LE FLUIDE MAGNÉTIQUE ÉCHAPPE À TOUS LES SENS
Le moyen le plus sûr pour constater l'existence du fluide magnétique animal serait de rendre sa présence sensible ; mais il n’a pas fallu beaucoup de temps aux commissaires pour reconnaître que ce fluide échappe à tous les sens. Il n’est point lumineux et visible comme l'électricité ; son action ne
cher la solution de problèmes scientifiques procèdent rigoureusement, logiquement.
Si on avait toujours mis la même sévérité dans l’examen des faits magnétiques, si constamment on avait pris le doute pour point de départ, on ne verrait pas aujourd'hui des magnétiseurs, dans leurs traités ex professo, s’appuyer Sur un rapport académique non discuté, non adopté, et, forts de cette pièce désavouée , passer sous silence tous les autres jugements accadémiques.
(1) C'est Bailly, le célèbre astronome, qui écrit ces lignes. Avec quelle admirable simplicité ce grand homme s'exprime sur cette prétendue influence des corps célestes , influence qui aurait élé découverte pär des gens complétement étrangers aux premières notions d'astronomie ; il ne blâme pas, il ne nie pas ; il écarte tout simplement cette première question comme insoluble, ou plutôt comme une assertion dénuée de preuves, et qui ne demande aucune réfutation. .
Il laissa donc là et ce vaste univers et ses prétendus rapports magnétiques avec l’homme,
se manifeste pas à la vue comme Pattraction de Paimani ; il est sans goût et sans odeur; il marche sans bruit, et vous entoure ou vous pénètre sans que le tact vous avertisse de sa présence. S'il existe en nous et autour de nous , c’est doncd’une manière absolument insensible (1). Parmi ceux qui professent le magnétisme , il en est qui prétendent qu’on le voit quelquefois sortir de l’extrémité des doigts, qui lui servent de conducteurs, ou qui croient sentir son passage lorsqu'on promène le doigt devant le visage et sur la main. Dans le premier Cas, l’'émanation aperçue n’est que celle de la transpira- tion, qui devient tout à fait visible lorsqu'elle est grossie au microscope solaire; dans le second, l'impression de froid ou de frais qu'on éprouve, impression d'autant plus marquée qu’on a plus chaud, résulte du mouvement de l'air qui suit le doigt, et dont la température est toujours au-dessous du degré de la chaleur animale. Lorsqu’au contraire on approche le doigt de la peau du visage, plus froide que le doigt, et qu’on le laisse en repos, on fait éprouver alors un sentiment de chaleur, qui est la chaleur animale communiquée (2).
On prétend encore que ce fluide a de l’odeur, et qu’on la sent lorsqu'on porte sous le nez, ou le doigt ou un fer conducteur ; on dit même que ces sensations sont différentes sous les deux narines, selon qu’ondirige le doigtoule fer à pôle direct ou à pôle opposé. M. Deslon à fait l'expérience sur plusieurs commissaires ; les commissaires l’ont répétée sur plusieurs sujets; aucun n’a éprouvé cette différence de sensation d’une narine à l’auire (3); et si, en y faisant attention, on a en effet reconnu
(4) On voit que, même en se bornant tout simplement à l'étude du fluide limité dans l’économie animale, le problème n'en est guère moins difficile, puisqu’il échappe à toute appréciation physique, qu’il est invisible, intangible, etc.; mais il y avait des dissidences à ce sujet parmi les professeurs en magnétisme ; absolument comme aujourd’hui, où aucuns prétendent qu’avec un sujet bien et dûment magnétique on peut très-facilement aimanter un morceau de fer doux, en le leur promenant le long du dos!
(2) Ces derniers mots renferment toute la doctrine que plus tard nous avons vuesoutenue par de Jussiou ;cesavant, en effet, n’a voulu tenircompte que d’une seule chose , la chaleur communiquée, et c'était pour développer exclusivement cette thèse qu'il s'était séparé de ses collègues.
5) On se rappelle que, lors de ses premiers rapports avec l’académie royale
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 31 quelque odeur, c’est, lorsqu'on présente le fer, celle du fer même échauffé et frotté, et lorsqu'on présente le doigt, celle des émanations de la transpiration, odeur souvent mêlée à celle du fer dont le doigt même est empreint. Ces effets ont été attribués par erreur au magnétisme; ils appartiennent tous à des causes naturelles et connues.
L’EXISTENCE DE CE FLUIDE NE POURRAIT ÊTRE CONSTATÉE QUE PAR SON ACTION SUR LES CORPS ANIMÉS.
Aussi M. Deslon n’a jamais insisté sur ces impressions passagères, il n’a pas cru devoir les produire comme des preuves ; et au Contraire il a expressément déclaré aux commissaires qu'il ne pouvait leur démontrer l'existence du magnétisme que par l’action de ce fluide, opérant des changements dans les Corps animés (1). Cette existence devient d'autant plus difficile à constater par des effets qui soient démonstratifs et dont la cause ne Soit pas équivoque ; par des faits authentiques, sur lesquels les circonstances morales ne puissent pas influer ; enfin par des preuves susceptibles de frapper, de convaincre l'esprit, les seules qui soient faites pour satisfaire les physiciens éclairés (2).
des sciences par l'intermédiaire de le Roy, Mesmer affirmait qu'il lui avait suñi de passer les doigts sous le nez de M. A. , et de changer ainsi les pôles pour lui faire sentir une forte odeur de soufre; ici qu’on se met sérieusement à expérimenter, rien de semblable ne peut être produit, ni par les commissaires , ni même par Deslon, et il en est ainsi de tous les prétendus phénomènes magnétiques dès qu’on les soumet à l’expérience, dans des conditions propres à empêcher toute supercherie et toute erreur.
(1) Ainsi les prétentions de Deslon sont bien réduites, si on les compare à celles de son maître Mesmer; c’est que ce sont les seules, nous ne dirons pas démonstrables, mais sontenables; il ne s’agit donc plus de corps célestes, d’influences sidérales ; il ne s’agit plus d’un fluide, nous ne dirons pas qui puisse tomber lui-même sous les sens, mais dont les effets soient appréciables à l’aide des instruments les plus délicats ; il s’agit tout simplement de sensations perçues par les malades sous l'influence de certaines manœuvres exécutées ainsi qu’il va être dit.
(2) Limités dans ces conditions, les effets magnétiques deviennent en effet tellement incertains, tellement équivoques, que leur réalité est très-difficile à
L'action du magnétisme sur les Corps animés peut être observée de deux manières différentes, ou par cette action longtemps continuée et par ses effets curatifs dans le traitement des maladies, ou par ses effets momentanés sur léconomie animale et par les changements observables qu’elle y produit. M. Deslon insistait pour qu'on employât principalement et presque exclusivement la première de ces méthodes ; les commissaires n’ont pas cru devoir le faire, et voici leurs raisons (1) :