‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 58 sur 123 · ET L’IMITATION RÉPAND SES IMPRESSIONS · texte numérisé non relu

ET L’IMITATION RÉPAND SES IMPRESSIONS

Il y à lieu de croire que l'imagination est la principale des trois causes que l’on vient d’assigner au magnétisme. On a vu par les expériences citées qu’elle suffit seule pour produire des crises. La pression, l’attouchement, semblent donc lui servir de préparations; c’est par l’attouchement que les nerfs commencent à s’ébranler, limitation communique et répand les

(4) C'est ce que nous avons suffisamment développé dans notre introduction ; nous avons montré qu'à différentes époques, des théories analogues avaient été soutenues, qu’on avait aussi invoqué, pour rendre raison de faits extraordinaires, l'existence d’un fluide universel. Nous n’aurons donc aucune remarque à faire sur l'historique tracé ci par Les commissaires. |

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 83 impressions. Mais l'imagination est cette puissance active et terrible qui opère les grands effets que lon observe avec étonnement dans le traitement publie, Ces effets frappent les yeux de tout le monde, tandis que la cause est obscure et cachée. Quand on considère que ces effets ont séduit dans les siècles derniers des hommes estimables par leur mérite, par leurs connaissances et par leur génie, tels que Paracelse, Vanhelmont, Kirker, ete., on ne doit pas s'étonner si aujourd’hui des personnes insiruites, éclairées, si même un grand nombre de médecins y ont été trompés. Les commissaires admis seulement au traitement publie, où l’on n’a ni le temps ni la facilité de faire des expériences décisives, auraient pu eux-mêmes être induits en erreur. #] faut avoir eu la liberté d'isoler les effets pour en distinguer les causes; il faut avoir vu comme eux Pimagination agir, en quelque sorte partiellement, produire ses effets séparés et en détail, pour concevoir l'accumulation de ces effets, pour Savoir se faire une idée de sa puissance entière et se rendre compte de ses prodiges. Mais cet examen demande un sacrifice de temps , et ün nombre de recherches suivies qu'on n’a pas toujours le loisir d'entreprendre pour son instruction ou sa curiosité particulière, qu’on n’a pas même le droit de suivre, à moins d’être comme les commissaires chargés des ordres du rOÏ, et honorés de la confiance publique (4).

M. DESLON NE S'ÉLOIGNE PAS DE CES PRINCIPES, ET IL CROIT UTILE D'ÉMPLOYER LE POUVOIR DE L’IMAGINATION DANS LA PRATIQUE DE LA MÉDECINE.

M. Deslon ne s'éloigne pas de ces principes (2). Il a déclaré,

(1) Ce passage montre dans quelle erreur sont tombés ceux qui ont cru que les commissaires ne s'étaient pas consciencieusement acquittés de leur mandat. On voit que s’ils n’on£ pas tenu à assister régulièrement et ensemble au traitement public de Deslon, ils ont agi bien plus sagement en provoquant des expériences particulières. Le traitement public consistait en scènes scandaleuses dans lesquelles on ne pouvait rien vérifier, tandis qu’en particulier il devenait facile d'interpréter les faits.

(2) M. Deslon était un homme accommodant ; et véritablement il y aurait eu moyen de s'entendre avec lui : on aurait pu l’amener à admettre, ainsi que les commissaires le disent dans ce paragraphe, qu’en bonne philosophie il ne

dans le comité tenu chez M. Franklin le 49 juin, qu'il croyait pouvoir poser en fait que l'imagination avait la plus grande part dans les effets du magnétisme animal ; il a dit que cet agent nouveau n’était peut-être que l'imagination elle-même, dont le pouvoir est aussi puissant qu’il est peu connu: il assure avoir constamment reconnu ce pouvoir dans le traitement de ses malades, et il assure également que plusieurs ont été guéris ou infiniment soulagés. Il a observé aux commissaires que l’imagination, ainsi dirigée au soulagement de l'humanité souffrante, serait un grand bien dans la pratique de la médecine (f); et, persuadé de cette vérité du pouvoir de l’imagination, il les a invités à en étudier chez lui la marche et les effets. Si M. Deslon est encore attaché à la première idée que ces effets sont dus à l'action d’un fluide qui se communique d’individu à individu par l’attouchement ou par la direction d’un conducteur, il ne tardera pas à reconnaître avec les commissaires qu’il ne faut qu’une cause pour un effet, et que, puisque l’imagination suffit, le fluide est inutile. Sans doute nous sommes entourés d'un fluide qui nous appartient, la transpiration insensible forme autour de nous une atmosphère de vapeurs également insensibles; mais ce fluide n’agit que comme les atmosphères, ne peut se communiquer qu'infiniment peu par l’attouchement, ne se

faut qu’une cause pour un effet, et que, puisque l'imagination suffit, le fluide est inutile.

M. Deslon, homme raisonnable, aurait peut-être bien fini par laisser là son fluide, comme cause surabondante; mais de nos jours, quand bien même les magnétiseurs voudraient ainsi entrer à composition, ils ne le pourraient pas. Qu'est-ce que Deslon avait à expliquer ? peu de chose au fond, quelques douleurs, des spasmes, des convulsions, et enfin des guérisons fort équivoques : donc il pouvait laisser là son fluide et se rejeter sur l'imagination ; mais aujourd'hui, comment expliquer les miracles qu’on nous annonce? la prévision des événements à venir, la vision sans le secours des yeux, la vision par l’épigastre, l'occiput, etc.; or pour tout cela il nous faut un fluide, diront les magnétiseurs, et dès lors il n’y a plus moyen de composer.

(f) M. Deslon avait déjà dit en 1780 : «Si M, Mesmer n'avait d'autre secret que celui de faire agir l'imagination efficacement pour la santé, n’en aurait-il pas toujours un bien merveilleux ! Car si la médecine d'imagination était lameilleure, pourquoi ne ferions-nous pas la médecine d'imagination? » Observations sur le magnétisme animal, p.46 et A7. ,

DU MAGNÉTISME ANIMAI.. 85 dirige ni par des conducteurs, ni par le regard, ni par l’intention, n’est point propagé par le son, ni réfléchi par les glaces, et n’est susceptible dans aucun cas des effets qu’on lui attribue.

L’IMAGINATION EST PRESQUE TOUJOURS NUISIBLE QUAND ELLE PRODUIT DES EFFETS VIOLENTS ET DES CONVULSIONS.

Il reste à examiner si les crises ou les convulsions produites par les procédés de ce prétendu magnétisme, dans les assemblées autour du baquet, peuvent être utiles et guérir ou soulager les malades (4). Sans doute l'imagination des malades influe souvent beaucoup dans la cure de leurs maladies. L'effet n’en est connu que par une expérience générale, et n’a point été déterminé par des expériences positives ; mais il ne semble pas qu’on en puisse douter. C’est un adage connu que la foi sauve en médecine; cette foi est le produit de l'imagination : alors l'imagination n’agit que par des moyens doux; c’est en répandant le calme dans tous les sens, en rétablissant l’ordre dans les fonctions, en ranimant tout par l'espérance. L’espérance est la vie de l’homme; qui peut lui rendre l’une contribue à lui rendre l’autre. Mais, lorsque l'imagination produit des convulsions , elle agit par des moyens violents; ces moyens sont presque toujours destructeurs. Il est des cas très-rares où ils peuvent être utiles, il est des cas désespérés où il faut tout troubler pour ordonner tout de nouveau. Ces secousses dangereuses ne peuvent être d'usage en médecine que comme les poisons. il faut que la nécessité les commande et que l’économie les emploie. Ge besoin est momentané, la secousse doit être unique. Loin de Ia répéter, le médecin sage s’occupe des moyens de réparer

(4) I y avait en effet deux questions capitales dans l’examen du mag nétisme animal, tel qu’on l’exploitait du temps de Mesmer. La première est celle de l'existence même d’un agent nouveau ; la seconde, celle qui se trouve posée ici, savoir : les effets réels ou simulés, provoqués ou non provoqués par les manœuvres des magnétiseurs autour de leurs baquets, sont-elles utiles ou complétement nulles, ou enfin nuisibles dans le traitement des maladies? Aux yeux des médecins, des amis de l'humanité, cette dernière question est la plus importante; nous allons voir comment elle à été résolue ici par les com-

missaires.

86 HISTOIRE ACAPÉMIQUE

le mal nécessaire qu’elle à produit; mais, au traitement du magnétisme, les crises se répètent tous les jours; elles sont lonoues, violentes; l’état de ces crises étant nuisibles, l'habitude n’en peut être que funeste. Comment concevoir qu’une femme dont la poitrine est attaquée puisse sans danger avoir des crises d’une toux convulsive, des expectorations forcées; et par des efforts violents et répétés fatiguer, peut-être déchirer le poumon , où l’on a tant de peine à porter le baume et les adoucissements ! Comment imaginer qu’un homme, quelle que soit sa maladie, ait besoin pour la guérir de tomber dans des crises où la vue semble se perdre, où les membres $e roidissent, où, dans des mouvements précipités et involontaires, il se frappe rudement la poitrine; crises qui finissent par un crachement abondant de glaires et’ de sang? Ce sang n’est ni vicié ni corrompu; ce sang sort des vaisseaux d’où il est arraché par les efforts, et d'oùil sort contre le vœu de la nature. Ces effets sont donc un mal réel et non un mal curatif; C’est un mal ajouté à la maladie quelle qu’elle soit (1).

(1) Cette conclusion est parfaitement juste; nous dirons même que son exactitude doit frapper aujourd’hui avec plus de force encore qu’à l’époque de Mesmer.

À cette époque en effet, la doctrine des crises était encore en faveur parmi les médecins, On croyait volontiers que dans le cours des maladies graves il y avait souvent de grandes perturbations, à partir desquelles le mal allait en décroissant ou même cessait tout à coup. Une saine observation à fait justice de la plupart de ces idées; mais, en outre, en quoi les scènes qui se passaient autour des baquets ressemblaient-elles aux phénomènes ditscritiques observés dans le cours des maladies aiguës : pour l’époque même de Mesmer, ce n'étaient pas là des crises. Mais aujourd’hui, si semblable prétention était reproduite, on insisterait avec plus de force et avec plus d’autorité encore que ne pouvaient le faire les commissaires ; on dirait aux magnétiseurs : Citez d’abord les maladies que vous prétendez ainsi guérir, et puis dites-nous en quoi peuvent être utiles, dans le cours de ces maladies, les vociférations, les convulsions de vos énergumènes? Sera-ce dans le cours des inflammations? des inflammations cérébrales? des organes renfermés dans la poitrine ? dans l'abdomen? Vous n’oseriez avancer ces propositions, La preuve en estqu'il fallait à Mesmer, pour les traiter avec efficacité, non ces maladies grossières en quelque sorte et que tout médecin peut traiter par les méthodes ordinaires, mais des affections distinguées, et qu’on nommait alors des vapeurs, genre de

L2 CES CONVULSIONS PEUVENT DEVENIR HABITUELLES, SE RÉPANDRE DANS LES VILLES ; ET SE COMMUNIQUER AUX ENFANTS.

Ces crises ont encore un autre danger. L'homme est sans cesse maîtrisé par la coutume; habitude modifie la nature par degrés successifs, mais elle en dispose si puissamment que souvent elle la change presque entièrement et la rend méconnaissable. Qui nous assure que cet état de crises, d’abord imprimé à volonté, ne deviendra pas habituel? Et si cette habitude, ainsi contractée, reproduisait souvent lesmêmes accidents malgré la volonté, et presque sans le secours de l’imagination, quel serait le sort d’un individu assujetti à ces crises violentes, tourmenté physiquement et moralement de leur impression malheureuse, dont les jours seraient partagés entre l’appréhension et la douleur, et dont la vie ne serait qu’un supplice durable? Ces maladies de nerfs, lorsqu'elles sont naturelles, font le désespoir des médecins; ce n’est pas à l’art à les produire. Cet art est funeste, qui trouble les fonctions de l’économie animale, pousse la nature à des écarts et multiplie les victimes de ses dérèglements. Cet art est d'autant plus dangereux, que nonseulement il aggrave les maux de nerfs en en rappelant les accidents, en les faisant dégénérer en habitude ; mais si ce mal est contagieux, comme on peut le soupçonner, l’usage de provoquer des convulsions nerveuses, et de les exciter en public dans les traitements, est un moyen de les répandre dans les grandes villes, et même d’en affliger les générations à venir, puisque les maux et les habitudes des parents se transmettent à leur postérité.

maladie qui n’avait rien de repoussant; il lui fallait des femmes plutôt que des hommes, de jeunes sujets plutôt que de vieilles gens; enfin il lui fallait des maladies et des sujets de bonne compagnie. Alors les crises avaient de l'effet; autrement, c’est-à-dire dans les cas de maladies réelles et sérieuses, Mesmer, s’il eût été de bonne foi, aurait avoué avec les commissaires que ses effets auraient été un mal réel et non un mal curatif, un mal ajouté à ia maladie quelle qu’elle füt.

CONCLUSION, LE FLUIDE MAGNÉTIQUE N’EXISTE PAS, ET LES MOYENS EMPLOYÉS POUR LE METTRE EN ACTION SONT DANGEREUX. h

Les commissaires ayant reconnu que ce fluide magnétique animal ne peut être aperçu par auçun de nos sens, qu’il n’a eu aucune action , ni sur eux-mêmes, ni sur les malades qu’ils lui ont soumis ; s’étant assurés que les pressions et les attouchements occasionnent des changements rarement favorables dans l’économie animale, et des ébranlements toujours fâcheux dans l’imagination ; ayant enfin démontré par dés expériences décisives que l’imagination sans magnétisme produit des convulsions, et que le magnétisme sans l'imagination ne produit rien ; ils ont conclu d’une voix unanime, sur la question de l’existence et de l'utilité du magnétisme, que rien ne prouve l’existence du fluide magnétique animal; que ce fluide sans existence est par conséquent sans utilité; que les violents effets que l’on observe au traitement public appartiennent à l’attouchement, à l’imagination mise en action, et à cette imitation machinale qui nous porte malgré nous à répéter ce qui frappe nos sens. Et en même temps ils se croient obligés d'ajouter, comme une observation importante, que les attouchements, l’action répétée de l'imagination pour produire des crises peuvent être nuisibles; que le spectacle de ces crises est également dangereux à cause de cette imitation dont la nature semble nous avoir fait une loi; et que par conséquent tout traitement publie où les moyens du magnétisme seront employés ne peut avoir à la longue que des effets funestes (4) (g).

A Paris, ce 11 août 1784,

Signé B. FRANKLIN, MAJAULT, LE Roy, SALLIN, BAILLY, D'ARCET, DE BORY, GUILLOTIN, LAVOISIER.

(1) Arrivés au terme de leurs travaux, les commissaires ont résumé avec une admirable précision l’ensemble des faits par eux observés et les conséquences qu'on devait logiquement en inférer. Toutefois, et pour en faire bien sentir la justesse, nous allons scinder chaque assertion soutenue par les magnétiseurs, et placer en regard les conclusions auxquelles sont arrivés les com-

DU MAGNÉTISME ANIMAI.. 89 missaires ; ce sera rappeler brièvement les expériences exposées dans ce beau rapport.

Première assertion, IL existe en nous et hors de nous, et dans toutes les profondeurs de l’univers, un fluide.

Conciusion des expériences faites à ce sujet :

Comme ce fluide ne tombe pas sous les sens, comme il ne saurait être accusé par les instuments les plus délicats, comme il ne s’est révélé ni par une action quelconque sur les commissaires eux-mêmes, ni sur les malades à eux soumis;

On n’est nullement fondé à admettre l'existence de ce fluide,

Deuxième assertion. Pour provoquer des effets salutaires, en fait de magnétisme animal, il faut exercer des attouchements, des pressions, etc, ’

Gonclusion des expériences faites à ce sujet :

Les pressions et les attouchements exercés en présence des commissaires ayant eu pour effet réel ou supposé d'amener de grands mouvements d'extension ou de flexion, des pertes de connaissance, des vomissements et des garde-robes ; 'ofénrrs

On n’est nullement en droit de considérer ces manœuvres comme salutaires ; on doit au contraire les considérer comme dangereuses, indépendamment de ce qu’elles ont d'immoral, ainsi que cela sera dit dans le rapport secret. 1

Troisième assertion. Les effets produits par le magnétisme ont beaucoup d’analogie avec ceux que peut produire l’imagination ; mais lé magnétisme n’en est pas moins la cause efficiente. SA

Conclusion des faits observés par les commissaires :

Dans toutes les expériences faites en présence des commissaires, les: fhits qu’on supposait provoqués par le magnétisme étaient lous de nature: à trouver : une interprétation rationnelle dans les effets de l'imagination ;: mais. de plus, ces mêmes faits ont été identiquement reproduils par cela seul que.les sujets, induits à dessein en erreur, croyaient qu’on les magnétiserait ;

Donc on ne saurait attribuer dans la production de ces faits une part quel- Conque à un agent autre que l'imagination, à un agent dont l'existence n’a pu d’ailleurs être démontrée :

Conclusion générale.

Le fluide magnétique n’existe pas, et les moyens pour le mettre en action sont dangereux.

Ici donc sé termine ce beau rapport. C’est un modèle qu'il pourra être donné à d’autres d’imiter, mais non de surpasser. Le magnétisme animal, nous le concevons, ne s’est jamais relevé du coup que lui avait porté cette commission académique ; depuis cette époque, le magnétisme n’a plus fait que d’obscurs prosélytes ; quelqueshommes de bonne foi ont pu se laisser égarer, d’autres ont pu laisser surprendre, nous ne dirons pas leur intelligence, mais leur signature ; la raison publique a toujours été au-dessus de ces Jongleries. Jamais les, corps savants n’ont donné leur sanction à des erreurs aussi grossières et aussi

ridicules que celles de Mesmer. Nous verrons si le magnétisme de nos jours a été plus heureux, si avec ses formes nouvelles il a pu présenter des raisonnements plus sérieux et des faits plus décisifs ; mais, avant de quitter l’ancienne académie des sciences, il nous reste à faire connaître le rapport secret.

(g) Si l’on objectait aux commissaires que cette conclusion porte sur le magnétisme en général, au lieu de porter seulement sur le magnétisme pratiqué par M. Deslon, les commissaires répondraient que l'intention du roi a été d’avoir leur avis sur le magnétisme animal ; ils n’ont point par coenséquent excédé les bornes de leur commission. Ils répondraient encore que M. Deslon leur a paru instruit de ce qu’on appelle les principes du magnétisme, et qu’il possède certainement les moyens de produire des effets et d’exciter des crises.

Ces principes de M. Deslon sont les mêmes que ceux qui sont renfermés dans les vingt-sept propositions que M. Mesmer a rendues publiques par la voie de l'impression en 4779. Si M. Mesmer annonce aujourd'hui une théorie plus vaste, les commissaires n’ont point eu besoin de connaître cette théorie, pour décider de l'existence et de l’utilité du magnétisme ; ils n’ont dû considérer que les effets. C’est par les effets que l'existence d’une cause se manifeste; c’est par les mêmes effets que son utilité peut être démontrée. Les phénomènes sont connus par observation, longtemps avant qu’on puisse parvenir à la théorie qui les enchaîne et qui les explique. La théorie de l’aimant n'existe pas encore, et ses phénomènes sont constatés par l'expérience de plusieurs siècles. La théorie de M. Mesmer estici indifférente et superflue ; les pratiques, les effets, voilà ce qu'il s'agissait d'examiner. Or il est aisé de prouver que Îles pratiques essentielles du magnétisme sont connues de M. Deslon. |

M. Deslon a été pendant plusieurs années disciple de M. Mesmer. Il a vu constamment pendant ce temps employer les pratiques du magnétisme animal, et les moyens de l'exciter et de le diriger. M. Deslon a lui-même traité des malades devant M. Mesmer; éloignés , il a opéré les mêmes effets que chez M. Mesmer. Ensuite rapprochés, l’un et l’autre ont réuni leurs malades, un et l’autre ont traité indistinctement ces malades, et par conséquent en suivant les mêmes procédés. La méthode que suit aujourd’hui M. Deslon ne peut donc être que celle de M. Mesmer.

Les effets se correspondent également. Il y a des crises aussi violentes, aussi multipliées , et annoncées par des symptômes semblables chez M. Deslon et chez Mesmer; ces effets n’appartienneni donc point à une pratique particulière, mais à la pratique du magnétisme en général. Les expériences des commissaires démontrent que les effets obtenus par M. Deslon sont dus à l’attouchement, à Pimagination, à limitation, Ces causes sont donc celles du magnétisme en général. Les observations des commissaires les ont convaincus que ces crises convulsives et les moyens violents ne peuvent être utiles en médecine

que comme les poisons ; et ils ont jugé, indépendamment de toute théorie, que partout où l’on cherchera à exciter des convulsions, elles pourront devenir

DU MAGNÉTISME ANIMAL, 91 habituelles et nuisibles; elles pourront se répandre en épidé

mie, et peut-être s'étendre aux générations futures.

Les commissaires ont dû conclure en conséquence que non-seulement les

procédés d’une pratique particulière, mais les procédés du magnétisme en général , pouvaient à la longue devenir funestes.

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