoi qu’on ait dit, dans le genre des recherches dont il s’agit ici, ©’est un mauvais moyen, dit M. Laennec, que de magnétiser soi-même; on court le risque d’être la dupe de sa propre vanité, ou de l'intérêt que l’on finit par prendre à la personne que lon magnétise. Parmi les influences magnétiques, il en est en effet beaucoup qui se rapportent aux impressions que font naturellement les uns sur les autres des individus qui ont eu corrélation, et M. Laennec cite comme preuve de cette assertion l'erreur qu’il a vu commettre à une femme somnambule : cette femme magnétisée par deux individus, l’un beau, mais anaphrodisien, et l'autre laid, mais avec intégrité des facultés génitales, ne reçut d’impressions que du premier : évidemment en ce cas limpression que cette femme avait reçue avant l’expérience par les yeux l’emporta sur ce qu’aurait dû lui apprendre le prétendu sens magnétique. M. Laennec professe donc que, pour s’éclairer sur cette matière, il est mieux d'observer les magnétiseurs. Or, encore une fois, ce qu’il en a vu lui a démontré que les neuf dixièmes des faits magnétiques sont controuvés. Ce médecin apporte en preuve de cette assertion que les phénomènes provoqués par le magnétisme diffèrent selon chaque magnétiseur, et qu'il en est de même pour les oracles rendus par les somnambules. Ainsi Mesmer par ses pratiques magnétiques suscitait des convulsions ; et au contraire Deslon, qui était médecin, provoquait de véritables crises comme on voit dans les maladies : celui-ci d’ailleurs commençaittoujoursses expériences en disant : Unissons-nous, et ce mot était un signal auquel chaque adepte disait une formule de prières. De même lessomnambules de M. de Puységur n’admettent queles connaissances qu'avait ce magnétiseur ; celles de M. Deleuze en montrent davantage, parce que cet homme recommandable à bien plus d'instruction que n'en avait M. de Puységur; enfin il a vu dernièrement une Somnambule dirigée par un pharmacien, et celle-ci se distinguait par l’art avec lequel elle formulait les médicaments qu’elle conseillait. Tousles membres inscrits ayantétéentendus. M. Hussox, rapporteur de la commission » demande que
la section, vu l'heure avancée, attende jusqu’à la séance pro- Chaine pour qu'il puisse présenter sa réponse : MM. Renauldin, Itard, appuient cette demande d’ajournement, Quelques membres proposent que la discussion soit close, et que le rapporteur seul puisse désormais être entendu ; mais la section n’adopte pas cette proposition, et renvoie seulement la continuation de la discussion à la séance prochaine.
M. Husson, rapporteur de la commission du magnétisme animal, avertit qu’il ne prendra la parole que lorsque toutes les personnes qui se sont inscrites pour parler, pour ou contre les propositions de la commission » aAurONt été entendues, et que lorsque la section aura clos la discussion. M. le président donne successivement la parole aux membres inscrits.
M. CnaRnez appuie les propositions de la commission; rien ne prouve mieux, selon lui, la nécessité d’un nouvel examen du magnétisme, que la divergence des opinions émises sur Cette question dans l’académie elle-même : ceux qui s'opposent à Cet examen oseraient-ils assurer qu'ils émettent leur avis, la main sur le cœur, comme des justes? peuvent-ils accuser les magnétiseurs d’exclure les savants du droit d’examiner le magnétisme, au moment même où ils le défèrent à l'examen de la section? Les magnétiseurs n’exigent d’autres conditions qu'une volonté ferme ; et combien d’autres actes de l'économie réclament la même influence! On a conclu que le magnétisme n'était rien, de ce qu’on n’en a pas encore déterminé les lois ; Mais, à ce titre, on nierait l'influence cérébrale, dont le mécanisme est tout aussi ignoré. On a voulu que le magnétisme Consistât exclusivement dans l'influence d’un sexe sur l’autre mais on voit des enfants eux-mêmes.devenir des somnambules Magnétiques; la réalité des phénomènes magnétiques est, selon M. Chardel, incontestable, et ce médecin a particulièrement observé celui de ces phénomènes qu’on appelle somnambulisme, dans lequel il y a exaltation , développement remarquable de toutes les facultés, et spécialement du sens de la vue,
avec cette singularité extraordinaire qu’on ne conserve aucun souvenir de ce qu’on a dit ou fait pendant la durée de ce somnambulisme, une fois qu’on en est sorti; mais qu’on retrouve tous ces souvenirs lorsqu'on en éprouve un nouvel accès. Quant à ce qui est du magnétisme, considéré comme agent thérapeutique, M. Chardel n’a pas d'observations assez nombreuses pour se prononcer sur cette question, mais il est disposé à croire qu’il faut n’user de cet agent qu'avec la plus grande réserve. En somme, que les phénomènes magnétiques soient des phénomènes nerveux d’un ordre particulier, ou qu’ils soient des produits de l’imagination, dans l’un et l’autre cas ils sont dignes d’être étudiés sous le point de vue de la physiologie au moins. Peut-on arguer d’un premier jugement qui, malgré les noms imposants des juges, n’a pas empêché le magnétisme de grandir encore pendant quarante ans ? Et ne serait-ce pas une chose bien étrange qu’une succession d’observateurs, où trompeurs ou trompés ?
M. Rocnoux, pour prouver que Loan que l’on propose est impossible, invoque seulement ce dogme des magnétiseurs : qu'il suffit que parmi les assistants il se trouve une personne dont la volontésoit opposée à celle du magnétiseur, pour empècher celui-ci de développer aucun phénomène magnétique; cela seul, selon lui, fonde un obstacle invincible à toute explo= ration tentée par une commission. Aussi, sans parler de la prévision magnétiquequi, si elle était vraie, aurait depuis longtemps obligé à fermer la loterie; sans parler des autres phénomènes du somnambulisme que le docteur Bertrand veut rapporter à l’ex= tase, et que M. Rochoux considère comme des résultats d'allucination, ce médecin se borne à ce seul fait de l’impuissance avouée par les magnétiseurs, de surmonter les volontés contraires, pour être autorisé à voter contre les propositions de la commission.
M. Marc rappelle qu'il a le premier appuyé la proposition que faisait à la section M. le docteur Foissac, de soumettre à un nouvel examen les phénomènes du magnétisme animal, croyant que ce serait rendre un service à la société que de discuter ce qu’il y a de vrai et ce qu’il y a de faux dans ces phénomènes ; il laisse à M. le rapporteur à répondre aux objec= tions qui ont été faites contre cette proposition si simple, et qui, à coup sûr, ne préjuge rien, d'examiner : il veut seule-
DÜ MAGNÉTISME ANIMAL. 319
ment donner des explications touchant les travaux entrepris sur le magnétisme en Allemagne. Les adversaires de la commission ont dit qu’il ne fallait rien conclure de ces travaux, parce que l'Allemagne est généralement la patrie des sectaires et thaumaturges. M. Marc prouve par des citations que les travaux que la Commission avait cités pour exemples à la section, dans son rapport, ne sont pas dus à des imaginations exaltées, mais aux savants les plus célèbres de ce pays, Hernestaedt, Klaproth, Hufeland; et des corps savants, l'académie royale des sciences de Berlin, par exemple, qui, en 1513, à proposé un prix de 3,300 francs snr le magnétisme animal, avec mention expresse de rattacher les faits du magnétisme aux lois de la nature organique; enfin à des gouvernements, ceux de Prusse et de Russie, de Danemarck, qui ont fondé des commissions de médecine pour étudier le magnétisme, et qui ont soumis à des règlements l'emploi du magnétisme comme agent thérapeutique. Il conclut donc que l'académie peut, sans craindre de manquer à sa dignité, imiter de pareils exemples : il ajoute même que l’examen qu'on lui demande est nécessaire, si l’on ne veut pas que désormais tout médecin en France se refuse à l’étude du magnétisme, et en abandonne l’emploi aux jongleurs et aux crédules ignorants. Il termine en proposant la formation d’une commission composée par tiers de partisans, de détracteurs du magnétisme et de membres qui sont encore dans le doute relativement à ce genre de phénomènes.
M. Nacquarr dit que pour prononcer sur le magnétisme animal, il faut le mettre en regard et avec les sciences physiques et avec les sciences organiques, et déterminer si les unes ou les autres de ces sciences peuvent fournir les moyens d’en apprécier les phénomènes. Or, en ce qui est du premier point, le siècle dernier, dit-il, a fait justice de la tentative qu'ont faite les premiers magnétiseurs, d'expliquer les phénomènes du magnétisme animal, par les lois physiques de lPaimant; et, quant à ce qui est des sciences physiologiques, le prétendu magnétisme n’en est pas moins distinct, puisque les phénomènes qui sont dits le constituer sont tous en Opposition avec ceux qui résultent des lois organiques, dans le prétendu son bulisme magnétique, cet effet n’est-il pas en dehors de ces lois? Les sens n’ont plus besoin d'organes ; le temps, l’espace, les
corps intermédiaires disparaissent, ete. M. Nacquart conclut donc, que dans l’état actuel des sciences, on n’a aucun instru- | ment propre à faire reconnaître et apprécier les pratiques du magnétisme, et que, conséquemment, l'académie ne peut s’engager dans le système de recherches que la commission lui propose.
M. lraArp se prononce pour l’examen, et commence par réfuter les objections par lesquelles on a cherché à en détourner la section; les plaisanteries que l’on a faites sont hors de propos, car il ne s’agit pas de savoir si on reconnaîtra le magnétisme avec tous ses abus et ses extravagances, mais si, malgré ses abus et ses extravagances, on l’étudiera pour démêler ce-qu’il y a de vrai et de faux dans ce qu’on en raconte : on ne ‘peut conclure, de l’examen fait en 1784, que le magnétisme soit une chose jugée ; car que serait une condamnation qui ne ferait aucun tort à la chose condamnée? Or, il est certain en effet que le magnétisme, depuis 4784, continue de croître et de se répandre, et qu’il est aujourd’hui avoué par des médecins, et par des médecins membres de l’académie. Enfin, la crainte que l'examen proposé, faussement interprété par le public, ne compromette la dignité de l’académie, et ne l’expose au ridicule, est illusoire et ne doit pas arrêter la section. M. Itard expose ensuite les avantages que l’on doit se promettre de l’examen. La médecine sera débarrassée, dans la pratique, d’une concurrence occulte, et par laquelle il voit sa dignité compromise. Le public sera délivré d’un charlatanisme d’autant plus facile qu’il n’exige ni adresse, ni aides, et qui cependant peut faire, non-seulement des dupes, mais encore des victimes. Entin l’académie sortira d’un doute et d’une position fort embarrassante. Le rejet de l’examen, en effet, s’il n’est obtenu qu'à la majorité de quelques voix, laisse la question tout à fait indécise, et à plus forte raison si un tiers des voix se prononce en faveur de l'examen, alors, ajoute M. Iltard, on aura perdu le droit d'appeler le magnétisme une absurdité, une jonglerie : on ne Saura quelle conduite tenir à l'égard des mémoires qui pourraient être adressés sur ce sujet à la section; l’académie aura renoncé au privilége de dénoncer à l'autorité les traitements magnétiques clandestins, puisqu’elle aura déclaré son incompétence relativement à ce genre de phénomènes. En
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 321 somme, le magnétisme est-il un agent réel ou imaginaire ? fl faut le rechercher; $ y refuser, c’est méconnaiître la voie expérimentale qui conduit à la vérité, ou faire croire qu’on ne s’en détourne que par des motifs qui seront interprétés d’une manière très-défavorable pour l'académie et très-favorable au contraire au magnétisme.
M. RÉCAMIER rappelle avec éloges les opinions émises par MM. Desgenettes, Bally et Double, il ne peut rien y ajouter ; mais il veut faire connaître à la section ce qu’il a observé des phénomènes magnétiques : il a suivi M. de Puységur près de quelques malades, et il a assisté aux oracles de sa maréchale, présentée comme la plus lucide des somnambules; il y a quelques raisons de soupçonner qu’il y avait fraude, car on lui a refusé les moyens de dissiper par une expérience quelques doutes qu’il avait; et il aentendu dire à cette femme des choses que lui-même avait dites auparavant aux malades. Quel ridicule dailleurs de voir prescrire comme moyen transcendant dans une phthisie pulmonaire un gros de sel de Glauber, et qui n'empêche pas en effet le malade de mourir ! Il à assisté aussi à quelques expériences faites à l’'Hôtel-Dieu sur une femme qui avait des vomissements, et sur deux hommes, dont l’un était affecté de coxalgie. Dans les expériences sur la femme, il vit celle-ci s’endormir sous l'influence, disait-on, de la seule volonté du magnétiseur, qui en effet avait été caché à son insu dans un meuble de l'appartement; les seules épreuves par lesquelles il chercha à constater la réalité du sommeil se bornèrent à de légers pincements d’oreille, à des bruits et à des claques dans les mains ; et dans des récits exagérés on a transformé ces impressions si peu fortes en pénibles tortures. Dans les expériences sur l’homme, il employa pour contrôler le sommeil un moyen plus puissant, l'application d’un moxa, et cela parce que la maladie dont cet homme était atteint, la coxalgie, en présentait d’ailleurs l’indication; et il est de fait que l’homme ne se réveilla pas et n’accusa pas la moindre sensibilité. M. Récamier ne croit donc pas qu’il n’y ait rien dans le magnétisme; au contraire, il avoue une action, mais il ne pense pas qu’on puisse jamais en tirer parti en médecine. En Allemagne en effet, où l’on emploie tant le magnétisme, guérit-on mieux et plus les malades qu'ailleurs ? Fies ma
gnétisme a-t-il fait faire en ce pays aucune découverte thérapeutique ? Dans le somnambulisme, il n’y a que trouble dela sensibilité, et non puissance plus grande de cette merveilleuse faculté ; et la prétendue clairvoyance des somnambules n’existe pas. Quant au plan de commission que propose M. Marc, il ne peut être adopté, dit M. Récamier : eneffet, ce plan suppose des incrédules; or d’abord aucun incréduie ne voudra consentir à faire partie d’une commission destinée à la recherche de faits qu’il juge chimériques; et ensuite ne sait-on pas en théorie magnétique que les incrédules paralysent les croyants? Ge qu’a dit M. Ttard relativement aux demandes que pourrait faire l'autorité ne lui paraît pas mieux fondé : si en effet le gouvernement demandait jamais à l’académie un jusement sur le magnétisme considéré comme agent thérapeutique, celle-ci aurait le droit de se récuser : où est en effet l'agent dont elle aurait à apprécier l’action ? Le gouvernement lui en ferait-il l'envoi, à l’instar de ce qui est des autres remèdes secrets ? et aurait-elle à sa disposition une machine magnétique pour servir à son expérimentation ? Ce n’est pas seulement que M. Récamier refuse l’examen ; mais il ne croit pas nécessaire de créer pour cet objet une commission permanente dans le sein de la section; le magnétisme n’est pas d’une utilité assez grande; et, par exemple, rien de moins certain que son utilité thérapeutique; en même temps qu’on proclamait la guérison des deux malades sur lesquels on expérimentait à l'Hôtel-Dieu, il les voyait mourir ou apprenait leur mort. Enfin M. Récamier, trouvant du danger pour la morale publique dans l'emploi du magnétisme, termine en disant que ce m'est point à l’académie qu'il faut une commission pour s'occuper de cet agent, mais à la police pour réprimer et punir ceux qui en usent.
M. GEORGET reproche aux adversaires du rapport de s'être éloignés de la question; celle-ci, selon lui, consiste non à disserter sur la nature du magnétisme, mais à constater sa réalité, et cela par les moyens ordinaires d’expérimentation. Or, que de considérations rendent très-probable lexistence du magnétisme! les phénomènes en ont été attestés un grand nombre de fois par beaucoup d'hommes aussi honorables qu'insiruits; ils ont été observés en différents temps et dans
des lieux divers, et se sont toujours reproduits de la même manière; les écrivains les décrivent dans les mêmes termes, et ils ont leurs analogues dans quelques états particuliers de l’économie. Inconnu encore à la classe ignorante, c’est dans les rangs élevés de la société que le magnétisme, depuis Cinquante ans, a acquis des sectateurs et des prosélytes, et cela malgré les railleries dont on a poursuivi ceux-ci, et malgré l’opposition dans laquelle sont plusieurs de ces phénomènes des lois connues de la physique et de la physiologie ; c’est parmi ses adversairesnés, les médecins, qu’il a grandi, M. Georget cite ici les noms de plusieurs docteurs membres de l'académie elle-même, MM. Rostan, Fouquier, etc.; il rappelle les expériences faites à l'Hôtel-Dieu par M. le docteur Dupotet en présence de plusieurs membres de la section, MM. Husson, Geoffroy, Récamier, Delens, Patissier, Martin Solon, Bricheteau, de Kergaradec, etc., qui ont signé les résultats. Il s'appuie aussi sur les travaux faits en Allemagne, et dont le rapporteur et M. Mare Ont déjà entretenu la section. D'ailleurs, ajoute M. Georget, sil est vrai que le somnambulisme magnétique ait son analogue dans le somnambulisme naturel, est-il étonnant qu'on puisse développer le premier par certaines pratiques ? Les magnétiseurs ne cachent rien, ils publient tous leurs procédés ; est-ce là la tactique de jongleurs, de charlatans ? Tout dépose donc en faveur de l’existence du magnétisme, et doit engager à en faire l’examen, d'autant plus que cet agent est appliqué au traitement des maladies et est devenu l’objet d’un charlatanisme honteux. Pour répondre à l’objection que le magnétisme a été jugé en 1784, M. Georget cite un passage du rapport des commissaires de lacadémie des sciences dans lequel sont dé- ‘ crits de nombreux phénomènes magnétiques, et qui prouve que ces commissaires en ont reconnu lexistence ; seulement ils les ont attribués à la seule influence de l’imagination. Or, dit M. Georget, ce n’est là différer que dans lexplication; et une explication ne prouve rien contre des faits, au contraire elle les prouve. Enfin peut-on conclure contre l’existence du magnétisme, de ce que plusieurs de ses phénomènes sont encore incompréhensibles et en opposition avec les lois connues de la physique, de la physiologie; mais beaucoup d’autres phénomènes naturels bien avérés sont dans le même cas; et con-
naît-on tous les Secrets de la nature ? En somme, dit M. Georget, il faut examiner ; le doute d’abord, l'examen ensuite ; telle est la marche qu’indique la raison. Cependant M. Georget ne croit pas que l'académie puisse entreprendre elle-même les travaux nécessaires ; ils réclament trop de témps et ne peuvent être le produit que d'effets individuels. En conséquence, il vote pour l'examen, maïs contre la création d’une commission.
M. MAGENDIE, comme physiologiste, s’est occupé du magnétisme ; n’apportant à l'examen de cette question ni incrédulité ni mauvaise foi, il à fait tous ses efforts pour produire luimême et voir produire des phénomènes magnétiques. Il croit à la convenance de l'examen , mais il pense que la section serait dans une mauvaise voie si elle nommait pour cet objet une commission permanente spéciale; ce qu’elle ne ferait pas pour les objets les plus importants de la pathologie, pour des maladies telles que le cancer, la phthisie , pourquoi le ferait-elle pour le magnétisme ? Il propose donc qu’on nomme seulement des commissaires pour examiner la somnambule qu'offre M. le docteur Foissac, et accepterait d’être du nombre des commissaires s’il était choisi.
M. GuersAnr Commence par regretter que la méthode des discoursécrits s’introduise dans les discussions de l'académie; il enrésultera, dit-il, nécessairement plus de langueur dans toutes les décisions. Abordant ensuite la question, il se propose pour les vues de la commission. Le magnétisme, dit-il, n’est pas une question jugée : il y à vraiment besoin desoumettire à un nouvel examen les faits qui le constituent; le rapport des commissaires de 1784 prouve lui-même que tout dans ce magnétisme n’est pas jonglerie, puisque les auteurs de ce rapport reconnaissent la réalité des phénomènes, et de phénomènes importants, convulsions, hoquets, vomissements, etc. M. Guersant peut y ajouter son expérience personnelle ; il a magnétisé et a exercé aussi une influence magnétique; celle-ci a été signalée un grand nombre de fois depuis même qu’on n’emploie plus aucun appareil important ; et qui oserait affirmer par avance l'impossibilité du somnambulisme artificiel d’après ce qu’on sait du somnambulisme naturel ? Il faut donc douter d’abord, puis examiner, d'autant plus que tôt ou tard il faudra toujours en venir là, Quelle nécessité d’ailleurs d'enlever au charlata-
nisme Ce moyen si facile et qui offre ce danger de plus qu'il ne s'applique qu’à la classe éclairée de la société! I y aurait de la faiblesse de la part de l'académie à se refuser à cet examen dans la crainte d’un ridicule qui, dans ce cas comme dans aucun autre, ne peut jamais l’atteindre; il vote donc pour les propositions de la commission.
L'heure étant avancée, la continuation de la discussion est remise à la séance prochaine.
M. Gasc a la parole contre les propositions de la commission du magnétisme. Les faits magnétiques, dit ce médecin, ne sont pas assez authentiques pour que l’académie puisse, sans s’exposer au ridicule, prescrire à des commissions l’exploration des pratiques qu’on dit propres à les produire; elle doit attendre que ces faits aient été bien constatés par des médecins, et jusque-là rester dans le doute et se borner à renvoyer à des commissions temporaires les mémoires qui lui seront adressés. Créer une commission permanente , ce serait abandonner le terrain du doute pour se jeter dans le domaine de la foi; ce serait paraître sanctionner toutes les prétentions des magnétiseurs. Qu’espérer d’ailleurs de cette commission? Se prononcera - t-elle contre le magnétisme ? les sectateurs de celui-ci en appelleront au jugement d’un autre corps savant. Si elle se prononce pour, les adversaires du magnétisme ne la croiront pas davantage. M. Gascdit avoir parcouru l'Allemagne, les contrées du nord de l’Europe, où le magnétisme est en grand crédit, et y avoir assisté à beaucoup d'expériences magnétiques : jamais il n’y a vu rien de merveilleux ; les phénomènes produits étaient des convulsions, des attaques d’hystérie; et qui ne sait avec quelle facilité on produit ces phénomènes, surtout chez les femmes ? Le somnambulisme lui-même est ou un état simulé ou une modification de lhystérie; ce qu’on a dit de fa lucidité qui appartient à cet état est faux, simulé, etM. Gase en cite plusieurs exemples assez curieux. il conclut à ce que la section rejette l'examen ou crée une commission de psychologie appliquée à la médecine. sta
M. Lermiær combat l’objection faite à la commission de
proposer en l’absence de tous faits , de tous mémoires, l’examen d’une doctrine, et surtout d’une doctrine qui s’appuie sur des faits Surnaturels et qui sont hors de la portée des sens. Selon lui, la somnambule offerte par M. Foissac équivaut à un mémoire : ceux-ci d’ailleurs, tôt ou tard, arriveront et contraindront l'académie à l'examen devant lequel elle semble vouloir réculer en ce moment. Refuser d'examiner, ajoute M. Lerminier, c’est juger, et, qui pis est, c’est juger sans connaissance de cause; le bruit même qu'a fait dans le monde la discussion actuelle rend l’examen indispensable, il est nécessaire à l’instruction de la plupart des membres de la section ; il est réclamé par l'intérêt de la science, l'intérêt de la vérité; il est conforme enfin à cet esprit de révision qui depuis vingt années à fait tout repasser en médecine au creuset de l’expérience et de l’obsérvation, et qui a eu de si heureux résultats.
La parole est donnée à M. Castel; mais la clôture de la discussion est demandée. M. Contanceau veut qu’on entende encore un discours contre la proposition, le rapporteur dévant encore parler pour ; M. Renauldin demande que la discussion continue , plusieurs objections n’ayant pas encore été préseniées, par exemple celles qu’on peut tirer des dangers attachés aux pratiques du magnétisme. Sur le vœu de la majorité, la discussion est close, et M. le président donne la parole au rapporteur, M. Husson.
M. Husson annonce que la commission a recueilli avec une Scrupuleuse exactitude et pesé avec maturité, dans plusieurs réunions successives , les diverses objections qui ont été faites, et que, n'ayant trouvé aucune de ces objections convaincante, elle persiste en son opinion première. |
Abordant la réfutation de ces objections , il les partage en celles qui portaient sur la rédaction du rapport et celles qui en attaquaient la conclusion. Parmi les premières, il range le reproche fait par M. Desgenettes à la commission d’avoir à tort annoncé que le parlement de Paris avait défendu l’inoculation et l'emploi de l’émétique, ainsi que les regrets émis par MM. Virey et Bally, de ce que le rapporteur ne s'appuyait sur aucunes considérations scientifiques, et surtout n'avait pas stigmatisé la jonglerie du magnétisme : il oppose au premier 16 texte précis d’un arrêt du parlement du 8 juin 4763, qui
interdit l’inoculation; et il répond aux seconds que, les faits scientifiques étant ici l’objet en litige, il était impossible non -seulement d'en invoquer aucun puisque c'était préjuger la question, mais encore d’en blâmer aucun, puisque c'était en approuver directement certains autres. Il relève aussi le reproche que le rapport n’était qu’une apologie du magnétisme , et en justifie la commission en rappelant que partout son langage a été dubitatif, Selon M. Husson, la commission n’a pas été davantage injurieuse à la mémoire des commissaires de 1784, et, pour le prouver, il rappelle en quels termes honorables il en a parlé. Il se défend surtout d’avoir oublié d’invoquer l'autorité de M. Thouret, soutient que le titre seul de l'ouvrage de ce médecin, Recherches et Doutes sur le magnétisme animal, prouve que ce savant, qu'il s’honore d’avoir eu pour maître, pensait que la matière avait besoin d’être encore étudiée.
M. le rapporteur passe ensuite au second ordre d’objections, à celles qui touchent le fond de la question, et oppose à chacune une réfutation. 4° Le magnétisme d'aujourd'hui est le même que celui qui a été observé en 1784, et par conséquent n’a pas besoin d’être examiné de nouveau. Réponse. On n’a donné aucune preuve de cette assertion; on n’a rien Opposé à cette partie du rapport qui prouve que ni Ja théorie ni les procédés ni les effets du magnétisme ne sont aujourd'hui ce qu'ils étaient jadis. 2° Tout le magnétisme est erreur ou déception, et ceux qui y croient sont dupes ou fripons. Réponse. C’est là préjuger la question, et en même temps juger avec bien de la sévérité, et presque insulter des hommes honorables, et dont plusieurs sont membres de cette académie. 3° Il existe beaucoup de jongleries dans le magnétisme. Réponse. On ne l’a jamais nié; mais parce qu’on à fait abus d’une chose faut-il la rejeter tout à fait? d’ailleurs tout est-il jonglerie dans le magnétisme ? et s’il existe un seul de ses phénomènes ne faut-il pas l’examiner ? 4 Le magnétisme n’a pas été jusqu’à présent et probablement ne sera jamais utile dans la pratique. D'abord la première de ces assertions est contestée, et quant à la seconde elle est téméraire : qui peut d'avance proclamer à jamais Pinutilité d’un modificateur quelconque. 5° Le magnétisme ne relève ni des lois physiques,
ni des lois de la vie, et par conséquent ne peut être étudié. Mais alors il ne serait rien, et cependant nous avons plusieurs de ses phénomènes : alors aussi les commissaires de 1784 auraïent été insensés que de se livrer à son examen et de porter un jugement sur lui. 6° Les phénomènes magnétiques, pour être produits, exigent dans les expérimentateurs volonté, croyance et foi ; il suffit d’une volonté contraire parmi les assistants pour en empêcher Ia manifestation : il est impossible dès lors que des commissaires académiques , qui en pareille matière doivent mettre la défiance au rang de leurs premiers devoirs, aient jamais les conditions morales exigées, et puissent soumettre des phénomènes si subtils à de rigoureuses expérimentations. Mais que de fois des phénomènes magnétiques ont été produits par des expérimentateurs non-seulement défiants, mais prévenus défavorablement ? Il est certain au moins que la première lois que ces phénomènes se sont présentés à un expérimentateur, celui-ci, ignorant qu’il allait les produire, n’avait à leur égard ni volonté, ni croyance, ni foi; d’ailleurs ce n’est pas la foi que les magnétiseurs déclarent être le principe d’action du magnétisme, mais bien la volonté de produire des effets. 7° Le magnétiseur acquérant sur le magnétisé un pouvoir absolu, ce fait seul, fait de la pratique du magnétisme, est une chose dangereuse aux mœurs ; mais de deux choses l’une : ou ce fait magnétique est faux, et alors il importe de s’en assurer pour le dénoncer à lopinion publique; ou il est vrai, et certes dans ce cas il constitue un phénomène assez extraordinaire pour mériter l’examen des physiologistes et des médecins. 8° L’étude du magnétisme appellera sur la section le ridicule et la déconsidération. Ici le rapporteur avance que si la section court le risque du ridicule c’est moins en accueillant la proposition d'examiner qu’en cherchant plus longtemps à Y échapper : d’ailleurs, ajoute-t-il, rien ne peut empêcher que chacune des deux parties de l'académie ne se trouve respectivement ridicule, et il faut bien que l'assemblée se résigne à cette nécessité, 9° Un corps savant ne peut point examiner le magnétisme; cetexamen ne peut être le fait que de travaux individuels ; il faut que la section attende des mémoires, ou qu’elle soit provoquée à l'examen par le gouvernement. Mais des jugements de particuliers ne seront jamais aussi imposants
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 329 que ceux d’un corps savant; et pourquoi d’ailleurs l’académie de médecine ne pourrait-elle faire aujourd’hui ce qu'ont fait en 4784 l'académie royale des sciences, la faculté royale de médecine et la société royale de médecine ?
On semble craindre que les commissaires soient dupes de jongieries; on redoute pour l'académie quelques mystifications ; mais c’est faire injure à la sagacité de ses commissaires que de supposer qu’ils ne sauront pas démêler les phénomènes vrais des phénomènes simulés; dignes d'eux-mêmes et du Corps dont ils seront les agents, ils ne compromettront ni leur réputation ni celle de la section par des jugements trop précipités. Quant à l’objection prise en ce que le gouvernement n’a rien demandé à l'académie touchant le magnétisme, l’académie reçoit-elle constamment de lui un appel pour tous ses travaux?et pourquoi ne prendrait-elle pas relativement au magnétisme l’initiative qu’elle a prise relativement à l'étude des poisons, de la rage, etc.? enfin une expérience magnétique par laquelle il faudrait en tout état de cause commencer l'examen.
M. le rapporteur termine son résumé en discutant l'opinion des membres de la section qui veulent qu’au lieu de nommer une Commission permanente et spéciale pour l'examen général du magnétisme on désigne seulement des commissaires pour aller explorer la somnambule de M. le docteur Foissac. D'abord cette dernière proposition n’était pas celle sur laquelle avait à prononcer la commission ; sa mission était de rechercher s’il y avait lieu à soumettre ou non à un nouvel examen les phénomènes du magnétisme animal. En deuxième lieu, un jugement porté par trois commissaires ne fera pas, quel qu’il soit, autorité; il n’entraînera pas la conviction, et laissera la question indéeise. Enfin il faudra de nouveaux commissaires pour chaque mémoire nouveau qui sera adressé à la section touchant le magnétisme, et les rapports séparés de ces commissaires entraîneront de continuelles et fatigantes discussions ; au contraire, par la création d’une commission spéciale, on économise le temps, on met un terme à des discussions qui peuvent avoir de fâcheux effets, on se délivre de Pobsession de tous les prûneurs de miracles magnétiques, et onassure au jugement, quel qu’il soit, qui sera porté, un caractère bien plus imposant. La seule précaution est de confier l’examen à des esprits sages el
müûrs ; d'appeler de préférence à la commission les membres qui offrent le plus de garanties de savoir et d’impartialité, ceux qui ont attaqué le rapport par les objections les plus fortes, et ceux qui ont fait une étude spéciale de la physiologie et de la physique.
Le moment de prononcer étant arrivé, plusieurs membres demandent qu’on vote au scrutin; ce qui est adopté, Avant de procéder, M, le président lit l’article 42 de l’ordonnance d’organisation de l’académie, du 20 décembre 1820, qui semble établir que les membres honoraires et titulaires de toutes les sections, en même temps qu'ils ont le droit d'assister aux séances des sections auxquelles ils n’appartiennent pas, ont aussi celui d'y prendre part aux délibérations scientifiques : d’où il résulterait que les honoraires et titulaires des sections de chirurgie et de pharmacie présents à la séance pourraient prendre part au scrutin qui se prépare. M. Double combat cette manière d'interpréter l'ordonnance, s'appuyant surtout sur la grande disproportion qui existe dans le nombre des membres entre les sections de médecine et de pharmacie; et Sur sa proposition la section décide que les honoraires et les titulaires de la section de médecine, ainsi que les associés présents, concourront seuls au scrutin; on fait l’appel nominal pour l'exécution du scrutin, et le dépouillement de celui-ci présente 925 voix contre, et 35 pour la proposition de la commission. En conséquence, M. le président annonce que dans la séance prochaine on procédera à la nomination d’une commission destinée à faire des recherches sur le magnétisme animal.
L'ordre du jour appelle la formation de la commission destinée à faire des recherches sur le magnétisme animal. Le scrutin n'étant pas réclamé, elle doit d’après le règlement être formée par le bureau : M. le président pense que d’après l’importance et la difficulté de lafquestionifà examiner, cette commission doit être la plus nombreuse possible,fcomposée de 41 membres, et sur sa proposition sont désignés pour la former, MM. Leroux, Bourdois, Double, Magendie, Guersant, Laënnec, Tillaye, Marc, tard, Fouquier et Gueneau de Mussy. M. Double
se récuse d’abord, mais sur la prière de M, le président il accepte la mission qui lui est confiée. MM. Burdin et Rullier demandent l’adjonction à la commission de MM. Esquirol et Husson; mais lerèglement portant à 14 membres le nombre des membres des commissions les plus nombreuses, il y a impossibilité d’adhérer à ce vœu.
M. Honoré demande qu’à raison de la difficulté de la question à examiner, de la prise qu’elle offre à erreur, aux déceptions, la section décide le temps après lequel la commission devra faire son rapport. Cette proposition n'étant pas appuyée n’a pas de suite.
Extrait des procès-verbaux de la section de médecine, des 4T octobre et 13 décembre 1825, 10 et 24 janvier, 43 et 928 f6vrier 4826.
Pour copie conforme :
Le secrétaire perpétuel, E. PARISET.
La commission, ainsi constituée, commença ses travaux; nous en verrons l'historique dans le préambule du rapport de M. Husson ; historique toutefois qui aura besoin de commentaires, Car On n’y expose pas les motifs de la retraite des deux seuls adversaires du magnétisme, MM. Double et Magendie ; nous donnerons quelques lumières à ce sujét dans les notes; on n’y dit pas non plus comment M. Husson, si ferme dans sa croyance à tousles faits magnétiques,aété, par suite dela retraite de Laënnec, non-seulement nommé membre d’une commission à laquelle il était d’abord complétement étranger, mais encore nommé secrétaire-rapporteur, et substitué en cette qualité à l’homme le plus défiant, le plus sévère de la commission, c’està-dire à M. Magendie; c'était une grande victoire assurément que venaient de remporter là les magnétiseurs!
Mais, si M. Husson est parvenu à faire un rapport favorable de tous points, et au magnétisme animal et aux magnétiseurs, nous verrons qu'il n’a pas osé soumettre Ce rapport à la discussion, afin d'obtenir ce qui devait surtout lui importer, c’est-àdire la sanction de l’académie; ce n’est pas cependant que les invitations lui aient manqué : depuis bientôt dix ans il ne s’est
guère passé d'années sans qu’il n’ait été provoqué à ce sujet. Il est tel membre, M. Rochoux par exemple, dont c’est là le delenda est Carthago; mais M. Husson se tait alors, il garde un morne silence : qu’en est-il résulté? deux choses : d’abord c’est que l'académie est restée étrangère à son travail comme à ses croyances.
S’il à plu à M. Husson de se commettre avec les magnétiseurs, de s'intéresser à leurs publications, de revoir leurs épreuves, l'académie est complétement en dehors de ses œuvres; elle ne connaît rien des magnétiseurs.
En second lieu, c’est que la discussion sur son rapport reste ouverte; c’est une lice dans laquelle il est désormais loisible à tout le monde d’entrer ; ce n’est donc pas comme membres de la même académie que nous nous arrogeons ici le droit de discuter ce rapport; c’est un droit que M. Husson a donné à tout le monde : sans cette circonstance, nous aurions respecté la décision de l'académie, et nous nous serions abstenus.
Un mot maintenant sur les remarques critiques auxquelles nous allons nous livrer. Ge n’est pas d'aujourd'hui que ce rapport nous a paru devoir être réfuté; déjà l’un de nous, dans la Revue médicale, en avait publié une réfutation; comme on le pense bien, nous empruñterons beaucoup à cette réfutation; mais des renseignements nouveaux, une révision faite en commun , et les égards dus à d’estimables collègues, ont dû modifier notre rédaction.
M. Husson a fait l'honneur à l’un de nous de le prendre à part dans une discussion ultérieure, de le séparer de ses collègues ; nous userons ici d’un semblable procédé, et avec plus de droits que lui, car nous n’avons été désavoués par personne. M. Husson doit être pris à part lui, et voici pourquoi : il à tout assumé; expériences primordiales, accès aux magnétiseurs dans les salles de l'Hôtel-Dieu, premier rapport sur la question d'examen, second rapport sur la réalité; puis enfin nous le verrons plus tard prendre seul la parole d’une manière suivie à l’occasion : d'un rapport contradictoire; c’est donc justice si nous faisons retomber sur lui seul toute la responsabilité, non pas des faits, car la commission les atteste comme lui et ils Sont vrais, mais la responsabilité de l'interprétation et des conclusions faussement déduites de ces mêmes faits.
RAPPORT
; A ; | Au nom d’une Commission composée de MM. Bourpots , ÎrARD , GUENEAU DE Mussy, Guensanr, Fouquier , Leroux, Marc, TiLLAyE,
(Rapporteur M. HUSSON.)
Plus de cinq ans se sont écoulés depuis qu’un jeune médecin, M. Foissac, dont nous avons eu de fréquentes occasions de juger le zèleet l'esprit observateur, crut devoir fixer l'attention (1) de la section de médecine sur les phénomènes du magnétisme animal. I] luirappela que lerapport fait en 1784, par la société royale de médecine, avait trouvé parmi les commissaires chargés des expériences un homme consciencieux et éclairé qui avait publié un rapport contradictoire (2) à celui de ses collègues ; que
(4) Nous avons déjà dit toute notre pensée sur cette démarche de M. Foissac, qui sans plus de façon avait jugé à propos de tailler ainsi ceite besogne à l'académie, et cela de sa propre autorité ; M. le rapporteur trouve tout naturel que M. Foissac ait cru devoir fixer l'attention de la section sur les phénomènes prétendus magnétiques; mais, après son premier rapport, il n’y avait plus à reculer, et, comme l'avait dit Hoffmann, celte mine féconde en ridicules était ouverte.
(2) Eh bien, M. Foissac, et nous l'avons prouvé les textes à la main, s’est permis de rappeler à la section un fait qui n’est rien moins que vrai; non, le rapport de Jussieu n’est pas contradictoire avec celui de ses collègues ; il est conforme au leur en ce qui concerne le magnétisme animal. Preuves :
Conczusion du rapport des commissaires : la théorie du magnétisme est un système absolument dénué de preuves.
Conczusion du rapport de Jussieu : a théorie du magnétisme animal ne peut être admise.
depuis cette époque, le magnétisme avait été l’objet de nouvelles expériences, de nouvelles recherches, et, si la section le jugeait convenable, il proposait de soumettre à son examen une somnambule qui lui paraissait propre (4) à éclairer une question que plusieurs bons esprits de France et d'Allemagne regardaient loin d’être résolue, bien qu’en 1784 l'académie des sciences et la société royale de médecine eussent prononcé leur jugement contre le magnétisme (2).
Une commission composée de MM. Adelon, Burdin aîné " Marc, Pariset et moi, fut chargée de vous faire un rapport sur la proposition de M. Foissac. |
Ge rapport, présenté à la section de médecine dans sa séance du 13 décembre 1825, concluait à ce que le magnétisme fût Soumis à un nouvel examen; cette conclusion donna lieu à une discussion animée qui se prolongea pendant trois séances, les 10 et 24 janvier et 44 février 14826. La commission répondit dans cette dernière séance à toutes les objections dont son rapport avait été l’objet, et dans la même séance, après une mûre délibération, après le mode jusqu’alors inusité en matière de science d’un scrutin individuel, la section arrêta qu'une commission spéciale serait chargée d'examiner de nouveau les phénomènes du magnétisme animal.
Cette nouvelle commission, composée de MM. Bourdois, Double, Itard, Gueneau de Mussy, Guersant, Fouquier, Laënnec, Leroux, Magendie, Marc et Tillaye, fut nommée dans la séance du 28 février 1826. Quelque temps après, M. Laënnec ayant été forcé de quitter Paris, pour raison de
(1) On va voir que la somnambule n’a été nullement propre à éclaircir la question, et cela de l’aveu du rapporteur; de sorte que la commission après avoir été formée à l’instigation de M, Foissac, aidé en cela par M. Husson, a bientôt fini par être, comme le dit plus bas le rapporteur, réduite à ses propres ressources, C'est-à-dire qu’elle s’est trouvée, qu’on nous passe ce terme, plantée là par M. Foissac; suivant nous, il aurait fallu faire immédiatement un très- Court rapport à l'académie pour lui dire que la somnambule proposée par M. Foissac n’avait en rien éclairci la question, et que M. Foissac avait fait une demande inconsidérée ; mais encore un coup la mine était ouverte,
(2) Nous n'avons plus à revenir sur ces rapports, nous les avons reproduits
textuellement, et on est en mesure de juger s’ils avaient pu être ébranlés par les quelques Lons esprits de France et d'Allemagne.
santé, je fus désigné pour le remplacer, et la commission ainsi constituée s’occupa de remplir la mission dont elle avait été investie (1).
(4) 11 n’est nullement question dans ce préambule de la retraite de M. Double et de celle de M. Magendie; on a soin de dire que la retraite de Laënnec avait été déterminée par des raisons de santé; pourquoi ne pas dire un mot des raisons qui avaient déterminé M. Magendie et M. Double à se retirer ? C’est que pour eux il y avait des motifs qui auraient pu tout d’abord nuire aux expériences prétendues magnétiques; les raisons de M. Magendie auraient fait le plus grand tort aux travaux de M. Husson ; elles étaient bien simples. Après avoir fait expérimenter inutilement sur la somnambule qui devait éclaircir la question, M. Foissac eut la prétention de donner chex lui des séances à l’usage de la commission ; or M. Magendie, nommé secrétaire, n’était nullement de cet avis; M. Magendie offrait son domicile : il ÿ avait un pavillon isolé, au fond d’un jardin, très-propre pour des épreuves sérieuses et bien instituées ; mais c’est là ce que n’entendait pas M. Foissac.
Ce magnétiseur avait une autre prétention; il entendait que les procèsverbaux de la commission lui fussent communiqués. «La commission, écrivaitil au président le 7 mai 1826, me trouvera toujours disposé à remplir ses intentions ; mais, avant de procéder à d’autres expériences, je la prie de vouloir bien me communiquer ses procès-verbaux des premières. »
M. Magendie, dans une lettre en date du 22 mai, lui répondit en ces termes : « Vous demandez dans votre lettre qu'avant d'aller plus loin la commission veuille bien vous communiquer ses procès-verbaux, afin d'éviter toute discussion ultérieure ; c’est croire qu’il peut s’en élever ; la commission ne partage pas vos craintes à cet égard ; son secrétaire prend des notes à chaque séance, et rédige les procès-verbaux avec une exactitude et une impartialilé qui ne saurait être soupçonnée. »
M. Foissac ne se tint point pour battu ; d’ailleurs un magnétiseur a toujours d’excellentes raisons, et s’il en manque il a sa somnambule qui lui en donne d'irréfragables ; c'est ce que fit M. Foissac; il consulta son Egérie, et voici sa réplique au président : « M. le président, j’ai reçu une lettre de M. Magendie en date du 22 mai, par laquelle il m’invite à me rendre chez lui aujourd’hui 27, avec la personne que j'ai magnétisée le 18 et le 21 avril devant la commission de l'académie royale de médecine ; j'ai le regret de vous annoncer que cette demoiselle m’ayant exprimé à plusieurs reprises, el malgré mes plus vives instances, son invariable volonté de ne se soumeltre à aucune expérience ailleurs que chez moi, je me vois dans la nécessité de prier la commission de vouloir bien s’y réunir si elle désire suivre les expériences qu’elle m'a vu commencer sur cette jeune personne. » Il n’y avait rien à répliquer à cela; la somnambule avait parlé! Puis M. Foissac revient sur jes procès-verbaux
Son premier soin, avant la retraite de M. Laënnec, fut d'examiner la somnambuie qui avait été offerte par M. Foissac.
Diverses expériences furent faites sur elle dans le local de l'académie ; mais, nous devons l'avouer, notre inexpérience , notre impatience, notre défiance trop vivement manifestées peut-être, ne nous permirent d'observer que des phénomènes physiologiques assez curieux que nous vous ferons connaître dans la suite de notre rapport, mais dans lesquels nous n’observâmes aucun phénomène du somnambulisme (1). Cette som-
il ajoute d’un ton assez dégagé : «Je crois devoir vous prévenir que si, comme je l'espère et le désire, la commission veut bien se réunir chez moi pour la continuation des expériences, un procès-verbal sera tenu très-exactemient à chaque séance, et présenté de suite à la signature des assistants. »
M. Foissac préludait à ce qui a toujours été tenté depuis; l’un de nous a eu aussi comme secrétaire d’une commission de longues discussions à soutenir avec un autre magnétiseur sur cette affaire des procès-verbaux ; mais, soutenu par Ja commission, il maintint ses droits, et le magnétiseur dut céder. M. Magendie fit d’énergiques réclamations ; n’élant pas suffisamment soutenu par ses collègues, il prit le parti de se retirer; déjà on n’avait pu s'entendre sur quelques observations bien simples, les unes relatives au pouls, d’autres au degré d’humidité de la langue des somnambules ; car les magnétiseurs s’accrochent à tout! M. Magendie, de qui l’un de nous tient ces détails, nous disait en propres termes qu’il ne s'était retiré que parce qu’on s'était refusé à prendre les précautions indispensables aussi bien dans l'intérêt de la vérité que pour empêcher toutes supercheries.
Quant à M. Double, il avait d’abord décliné la mission qu’on lui avait confée; comme dans les discussions préalables il avait manifesté des opinions contraires au magnétisme, par excès de délicatesse il avait d’abord refusé, puis accepté ; mais le peu de rigueur apportée dans ces expériences l'avait également porté à cesser toutes relations avec les magnétiseurs. 11 s’était donc retiré par les mêmes motifs que M. Magendie.
(1) M. Husson est tout à fait bienveillant pour la demoiselle, et n'hésite pas à rejeter la faute sur la commission : on expérimente; on n’observe aucun phénomène digne d’être rapporté; donc il ne faut pas en accuser la somnambule, encore moins M. Foissac qui, pour décider l'académie à nommer une commission, avait affirmé qu'elle était tout à fait propre à éclaircir la question du magnétisme animal ; non, ces deux personnages ont fait tout ce qu'ils devaient faire ; la faute en est, dit positivement .M. Husson, 1° à l’inexpérience de la commission ; 2 à son impatience ; 5° à sa défiance ; de là impossibilité d’observer des phénomènes assez curieux !
Ce n'est pas tout, on va voir jusqu'où M, Husson a poussé la bonté, l’abné-
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 337 nambule, fatiguée sans doute de notre exi époque d’être mise à notr cher dans les hôpitaux riences.
M. Pariset, médecin de Ja Salpêtrière, pouvait plus que qui que ce fût nousaider dansnosrecherches ;1S"Y prêtaavec un empressement qui malheureusement n’a point eu de résultat (1).
gence, Cessa à cette e disposition, et nous dûmes chercher des moyens de poursuivre nos expé-
gation même; comme ladite somnambule qui aurait dû éclaircir la question ne pouvait rien éclaircir, M. Foissac cessa de la mettre à la disposition des commissaires : c’élait peine perdue, Que dit encore M. Husson sur cet incident? que c’est encore la faute dés commissaires. Cette somnambule, dit-il, fatiguée sans doute de notre exigence , cessa à cette époque d’être mise à notre disposition ; et elle avait bien raison! D'où vient en effet qu'on se montrait exigeant envers une somnambule ? On fut done obligé de se rejeter sur les hôpitaux, ajoute M, Husson.
(4) Le rapporteur ne dit pas pourquoi on ne put profiter de l’empressement de M. Pariset, et pourquoi M. Magendie qui avait demandé à suivre les expériences à la Salpétrière s’y était ensuite refusé ; nous avons donné tout à l’heure quelques explications, nous en aurons d’autres à donner en ce qui concerne les hôpitaux; mais en attendant nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer la position fort étrange dans laquelle la commission se trouvait placée, et cela par suite de la démarche d’un magnétiseur, Celui-ci se faisait fort de lever tous les doutes, il avait une somnambule propre à cet objet; dans une première lettre il avait osé dire à l'académie (nous citons textuellement un passage de cette lettre) : Prenez en ville, au bureau central ou dans les hospices, trois ou cinq maladies des plus franches et des plus caractérisées, elles formeront le sujet d'une pemière épreuve ; vous ferez choix » Pour une seconde, des plus compliquées et des plus obscures; les somnambules, Ex réponns, feront briller leur sagacité en raison des difficultés; sans adresser de questions qui puissent les éclairer, ils indiqueront la nature de la maladie, son siége, son étendue , sa marche ordinaire, les chances d’une terminaison heureuse ou fur neste, et letraitement le plus approprié. Tels étaient les propres termes qe M. Foissac ; eh bien ! on forme une commission, et après quelques essais Insignifiants sur une somnambule procurée par M. Foissac, voilà la cArnIssIQn qui, au dire du rapporteur, se trouve privée de LE T Pure ; quel parti bots pen dre? va-t-elle mettre M. Foissac au pied du HN} el pour be il n'y avait rien de plus simple : quatre ou cinq malades sont bientôt trouvés au bareau central, soit un emphysème pulmonaire, ou même une angine, une Hodeardite, etc, etc.; et rien de plus facile que les mettre en rapport avec les som-
, + HA pi ‘apporteur :
nambules dont répond M. Foissac ; eh bien : pas du tout, écoutez 1e FPE 0
La commission, qui fondait une grande partie de ses espérances sur les ressources que pouvait lui fournir cet hôpital, soit sous le rapport des individus qu’elle aurait soumis aux expériences, soit sous celui de la présence de M. Magendie, qui avait demandé à les suivre comme commissaire, la commission, disons-nous, se voyant privée des moyens d'instruction qu’elle espérait y trouver, eut recours au zèle de chacun de ses membres (1).
Réduite à ses propres ressources, à celles que les relations particulières de chacun de ses membres pouvaient lui offrir, la commission fit un appel à tous les médecins connus pour faire ou pour avoir fait du magnétisme animal!
Mais encore un coup pourquoi ne pas mettre M. Foissac à l’épreuve? voilà ce que chacun dira. À cela nous répondrons que la commission venait de se donner une tout autre mission ; d'après ce que dit M. Husson, il ne s'agissait plus de constater par des épreuves décisives ef très-simples la réalité du magnétisme animal ; il s’agissait d’aller à l’école des magnétiseurs, il s'agissait de s’instruire! en voilà la preuve. Après avoir dit qu’on ne put rien faire à l’hospice de la Salpétrière, lerapporteur ajoute ici : La commission, se trouvant privée DES MOYENS D'iNsTRUCTION gw'elle espérait y trouver, eut recours au zèle de chacun de ses membres !
Ainsi on ne demandait plus aux magnétiseurs des preuves de leurs assertions ; non, on leur demandait humblement des moyens d'instruction !
(4) Il convient maintenant de donner quelques éclaircissements sur les obstacles en question : on avait donc résolu de faire des expériences à la Salpétrière sur des femmes épileptiques ; c’étaient des sujets en tout propres aux dites expérimentations , et bien mieux que ne l’auraient été Les quatre ou cinq sujets pris au bureau central; d’abord c'étaient de jeunes femmes, de constitution nerveuse, et n’ayant pas de maladies internes difficiles à diagnostiquer ; done, dit M. Foissac (109), je demandai à passer à l'application ! mais à son grand
étonnement, M. Magendie lui fit observer qu’il lui fallait pour son application l'autorisation du conseil général des hôpitaux; qu'après tout ce conseil devait prendre connaissance de ce qu'on se proposait d'essayer sur ces infortunées auxquelles la société n’a d'autre asile à donner qu’une salle d'hôpital ; que ceci était une affaire d’ordre , de morale, d'humanité. M. Foissac se récria, et il dit à M. Magendie que de tout temps Les médecins avaient été libres de prendre H ippocrate ou Galien pour modèle ! de se servir de La lancette ou de l'émétique; qu’on m'avait rien à craindre de légères frictions faites par une main bienveillante (sa main à lui M. Foissac). Que M. Magendie ait été ou non convaincu par les remontrances de M. Foissac, toujours est-il, suivant M. Foissac, qu’il se retrancha derrière la lettre du règlement , et il fallut renoncer au désir qu'on avait de renouveler les expériences de Pétronille et de Braguette,
La
M. Guersant lui promit le sien dans l'hôpital des enfants, M.Fouquier dans celui de la Charité, MM. Guéneau (1)et le rapporteur dans lHôtel-Dieu, M. Itard dans l'institution des Sourds-muets, et dès lors chacun se disposa à faire des essais dont il devait rendre témoins les autres membres de la commission. Bientôt d’autres et de plus puissants obstacles ne tardèrent pas à arrêter nos travaux; les causes qui ont pu faire naître ces obstacles nous sont inconnues ; mais en vertu d’un arrêté du conseil général des hospices, en date du 49 octobre 1825, qui défendait l’usage de tout remède nouveau qui n’aurait pas été approuvé par une commission nommée par le conseil, les expériences magnétiques ne purent être continuées à l'hôpital de la Charité (2).
Réduite à ses propres ressources, à celles que les relations particulières de chacun de ses membres pouvaient lui offrir, la
(1) M. Guéneau de Mussy aurait pu se rappeler, dans cette circonstance, une certaine dame Gossel , somnambule de profession, qui donnait des consultations publiques, mais non gratuites, dans la rue Saint-Germain lAuxerrois, et qui avait fait bon nombre de dupes dans toutes les classes de la société, lorsqu’enfin elle fut prise en flagrant délit, convaincue d’imposture et couverte de confusion par le rédacteur propriétaire actuel de la Revue médicale, en présence de plusieurs autres médecins et de M. Guéneau de Mussy lui-même, qui avait suivi toutes les expériences dans cinq ou six séances, Cette scène fit d’autant plus d'impression sur lui qu’il avait cru à la réalité du somnambulisme et de la clairvoyance de la dame Gossel, S'il ne l’avait pas oubliée, il a dû en parler à ses collègues de la commission ; il ne pouvait leur citer un fait plus remarquable ni plus authentique, (Note de la Revue médicale.)
(2) Même interdiction à l’égard de la Charité ; voilà qui est incompréhensible pour la commission ; elle insiste, elle écrit au conseil; réponse de M. Valdruche qui témoigne tous les regrets qu’éprouve le conseil; mais il ne peut consentir à ce qu’il soit fait, dans les établissements confiés à sa surveillance, des . expériences sur un traitement (le conseil élait bien bon de nommer cela un traitement !) qui donne lieu depuis longtemps à des débats entre les hommes les plus instruits.
C’est ainsi que lacommission, privée de la somnambule de M. Foissac et des sujets qu’auraient pu lui offrir les hôpitaux, se trouva, comme le dit le rapporteur, réduite à ses propres ressources.
Mais enfin M. Fojssac n'avait qu’à se féliciter ; on avait résolu de poursuivre les expériences même chez lui,
commission fit un appel à tous les médecins connus pour faire ou avoir fait du magnétisme animal l’objet de leurs recherches. Elle les pria de la rendre témoin de leurs expériences, de lui permettre d'en suivre avec eux la marche, d’en constater les résultats. Nous déclarons que nous avons étéon ne peut mieux servis dans nos espérances par différents de nos confrères, et surtout par celui qui, le premier, avait soulevé la question de l’examen du magnétisme, par M. Foissac. Nous ne craignons pas de déclarer ici que c’est à la constante et persévérante intervention et au zèle actif de M. Dupotet que nous devons la majeure partie des matériaux que nous avons pu réunir pour rédiger le rapport que nous vous présentons (1). Toutefois, messieurs, ne croyez pas que votre commission ait dans aucune circonstance confié à d’autres qu’à elle le soin de la direction des expériences dont elle a été témoin; que d’autres que le rapporteur aient tenu minute par minute la plume pour la rédaction des procès-verbaux constatant la succession des phénomènes qui se présentaient, et à mesure qu’ils se présentaient ; la commission à mis à remplir tous ses devoirs l’exactitude la plus scrupuleuse, et si elle rend justice à ceux qui l'ont aidée de leur bienveillante coopération, elle doit détruire les plus légers doutes qui pourraient s’élever dans vos esprits sur la part plus ou moins grande que d’autres qu’elle auraient prise dans l’examen de cette question. C’est elle qui à toujours Conçu les divers modes d’expérimentation, qui en a tracé le plan, qui en à constamment dirigé le cours, qui en a suivi et
(1) Les rôles furent donc singulièrement changés : d’abord c’est un magnétiseur qui vient interpeller l'académie , qui demande à opérer sur des malades pris au bureau centrai, et qui lui jette sa somnambule comme une sorte de défi ; l’académie accepte; mais bientôt il n’est plus question des malades du bureau central ; et la sibylle fatiguée, haletante, ne peut plus rien dire. Alors c’est la commission qui prie MM. les magnétiseurs de vouloir bien la rendre témoin de leurs expériences, de vouloir bien lui permettre d’en suivre avec eux la marche et d'en constater les résultats! MM. Foissac et Dupotet ont bien voulu s’y prêter : ce qui est fort heureux ; car qu’aurait pu faire la commission réduite à Ses propres ressources? aussi tribut d’éloges à MM. Foissac et Dupotet, à la
constante et persévérante intervention {intervention l'est curieux) du premier, el au zèle actif du second,
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 941 écrit la marche (1); enfin, en se servant d'auxiliaires plus ou moins zélés et éclairés, elle a toujours été présente, et toujours elle à imprimé sa direction propre à tout ce qui a été fait.
Aussi vous verrez qu’elle n’admet aucune expérience faite en dehors de la commission, même par des membres de l’académie, Telle confiance que doivent établir entre nous l’esprit de confraternité et l'estime réciproque dont nous sommes tous animés, nous avons senti que, dans l'examen d’une question dont la solution est si délicate, nous ne devions nous en rapporter qu’à nous seuls; et que vous, vous ne pouviez vous en rapporter qu'à notre garantie. Nous avons cru cependant devoir excepter de cette exclusion rigoureuse un fait très-curieux observé par M. Cloquet; nous l'avons admis, parce qu’il était déjà pour ainsi dire la propriété de l’académie (2), la section de chirurgie s’en étant occupée dans deux de ses séances.
Cette réserve que la commission s’est imposée, messieurs, dans l’usage des différents faits relatifs à la question qu’elle a étudiée avec autant de soin et d’impartialité, nous donnerait le droit d'en demander le retour, si quelques personnes qui n'auraient pas été témoins de nos expériences voulaient élever des discussions sur leur authenticité. Par la raison que nous n’appelons votre confiance que sur ce que nous avons vu et fait, nous ne pouvons pas admettre que ceux qui en même temps que nous et avec nous n'auraient ni vu ni fait, pussent attaquer ou révoquer en doute ce que nous avancerons avoir O0bservé (3); et comme enfin nous avons toujours eu la plus
(1) Nous verrons bien, nous suivrons ces modes d’expérimentation, ces plans, ce cours , cette marche ; enfin nous jugerons à l’œuvre.
(2) Belle propriété, assurément ! le mot est heureux; nous y reviendrons avec le rapporteur.
(5) Il y a là un vice de raisonnement que nous ne pouvons laisser passer. Nous n'admettons pas, C’est bientôt dit ; mais, comme c’est en vertu d’un raisonnement que vous vous croyez fondé à ne pas admettre uue opinion contraire à la vôtre, reste à voir si votre raisonnement est juste; au-dessus de nous tous il y à une puissance, c'est la logique; or, si elle est contre vous il faudra vous taire, Examinons : vous allez nous raconter des miracles, miracles que vous dites dès à présent avoir vus et faits; or vous n’appelez, dites-vous, notre confiance que sur ce que vous ayez vu el fait, et par réciprocité vous entendez que
grande défiance des annonces qu’on nous faisait des merveilles qui devaient arriver, et que ce sentiment nous a constamment dominés dans toutes nos recherches, nous pensons avoir quelque droit à Ce que, si vous ne nous accordez pas votre croyance, vous n’éleviez cependant aucun doute sur les dispositions morales et physiques dans lesquelles nous avons toujours procédé
à l'observation de divers phénomènes dont nous avons été témoins.
Ainsi, messieurs, Ce rapport que nous sommes loin de vous présenter comme devant fixer votre opinion sur la question du magnétisme, ne peut, ne doit être considéré que comme la réunion et la classification des faits que nous avons observés jusqu’à présent; nous vous l’offrons comme une preuve que nous avons cherché à justifier votre confiance; et, tout en regrettant qu'ilne repose pas sur un plus grand nombre d'expériences, nous avons cependant l’espoir que vous l’accueillerez avec indulgence, et
nul ne pourra révoquer en doute vos observations, à moins qu’il n’ait vu ce fait en même temps que vous et avec vous ! Singulier droit réciproque que vous vous attribuez là. Ainsi tout individu, par cela qu’il aura été témoin oculaire ou acteur d'un fait, devra nécessairement être cru dans les interprétations qu’il en donnera, et être cru sans qu’il soit permis à d’autres de discuter, d'examiner dans quelles conditions il a vu ou cru voir, agi ou cru agir! Ceci conduit à l'absurde. Posons les vrais principes, car cette question reviendra dans tout lé cours de ce rapport.
S’il est un fait incontestable, inniable, c’est qu’on peutrefuser sa croyance à des témoins oculaires et à des acteurs d’un fait, par deux raisons : ou parce que ces témoins ne méritent pas moralement une créance entière, ou bien parce que les conditions dans lesquelles ils ont vu ou agi sont telles qu’ils ont pu être induits en erreur, ou s'être faitillusion , ou avoir été dupes de quelque supercherie; or, dans le cas présent, les membres de Ja commission, et que ceci soit dit une fois pour toutes, sont gens d'honneur, incapables de tromper, et à ce litre méritent toute créance; mais nous nous faisons fort de prouver, dans l'analyse de ce rapport, que les circonstances dans lesquelles ils ont cru voir ou agir sont telles qu’ils ont pu être induits en erreur, sont telles que la supercherie à été possible, et c'est là ce que nous discuterons. Que devient dès lors celte obligation réciproque que voudrait imposer ici M. Husson ? Pour terminer nous lui dirons : Oui, nous vous croirons quand vous nous direz : Nous avons vu cela, nous avons fait cela ; mais vous ne nous enlèverez pas le droit d’examiner dans quelles conditions vous aurez vu cela, vous aurez fait cela ; et partant nous aurons le droit, s’il y a lieu, de révoquer en doute vos observations,
que vous en entendrez la lecture avec quelque intérêt; nous croyons toutefois devoir vous prévenir que ce que nous avons vu dans nos expériences ne ressemble en aucune manière à tout ce que le rapport de 1784 cite des magnétiseurs de cette époque. Nous n’admettons ni nous ne rejetons l'existence d’un fluide, parce que nous ne l'avons pas constatée ; nous ne parlons ni du baquet, ni de la baguette, ni de la chaîne que Von établissait en faisant communiquer tous les magnétisés par les mains, ni de l'application des moyens prolongés pendant longtemps et quelquefois pendant plusieurs heures sur les hypocondres et le ventre, ni du chant, ni de la musique qui accompagnaient les opérations magnétiques, ni de la réunion d'un grand nombre de personnes qui se faisaient magnétiser en présence d’une foule de témoins, parce que toutes nos expériences ont eu lieu dans le calme le plus parfait, dans le silence le plus absolu, sans aucun moyen accessoire, jamais par un contact immédiat, et toujours sur une seule personne à la fois (1).
Nous ne parlons pas de ce que du temps de Mesmer on appelait si improprement crise, et qui consistait en convulsions, en rires quelquefois inextinguibles, en pleurs immodérés, en cris perçants, parce que nous n’avons jamais rencontré ces différents phénomènes. |
Sous tous ces rapports nous ne balançons pas à prononcer qu’il existe une très-grande différence entre les faits observés et jugés en 4784 et ceux que nous avons recueillis dans le travail que nous avons l’honneur de vous présenter; que cette
{4) Fort bien, mais c'était ainsi qu’avaient raisonné les commissaires en 1784; c’est pour cela qu'ils avaient obligé Deslon d'instituer dans une chambre réservée des expériences qui ont eu lieu, servons-nous des expressions de M. Husson, dans Le calme Le plus parfait , dans le silence le plus absolu, et avec M. Jumelin, sans aucun moyen accessoire; telles ont été les expériences auxquelles les commissaires de 1784 avaient assisté régulièrement et tous ensemble; prévenant qu’ils n’attacheraient pasla mêmeimportance aux scènes publiques décrites ici, Pourquoi faut-il que M. Husson, dans l'intention de ruiner leur rapport, ait cité précisément le passage dans lequel ils parlent de la non-nécessité d’assister aux scènes scandaleuses des baquets, et n'ait fait aucune mention des expériences isolées. Ombres de ces grands hommes, pardonnez à l'esprit de prévention !
différence établit entre les uns et les autres une ligne de démarcalion On ne peut plus tranchée, et que si la raison a fait justice d’une grande partie des premiers, l'esprit de recherches et d'observation doit s’étudier à multiplier et apprécier les seconds (1).
1 en est du magnétisme, messieurs, comme de beaucoup d’autres opérations de la nature, c’est-à-dire qu’il est nécessaire que Certaines conditions soient réunies pour produire tels et tels effets (2). C’est une vérité incontestable, et qui, s’il était besoin de preuves pour la constater, se trouverait confirmée par ce qui arrive dans divers phénomènes physiques ; ainsi Sans sécheresse dans l'atmosphère, vous ne pourrez développer que faiblement l'électricité ; sans la chaleur, vous n’obtiendrez jamais la combinaison du plomb et de l’étain, qui est la soudure commune des plombiers; sans la lumière du soleil, vous ne verrez pas s’enflammer spontanément le mélange de parties égales en volume de chlore et d'hydrogène, etc. Que ces conditions soient extérieures ou physiques, comme celles que nous venons de vous citer, qu’elles soient intimes ‘ou morales comme cefles que les magnétiseurs prétendent être indispensables au développement des phénomènes magnétiques, il suffit qu'elles existent et qu’elles soient exigées par eux, pour que la Commission ait dû se faireune obligation de chercher à les réunir et un devoir de savoir s’y soumettre. Pourtant nous n’avons dû ni voulu nous dépouiller de cette inquiète curiosité qui nous
(1) Quant à nous, nous ne balançons pas à prononcer que si la raison a fait justice des premiers , le temps n’est pas éloigné où la raison fera justice des seconds.
(2) Eh bien! voilà un début qui promet ! dès la premiéreligne, dès les premiers mots voilà d'emblée le magnétisme admis , reconnu ; le rapporteur oublie que son travail tout entier doit être consacré à examiner, à rechercher si le magnétisme animal exisie ou s’il n’existe pas ; son point de départ est celui-ci : le magnétisme existe, c’est indubitable ; c’est une opération de la nature ; maintenant disons comment il peut produire tels ou tels effets! Que répondre à cela ? si ce n'est que.toutes les lois du raisonnement sont renversées, Oh! si ce rapport avait pu être discuté , si M. Husson avait bien voulu le permeltre! il se suicidait logiquement du premicr Coup; mais il s'en est bien gardé.
portait en même temps à varier nos expériences et à mettre en défaut, sinous le pouvions, les pratiques et les promesses des magnétiseurs. Sous ce double rapport, nous avons cru devoir nous affranchir del’obligation qu'ils imposent d’avoir une foi robuste, de n’être mus que par l’amour du bien. Nous avons cherché tout simplement à être des observateurs Curieux, méfiants et exacts.
Nous n’avons pas dû non plus chercher à expliquer ces conditions : c’eût été une question de pure controverse, et pour la solution de laquelle nous n’aurions pas été plus avancés que lorsqu'il s’agit d'expliquer les conditions en vertu desquelles s’exécutent les phénomènes physiologiques, en vertu desquelles aussi, et comment a lieu l’action des médicaments ; ce Sont des questions du même genre, et sur lesquelles la science n’a point encore prononcé.
Dans toutes les expériences que nous avons faites nous avons toujours observé le silence le plus rigoureux, parce que nous avons pensé que, dans le développement de phénomènes aussi délicats, l'attention du magnétiseur et du magnétisé ne devait être distraite par rien d'étranger : nous ne voulions pas, d’ailleurs, mériter le reproche d’avoir nui par des conversations Ou par des distractions au succès de l'expérience, et nous aVOns toujours eu soin que l’expression de nos physionomies n’inspirât ni gêne au magnétiseur ni doute au magnétisé. Notre position, nous aimons à le répéter, a été constamment celle d’observateurs curieux et impartiaux. Ces diverses conditions, dont plusieurs avaient été recommandées dans les ouvrages du respectable M. Deleuze, ayant été bien établies, voici que nous avons vu (1):
(4) Ainsi il est incontestable que le magnétisme animal (magnétisme dont le rapport finira sans doute par nous prouver l'existence , car après tout c’est pour cela qu’il est fait), il est incontestable, en attendant, que pour produire des effets il exige la réunion de certaines conditions; ceci paraît incontestable à M. Husson ; et puis enfin s’il était besoin d’une preuve sans réplique, la voici : La combinaison du plomb et de l’étain, qui est La soudure commune des plombiers, ne peut avoir lieu sans chaleur ; le mélange de parties égales de chlore et d'hydrogène ne peut s’enflammer sans la lumière du soleil ; donc le magnétisme animal, qui n’est aussi qu’une opération de la nature, demande la réunion de conditions particulières, et ces conditions ne sont autres que les
La personne qui devait être magnétisée a été placée assise, soit sur un fauteuil commode, soit sur un canapé, quelquefois même sur une chaise.
Le magnétiseur, assis sur un siége un peu plus élevé, en face et à un pied de distance d’elle, paraît se recueillir quelques moments, pendant lesquels il prend ses pouces entre les deux doigts, de manière à ce que l’intérieur de ses pouces touche l’intérieur des siens. Il fixe les yeux sur elle, et reste dans cette position jusqu’à ce qu'il sente qu’il s’est établi une chaleur égale entre ses pouces et les siens. Alorsil retire ses mains en les tournant en dehors, les pose sur les épaules où il les laisse environ une minute, et les ramène lentement par une sorte de friction très-légère le long des bras jusques à l’éxtrémité des doigts ; il recommence cinq ou six fois ce mouvement, que les magnétiseurs appellent passe ; puis il place ses mains au-dessus
passes. N'y a-t-il pas là de quoi satisfaire les esprits les plus exigeants?les passes sont au magnétisme ce que la chaleur est au mélange de plomb et d’étain, ce que les rayons du soleil sont au mélange du chlore et de lhydrogène; cette dernière comparaison est délicate, il y avait de quoi flatter MM. les magnétiseurs: dire que leurs passes sont analogues aux rayons du soleil! cela est de meilleur effet que la soudure connue des plombiers. Il n’y à pas de réfutation sérieuse pour de pareils écarts d'imagination.
Mais le rapporteur nous prévient ensuite quela commission, tout en se faisant un devoir de se soumettre à ces conditions afin d’avoir des effets magnétiques, a fini par s'affranchir de l'obligation imposée par les magnétiseurs d’avoir une foi robuste et de n’être mu que par l’amour du bien : il y a lieu de s'en étonner, car cetterésolution est tout à fait en contradiction avec ce que le rapporteur a dit à la page 356, savoir quela somnambule de M. Foissac avait cessé d’être somnambule par la seule raison que les commissaires s'étaient montrés défiants, impatients, etc, et ici il nous dit qu’ils ont cherché à être curieux et méfiants !
Ce n’est pas tout : leë commissaires, dit M. Husson, ont toujours été silencieux, etils ont eu soin de conserver une physionomie qui n’inspirât ni gêne aux magnétiseurs, ni doute aux magnétisés; que de choses pour ne pas faire manquer cette grave opération de la nature! Quoi qu’il en soit, ce préambule achevé, le rapyorteur entre en matière et prononce les mots sacramentels : Voici ce que nous avons vu ; mais la première chose vue n’est pas encore un effet magnétique; MM. les magnétiseurs ne vont pas si vite en besogne ; ce que d’abord ils ont fait voir à la commission, c'est la condition magnétique, c’est cette action analogue aux rayons du soleil et au calorique ; en un mot ils lui ont fait voir des passes, et le rapporteur va en donner une bonne description.
de la tête, les y tient un moment, les descend en passant devant le visage à la distance d’un ou deux pouces, jusques à l’épigastre où il s’arrête encore, en appuyant ses doigts sur cette partie; et il descend lentement le long du corps jusques aux pieds, Ces passes se répètent la plus grande partie de la séance; et lorsqu'il veut la terminer, il les prolonge au delà de l'extrémité des mains et des pieds en secouant ses doigts à chaque fois. Enfin il fait devant le visage et la poitrine des passes transversales à la distance de trois à quatre pouces en présentant les deux mains rapprochées et en les écartant brusquement.
D’autres fois il rapproche les doigts de chaque main, et les présente à trois ou quatre pouces de distance de la tête ou de l'estomac, en les laissant dans cette position pendant une ou deux minutes ; puis les éloignant et les rapprochant alternativement de ces parties avec plus ou moins de promptitude , il simule le mouvement tout naturel qu'on exécute lorsqu'on veut se débarrasser d’un liquide qui aurait humecté l'extrémité des doigts. Ces divers modes ont été suivis dans toutes nos expériences, sans nous attacher à l’un plutôt qu’à l’autre, souvent n'en employant qu’un, quelquefois nous servant de deux, et nous n'avons jamais été dirigés dans le choix que nous en avons fait par l’idée qu'un mode produirait un effet plus prompt et plus marqué que l’autre (1).
. (4) Avant de dire toute notre pensée sur ces ridicules manœuvres désignées sous le nom de passes , avant de nous expliquer sur la signification réelle de cette fantasmagorie, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que le rapporteur d’une commission académique se soit cru obligé de relater, de décrire sérieusement des momeries de cette espèce ; cela n’était pas digne de l’académie qui devait en entendre la lecture ; un seul homme, mais c'était un homme d'infiniment d'esprit, a traité ce sujet comme il le mérite, car il ne saurait y avoir Pour cela de réfutation sérieuse, c’est Hoffmann ; il en a fait une charmante parodie : modèle achevé de fine plaisanterie et d'excellente critique ; c’est un morceau qui restera ; on n’a rien produit de plus délicat, de plus fini dans notre langue; l'esprit français s'y montre dans ce qu’il a de plus exquis et de plus piquant ; au reste on va en juger, car il nous a fait trop de plaisir à nous-mêmes pour ne pas le reproduire ici toat entier, « J'ai promis, dit Hoffmann, d’enseigner la pratique du magnétisme à ceux qui ne la connaissent pas ; jy procède.
» Je déclare d’abord que tout ce qu’on va lire en caractères italiques est littéralement extrait des instructions données par le plus honnête, le plus chaste,
La commission ne suivra pas dans l’énumération des faits qu’elle a observés l’ordre des temps dans lequel elle les a recueillis ; il lui à paru beaucoup plus convenable et surtout beaucoup plus rationnel de vous les présenter classés selon le
le plus méticuleux des magnétiseurs ; les caractères romains indiqueront mes propres réflexions.
» Placez dans un fauteuil ou sur une chaise la personne que vous voulez magnétiser, et qui veut elle-même s’y soumettre; car, dit M. Deleuze, je ne crois pas possible de se mettre en rapport avec quelqu'un qui ne le veut pas ; placez-vous vis-à-vis d'elle de manière que vos geroux et vos pieds touchent les siens ; prenexlui les pouces et restes dans cette situation jusqu'à ce que vous senliez que vos pouces et les siens ont le même degré de chaleur.
» Arrêtons-nousici : certainement le pouceest{un doigt fort honnête, et cependant je doute qu’une mère et un mari fussent très-satisfaits de voir, l’une sa fille, l’autre sa femme, se placer genoux contre genoux et pieds contre pieds (pes pede fervidus instat) près d’un jeune homme d’un caractère ferme, actif et prononcé; et je demande s'ils auraient la patience d'attendre que la chaleur des pouces se fût mise en équilibre,
» Maintenant continuons : Posez ensuiteles mains sur les épaules, laissez-lesy deux ou trois minutes, et descendez le long des bras pour reprendre les pouces ; répétez celte manœuvre trois ou quatre fois, ensuile posez vos deux mains sur l'estomac de manière que vos pouces soient placés sur le plexus solaire et les autres doigts sur les côtés. Faisons une pause tandis que les pouces se reposent avec délices sur l’épigastre de la dame. M. Dupan fait une remarque fort juste sur le précepte de M. Deleuze; il fait voir qu’il est fort difficile d'appliquer les pouces sur le plexus solaire qui est lui-même appliqué sur la colonne vertébrale, et non pas sous l'épiderme de l'abdomen ; mais les magnétiseurs ont réformé l'anatomie : ainsi va pour le plexus! et qu’on le place où l’on voudra. Revenons à notre opération.
» Lorsque vous sentirex une communication de clialeur, descendex les mains jusqu'aux genoux el même jusqu'aux pieds. Je m’arrête forcément, car il ya ici une lacune , et le magnétisme procède plus méthodiquement. Souvenez-vous que vous aviez les pouces sur l’épigastre et les autres doigts sur les hypocondres; or l’épigastre est Ja partie de l’estomac qui s’étend depuis l’appendice xyphoïde jusqu’à la région ombilicale. Pourquoi donc le professeur nous fait-il faire un saut brusque jusqu'aux genoux? quand vous en étiez aux épaules il vous a dit de descendre le long des bras ; et, depuis l'estomac, il ne vous trace plus d'itinéraire, Arriverez-vous aux genoux par la perpendiculaire ou par deux courbes paraboliques ? c’est là une grande question, etle professeur pèche ici par oubli ou par réticence. Je m’en lave les mains; il n’y a pas de ma faute. Quoi qu’ilen soit, nous sommes aux genoux; continuons notre route... où même
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 349 degré plus ou moins prononcé de l’action magnétique qu’elle a reconnue dans chacun d’eux.
Ainsi nous avons établi les quatre divisions suivantes :
jusqu'aux pieds , et replacez Les mains au-dessus de la tête , en ayant la précaution de les détourner chaque fois que vous recommencerexz. Cette précaution de ne jamais magnétiser de bas en haut et d’écarter les mains avant de les ramener vers la tête, m'a paru toujours être essentielle dans ces procédés.
» Je n’ai que des éloges à donner à ce paragraphe ; et en effet qui oserait magnétiser de bas en haut? autant vaudrait caresser une jolie chatte à rebrousse poil, ou imiter les bonnes qui passent leur main sur le visage d’un enfant, de haut en bas et de bas en haut, en lui disant : « Voilà le plaisir, et voilà le déplaisir, »
» Mais pourquoi faut-il détourner les mains ? I y à sans doute un grand mystère dans cette pratique obligée, J’ai vu d’indignes magnétiseurs secouer leurs mains en les détournant ; serait-ce par le même motif que les J uifs, qui, lorsqu'ils s’accusent mutuellement de leurs fautes, ne manquent jamais de relever leur habit par derrière, et de le secouer légèrement, pour y laisser passer leurs péchés? Mais admirez la politesse délicate de notre professeur ; il se contente de dire : « Détournez les mains, » ce qui signifie sans doute que par ce mouvement vous écarterez les mauvaises pensées que le démon a pu vous suggérer dans une route périlleuse.
» Reprenons : On donne le nom passes à l’action de passer la main sur le corps. Lorsqu'on la conduit sur le corps jusqu'à l'extrémité des pieds, on appelle cette pratique MAGNÉTSER A GRANDS COURANTS... Au lieu d'aller jusqu'aux pieds, vous pouvez vous arrêter aux genoux ; mais dans ce cas, il faut avant de finir faire plusieurs passes sur les jambes et sur les pieds... Mettez dans vos mouvements de l’aisance et de la souplesse, et continuez à magnétiser pendant environ trois quarts d'heure. » Trois quarts d'heure ! est-il possible? oui, messieurs, tout autant, et quelquefois quatre, et quelquefois cinq ; vous ne savez pas ce que peut un caractère franc, actif et prononcé tel que l’exige le magnétisme ; et le professeur ajoute avec une ingénuité charmante (p. 136) que, quand le magnétisme agit, la personne magnétisée ne s'ennuie point ; on la magnétise pendant une heure sans qu’elle éprouve d’impatience. Oh ! je le crois sans peine ; mais le magnétiseur ? »
» Encore un petit précepte : Si votre malade sent des douleurs dans une partie, tenex quelque temps la main sur cette partie, et descendez comme pour entraîner Le mal : je suis fàché de le dire, mais voici encore une lacune ; descendez est bien vague ; car si la douleur est aux pieds, comment descendraiton? Et si... ah Dieu ! j'allais dire une sottise.
» Telle est la pratique du magnétisme; ce petit nombre de lignes suffit pour vous rendre aussi savant que les maîtres, Avec les attouchements prescrits, les
1° Les effets du magnétisme sont nuls chez les personnes bien portantes et chez quelques malades;
2° Ils sont peu marqués chez d’autres;
3 Ils sont souvent le produit de l'ennui, de la monotonie, de l’imagination;
4° Enfin on les a vus se développer indépendamment de ces
dernières causes, très-probablement par l'effet du magnétisme seul (1).
passes et les grands courants, vous obtiendrez des miracles, et vous ferez de temps en temps des somnambules qui verront à travers les murailles et qui prédiront l'avenir.
» Je duis cependant, avant de terminer, indiquer à mes écoliers un procédé employé par M. de Puységur, et dont M. Deleuze ne parle pas. Je vis un jour le premier de ces deux praticiens, dans la chaleur de la magnétisation, retirer ses deux mains ouvertes, puis les pousser avec force vers la personne magnétisée, comme s’il avait voulu refouler l'air ambiant, Il s’aperçut que ce mouvement m’étonnait, et il me dit : « Je bourre le fluide. » Comment M. Deleuze qui a tant d’admiration pour M. de Puységur, son maître en magnétisme, n’a-t-il pas adopté les bourrades ? Il me semble que cela doit bien faire ; mais peut-être aussi cela est-il superflu ou même dangereux ; car la bourrade doit être rangée dans le codex parmi les remèdes drastiques. |
» Mais j'ai terminé ma tâche pour tout ce qui concerne le matériel (op. cit., 586).»
Quand on se décide à traiter un pareil sujet, voilà comme on doit le faire: mais revenons sérieusement au rapport. M. Husson dès à présent va au delà de ce qu'il a vu, puisqu'il ne fait aucune difficulté d’accepter ces passes comme des causes réelles d’une action extraordinaire, dont il ne devait avoir encore aucune idée. Aussi, au lieu de se borner à dire, dans les conclusions, que les mouyements qu'il vient de décrire sont appelés passes par les magnétiseurs, nous verrons qu'il a sur-le-champ et sans autre examen conclu que ces manœuvres sont les moyens nécessaires pour se mettre en rapport, ou en d’autres termes, dira M. Husson, pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé (première conclusion). Or, c'est là précisément ce qui est à prouver : ÿ a-t-il rapport établi au moyen des passes? y a-t-il action transmise? c'est la ce qu'il y aura à prouver; mais, avant d’avoir donné des raisons, il ne fallait pas se hâter de poser en fait qu'il y a rapport établi et action transmise.
(1) H fallait, en effet, classer les résultats en raison de leur valeur, en prenant pour base leur nature ou leurs conditions de causalité, plutôt que de s’astreindre à l’ordre chronologique; c'était une marche toute tracée par les commissaires de l'ancienne académie des sciences, Mais voici maintenant une