‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 57 sur 123 · EFFETS DE L’IMAGINATION SUR CE CENTRE NERVEUX · texte numérisé non relu

EFFETS DE L’IMAGINATION SUR CE CENTRE NERVEUX

Ceci explique non-seulement les effets de l’attouchement magnétique, mais encore les effets physiques de l'imagination. On a toujours observé que les affections de l’âme portent leur première impression sur ce centre nerveux, ce qui fait dire communément qu’on a un poids sur l’estomac et qu’on se sent suffoqué. Le diaphragme entre en jeu, d'où les soupirs, les pleurs, les ris. On éprouve alors une réaction sur les viscères du bas-ventre; et c’est ainsi que l’on peut rendre raison des désordres physiques produits par l'imagination. Le saisissement occasionne la colique, la frayeur cause la diarrhée, le chagrin donne la jaunisse. L'histoire de la médecine renferme une infinité d'exemples du pouvoir de l'imagination et des affections de l’âme. La crainte du feu, un désir violent, une espérance ferme et soutenue, un accès de colère rendent l'usage des

jambes à un goutteux perelus, à un paralytique; une joie vive

et inopinée dissipe une fièvre quarte de deux mois; une forte attention arrête le hoquet; des muets par accident recouvrent la parole à la suite d’une vive émotion de l’âme. L'histoire montre que cette émotion suffit pour faire recouvrer la parole, et les commissaires ont vu que l’imagination frappée avait suffi pour en suspendre l’usage. L'action et la réaction du physique sur le moral, et du moral sur le physique, sont démontrées depuis que l’on observe en médecine, c’est-à-dire depuis son origine,

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 77 LES CRISES NAISSENT ET DE L'ATTOUCHEMENT ET DE L'IMAGINATION.

Les pleurs, les ris, la toux, les hoquets, et en général tous les effets observés dans ce qu’on appelle les crises du traitement public, naissent donc, ou de ce que les fonctions du diaphragme sont troublées par un moyen physique, tel que l’attouchement et la pression, ou de la puissance dont l'imagination est douée pour agir sur cet organe et pour troubler ses fonctions (1).

L’IMAGINATION DÉPLOIE SES EFFETS PLUS EN GRAND DANS LES TRAITEMENTS PUBLICS, PARCGE QUE LES IMPRSSIONS ET LES MOUVEMENTS SE COMMUNIQUENT.

Si l’on objectait que l’attouchement n’est pas toujours nécessaire à ces effets, on répondrait que l'imagination peut avoir assez de ressources pour produire tout par elle-même, surtout l'imagination agissant dans un traitement public, doublement excCitée alors par son propre mouvement et par celui des imaginations qui l’environnent. On a vu ce qu’elle produit dans les expériences faites par les commissaires sur des sujets isolés ; on peut juger de ses effets multipliés sur des malades réunis dans le traitement public. Ces malades y sont rassemblés dans un lieu serré, relativement à leur nombre : l'air y est chaud, quoiqu’on ait soin de le renouveler ; et il est toujours plus ou moins chargé de gaz méphitique, dont l'action se porte particulière-

(1) Les explications auxquelles viennent de recourir les commissaires sont complétement inutiles, et d’ailleurs elles sonthypothétiques; elles n’expliquent rien. Cette grande sensibilité du diaphragme, du centre nerveux, ses rapports avec l’estomac, le côlon, l'utérus, etc., tout cela n’est rien moins que prouvé ; ce qu’il a d’évident, c'est qu’en se mettant ainsi à malaxer le ventre de femmes irritables, on produira bien certainement dans beaucoup de cas une foule de phénomènes semblables : chez les unes des vomissements, chez d’autres des hoquets, chez d’autres des convulsions, des syncopes, etc., sans intervention aucune du fluide universel. Est-ce par le moyen du diaphragme, des ovaires? nous n'en savons rien, la cause prochaine nous échappe ; mais la relation entre l’attouchement physique et l'accident est évidente, et ceci suffit pour qu’on n’aille pas recourir à d'autres causes, Voilà ce que les commissaires auraient pu dire sans entrer dans des explications toutes gratuites.

ment à la tête et sur le genre nerveux. S'il y a de la musique, c’est un moyen de plus pour agir sur les nerfs et pour les émouvoir (1).

EFFETS DE L'IMAGINATION ET DE LIMITATION DANS LES ASSEMBLÉES NOMBREUSES.

Plusieurs femmes sont magnétisées à la fois, et n’éprouvent d’abord que des effets semblables à ceux que les commissaires ont obtenus dans plusieurs de leurs expériences, Ils ont reconnu que, même au traitement, ce n’est le plus souvent qu’au bout de deux heures que les crises commencent. Peu à peu les impressions se communiquent et se renforcent, comme on le remarque aux représentations théâtrales, où les impressions sont plus grandes lorsqu'il y a beaucoup de spectateurs, et surtout dans les lieux où l’on a la liberté d’applaudir. Ce signe des émotions particulières établit une émotion générale que chacun partage au degré dont il est susceptible. C’est ce qu’on observe encore dans les armées un jour de bataille, où l'enthousiasme du courage comme les terreurs paniques se propagent avec tant de rapidité. Le son du tambour et de la musique militaire, le bruit du canon, la mousqueterie, les cris, le désordre ébranlent les organes, donnent aux esprits le même mouvement, et montent les imaginations au même degré. Dans cette unité d'ivresse, une impression manifestée devient universelle; elle encourage à charger, ou elle détermine à fuir. La même cause fait naître les révoltes; l’imagination gouverne la multitude : les hommes réunis en nombre sont plus soumis à leurs sens, la raison a

(4) Ceci est parfaitement exact ; le morceau qui ya suivre est plein de yérilé ; jamais on n’a parlé avee autant d'éioquence et avec une aussi haute philosophie des effets moraux et physiques qui peuvent se propager tout à coup dans les masses ; effroi, terreur, enthousiasme, désespoir, convulsions, eris déchirants, etc, tout se répand à la fois, et avec une rapidité électrique, dans de vastes réunions. Il n’y a donc rien à objecter à ce tableau animé que tracent ici les commissaires ; tout y est fait de main de maître. L'histoire leur avait déjà fourni de mémorables enseignements ; mais après les trembleurs des Cévennes, les convulsionnaires de Saint-Médard, il semble qu’il manquait encore les scènes des baquets de Mesmer pour mettre ces vérités hors de doute, ou plutot pour leur donner un dernier degré d'évidence.

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 79 moins d’empire sur eux; et, lorsque le fanatisme préside à ces assemblées, il produit les trembleurs des Cévennes (1). C’est

(1) M. le maréchal de Villars, qui termina les troubles des Cévennes, dit : « J'ai vu dans ce genre des choses que je n'aurais pas crues si elles ne s'étaient point passées sous mes yeux : une ville entière dont toutes les femmes et les filles sans exception paraissaient possédées du diable, Elles tremblaient et prophétisaient publiquement dans les rues... Une eut la hardiesse de trembler et de prophétiser pendant une heure devant moi. Mais de toutes ces folies la plus surprenante fut celle que me raconte M. l’évêque d’Alais, et que je mandai à M. de Chamillard en ces termes :

» Un monsieur de Mandagors, seigneur de la terre de ce nom, maire d’Alais, possédant les premières charges dans la ville et dans le comté, ayant d'ailleurs été quelque temps subdélégué de M. de Bâville, vient de faire une chose extraordinaire. C’est un homme de soixante ans, sage par ses mœurs, de beaucoup d'esprit, ayant composé et fait imprimer plusieurs ouvrages. J'en ai lu quelques-uns, mais dans lesquels, avant que de savoir ce que je viens d'apprendre de lui, j’ai trouvé une imagination bien vive. |

» Une prophétesse, âgée de vingt-sept à vingt-huit ans, fut arrêtée, il y a environ dix-huit mois, et menée devant M. d’Alais. Il l’interrogea en présence de plusieurs ecclésiastiques. Cette créature, après l'avoir écouté, lui répond d’un air modeste, et l’exhorte à ne plus tourmenter les vrais enfants de Dieu, et puis lui parle pendant une heure de suite une langue étrangère à laquelle il ne comprit pas un mot; comme nous avons vu le duc de la Ferté autrefois, quand il avait un peu bu, parler anglais devant des Anglais. J'en ai vu dire, j'entends bien qu'il parle anglais, mais je ne comprends pas uu mot de ce qu'il dit. Cela ent été difficile aussi à comprendre, car jamais il n’avait su un mot d'anglais. Cette fille parlait grec, hébreu de même.

» Vous croyez bien que M. d’Alais fit enfermer la prophétesse. Après plusieurs mois, cette fille paraissant revenue de ses égarements par les soins et avis du sieur de Mandagors qui la fréquentait, on la laissa en liberté; et de cette liberté, et de celle que le sieur Mandagors prenait avec elle, il en est arrivé que cette prophétesse est grosse (genre d’accident qu’on a vu aussi dans les relations magnétiques).

» Mais le fait présent est que le sieur de Mandagors s'est défait de toutes ses charges, les a remises à son fils, et a dit à quelques particuliers et à M. l’évêque lui-même, que c'était par le commandement de Dieu qu’il avait connu celte prophétesse, et que l'enfant qui en naîtra sera le vrai Sauveur du monde. De tout cela et en un autre pays que celui-ci, l’on ne ferait autre chose que d'envoyer M. le maire et la prophétesse aux Petites-Maisons. M. l’évêque m'a proposé de le faire arrêter, J'ai voulu auparavant en conférer avec M, de Bâville; ordonnant cependant de l’observer et la prophétesse aussi,

pour arrêter ce mouvement si facilement communiqué aux esprits que dans les villes séditieuses on défend les attroupements. Partout l'exemple agit sur le moral, limitation machinale met en jeu le physique : en isolant les individus, on calme les esprits; en les séparant , on fait cesser également les convulsions, toujours contagieuses de leur nature : on en à un exemple récent dans les jeunes filles de Saint-Roch, qui séparées ont été guéries des convulsions qu’elles avaient étant réunies (1).

de manière qu’ils ne puissent s’échapper : ma pensée étant qu’au milieu des fous, ce qui regarde un fou de cette importance doit faire le moins de bruit qu'il est possible ; qu’il fallait par conséquent tâcher de le dépayser Lout doucement, et s’en assurer ensuite. Car vous jugez bien que de déclarer publiquement pour prophète, un maire d’Alais, un seigneur de terres assez considérables, ancien subdélégué de l’intendant, auteur et jusqu'alors réputé sage, au milieu de gens qui sont accoutumés à l’estimer et à le respecter, tout cela pourrait en pervertir plus qu’en corriger ; d'autant plus que, hors la folie de croire que Dieu lui a ordonné de connaître cette fille, il est très-sage dans ses discours, comme était Don Quichotte très-sage, hors quand il était question de chevalerie. L'avis de M. de Bâville fut comme le mien, de ne pas brusquer. Ses enfants le menèrent sans éclat dans un de ses châteaux, où on le retint, et la prophétesse fut renfermée. » Vie du maréchal duc de Villars. Page 525 el suiv.

(1) Le jour de la cérémonie de la première communion, faite en la’ paroisse Saint-Roch, il y a quelques années (1780), après l’oflice du soir, on fi, ainsi qu’il est d’usage, la procession en dehors. A peine les enfants furent-ils rentrés à l’église et rendus à leurs places qu’une jeune fille se trouva mal et eut des convulsions. Cette affection se propagea avec une telle rapidité, que dans l’espace d’une demi-heure cinquante à soixante jeunes filles, de douze à dix-neuf ans, tombèrent dans les mêmes convulsions, c’est-à-dire serrement à la gorge, gonflement à l'estomac, l’étouffement, le hoquet et les convulsions plus ou moins fortes. Ces accidents reparurent à quelques-unes dans le courant de la semaine ; mais le dimanche suivant, étant assemblées chez les dames de Sainte-Anne, dont l'institution est d’enseigner les jeunes filles, douze retombèrent dans les mêmes convulsions, el il en serait tombé davantage si on n’eût eu la précaution de renvoyer sur-le-champ chaque enfant chez ses parents. On fut obligé de multiplier les écoles. En séparant ainsi les enfants, et ne les tenant assemblés qu’en petit nombre, trois semaines suflirent pour dissiper entièrement cette affection convulsive évidémique. Voyez pour des exemples semblables le Naturalisme des convulsions par M. Hecquet.

DU MAGNÉTISME ANIMAL. o1

On retrouve donc le magnétisme ou plutot l'imagination agissant au spectacle, à l’armée, dans les assemblées nombreuses comme au baquet, agissant par des moyens différents, mais produisant des effets semblables. Le baquet est entouré d’une foule de malades; les sensations sont continuellement communiquées et rendues; les nerfs à la longue doivent se fatiguer de cet exercice, ils s’irritent, et la femme la plus sensible donne le signal. Alors les cordes, partout tendues au même degré et à l’unisson, se répondent, et les crises se multiplient ; elles se renforcent mutuellement, elles deviennent violentes. En même temps les hommes témoins de ces émotions les partagent à proportion de leur sensibilité nerveuse; et ceux chez qui cette sensibilité est plus grande et plus mobile tombent eux-mêmes en crise.

Cette grande mobilité en partie naturelleeten parte acquise, tant chez les hommes que chez les femmes, devient habitude. Ces sensations une ou plusieurs fois éprouvées, il ne s’agit plus que d'en rappeler lesouvenir, de monter l'imagination au même degré pour opérer les mêmes effets. C’est ce qu'il est toujours facile de faire en plaçant le sujet dans les mêmes circonstances, Aiors il n’est plus besoin du traitement public, on n’a qu’à toucher les hypocondres, promener le doigt et la baguette de ler devant le visage; ces signes sont connus. I! n’est pas même nécessaire qu'ils soient employés, il suffit que les malades, les yeux bandés, croient que ces signes sont répétés sur eux, se persuadent qu’on les magnétise ; les idées se réveillent, les sensations sereproduisent, l'imagination employant ses moyens accoutumés , et reprenant les mêmes voies, fait reparaître les mêmes phénomènes. C'est ce qui arrive à des malades de M. Deslon, qui tombent en crise sans baquet, et sans être excités par le spectacle du traitement public.

ATTOUGHEMENT, IMAGINATION , IMITATION , SONT LES VRAIES CAUSES DES EFFETS ATTRIBUÉS AU MAGNÉTISME.

Attouchement, imagination, imitation (1), telles sont donc

(4) Ajoutez supercherie,

les vraies causes des effets attribués à cet agent nouveau, connu sous le nom de magnétisme animal, à ce fluide que lon dit cireuler dans le corps et se communiquer d’individu à individu ; tel est le résultat des expériences des commissaires, et des observations qu’ils ont faites sur les moyens employés et sur les effets produits. Get agent, ce fluide n’existe pas; Mais, {out chimérique qu’il est, l’idée n’en est pas nouvelle (1). Quelques auteurs, quelques médecins du siècle dernier en ont EXPressÉ— ment traité dans plusieurs ouvrages. Les recherches curieuses el intéressantes de M. Thouret prouvent au public que la théorie, les procédés, les effets du magnétisme animal, proposés dans le siècle dernier, étaient à peu près semblables à ceux qu’on renouvelle dans celui-ci. Le magnétisme n’est donc qu'une vieille erreur. Cette théorie est présentée aujourd’hui avec un appareil plus imposant, nécessaire dans un siècle plus éclairé ; mais elle n’en est pas moins fausse. L'homme saisit, quitte, reprend l’erreur qui le flatte. Ilest des erreurs qui seront éternellement chères à l’humanité. Combien lPastrologie n’a-t-elle pas reparu de fois sur la terre? Le magnétisme tendrait à nous y ramener. On a voulu le lier aux influences célestes, pour qu’il séduisit davantage et qu’il attirât les hommes par les deux espérances qui les touchent le plus, celle de savoir leur avenir, et celle de prolonger leurs jours.

LIMAGINATION SEMBLE LA PLUS PUISSANTE ; L'ATTOUCHEMENT SERT À L’ÉBRANLER,

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