L'IMAGINATION A DONC PRODUIT CETTE CRISE
Le résultat de cette expérience est entièrement contraire au magnétisme, M. Deslon a voulu expliquer le fait, en disant que tous les arbres sont magnétisés par eux-mêmes, et que leur magnétisme était d’ailleurs renforcé par sa présence. Mais alors une personne sensible au magnétisme ne pourrait ha-
toute intelligence entre M. Deslon et son jeunehomme, par la raison que c’eût été faire injure à cet estimable confrère? Est-ce que l’académie tout entière ne se serait pas récriée contre ces puérils scrupules? Eh bien! plus tard, nous aurons à relever de ses devoirs cet oubli complet de la part d’un rapporteur;
nous le verrons négliger, repousser même toute mesure semblable pour ne pas faire injure à un magnétiseur,
sarder daller dans un jardin sans risquer d’avoir des convulsions ; Cette assertion serait démentie par l’expérience de tous les jours. La présence de M. Deslon n’a rien fait de plus que ce qu'elle à fait dans le carrosse où le jeune homme est venu avec lui, placé vis-à-vis de lui, et où iln’a rien éprouvé. Si le jéune homme n’eût rien senti, même sous l’arbre magnétisé, on aurait pu dire qu’il n’était pas assez sensible, du moins ce jourlà ; mais le jeune homme est tombé en crise Sous un arbre qui n'était pas magnétisé ; c’est par conséquent un effet qui n’a point de cause physique, de cause extérieure » Ct Qui n’en peut avoir d'autre que l'imagination. L'expérience est donc tout à fait concluante : le jeune homme savait qu’on le menait à l’arbre magnétisé, son imagination s’est frappée, successivement exaltée , et au quatrième arbre elle a été montée au degré nécessaire pour produire la crise (1).
D’autres expériences viennent à l'appui de celle-ci, et fournissent le même résultat. Un jour que les commissaires se sont (ous réunis à Passy chez M. Franklin , et avec M. Deslon, ils avaient prié ce dernier d'amener avec lui des malades, et de Choisir dans le traitement des pauvres Ceux qui seraient le plus sensibles au magnétisme. M. Deslon à amené deux femmes ; et, tandis qu’il était occupé à magnétisér M. Franklin et plusieurs personnes dans un autre appartement, on a séparé
ces deux femmes, et on les a. placées dans deux pièces différentes.
(1) Cette interprétation est encore toute bienveillante ; elle fait connaître ce qu’il importait de savoir, c’est-à-dire que la crise n’avait pas été produite par l'influence du magnélisme ; maintenant était-elle réellement due aux effets de l'imagination? le jeune homme s’était.il ainsi monté la tête d'arbre en arbre? ceci n’est guère probable; il n’y a rien, dans l’action d’embrasser successive ment des troncs d’arbres, qui soit de nature à exalter bien vivement l'imagination. On pourrait peut-être trouver à cela une interprétation plus vraisemblable; ce jeune homme était un sujet appartenant à Deslon; un de ces sujets qu’on ne produit que dans les occasions solennelles » Où il importe de frapper un grand COUp; nous verrons par la suite que tous les magnétiseurs on£ sans cesse par devers eux des sujets de cette trempe; mais malheureusement ces sujets si précieux peuvent faillir ; c’est ce qui est arrivé ici au sujet de Deslon, et ceci arrivera à bien d’autres, doués aussi de beaucoup de sensibilité, d'intelligence, de sang-froid , de perspicacité, d'adresse enfin.
HUITIÈME EXPÉRIENCE QUI DONNE LE MÊME RÉSULTAT. UNE FEMME QUI CROIT ÊTRE MAGNÉTISÉE TOMBE EN CRISE.
L'une, la femme P..., a des taies sur les yeux; mais, comme elle voit toujours un peu, on lui a cependant couvert les yeux du bandeau décrit ci-dessus. On lui a persuadé qu'on avait amené M. Deslon pour la magnétiser ; le silence était recommandé, trois commissaires étaient présents, l’un pour interroger , l’autre pour écrire, le troisième pour représenter M. Deslon. On a eu l'air d'adresser la parole à M. Deslon, en le priant de commencer, mais on n’a point magnétisé la femme ; les trois commissaires sont restés tranquilles, occupés seulement à observer ce qui allait se passer. Au bout de trois minutes, la malade a commencé à sentir un frisson nerveux; puis successivement elle a senti une douleur derrière la tête, dans les bras, un fourmillement dans les mains , C’est son expression ; elle se roidissait, frappait dans ses mains , se levait de son siége , frappait des pieds : la crise a été bien caractérisée. Deux autres commissaires placés dans la pièce à côté, la porte fermée , ont entendu les battements de pieds et de mains , et, sans rien voir, ont été les témoins de cette scène bruyante.
NÉUVIÈME EXPÉRIENCE QUI DONNE LE MÊME RÉSULTAT. UNE FEMME QUI GROIT ÊTRE MAGNÉTISÉE A TRAVERS UNE PORTE TOMBE EN CRISE.
EN
Ces deux commissaires étaient avec l’autre malade, la demoiselle B..., attaquée de maux de nerfs. On lui a laissé la vue libre et les yeux découverts; on l’a assise devant une porte fermée, en lui persuadant que M. Deslon était de l’autre côté, occupé à la magnétiser. Il y avait à peine une minute qu’elle était assise devant cette porte, quand elle a commencé à sentir du frisson ; après une autre minute, elle a eu un claquement de dents, et cependant une chaleur générale ; enfin, après une troisième minute , elle est tombée tout à fait en crise. La respiration était Rte elle étendait les deux bras derrière le dos, en les tordant fortement, et en penchant le corps en devant : il y à eu tremblement général de tout le corps; le claquement de dents est devenu si bruyant, qu’il pouvait ètre entendu de de-
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 65 hors ; elle s’est mordu la main, et assez fort pour que les dents soient restées marquées.
Il est bon d'observer qu’on n’a touché en aucune manière ces deux malades; on ne leur à pas même tâté le pouls, afin qu’on ne püût pas dire qu’on leur avait communiqué le magnétisme, et cependant les crises ont été complètes. Les commissaires, qui ont voulu connaître l’effet du travail de imagination et apprécier la part qu’elle pouvait avoir aux crises du magnétisme, ont obtenu tout ce qu'ils désiraient. Il est impossible de voir l'effet de ce travail plus à découvert et d’une manière plus évidente que dans ces deux expériences (1). Si les malades ont déclaré que leurs crises sont plus fortes au traitement, c’est que l’ébranlement des nerfs se communique, et qu’en général toute émotion propre et individuelle est augmentée par le spectacle d'émotions semblables.
On a eu occasion d’éprouver une seconde fois la femme P..., et de reconnaître combien elle était dominée par son imagination. On voulait faire l'expérience de la tasse magnétisée ; cette expérience consiste à choisir dans un nombre de tasses une tasse que l’on magnétise. On les présente successivement à un malade sensible au magnétisme ; il doit tomber en crise, ou du moins éprouver des effets sensibles lorsqu'on lui présente la tasse magnétisée, il doit être indifférent à toutes celles qui ne le sont pas. Il faut seulement, comme l’a recommandé M. Deslon, les lui présenter à pôle direct, afin que celui qui tient la tasse ne magnétise pas le malade, et qu’on ne puisse avoir d'autre effet que celui du magnétisme de la tasse.
La femme P... à été mandée à l’Arsenal chez M. Lavoisier, où était M. Deslon ; elle a commencé par tomber en crise dans lantichambre, avant d’avoir vu ni les commissaires ni M. Deslon; mais elle savait qu’elle devait le voir, et c’est un effetbien marqué de l'imagination.
(4) Interprétation non moins bienveillante que dans le cas précédent ; mais enfin la vérité, le fait capital surgit encore ici d’une manière non moins évidente, savoir que le magnétisme n’a aucune part dans la production de ces accidents réels ou simulés,
66 HISTOIRE ACADÉMIQUE DIXIÈME EXPÉRIENCE DE LA TASSE MAGNÉTISÉE ! MÈME RÉSULTAT.
Lorsque la crise a été calmée, on a amené la femme dans le lieu de l'expérience. On lui a présenté plusieurs tasses de porcelaine qui n'étaient point magnétisées ; la seconde tasse a commencé à l’émouvoir, et à la quatrième elle est tombée tout à fait en crise, On peut répondre que son état actuel était un état de crise, qui avait commencé dès l’antichambre, et qui se renouvelait de [lui-même ; mais ce qui est décisif, c’est qu'ayant demandé à boire, on lui en a donné dans la tasse magnétisée par M. Deslon lui-même; elle a bu tranquillement, et a dit qu’elle était bien soulagée. La tasse et le magnétisme ont done manqué leur effet, puisque la crise a été calmée au lieu d’être augmentée (1).