‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 49 sur 123 · ON SOUPCONNE QUE L’IMAGINATION À PART AUX EFFETS PRODUITS · texte numérisé non relu

ON SOUPCONNE QUE L’IMAGINATION À PART AUX EFFETS PRODUITS

Ces faits ont permis aux commissaires d'observer que le magnétisme a semblé être nul pour ceux des malades qui S'y sont Soumis avec quelque incrédulité; que les commissaires, même ceux qui ont des nerfs plus mobiles , ayant détourné exprès leur attention, s'étant armés du doute philosophique qui doit accompagner tout examen, n’ont point éprouvé les impressions qu’ont ressenties les trois malades de la classe du peuple, et ils ont dû soupçonner que ces impressions , en les supposant toutes réelles, étaient la suite d’une persuasion anticipée, et pouvaient être un effet de l'imagination. Il en a résulté un autre plan d'expériences (2).

(1) Nous aurons plus tard à examiner des effets prétendus magnétiques, que M. Husson aurait observés chez un tout petit garçon, à organisation délicate aussi sans doute ; mais qu’on serassure, ces effets n'infirmeront en rien la conclusion actuelle.

(2) C'était là véritablement ce qu'il y avait à faire; une fois ce soupçon conçu, savoir que ces effets, tout insignifiants qu'ils étaient, pouvaient appartenir à l’imagination, il fallait entreprendre une nouvelle série d'épreuves dans ce sens ; c’est ce que n’ont pas manqué de faire les commissaires. D’autres plus tard ne l’ont pas fait; pourquoi? Il serait difficile de le dire. Est-ce parce que le soupçon que les effets notés par eux pouvaient provenir de l’imagination ne leur est pas venu ? Ou bien est-ce parce qu'ils auraient craint de faire injure aux magnétiseurs qu’ils n’ont pas institué une série d’expériences dans ce sens ? Celte dernière supposition est probable, car jamais ils n’ont pu se

ON SE PROPOSE DE FAIRE DES EXPÉRIENCES POUR DÉTRUIRE OU CONFIRMER CE SOUPCON. :

Leurs recherches vont être désormais dirigées vers un nouvel objet ; il s’agit de détruire ou de confirmer ce soupçon, de déterminer jusqu’à quel point Pimagination peut influer sur nos sensations, et de constater si elle peut être la cause en tout ou en partie des effets attribués au magnétisme.

MÉTHODE DE M.JUMELIN, POUR MAGNÉTISER, DIFFÉRENTE DE CELLE DE MM. MESMER ET DESLON.

Alors les commissaires ont entendu parler des expériences qui ont été faites chez M. le doyen de la faculté, par M. Jumelin, docteur en médecine, ils ont désiré de voir ces expériences, et ils se sont rassemblés avec lui chez lun d'eux, M. Majault. M. Jumelin leur a déclaré qu’il n’était disciple ni de M. Mesmer ni de M. Deslon, il n’a rien appris d’eux sur Île magnétisme animal; et, sur ce qu’il en à entendu dire, il a concu des principes et s’est fait des procédés. Ses principes consistent à regarder le fluide magnétique animal comme un fluide qui circule dans les corps et qui en émane, mais qui est essentiellement le même que celui qui fait la chaleur; fluide qui, comme tous les autres, tendant à l'équilibre, passe du corps qui en a le plus dans celui qui en a le moins. Ses procédés sont également différents de ceux de MM. Mesmer et Deslon; il magnétise comme eux avec le doigt et la baguette de fer conducteurs et par l'application des mains, mais sans aucune, distinction de pôles.

QUATRIÈME EXPÉRIENCE : ELLE PROUVE QUE PAR CETTE MÉTHODE ELLE PRODUIT LES MÊMES EFFETS.

Huit hommes et deux femmes ont d’abord été magnétisés et

décider à soupçonner l'existence de quelque supercherie, et cela, ont-ils dit ingénument, parce que c'eût été faire injure aux magnéliseurs !

n’ont rien senti; enfin une femme, qui est portière de M. AIphonse le Roy, docteur en médecine, ayant été magnétisée au front, mais sans la toucher, a dit qu’elle sentait de la chaleur. M. Jumelin, promenant sa main et présentant les cinq extrémités de ses doigts sur tout le visage de la femme, elle a dit qu’elle sentait comme une flamme qui se promenait; magnétisée à l’estomac, elle à dit y sentir de la chaleur; magnétisée sur le dos, elle à dit y sentir la même chaleur : elle a déclaré de plus qu’elle avait chaud dans tout le corps et mal à la tête.

Les commissaires, voyant que sur onze personnes soumises à l'expérience, une seule avait été sensible au magnétisme de M. Jumelin, ont pensé que celle-ci n'avait éprouvé quelque chose, que parce qu’elle avait sans doute l'imagination plus facile à ébranler ; l’occasion était favorable pour s’en éclaircir. La sensibilité de cette femme étant bien prouvée, il ne s’agissait que de la mettre à l’abri de son imagination, ou du moins de mettre son imagination en défaut. Les commissaires ont proposé de lui bander les yeux, afin d'observer quelles seraient ses sensations lorsqu'on opérerait à son insu. On lui a bandé les yeux et on l’a magnétisée; alors les phénomènes n’ont plus répondu aux endroits où on a dirigé le magnétisme. Magnétisée successivement sur l'estomac et dans le dos, la femme n’a senti que de la chaleur à la tête, de la douleur dans l’œil droit, dans l’œil et dans l'oreille gauches.

On lui a débandé les yeux, et M. Jumelin, lui ayant appliqué ses mains sur les hypocondres, elle a dit y sentir de la chaleur; puis, au bout de quelques minutes, elle à dit qu’elle allait se trouver mal, et elle s’est trouvée mal en effet. Lorsqu’elle a été bien revenue à elle, on la reprise, on lui a bandé les yeux, on a écarté M. Jumelin, recommandé le silence, et on à fait accroire à la femme qu’elle était magnétisée. Les effets ont été les mêmes, quoiqu’on n’agît sur elle ni de près ni de loin; elle a éprouvé la même chaleur, la même douleur dans les yeux et dans Les oreilles ; elle à senti de plus de la chaleur dans le dos et dans les reins.

Au bout d’un quart d'heure, on a fait signe à M. Jumelin de la magnétiser à l’estomac, elle n’y a rien senti, au dos de même. Les sensations ont diminué au lieu d'augmenter. Les

douleurs de la tête sont restées, la chaleur du dos et des reins a cessé (1).

ON CONCLUT QUE LA MÉTHODE EST INDIFFÉRENTE , QUE LA DISTINCTION DES POLES EST CHIMÉRIQUE.

On voit qu’il y a eu ici des effets produits, et ces effets sont semblables à ceux qu’ont éprouvés les trois malades dont il a été question ci-dessus. Mais les-uns et les autres ont été obtenus par des procédés différents; il s'ensuit que les procédés n’y font rien, La méthode de MM. Mesmer et Deslon et une méthode opposée donnent également les mêmes phénomènes. La distinction des pôles est donc chimérique (2).

kxFETS MARQUÉS DE f/IMAGINATION.

On peut observer que, quand la femme y voyait, elle plaçait ses Sensations précisément à l’endroit magnétisé ; au lieu que, quand elle n’y voyait pas, elle les plaçait au hasard, et dans des parties très-éloignées des endroits où on dirigeait le magnétisme. Il a été naturel de conclure que l'imagination déterminait ces sensations vraies ou fausses (3). On en a été

(1) Cette expérience est très-curieuse ; elle met complétement à nu le manége; de cette femme et l’inanité des prétendus effets magnétiques. Que vous donniez à ce manége le nom d’erreur, d'imagination ou de supercherie ; peuäimporte ; il s’agit moins de trouver le mobile qui fait ainsi agir les magnétisés que de constater la nullité des effets attribués au magnétisme ; mais nous l’avons déjà dit, pour instituer ces sortes d'expériences, il ne faut pas être arrêtés par la crainte de faire injure soit aux magnétisés soit aux magnétiseurs.

(2) Ce M. Jumelin avait dévancé son époque, en laissant les baquets et les tiges de Mesmer et de Deslon ; il avait trouvé d’inspiration, de lui-même les nouvelles méthodes ; mais les commissaires trouvaient avec raison que les méthodes ne font rien ; et cela se conçoit parfaitement ; cependant il ne faudra pas laisser dire plus tard que le magnétismea changé de tout point ; si on dit cela, nous invoquerons M. Jumelin et ses passes.

(5) En disant que ces sensations étaient vraies ou fausses, les commissaires montrent que c'était pour employer une expression polie qu’ils ont mis tout ici sur le compte de l'imagination ; ces sensations pouvaient en effet être faus-.

Convaineu quand on à vu qu’étant bien reposée, ne sentant plus rien, et ayant les yeux bandés, cette femme éprouvait tous les mêmes effets, quoiqu’on ne la magnétisât pas ; mais la démonstration a été complète lorsque, après une séance d’un quart d'heure, son imagination s'étant sans doute lassée et refroidie, les effets, au lieu d'augmenter, ont diminué au moment où la femme a été réellement magnétisée.

Si elle s’est trouvée mal, cet accident arrive quelquefois aux femmes lorsqu'elles sont serrées et gênées dans leurs vêtements. L'application des mains aux hypocondres a pu produire le même effet sur une femme excessivement sensible; mais on n'a pas même besoin de cette cause pour expliquer le fait. Il faisait alors très-chaud, la femme avait éprouvé sans doute de l'émotion dans les premiers moments, elle a fait effort pour se soumettre à un traitement nouveau, inconnu, et, après un effort trop longtemps soutenu, il n’est pas extraordinaire de tomber en faiblesse,

CINQUIÈME EXPÉRIENCE QUI DONNE LES MÊMES RÉSULTATS s ET MONTRE ÉGALEMENT L'EFFET DE L'IMAGINATION.

Cet évanouissement à donc une cause naturelle et connue, mais les sensations qu’elle a éprouvées lorsqu'on ne la magnétisait pas, ne peuvent être que l'effet de l'imagination (1). Par des expériences semblables que M, Jumelin a faites au même lieu, le lendemain, en présence des commissaires, sur un homme les yeux bandés, et sur une femme les yeux découverts, on à eu les mêmes résultats; on à reconnu que leurs réponses étaient évidemment déterminées par les questions

sement accusées ; dès lors cette femme voulait induire en erreur, tromper. Donc il pouvait y avoir supercherie de sa part.

(1) Nous nous permettrons d’ajouter ici que l’évanouissement peut être interprété comme les sensations qu’elle disait éprouver quand on ne Ja magnétisait pas, c’est-à-dire qu’il pouvait être tout aussi faux. Quand une femme en est arrivée à ce point quand elle est au pied du mur, elle se trouve mal, c’est un dénoûment tout trouvé ; un évanouissement coupe court à tout, et la tire complétement d’affaire. C’est le dernier mot, la dernière raison, et d’autant meilleure qu’il n’y a plus rien à objecter,

b8 HISTOIRE ACADÉMIQUE

qu’on leur faisait, La question indiquait où devait être la sensation ; au lieu de diriger sur eux le magnétisme, on ne faisait que monter et diriger leur imagination. Un enfant de cinq ans, magnétisé ensuite, n’a senti que la chaleur qu’il avait précédemment contractée en jouant.

Ces expériences ont paru assez importantes aux COmMMmIssaires pour leur faire désirer de les répéter afin d'obtenir de nouvelles lumières, et M. Jumelin à eu la complaisance de s’y prêter. Il serait inutile d’objecter que la méthode de M, Jumelin est mauvaise; Car on ne se proposait pas dans ce moment d’éprouver le magnétisme, mais l’imagination.

Les commissaires sont convenus de bander les yeux des sujets éprouvés , de ne point les magnétiser le plus souvent, et de faire les questions avec assez d'adresse pour leur indiquer les réponses. Cette marche ne devait pas les induire en erreur, elle ne trompait que leur imagination. En effet, lorsqu'ils ne sont point magnétisés, leur seule réponse doit être qu’ils ne sentent rien; et lorsqu'ils le sont, c’est l'impression sentie qui doit dicter leur réponse, et non la manière dont ils sont interrogés (1).

SIXIÈME EXPÉRIENCE , QUI CONFIRME ET QUI DONNE ENCORE LES MÊMES RÉSULTATS.

En conséquence les commissaires s'étant transportés chez M. Jumelin, on a commencé par éprouver son domestique. On lui a appliqué sur les yeux un bandeau, préparé exprès, et qui a servi dans toutes les expériences suivantes. Ce bandeau était composé de deux calottes de gomme élastique, dont la concavité était remplie par de l’édredon; le tout enfermé et cousu dans deux morceaux d’étoffe taillés en rond. Ces deux pièces étaient attachées l’une à l’autre; elles avaient des cordons qui se liaient par derrière. Placées sur les yeux, elles laissaient dans

(1) Ce raisonnement est simple et vrai: des examinateurs ne peuvent jamais être accusés d’induire en erreur les sujets; ceux-ci, en effet, sont réellement magnétisés ou ils ne le sont pas; dans le premier cas, quelque captieuses que soient les questions, le magnétisme doit les empêcher de s’y laisser prendre ; dans le second, la bonne foi doit les mettre à l'abri de toute erreur.

leur intervalle la place du nez et toute liberté pour la respiration sans qu’on pût rien voir, même la lumière du jour, ni au travers, ni au-dessus ni au-dessous du bandeau. Ces précautions prises pour la commodité des sujets éprouvés et pour la certitude des résultats , on a persuadé au domestique de M, Jumelin qu’il était magnétisé, Alors il a senti une chaleur presque générale, des mouvements dans le ventre, la tête s’est appesantie ; peu à peu il s’est assoupi, et a paru sur le point de s'endormir. Ce qui prouve, comme on l’a dit plus haut, que cet effet tient à la situation, à l'ennui, et non au magnétisme.

Magnétisé ensuite les yeux découverts, en lui présentant la baguette de fer au front, il y sent des picotements : les yeux rebandés, quand on la lui présente, il ne la sent point ; et quand on ne la lui présente pas, interrogé s’il ne sent rien au front, il déclare qu’il sent quelque chose aller et revenir dans la largeur du front.

M. B.., homme instruit, et particulièrement en médecine, les yeux bandés, offre le même spectacle; éprouvant des effets lorsqu'on n’agit pas , n’éprouvant souvent rien lorsqu'on agit. Ces effets ont même été tels qu'avant d’avoir été magnétisé en aucune manière, mais croyant l’être depuis dix minutes, il sentait dans les lombes une chaleur qu’il comparait à celle d’un poêle. Il est évident que M. B... avait une sensation forte, puisque pour en donner l’idée il a eu besoin de recourir à une pareille comparaison ; et cette sensation il ne la devait qu'à l’imagination , qui seule agissait sur Lui (4).

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