INTRODUCTION. IX
choses sacrées, qu’elle fut prise par cet insigne jongleur dont Lucien a décrit si plaisamment la vie, cet Alexandre qui joua si longtemps les Grecs avecses serpents; 1l avait même ajouté les chrétiens aux épicuriens; suivant lui, ils ne valaient pas mieux les uns que les autres. Avant de commencer ses prestiges, il criait : Qu'on chasse les chrétiens! à quoi le peuple répondait comme en une espèce de chœur : Qu'on chasse aussi les épicuriens ! Que si on ne lui obéissait pas , il déclarait que le sanctuaire se remplissait d’impies, et que le dieu dont il était l'interprète ne parlerait plus.
L'Apollon de Daphné donnait les mêmes raisons, lorsque plus tard, sous Julien l’Apostat, on lui demandait la cause de son silence.
Il est vrai que le génie des Grecs, naturellement porté au merveilleux, avait dû favoriser toutes ces pratiques. Avant de s’inquiéter des causes, on doit s’assurer du fait ; mais cette méthode, dit Fontenelle, n'allait pas à l’esprit des Grecs, qui couraient tout d’abord aux explications et passaient par-dessus la vérité des faits (Op. cit., 227).
IL est encore à remarquer qu’on avait choisi certaines régions, certains pays plutôt que d’autres; ainsi, au rapport de Plutarque, les oracles les plus nombreux et les plus célèbres se trouvaient en Béotie, pays plutôt renommé par le nombre et l’immensité de ses cavernes que par l'intelligence de ses habitants.
C'étaient presque toujours des femmes qui servaient d'instruments dans cessortes de manœuvres ; Plutarque et Lucien ajoutent qu’on les choisissait de préférence parmi les filles les plus pauvres et privées de toute éducation.
Il en sera de même à toutes les époques, dès qu’il faudra jouer l'inspiration et s’élever en apparence audessus des événements ordinaires de la vie; la tournure de leurs idées, la trempe de leur esprit, leur genre d'organisation les prédisposera naturellement à jouer ces