‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 32 sur 123 · XIX. Cette vertu opposée pénètre ainsi tous les corps : elle · texte numérisé non relu

XIX. Cette vertu opposée pénètre ainsi tous les corps : elle

DU MAGNÉTISME ANIMAL. A7 peut être également communiquée, propagée, accumulée, concentrée, transportée; réfléchie par les glaces et propagée par le son; Ce qui Constitue non-seulement une privation, mais une veriu opposée positive.

XX. L’aimant, soit naturel, soit artificiel, est, ainsi que tous les autres corps, susceptible du magnétisme animal, et même de la vertu opposée, sans que ni dans l’un ni dans l’autre cas son action sur le fer et l'aiguille souffre aucune altération ; ce qui prouve que le principe du magnétisme animal diffère essentiellement de celui du minéral.

XXI. Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur la nature du feu et de la lumière, ainsi que dans la théorie de l'attraction, du flux et reflux de l’aimant et de l'électricité.

XXIL 31 fera connaître que l’aimant et l’électricité artificielle n’ont, à l'égard des maladies, que des propriétés communes avec plusieurs autres agents que la nature nous offre, et que s’il est résulté quelques effets utiles de l'administration de ceux-là ils sont dus au magnétisme animal.

XXII. On reconnaîtra par les faits, d’après les règles pratiques que j'établirai, que ce principe peut guérir immédiatement les maladies de nerfs, et médiatemenit les autres.

XXIV. Qu’avecsonsecoursle médecinestéclairésur l'usage des médicaments; qu’il perfectionne leur action, et qu’il provoque et dirige les crises salutaires de manière à s’en rendre le maître.

XXV. En communiquant ma méthode, je démontrerai, par une théorie nouvelle des maladies, l'utilité universelle du principe que je leur oppose.

XXVI. Avec cette connaissance, le médecin jugera sûrement l’origine, la nature et les progrès des maladies, même des plus compliquées : il en empêchera l'accroissement, et parviendra à leur guérison, sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou des suites fâcheuses, quels que soient l’âge, le tempérament et le sexe : les femmes, même dans l’état de QTOSsesse et lors des accouchements, jouiront du même avantage.

XXVII. Cette doctrine, enfin, mettra ie médecin en état de bien juger du degré de santé de chaque individu, et de le préserver des maladies auxquelles il pouvait être exposé : l’art de guérir parviendra ainsi à sa dernière perfection.

On voit que cesystème embrasserait la nature entière, lierait

tous les êtres les uns aux autres; mais nous allons le voir jugé par des hommes compétents etréduit à sa juste valeur. Quoi qu'ilen soit, l'engouement populaire était devenu tel pour la personne de Mesmer, que le gouvernement crutne pouvoir se dispenser d'intervenir; et comment le fit-il d'abord? Est-ce en pro-

voquant un examen sérieux, soit de la théorie du thaumaturge

ou des manœuvres mises par lui en usage ? Nullemenit ; il y eut un entrainement si général, que Mesmer, méprisé jadis de ses compatriotes, chassé de Vienne pour son inconduite, en vint au point de traiter de puissance à puissance avec le gouvernement français, et de lui poser des conditions, de lui donner son ultimatum. IL est bien difficile aujourd’hui de se rendre raison d’un pareil scandale. Dans quel état de dissolution n’allait pas tomber une société ainsi désorganisée ?

Un homme arrive du fond de l'Allemagne, précédé d’une réputation plus que suspecte; il s'établit impudemment au beau milieu de la capitale, et à une époque où d’illustres médecins français ne pouvaient exercer la médecine dans la capitale, par la seule raison qu’ils avaient été gradués à Montpellier; à cette même époque, disons-nous, un étranger sans aveu fait courir tout Paris autour de ses baquets, et affiche la prétention de guérir tous les malades ; non-seulement nul n’y met obstacle, mais , sur sa menace d'aller porter ailleurs les bienfaits de sa découverte, un ministre d'Etat, M. de Maurepas, se hâte de mander Mesmer; il lui déclare quele gouvernement est suffisamment instruit de la réalité de ses cures ; qu’il le dispense de tout examen, et qu’on lui accorde, pour reconnaître ses services et le üxer en France, 20,000 francs de rentes viagères, et40,000francs par an, pour frais d'emplacement! Mesmer, qui traitait de puissance à puissance, ainsi quenous venons de le dire, déclare qu’il préféreraitle château et la terre de*** cornme local deses séances et Comme propriété ; cette dernière proposition n’ayant pas été agréée, il refusa. Il aurait voulu, disait-il, une récompense digne de la nation française et du monarque qui la gouvernait; et il tenait à une possession territoriale,

On ne sait, en vérité, lequel on doit le plus admirer aujourd’hui, ou de la stupidité du gouvernement qui jetait ainsi à la tête d’un aventurier l'argent du pays, ou des prétentions absurdes (le cet aventurier, Bertrand a dit avec raison que la cupidité

diturs dé

seule avait motivé le refus de Mesmer ; Mesmer objectait d’une part qu’il ne pouvait se laisser juger par ses élèves, et d'autre part qu’on avait eu tort de tenir à 4 ou 500,000 francs lorsqu'il S’agissait du bonheur du peuple; c’est là ce qu’il écrivit à Marie-Antoinette après son voyage de Spa; nous y reviendrons.

Et cependant remarquez quelle avait été la réserve du gou= vernement sur le premier point : on posait comme unique condition qu’il admettrait à ses leçons trois savants nommés par l’autorité. On avait eu soin de le prévenir que le témoignage de ces savants , quand même il serait défavorable, ne changerait rien aux avantages qu’on lui assurait !

Que les temps sont changés ! un exemple récent prouve que la munificence nationale ne se répand plus aujourd’hui, ni avec cette profusion, ni avec cet aveuglement. Pour que M. Daguerre en vint à obtenir la juste rétribution de ses longs travaux et du sacrifice préalable de sa fortune particulière, il a fallu d'une part qu’un illustre savant le prît sous son patronage ; que l’académie des sciences, réunie à celledes beaux-arts, reconnüt la réalité et l'importance de sa découverte; it a fallu d'autre part que les chambres législatives, après avoir pris Connaissance de tous ces faits à elles déférés par ces Corps savants et par la voie ministérielle, il a fallu, disons-nous, que les chambres fussent consultées sur la récompense à accorder, et c'est à ces conditions seulement qu’il fut permis de disposer des deniers de l'Etat. Telle n’était pas l’époque à laquelle Mesmer parut en France; ses succès inouïs révèlent quel était alors le relâchement des mœurs dans les hautes classes.

Si maintenant nous cherchons sérieusement les cures par lui opérées, nous lisons dans Desbois de Rochefort les faits suivants, qui certes n’ont pas besoin de commentaires. « Madame la duchesse de Chauines avait «été recommandée très-expressément à Mesmer par la reine : elle était très-persuadée de la doctrine mesmérienne, elle publiait partout son mieux être, Sa guérison que d’autres traitements n’avaient pu amener. Cependant elle est morte d’une hydropisie ascite, occasionnée et entretenue par l’engorgement des viscères du bas-ventre, son imagination avait été absolument trompée; ce qu’elle disait partout, elle Le croyait. »

« M. Court de Gebelin, homme du plus grand mérite et de

20 HISTOIRE ACADÉMIQUE l’érudition la plus vaste, est attaqué d’une maladie incurable ; il se livre au mesmérisme. Dès les premières applications, il se sent mieux; bientôt il s'annonce guéri à toute l’Europe par une brochure remplie d’un enthousiasme fanatique.M. Mesmer etses partisans s’en glorifièrent de toute part, et M. de Gebelin meurt au baquet même d’une suppuration rénale que louverture de son cadavre a démontrée. Cependant il se disait guéri, tant la séduction a d’empire sur les esprits même les plus éclairés (1). »

« Madame la marquise de Fleuri, une des premières clientes de M. Mesmer, avait la vision très-faible quand elle fut chez lui, M. Mesmer promit qu'il la guérirait; ce fut en la laissant devenir aveugle, au bout d’un mois ou deux de stage chez lui. Cependant M. Mesmer promet toujours sa guérison, et elle meurt aussi au baquet, après avoir publié partout avec M. Mesmer et ses partisans qu’elle était guérie. »

« Madame Poissonnier, femme d’un médecin de Paris, attaquée d’une affection cancéreuse, court chez M. Mesmer; bientôt

on publie qu’elle allait mieux, elle en était elle-même persua-

dée, et cependant elle meurt des suites de son cancer. »

(4) Pour montrer à quel point la doctrine de Mesmer avait rempli d’enthousiasme Court de Gebelin, nous citerons le passage suivant de sa lettre sur le mesmérisme : «C’est par ces mêmes connaissances que les mages, les hiérophantes, les bramines, les gymnosophistes , les druides, ces compagnies si révérées dans l’antiquitéet surtout dans l'Orient, dont les chefs étaient à la fois, prêtres et rois, se vantaient d'opérer des merveilles avec des verges , des bâtons, des flèches ; de faire éprouver de fortes sensations, d'occasionner des douleurs, guérir des maladies par un simple attouchement, une simple direction de la main , un simple regard ; de prolonger les jours , de les rendre aussi longs et aussi heureux qu'ils l’étaient dans la génération primitive; en un mot de produire tant d'effets merveilleux si vantés dans l’histoire, mais auxquels on ne croit plus aujourd'hui, parce qu’on en a oublié l’origine, parce qu’on en ignore la cause, parce qu’on juge mal à propos qu’ils ne sont appuyés que sur l’ignorance, la crédulité , la superstition.

» Les magiciens de Pharaon n'étaient que des magnétisants ; mais, ignorant la grande théorie du système magnétique, ils ne pouvaient percer la profondeur des mystères auxquels on s’est élevé dans les temps modernes en formant des somnambules, des prophètes, des sibylles qu'aucune puissance humaine ne peut mettre en défaut, en rappelant à la vie un mourant, en magnétisant d’une ville à l’autre, à heure nommée, un individu avec lequel on esten rapport, et mille autres effets plus surprenants encore. » (Lettres aux souscripteurs, t. 46.)

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