EFFETS NULS
Le rapporteur de la commission s’est soumis à plusieurs re= prises à des expériences magnétiques. Une fois, entre autres, jouissant alors d’une santé parfaite, il a eu la constance de se tenir pendant trois quarts d’heure assis, dans la même POSI= tion, les yeux fermés, dans une immobilité complète, et il dé-
étrange manière de comprendre les faits dits magnétiques. La commission, dit M. Husson, a jugé plus convenable et surtout plus rationnel de les présenter classés selon le degré plus ou moins prononcé de l’action magnétique qu’elle a reconnue dans chacun d'eux, Fort bien! il est évident d’après cela que tous ces faits sont dus à l’action magnétique , puisque M. Husson à soin d’ajouter, pour ne laisser aucun doute, que la commission a reconnu cette action magnétique dans chacun d'eux, bien qu’à différents degrés : eh bien ! comment ces faits vont-ils être partagés ? En quatre divisions, dit le rapporteur : 4° effets nuls: 2° effets peu marqués ; 5° effets dus à l’ennui, à la monotonie, à l’imagination ; 4° effets développés probablement par l'effet du magnétisme seul, Que pensez-vous maintenant de ces quatre classes d'effets magnétiques ? Et d’abord que direz-vous des effeis magnétiques nuls, dans lesquels la commission a reconnu un premier degré de l’action magnétique? n'est-ce pas là quelque chose de merveilleux ? Que direz-vous ensuite des effets magnétiques produits par l’ennui, la monotonie et l’imagination ; effets dans lesquels la commission a reconnu un degré plus prononcé de l’action magnétique? n’estce pas chose encore tout à fait singulière : et enfin, que dire d’effets développés probablement par l'effet du magnétisme seul? Quelle rédaction, quelles idées, quelle classification ! Comment réfuter tout cela!
Voici probablement à quoi tient cette étrange confusion. Le rapporteur, convaincu depuis longtemps de la réalité de tous les faits dits magnétiques, en rassemble un bon nombre de concert avec la commission ; celle-ci remarque qu'il en est d’'insignifiants, qu'il en est de nuls, elc.,etelle invite le rapporteur à faire des distinctions, Le rapporteur les range en quatre catégories ; mais il ne s'aperçoit pas (ceci étant une affaire de rédaction retombe uniquement sur lui) qu’il fait dire à la commission qu'elle a reconnu une action pnstique dans des effets nuls ! qu’elle a reconnu cette méme fran el à ie ne plus prononcé dans des effets dus uniquement à l’ennui, à la monotonie et à l'imagination ; et enfin, comme dernière classe, il assure qu’on | vu des effets se développer très-probablement par l'effet du Sgen seul. Voilà com ment un esprit prévenu coordonne une classification, et nous la présente comme beaucoup plus convenable et beaucoup plus rationnelle que loue autre.
clare n'avoir ressenti dans cette épreuve aucune espèce d'effet, bien que l'ennui de la position et le silence absolu qu’il avait recommandé d'observer eussent été très-capables de produire le sommeil. M. de Mussy a subi la même épreuve avec le même résultat. Dans une autre circonstance où le rapporteur était tourmenté par des douleurs rhumatismales très-violentes et très-opiniâtres, il s’est laissé magnétiser à plusieurs reprises, et jamais il n’a obtenu de ce moyen le plus léger soulagement, quoique bien certainement l’acuité de ses souffrances lui fit désirer vivement de les voir sinon disparaître, au moins s’adoucir.
Le 11 novembre 1826, notre respectable collègue, M. Bourdois, éprouvait depuis deux mois un malaise qui exigeait de sa part une attention particulière pour sa manière habituelle de vivre. Ce malaise , nous disait-il, n’était pas son état normal ; il en connaissait la cause, et pouvait en fixer le point de départ. Dans ces conditions, qui d’après l’assertion de M. Dupotet étaient favorables au développement des phénomènes magnétiques, M. Bourdois fut magnétisé par ce même M. Dupotet, en présence de MM. Itard, Marc, Double, Guéneau et le rapporteur. L'expérience commença à trois heures trente-trois minutes; le pouls alors battait quatre-vingt-quatre fois, nombre qui, au rapport de M. Double et de M. Bourdois, est celui de l’état normal ; à trois heures quarante et une minutes on cessa l'expérience, et M. Bourdois n’a absolument rien éprouvé. Nous avons seulement noté que le pouls était descendu à soixante-douze pulsations, c’est-à-dire douze de moins qu’avant l’expérience.
Dans la même séance, notre collègue M. Itard, atteint depuis huit ans d’un rhumatisme chronique dont le siége était alors dans l’estomac, et souffrant dans cemême moment d’une crise habituelle attachée à sa maladie (ce sont ses expressions), se fait magnétiser par M. Dupotet : à trois heures cinquante minutes son pouls bat soixante fois; à trois heures cinquantesept minutes il ferme les yeux; à quatre heures trois minutes on cesse de le magnétiser; il nous dit que, pendant le temps qu’il a eu les yeux ouverts, il a cru sentir l'impression du trajet -des doigts se porter sur ces organes comme s'ils avaient été frappés d’une bouffée d’air chaud ; mais qu'après les avoir fer-
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 303 més, et l'expérience continuant , il w’avait plus éprouvé la même sensation; il ajoute qu’au bout de cinq minutes il a senti un mal de tête qui occupait tout le front et le fond des orbites, avec un sentiment de sécheresse à la langue, bien que la langue observée par nous fût très-humide; enfin il dit que la douleur qu'il éprouvait avant l’expérience et qu’il avait annoncé être dépendante de l'affection dont il se plaignait avait disparu, mais qu’elle était en général très-mobile. Nous avons noté que le pouls était monté à soixante-quatorze pulsations , c’est-àdire quatorze de plus qu'avant l'expérience.
Nous aurions pu très-certainement vous rapporter d’autres observations dans lesquelles le magnétisme n’a eu aucune espèce d'action; mais, outre l'inconvénient de citer des faits sans aucun résultat, nous avons pensé qu’il vous suffirait d’avoir connaissance de ce que trois membres de la commis- Sion avaient expérimenté sur eux-mêmes pour avoir une certitude plus complète de la vérité de nos recherches (4).
(1) Mais en vérité il n’y a pas à en douter ; le rapporteur peut se rassurer ; il semble tourmenté ici par un scrupule, celui de n’avoir pas assez rassemblé de faits pour nous prouver qu’il est des observations dans lesquelles le magnétisme n’a eu aucune espèce d'action ; nous l’en croyons bien assurément , quoique tout à l'heure il nous ait donné les effets nuls comme des faits magnétiques, ou du moins comme des faits dans lesquels la commission aurait reconnu une action magnétique au degré le moins prononcé ; ici, nous le répétons, il a trop de scrupule ; nous n’avions pas même besoin d'apprendre que trois membres de la commission avaient expérimenté sur eux-mêmes pour avoir une certitude très-complète de la vérité de ces premières recherches.
Toutefois M. Husson n’aura garde de perdre de vue ces précieux documents ; lorsqu'il donnera ses conclusions, lorsqu'il en viendra à Rate qu'il y a des effets nuls produits par le magnétisme (singulière production .),1l aura soin de nous renvoyer à ces expériences pour nous empécher d'en douter ; ne semblet-il pas, en vérité, qu'il s’agisse icide faits tellement InPolHess tellement exéeptionnels, tellement en dehors de ce qui doit se passer, qu'il sera Dpéssaire de recourir bien vite aux passages indiqués pour s’assurer s’il est bien vrai que des malades n’ont pas offert de phénomènes magnéliques ? Eh quoi être malade et ne pas tomber en somnambulisme sous Ja main de M. Foissac, sous la main de M, Duapotet! Mais c’est une chose bien extraordinaire: one étaient donc constitués ces malades? Aussi M. le rapporteur s'est-il empressé de consigner ici ces exceptions, de nous assurer fort imperturbablemenrt que