LE UE
unique essai sur cette malade produisit le même effet dont j’avais été témoin quatre ou cinq fois (4).
» Les salles de traitement contenaient plusieurs autres malades de différent sexe, et de constitution plus ou moins irritable, qui éprouvaient aussi, mais moins vivement, l'effet précédemment énoncé, surtout lorsqu'ils avaient été exCités par des attouchements sur l'estomac. Si on agitait à leur insu le doigt sur leur tête ou le long de leur dos sans les toucher, et même à quelque distance, ils ressautaient souvent avec vivacité, en tournant la tête pour voir la personne placée derrière eux. Ce mouvement involontaire et imprévu était excité surtout par les médecins nouvellement admis, qui, avant d’exéculer ouvertement les procédés indiqués, restant hors du cercle des malades, essayaient par derrière et avec méfiance la propriété de l'agent qu’on leur avait fait connaître : enhardis par le succès, ils passaient ensuite à une pratique plus étendue: J'avais produit d’abord assez fréquemment cet effet; mais pou- Yant Soupçonner, ou que les malades pressentaient mon action, Ou que à sensation aurait eu lieu sans moi, je m’arrêtais Iongtemps auprès d'eux, attendant ie moment favorable pour lépreuve; elle me réussissait presque toujours. Lorsque je n’a- ‘gissais point, le tressaillement n'avait pas lieu. Le même effet, produit par d’autres, s’est manifesté quelquefois sur les malades dont j'occupais l'attention par des attouchements opposés (2).
(1) Cette expérience unique pour de Jussieu avait été faite un grand nombre de fois par les commissaires de l'académie royale des sciences, mais en prenant des mesures telles que jantôt les malades devaient croire qu’on les magnétisait quand réellement on ne cherchait pas à les magnétiser; et que tantôt ils étaient persuadés qu’on ne les magnétisait pas, alors que réellement on les magnétisait ; or, dans tous ces cas, les malades donnaient dans le piége qu’on leur tendait; tous leurs actes mettaient complétement en défaut Ja prétendue doctrine magnétique ; celte expérience est donc jugée sous ce rapport; elle n’est pas même en faveur de la théorie de Jussieu, c’est-à-dire d’une chaleur communiquée. | -
(2) Tous ces faits sont du même ordre; il s’agit toujours de doigts agités dirigés vers telles ou telles parties; presque toujours les malades s’en aperce- Yaient; on ne nous dit pas si on avait pris des mesures telles qu’elles ne pren Voir les mouvements qu’on faisait, Tout se réduit donc, d’une part, à certains
» Ces faits sont peu nombreux el peu variés (4), parce que je n’ai pu citer que Ceux qui étaient bien vérifiés, etsur lesquels je n'avais aucun doute. fs suffiront pour faire admettre la possibilité ou existence d’un fluide ou agent qui se porte de l’homme à son semblable, et exerce quelquefois sur ce dernier
une action sensible.
» De cette réunion de faits et de conséquences particulières, il résulte que le corps humain est soumis à l'influence de différentes causes, les unes internes el morales, telles que l’imagi-
gestes exécutés par les médecins , et d'autre part à quelques mouvements, chez les sujets, qui auraient concordé avec ces gestes ; voilà les faits donnés comme indépendants de l'imagination el comme propres à établir la réalité d'un agent particulier: si les magnétiseurs de nos jours n’avaient que ces pauvrelés à offrir à leur public, ilsne pourraient pas même trouver le placement de cachets à 3 fr. par personne.
(1) Ceci est plus grave : de J ussieu tombe ici dans une faute impardonnable. De Jussieu s'était séparé de ses collègues ; pourquoi après tout avait-il fait un rapport à lui seul ? disons-le sans ambages, c’est parce queses collègues n'avaient pas voulu adopter sa théorie exclusive de la chaleur animale communiquée, théorie qu’il va développer longuement dans les pages suivantes. Mais quel prétexte a-t-il donné lui-même à sa dissidence? nous l'avons vu au commencement deson rapport (pag. 146), parce qu'il fallait un exposé méthodique DE FAITS NOMBREUX er variés propres à éclaircir La question, à éclairer Le gouvernement et le public. Or, commeses collègues n'avaient pas voulu assister aux expériences faites dans les salles publiques, de Jussieu va se livrer ou du moins promet de se livrer pour sa part à des expériences telles qu'il lui soit possible de faire cet exposé méthodique de faits nombreux et variés ; eh bien! qu’est devenue cette promesse ? où est cet exposé de faits nombreux et variés? Arrivé au terme de ses travaux , de Jussieu est forcé d’avouer ici que Îles faits recueillis par lui sont PEU NOMBREUX ET PEU VARIÉS ! done il manque formellement à sa parole; donc el de son propre aveu, il ne peut ni éclaircir la question ni éclairer le gouvernement et le public.
Remarquez que les faits qu’il est forcé de donner comme peu nombreux et peu variés sont précisément les plus importants même dans son hypothèse; il aurait pu en effet n'insister que très-peu sur les faits généraux , sur les faits négatifs, sur les faits dus à l'imagination ; mais ceux-ci sur lesquels il va précisément bâtir sa théorie se trouvent justement peu nombreux et peu variés ; aussi disons-nous encore une fois qu’il n'y avait pas là de quoi justifier la retraite de Jussieu hors de la commission.
Voyons maintenant quelle est la Lhéorie qu'il a édifiée sur un {errain aussi instable, aussi mouvant que celui-ci.
nation ; les autres externes et physiques, comme le frottement,
le contacts et l’action d’un fluide émané d’un corps semblable.
Ces dernières causes, mieux examinées, se réduiront à une seule, plus simple et plus universelle, qui est l’action générale des corps élémentaires où composés dont nous sommes entourés. Elle est uniforme et souvent insensible, mais toujours manifestée par ses effets. Si l’on réfléchit sur celle du fluide contesté, sur l'identité des effets qu’il produit avec ceux qui dépendent du frottement et du contact, On n’hésitera point à reconnaître, dans ces trois cas, une même action différemment exercée. Gelle du frottement, vive et rapprochée, imprimera une sensation plus forte, plus sûre et plus générale. L’ac- Lion du contact sera plus adoucie, mais différente selon l’état des organes. Celle du fluide dirigé de plus loin doit être généralement peu sensible et n’affecter que certains êtres plus sus- Ceptibles des moindres impressions. Mais comment s'opère
cette triple action (1) ? Quel est le principe qui s’insinue ainsi dans les corps ? Le frottement etle contact y portent la chaleur. Gette chaleur serait-elle le fluide dont l'existence est si débattue ? Quelle est son action sur le Corps humain ? Comment le pénètre-t-elle, et avec quel degré de force? Quels sont ses rapports avec les causes, soit intérieures, soit extérieures? Essayons de développer ces divers points dans les réflexions suivantes.
» RÉFLEXIONS. Ce ne serait peut-être pas une nouveauté en physique d'admettre dans les corps animés deux principes premiers, celui de la matière et celui du mouvement, Ce dernier doit être regardé comme l'agent immédiat de toutes les fonctions animales, Dirigé par des lois immuables, maîtrisé quel-
(1) De Jussieu a beau faire, il partage jusqu'aux hypothèses de ses collègues ; tout ce qu’ils ont mentionné dans leur rapport, on le retrouve dans le sien ; ils avaient voulu tenir compte de l'imagination ; de Jussieu a une catégorie de faits pour l’imagination ; çà et là ils avaient cité des faits négatifs, de Jussieu a une catégorie de faits négatifs; enfin ils avaient attribué ure large part aux fric tions, au contact et à la chaleur ; de Jussieu voit ici une triple action; mais tous ses efforts vont tendre à ramener cette dernière catégorie de faits à un seul mode d’action, celui de la chaleur animale, Quant au fluide magnétique, il le récuse , il le répudie tout aussi bien que ses collègues.
166 HISTOIRE ACADÉMIQUE quefois par des causes étrangères, il tend toujours à suivre l'impression primitive et générale qui lui à été donnée; mais il est souvent détourné, attiré, repoussé par les corps soumis à son action. Cherchant toujours à se mettre en équilibre, 1l s’insinue dans les uns et s'échappe des autres, en raison de sa quantité contenue en chacun d'eux. Mobile par essence, il se fixe en devenant partie d'eux-mêmes ; mais, dégagé ensuite, il reprend sa première nature pour aller se fixer dans d’autres corps. C’est ainsi que les êtres, mus par ce principe, le donnent et le reprennent continuellement. Principe de mouvement dans la nature entière, il devient celui de la chaleur animale dans les corps vivants ; de là cette correspondance märquéeentréles variations de l'atmosphère et l’état denos 6rganes.
» Si l'admission d’un pareil agent répugnait à ceux qui ne veulent rien adopter sans preuves, il suffirait de le reproduire sous un autre nom, et de le confondre avec le principe électrique connu par ses effets, répandu dans les corps, et exerçant une action sensible. Cette identité de principes, dont l’action n’est cependant pasla même en tous points, devra ètre adoptée, si l’on observe que les physiciens sont à peu près cofvenus d’assigner la même cause première à laimant et à Pélectricité, quoique modifiée différemment ; que la nature étant toujours simple dans ses principes, on admettra plutôt une modification nouvelle qu’un principe nouveau. La matière introduite dans le corps animal, et transformée en sa substance, change pour ainsi dire de nature en devenant organique ; de même le principe actif, qui dans l'air est simplement électrique, reçu dans le corps animal, modifié par son union avec la matière et par l'impression organique, y prend une autre forme et diverses propriétés secondaires, en restant néanmoins assujetti aux lois primitives. |
» La principale de ces lois est celle de l'équilibre, à laquelle le fluide électrique obéit constamment lorsqu'il est abandonné à lui-même. Poussé par cette force impérieuse, ce fluide se jette avec impétuosité sur les corps privés d'électricité, et s’échappe avec le même effort de ceux dans lesquels il est accumulé, Cet effort, exercé du centre à la circonférence, forme autour de ces derniers une atmosphère électrique, démontrée par les expériences, sensible au tact, et plus ou moins étendue,
selon la quantité et l’activité du fluide contenu, selon la forme du corps qui le contient. Elle est plus circonscrite autour des surfaces unies; elle se porte plus loin au-devant des prolongements aigus, et c’est principalement par ces derniers que la communication extérieure est mieux établie, Répandu dans lair sans s'unir à lui, ayant avec l’eau la plus grande affinité, ce fluide est saisi par les vapeurs élevées de terre; condensé dans les nuages, il y forme de grands météores ; ramené sur la terre avec l’eau de la pluie, il la pénètre et y porte la vie et la fécondité.
» Le même principe modifié dans le corps animal suivra jusqu’à un certain point les mêmes lois. Il se mettra toujours en équilibre, à moins que la constitution organique de l'individu ne le rende propre ou à mieux conserver ce principe, ou à l’attirer moins. Son action du centre à la circonférence formera également autour du corps une atmosphère plus ou moins étendue, quelquefois assez facile à reconnaître par le sens de l’odo: rat, lorsqu'elle est chargée de particules odorantes, comme celles de certains animaux ou des hommes qui ont une forte transpiration. Ces particules ne pourraient se tenir élevées, se porter à des distances considérables, si elles n’étaient poussées et soutenues par le principe actif agissant en tout sens. L'eau, qui saisit le fluide électrique avec avidité, qui, sous forme de pluie, purifie et atténue un air chaud et dense en lui enlevant ce fluide surabondant, qui éteint le feu en s’unissant rapidement à lui, s'empare aussi de l’excédant du principe actif des corps, et, par cette soustraction opérée dans le bain, elle soulage les personnes accablées de chaleur ou dévorées d’une fièvre ardente.
» Puisque les êtres animés contiennent ce principe, qui est là force vitale, il doit également exister dans les autres êtres organisés vivants, qui sont les végétaux. Il est leur principe de vie, dont l’action se manifeste par une végétation plus ou moins prompte, par des émanations, tantôt odorantes, tantôt peu sensibles : celles-ci n’échappent point au tact général, devenu plus délicat ou plus attentif par la privation de la vue; ainsi un aveugle distingue souvent le voisinage des arbres, parce que leur atmosphère est assez considérable et assez étendue pour lui imprimer une sensation particulière.
» Tout être vivant est un véritable corps électrique constamment imprégné de ce principe actif, mais non pas toujours en même proportion. Les uns en ont plus, et les autres moins; de là, en partie, cette différence, soit dans les tempéraments, Soit dans les constitutions journalières. La mobilité perpétuelle de cet agent devient encore une conséquence simple de cette variation. Dès lors on conçoit qu’il doit être poussé au dehors par les uns, et attiré ou repompé avidement par les autres ; que ie voisinage de celui dans lequel il abonde est profitable à celui qui en manque. La cohabitation de lenfant avec le vieillard est utile à celui-ci, et nuisible à celui-là. Les végétaux récents, rapprochés en pépinières, sont vigoureux et frais ; mais, VOisins d’un grand arbre, ils se dessèchent et dépérissent.
» La proportion du principe actif, variable dans les êtres vivanis, peut et doit différer de même, soit passagèrement, soit habituellement, dans les divers organes du même individu. Le mouvement accéléré ou retardé dans quelques parties du corps indique des différences dans la quantité du principe qu’elles contiennent. Une cause passagère peut répandre dans tout le corps la chaleur concentrée dans un seul point, ou réunir sur un organe celle qui était répartie entre tous. Si cet effet devient permanent, il en résulte une altération, un vice dans la constitution de l'individu. L’atmosphère particulière des organes viciés doit subir graduellement la même altération; mais il faudrait un tact très-délicat pour distinguer ces nuances, en promenant la main sur la surface du corps malade.
» On éprouvera peut-être plus facilement, par le même procédé, l’action générale du principe actif passant d’un corps dans un autre corps voisin, S’il suit l’affinité avec le fluide électrique, il s'échappera par toutes les ouvertures, par toutes les surfaces du corps, et principalement par celles qui approchent plus de la forme allongée et aiguë des conducteurs électriques, telles que la main et le doigt. Celui-ci, porté par un individu sur quelque partie d'un autre individu, agira diversement, selon l’état des deux êtres. L’organe actif, moins fort ou moins fourni de principe que l’organe passif, lui soutirera ce principe au lieu dele lui donner, et, recevant une impression de chaleur, il lui en communiquera une de froid. Si la proportion de principe est la même entre les deux organes, chacun des deux don-
nant et recevant également, il n’en résultera aucune action, aucune sensation remarquable. Elle sera plus caractérisée en raison de la quantité surabondante de principe dans le doigt conducteur, et de la sensibilité de l'organe sur lequel sera dirigé le courant ; cet organe éprouvera plus ou moins de chaleur, et d’autres effets plus ou moins marqués. Enfin, si le conducteur, au lieu de toucher la partie, se dirige simplement sur elle à quelque distance, on conçoit que l’action sera en raison de l’éloignement, de la disposition des sujets, de l'étendue et de la force de leur atmosphère particulière.
» Tous les êtres vivants exercent des fonctions vitales, dont le principe actif est l’unique agent : telles sont la circulation, les sécrétions, Pintroduction de Pair dans la substance organisée, la transpiration, l'extraction des sues alimentaires. Ces fonciions sont communes aux végétaux comme aux animaux ; elles peuvent être troublées mais non interrompues par des causes étrangères. Leur marche est moins variable dans les végétaux, parce que les seules causes qui influent sur eux sont toutes physiques et extérieures, comme la nature du sol, l’exposition locale, les variations de l'atmosphère. Il n’en est pas de même des animaux, qui ont une organisation plus compliquée, des systèmes nerveux et musculaire destinés à produire l’action de la sensibilité et du mouvement volontaire, et dans lesquels il existe un autre principe supérieur duquel émanent la volonté et l'imagination. La volonté commande les mouvements volontaires, et le principe actif les exécute. Ce même principe, également subordonné à l’imagination, réagissant quelquefois sur elle, exerce sous son empire une action moins extérieure et plus profonde, qui tend souvent à rompre son équilibre ou à le rétablir, et détermine ainsi des effets salutaires ou nuisibles.
» Les grandes causes physiques agissent sur l’homme d’une manière continue, uniforme et générale. La marche de l’imagination est particulière, inconstante, variable dans chaque individu. Elle ne peut suspendre les vraies fonctions animales exercées sans son secours ; mais elle a le pouvoir de les ralentir ou de lesexciter. Quelquefois dans le repos, elle cède aux impressions extérieures ; plus souvent active, elle lutte et réagit contre tout ce qui l'entoure. Trop resserrée alors dans son
espace étroit, elle s’agite continuellement, elle tourmente le principe soumis à sa puissance, le promène avec rapidité dans toutes les parties du corps, le pousse au dehors ou l’attire au dedans avec une égale vivacité; et par ces trois mouvements divers elle produit tous les effets attribués à son action.
» Les classes d'animaux dont l’organisation est plus simplifiée, et dans lesquelles l'imagination est anéantie ou presque nulle, sont exposées à moins de variations, et la marche de leurs fonctions, moins troublée, se rapproche en ce point de celle des végétaux. Parmi Ceux qui ont l'imagination exereée, le nombre des êtres sains, où à peu près sains, étant encore beaucoup plus considérable que celui des malades, il en résulte que les enfants, dans lesquels il est très-abondant, seront souvent dans le cas d’en donner plutôt que d'en recevoir. La plupart des hommes doués d’une bonne constitution seront encore peu sensibles à la communication de ce principe.Elle sera plus vive sur ceux dont la complexion est délicate; et si, par la force d’impulsion de l'agent, ou par la contexiure de l'organe qui reçoit, celui-ci se trouve surchargé du principe, alors la sensation augmente d'intensité, la chaleur se développe, et quelquefois le genre nerveux excité produit ses mouvements ordinaires.
» Ces idées simples, quine m’ont point été communiquées ; mais que je he crois pas neuves, seraient susceptibles d’un plus grand développément. Présentées cependant d’une manière abrégée, elles suffiront peut-être pour expliquer quelques phénomènes d'économie animale, observés soit dans le traitement appelé magnétique, soit dans d’autres circonstances: On sera moins surpris de cette influence d’un corps sur un autre corps, de cétte correspondance, quelquefois assez sensible, entre l’action d’un individu et la sensation d’un autre, ou entre deux organes du même individu; on confondra moins l’action de l’âme et de l'imagination avec l’action simplement animale; on distinguera la (cause qui détermine et l’agent qui exécute ; on pourra supposer que le principe actif, toujours agissant seul immédiatement sur nos organes, est excité, tantôt par Pimagination et la volonté comme causes supérieures et internes, tantôt par une portion de lui-même émanée des corps environnants, tantôt par ces causes réunies. Cette supposition acquerra
DU MAGNÉTISME ANIMAL, A7A plus de force si l’on réfléchit que ce principe suffit à toutes les fonctions végétales, lesquelles ne sont dirie gées par aucun autre agent supérieur; qu’ilexiste également un nombre déterminé de fonctions animales correspondantes, dont l'exercice est très-indépendant de l'imagination, et ne peut être interrompu ni par son action ni par son repos ; que ces fontions, non interrompues, doivent conséquemment être exercées par un prin- Ccipe perpétuellement actif. Ce principe, nécessairement existant, est; dans les corps organisés, le principe vital; dans les corps animés, le principe de la chalétt animale ; dans la nature, le principe du mouvement. Echappé des corps organisés, il se confond avec le fluide électrique. Rentré dans ces mêmes Corps, il s’y modifie par l’action organique, qui altère quelquesunes de Ses propriétés. Sous forme de chaleur animale, il passe d’un corps animé dans un autre corps semblable; et par ce transport il produit divers changements relatifs à l’état du corps qu’il quitte et de celui qu’il pénètre.
» I aurait été possible d'étendre ici lacomparaison du fluide électrique et de ce principe actif animal, pour prouver de plus en plus leur identité. On eût également lié à la même théorie le principe de l’aimant; et, pour mieux établir l’affinité, on eût retrouvé ou supposé des pôles dans le principe animal : mais il était inutile de multiplier ici les comparaisons, et d’insister sur des pôles dont l’existence, quoique possible, n’est pas facile à démontrer. On s’est dispensé également d’envelopper dans le même système les corps organisés qui font partie de notre globe, ainsi que les sphères célestes. La seule qui intéresse un médecin est la sphère animale; et il ne doit chercher dans les Corps étrangers que les rapports directs qu’ils ont avec elle. D'ailleurs il convenait d’abréger une explication qui, étant présentée comme une simple théorie, sera combatiue par d'autres ou plus solides ou plus séduisantes. On ne peut nier à la vérité l'existence d’un principe identifié avec le feu, avec le fluide électrique, pénétrant le eorps humain, et y portant la Chaleur; mais on peut le regarder comme n’étant point le principe du mouvement, parce que, dans les questions abstraites, tout est admis et rejeté avec la même facilité.
- » Les fibres du corps animal ont une propriété connue sous le nom d’irritabilité, qui les rend capables de se contracter lors-
qu’elles sont stimulées, et de se relâcher dès que le principe stimulant cesse d'agir. Si quelques physiciens désignaient cette irritabilité comme principe de mouvement, ne pourrait-0n pas leur objecter que, résidant dans les seules parties solides, elle est plutôt une propriété dela matière devenue organique qu'un principe agissant, et que les végétaux, dont les fonctions sont dirigées par un principe actif, paraissent dépourvus ps cetle ir-
ritabilité ?
» Au reste, quel que puisse être ce principe de mouvement, soit qu’il reste principe de chaleur, soit qu’il prenne tout autre nom, il en existe toujours un qui n’est ni la volonté ni l’imagination ; qui a sur le corps animé une action continuelle et jamais interrompue; qui exerce toutes les fonctions, les unes sans concurrence et sans aide, les autres sousla direction immédiate de la volonté et de l'imagination; qui reçoit aussi l'influence directe des causes physiques extérieures; qui, en un mot, est toujours un agent intermédiaire, chargé de l’exercice direct de | ious les mouvements opérés dans l’homme. On conçoit toujours que le principe de la chaleur répandu sur le globe agit perpétuellement sur tous les corps; que s’il n’est pas le principe du mouvement, il a, comme cause physique, sur ce principe, une action sensible et continue; il s’insinue dans les corps, soit par une pression extérieure, soit par une attraction interne. Repoussé hors d’eux par une force contraire, il entraîne avec lui quelques-unes de leurs particules matérielles ; il forme avec ces particules une atmosphère autour de chacun deux; et sa force d'expulsion suffit toujours pour le porter d’un corps à un autre peu éloigné. La chaleur, sans cesse active, est donc cette véritable partie émanée des corps, cet agent inconnu et contesté qui établit l'influence physique de l’homme sur l’homme, Elle est aussi la seule que nous devions considérer ici sous le point de vue d'utilité médicale (1).
(1) Cette longue digression devait-elle trouver place dans un rapport? qu’at-elle de commun avec les fails peu nombreux et peu variés de la dernière catégorie? c'est là ce qu’on pourrait appeler un travail de cabinet , une dissertation sur les lois générales de la nature, sur la matière et le mouvement, sur l’électricité et la chaleur ; de Jussieu parle de tout ici excepté du baquet de Mesmer et des sujets magnétisés, Il n’y a plus lieu de s'étonner si ce commissaire a tenu
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 473 » Utilité médicale. La médecine d’attouchement à été pratiquée de tout temps et chez toutesles nations ; Mais, abandonnée à des mains peu propres à la diriger, administrée sans méthode, reléguée parmi les moyens particuliers et populaires, négligée par les hommes instruits, elle a toujours langui dans l'obscurité (4). Par un frottement de la main plus ou moins continué, elle excite dans les fibres une légère osCillation; par un Contact plus où moins étendu, elle insinue dans les COrps une portion de chaleur émanée de l’être qui exerce ces deux actions (2). L'existence de cette chaleur animale a toujours été reconnue, ainsi que la possibilité de la transmettre; et son utilité, démontrée par ses effets, est généralement avouée. » Les remèdes ioniques, dans la classe desquels on doit la rapporter (3), ont la propriété de rendre la force et le ton aux fibres relâchées et affaiblies; ils rétablissent les digestions en
à faire un rapport individuel ; c'était une dissertation métaphysique qu’il voulait écrire, or pour cela des collègues étaient complétement inutiles.
(1) Pauvre médecine que la médecine d’attouchement! il n'y a guère à regretter qu’elle ait toujours langui dans l'obscurité. De Jussieu après tout a bien fait d’assumer à lui seul la responsabilité de ce rapport, qui après tout n’est pas un rapport; quelle est en effet la contexture générale de ce travail? On y annonce des faits distribués en quatre catégories, dont troissont à peu près inutiles pour le but que se propose le rapporteur ; la quatrième, qui doit véritablement faire la base du rapport, ne comprend, de l’aveu de l’auteur, que des faits peu nombreux et peu variés, dontl’exposition n’exige quecinq pagessur soixante; il en résulte que la presque totalité du rapport consiste en deux digressions à peu prèsétrangères au magnétisme animal : 10 une digression sur la propagation de la chaleur animale, 2° une digression sur la médecine d’attouchement, et c’est à cause de ses deux digressions qu'on a trouvé de Jussieu plus consciencieux que ses collègues!
(2) Pures hypothèses ; qui vous prouve que le frottement excite des oscillations ? a-t-on jamais observé ces oscillations? qui vous prouve ensuite qu'il y a toujours par le contact communication de chaleur de la part de celui qui exerce cette action ? et s’il a les mains glacées ?
A quelles suppositions l'envie de faire prévaloir un mauvais système ne pousse-t-elle pas les meilleurs esprits!
(3) Encore une assertion toute gratuile ; sur quoi se fonde-t-on pour placer les attouchements dans la classe des remèdes toniques? et si on objectait que le massage, si fréquemment pratiqué en Orient, amène précisément des effets pars traires, c’est-à-dire le relàchement et la débilité des surfaces Légumentaires *
fortifiant l'estomac; ils opèrent un resserrement général, déterminent en même temps la sortie des matières accumulées, et s’opposent à de nouvelles congestions. Hs raniment la cireulation, en augmentant le mouvement ; cette action imprimée au sang se communique à toutes les parties; la transpiration interrompue reprend son Cours, et les maux récents occasionnés par cette interruption sont bientôt dissipés. Les toniques agissent aussi comme calmants, lorsqu’en répandant une chaleur égale dans tout le corps, ou en augmentant celle de lorgane qui en a moins, ils rétablissent ainsi l’équilibre entre les parties.
» Si la chaleur animale participait réellement de toutes leurs propriétés, s’il était vrai et comme démontré que les toniques ne produisent les effets énoncés qu’en augmentant le principe de chaleur, elle pourrait alors être employée utilement dans tous les cas où ils sont indiqués. Administrée seule, elle aurait même quelquefois sur eux le double avantage de porter plus directement son action sur l'organe affaibli, sans la répandre autant sur les autres, et de ne point fatiguer l'estomac par une digestion laborieuse. Ainsi. dans les maux récents, dans ceux
dont les causes sont légères, dans ceux dont les causes, quoique
plus graves, sont passagères et ne tiennent point à la constitution de l'individu, ce principe, dirigé par des médecinsinstruits, deviendrait un agent salutaire. Ils ne seraient peut-être pas éloignés de joindre quelquefois ce moyen à ceux qu’ilsemploïent dans certaines maladies aiguës simples, de fortifier ainsi Pestomac, pour le rendre propre à digérer par intervalles quelque nourriture, et à préparer un chyle de bonne qualité, qui, versé dans le sang, ranimerait un corps affaibli par la durée du mal.
» S'ils admettent ce genre de traitement dans quelques maux chroniques, ce ne sera qu'après l’avoir essayé d'abord sur ceux qui sont moins graves. Ils mettront dans leurs épreuves une progression lente et réfléchie, pour ne rien donner au hasard.
Ce a est utile dans quelques cas devient quelquefois nuisible !
par la quantité ou par un usage inconsidéré. Les toniques, continués trop longtemps, administrés sans réserve, donnés à contre-temps, produisent l’irritation, l’éréthisme, la convulsion, La chaleur ajoutée au corps qui en ëst suffisamment
pourvu le surcharge et lui devient incommode; insinuée dans
le corps quien a déjà trop, elle l’agite et commence à l’irriter;
poussée dans un Corps de complexion très-irritable, ou dans celui dont quelque organe est dans un état de souffrance, elle augmente le spasme, le transmet d’unorgane à plusieurs autres, et détermine ainsi les convulsions locales ou universelles, Ces grands mouvements sont des efforts de la nature, qui cherche à expulser une humeur tenace et fixée; mais lorsqu'ils sont trop violents, trop répétés et surtout impuissants , on doit craindre qu'ils n’opèrent une altération sensible des parties saines, et une décomposition funeste des organes viciés,
Une action modérée serait plus lente, mais plus sûre; en joignant à un contact doux des frottements légers ou à peine sensibles, on déterminerait des courants de chaleur, qui rétabliraient la communication entre les organes, dégageraient les uns au prolit des autres, el procureraient des dérivations salutaires. Ainsi l’on déplacerait une humeur locale qui n’aurait pas eu le temps de se fixer, on rétablirait souvent Ia chaleur, la vie etle mouvement dans les membres récemment paralysés.
La possibilité de ces effets est suffisamment prouvée par lidentité qui existe entre le principe de chaleur et le fluide électrique, employé avantageusement pour combattre les mêmes maux. Les propriétés de ce fluide ont été longtemps méconnues. L’électricité dirigée sans principes était un moyen dangereux et funeste; mais celui qui sait mesurer son action Îa rend plus constamment utile. Il ajouterait peut-être encore à son efficacité, en imaginant une méthode qui fit pénétrer doucement le fluide dans les parties les plus intimes du corps malade, au lieu de le verser sur lui à pleins flots. On pourrait animaliser ce fluide en plaçant entre letube électrique et l’individu malade un autre corps animé et sain, dans lequel le fluide serait élaboré en partie avant d’être porté plus loin. Cette union de la médecine d’attouchement avec celle de l'électricité tempérerait l’action de l’une et augmenterait celle de l’autre. L’expérience seule fixera le degré d'utilité de cette double application ; elle indiquera également jusqu’ à quel point la chaleur iisle. administrée sans addition, peut-être avantageuse, L’ Électricité à été alternativement admise et négligée dans le traitement des maladies; la chaleur animale devra subir les mêmes variations jusqu'à Ce que son action mieux obser vée, mieux connue, mieux décrite, soit plus généralementappréciée.
» Son effet le plus ordinaire, observé dans le traitement magnétique sur les personnes moins malades, était le rétablissement des forces, de l'appétit et du sommeil. Plusieurs ont été ainsi soulagéessans éprouver aucune action sensible de la chaleur introduite dans leur corps ; quelques-unes avaient eu de légères sensations,
» Les digestions de plusieurs malades hypocondriaques et hystériques sont aussi devenues meilleures ; ce qui prouverait la vertu calmante du moyen employé. Elle est encore démontrée par le succès fréquent de l'application des mains pour apaiser les maux d'estomac et les coliques.
, Le contact sur l'estomac portait quelquefois la chaleur à la tête; quelquefois, en la ranimant dans les autres parties, il dissipait celle de la tête, selon l’état antérieur des organes. Dans quelques sujets, la chaleur insinuée dans lestomac se répandait assez promptement dans tout le corps, et déterminait des moiteurs ou des sueurs. On paraissait favoriser et accélérer ces effets en promenant un doigt du haut en bas sur la surface du corps. Ge mouvement, dont le but était d'étendre la chaleur uniformément, dissipait pour l'ordinaire les embarras légers de la tête, qui cédaient aussi quelquefois à un frottement superficiel, dirigé du front au-dessous des tempes. Les maux de tête plus forts résistaient davantage, el le soulagement n’était que momentané.
» On peut également rétablir la transpiration par le contact. J'en ai fait l'expérience à la campagne sur une femme deservice, qui, à la suite d’une transpiration interrompue par SOn imprudence, conservait depuis deux jours une douleur intolérable le long d’une cuisse, et ne pouväit la remuer. Cette femme n’avail aucune idée du magnétisme, dont je connaissais depuis peu les procédés. L'occasion me parut favorable pour un essai. En écoutant le récit prolongé de la maladie, j'appliquai un doigt sur l'estomac et l’autre sur la partie douloureuse. La chaleur se ranima promptement; elle fut suivie d’une moiteur générale, qui fit disparaître presque entièrement la douleur : la malade, surprise de cet effet, put marcher au bout d’une demi-heure à l’aide d’un bâton, et se coucher ensuite sans aide. Deux heures après, le mouvement du doigt, promené de la tête aux pieds par-dessus la couverture du lit, suffit pour exciter sur-le-champ
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une sueur abondante qui dura toute la nuit, La malade, presque guérie, put le lendemain descendre deux élages et recommencer une partie de son service ; au bout de deux jours, tout fut dissipé par ce seul traitement. Je me suis assuré depuis que le contact sur l'estomac développait p'omptement la chaleur en elle ; cette heureuse disposition a sans doute hâté Sa guéri son (1).
» Parmi les maladies soumises au traitement magnétique avec quelque succès, on peut citer quelques maladies d’yeux, une inflammation de cet organe dissipée, une vue rétablie par la dérivation d’une humeur, une taie légère promptement effacée. Deux autres taies qui couvraient les yeux d’une femme
(4) Les autres observations sont de la même force que celle-ci; on pourrait d’abord se demander comment il se fait que de Jussieu, ayant à déduire toutes ses conclusions de faits par lui observés, n’a pas classé ces observations dans l’une ou l’autre de ses quatre catégories? on aurait su tout d’abord quelle valeur il y attachait; mais, à ne considérer ces observations qu’en elles-mêmes, que prouvent-elles pour la théorie de Jussieu : ce savant est convaincu que, le magnélisme n'ayant aucunc réalilé, tout dépend des attouchements et de la chaleur communiquée par le moyen de ces attouchements ; or, ici il se borne à promener le doigt de la tête aux pieds de la malade par-dessus la couverture du lit; et aussitôt il y a une telle chaleur communiquée que la malade est prise d’une sueur abondante qui dure toute la nuit. Et notez que d’aprèsde Jussieu, il n’y a dans tout cela que des effets physiques très-explicables, très-simples, amenés en raison des lois d’équilibre , etc. Mais comment donc expliquer des effets aussi surprenants s'ils ont réellement eu lieu? Puisque cette question nous arrive incidemment, nous y répondrons comme nous le ferons ultérieurement pour d’autres faits bien plus surprenants encore; nous dirons donc que les lecteurs auront à se décider, à choisir entre trois interprétations, dont une seule nous paraît à nous possible. Ou bien cette transpiration subite était due, comme le veut de Jussieu , à ce que son doigt, qui peut-être était brûlant, communiquait à la malade une forte dose de chaleur à travers ses couvertures ; ou bien c'était en vertu du fluide magnétique communiqué par ledit doigt, circonstance que n’admet pas de Jussieu (et nous non plus, car nous regardons ces deux interprétations comme de la même force) ; ou bien enfin c’est que cette pauvre domestique, celte fille de campagne, frappée d’étonnement, et on le serait à moins, de voir son maître, un grave personnage, un savant illustre comme M. de Jussieu, lui promener solennellement le doigt le long de ses couvertures des pieds à la tête, s’est aussitôt senti le corps couvert de sueur! Pour nous le choix n'est pas douteux ; nous le laissons libre aux autres.
depuis cinq ans, à la suite d’un lait répandu, étaient si épaisses,
qu’on ne pouvait apercevoir l'iris au mois de mai dernier. Son traitement ne produisit aucun effet sensible pendant trois semaines; mais, au bout de ce temps, elle devint tout à coup sujette à des crises très-fréquentes ; elles commençaient par un accès de rire convulsif et involontaire, auquel succédait un frisson et ensuite un assoupissement de peu de durée. Le simple contact à l'estomac, ou même la direction rapprochée sur cette partie, suffisait pour exciter ou rappeler la convulsion. En dirigeant de plus loin le doigt ou la baguette sur elle, on causait
seulement de l'inquiétude et du malaise, comme je l'ai rapporté dans mes expériences du quatrième ordre. À cette époque,
il s'établit une perte blanche; les taies parurent s'amincir,
et l'iris commença à se dessiner : la malade put distinguer des couleurs et quelques objets à trois pouces de distance. Une
suppression passagère de l'écoulement retarda les progrès en
produisant une gêne intérieure ; mais à la fin de juillet
l'iris était plus apparent, et la vue paraissait un peu augmentée. ;
» Ge traitement a dissipé quelques fièvres quartes, qui du moins ont cessé sans autres secours. Il à procuré des expectorations abondantes dans l’asthme humide, et quelquefois la cessation des accès dans l'asthme sec. Il a toujours paru plus nuisible qu’avantageux aux phthisiques, Son action sur les tumeurs scrofuleuses était très-lente et presque insensible. Ia soulagé et non guéri une femme hydropique , en procurant quelques évacuations. L’enflure du ventre a beaucoup varié en plus et en moins chez une autre malade, et au bout de trois mois la diminution était peu sensible. L’hydropisie enkystée d'une troisième a résisté invariablement à tous les procédés employés ; la ponction, devenue nécessaire, à donné issue à quatorze pintes d’eau : maigré la continuation des procédés, l’enflure reparaissait il ya un mois, temps où j'ai cessé de suivre le traitement. Il donnait de meilleures espérances dans quelques paralysies non invétérées des extrémités ; mais je ne puis attester aucune guérison complète, parce que je n’ai pas vérifié celles qui ont été annoncées dans le public.
» L’effort exercé par une femme blanchisseuse pour lever un cuvier avait excité une douleur vive dans un bras et surtout
dans le poignet. Une répercussion opérée par un cataplasme porta la douleur dans l'épaule, qui se tuméfia sans rougeur.
Le brasetle couden’avaientaucun mouvement; celui des doigts, et Surtout de la main, était un peu gêné; l'épaule, continuellementdouloureuse, ne pouvait Supporter aucun attouchement;
le poids des vêtements la fatiguait. La malade ne dormait point; elle avait essayé, pendant un an, divers remèdes sans succès, lorsqu'elle fut amenée au traitement par un des commissaires, et examinée par les autres vers la fin de mai. Dès les premiers jours du traitement, elle eut quelques heures de sommeil et des douleurs moins continues. Le doigt, promené tout le long du bras, ou fixé sur l’épaule, produisait une sueur abondante dans ces parties. Le mouvement est revenu insensiblement; la douleur à diminué beaucoup, a changé successivement de place; elle s’est-ranimée quelquefois dans les changements de temps, mais elle se calmait ensuite. La malade a pu successivement remuer les différentes articulations, et porter sa main sur sa tête. Tel est l’état dans lequel je Pai laissée il y a cinq semaines.
» Les obstructions plus ou moins invétérées des glandes et des viscères étaient les maladies qui occasionnaient le plus fréquemment des crises, dont il faut distinguer deux espèces différentes dans leur marche et leurs effets. Les premières, qui fatiguaient beaucoup les malades, étaient toujours irrégulières, accompagnées de convulsions et de douleurs plus ou moins vives, sans aucune évacuation. Les autres, dont les symptômes étaient tantôt des convulsions vives, tantôt des mouvements plus doux, étaient ordinairement terminées par la sortie de quelque humeur. Ces secondes, au lieu d’accabler les malades, paraissaient les soulager et les fortifier pour quelques jours. La continuité du mal les faisait recourir aux mêmes crises, qui étaient renouvelées assez souvent. Loin de les fuir, ils les recherchaient toujours, malgré la douleur momentanée qu’elles excitaient. Ce désir serait-il un instinct de Ia nature et une indication d'utilité ?
» Un homme sujet à des crises violentes, terminées souvent par un vomissement de sang et de glaires, en avait une fort longue, qu’un accident interrompit sur sa fin. Ce contre-temps ranima les convulsions calmées, et supprima toute sortie d’hu-
meur. Les huit jours suivants, passés dans le malaise et l'anxiété, furent employés inutilement à tenter le retour de la crise ; l’éréthisme était trop fort; en ne donnant que des convulsions, on augmenta la gène intérieure. Au bout de ce terme, il fut touché en ma présence par M. Deslon, qui détermina en une demi-heure une toux sans convulsion, accompagnée du vomissement ordinaire plus abondant, suivi d’un dégagement des premières voies et des apparences d’une meilleure santé. Cette circonstance prouverait que l'humeur était anciennement amassée, et que la crise nouvelle n’était que la fin de la première. J'ai observé d’autres fois cette interruption de crise chez le même malade : son haleine échauffée annonçait un sang accumulé, et ce sang, rendu ensuite, paraissait noir et corrompu. Devrait-on en conclure que les crises du traitement magnétique ont une marche régulière comme les autres, mais qu’étant souvent interrompues où mal conduites elles paraissent quelquefois suivre un ordre différent ?
» Quoi qu’il en soit, on n’a pas vu que la plupart des malades en aient tiré un avantage réel. Une seule personne, à laquelle ces crises procurent des expectorations abondantes, paraît se rétablir assez promptement après avoir été dans le marasme le plus complet : mais ces exceptions sont rares. L'état de quelques malades à peu changé; la diminution des glandes se fait chez d'autres fort lentement ; mais la moindre cause les grossit de nouveau, et nous ne pouvons citer aucune guérison complète de ces maladies. La répétition trop fréquente des crises est encore nuisible, parce qu’elle peut, ou déterminer l'évacuation d’une humeur non préparée, ou produire des efforts impuissants si l'évacuation n’a pas lieu. Il est même à craindre que l'agitation convulsive, renouvelée trop souvent, ne devienne un état habituel et maladif, puisque des personnes insensibles à l’action magnétique pendant les premiers temps ont été dans la suite si sujettes aux convulsions, que la moindre cause les excitait en elles, soit autour du baquet sans autre contact, soit hors des salles du traitement. Ces grandes crises ont pu séduire, parce qu’elles offraient de grands effets, et qu’elles prouvaient mieux l'existence d’un agent; mais leur inefficacité dans beaucoup de cas, et leur désavantage dans quelques-uns, doivent les faire exclure généralement de la pra-
DU MAGNÉTISME ANIMAL, 481 tique ordinaire, et les faire reléguer dans le nombre des remèdes violents, rarement utiles.
» Les faits cités, qui prouvent en général l’action tonique du moyen employé, sont ceux que j'ai recueillis de mes observations, Ou qui m'ont été certifiés par les malades eux-mêmes, dont je ne pouvais Connaître autrement létat intérieur. La conformité de plusieurs énoncés de ce genre démontrait la vérité de chacun en particulier, et je n’ai pu attribuer à d’autres causes la meilleure santé que je remarquais en quelques-uns de ces malades. Sans doute l’imagination, l’exercice nécessaire pour se rendre au lieu du traitement, la privation de tout atre remède qui pouvait fatiguer le corps, la dissipation occasionnée par la réunion de plusieurs personnes, le plaisir que donne la musique, et l'usage habituel de la crème de tartre administrée dans ce traitement, sont des moyens qui ajoutent quelquefois beaucoup à l’action du moyen principal; mais il serait peu naturel de penser qu’ils suffiraient dans tous les cas (1).
(1) Bien que convaincu de sa théorie, on voit que de Jussieu ne peut s’empêcher de tenircompte de circonstances très-importantes pour ces prétendues cures, et en cela encore il se rapproche de l’opinion de ses collègues ; nous n’entreprendrons pas certainement de faire remarquer toutce qu'il y a d’incohérent, d’invraisemblabie, d’absurde même dans cette longue énumération de maladies dont les unes auraient été soulagées, les autres aggravées par l'usage du baquet; nous dirons seulement quede Jussieu, arrivé au terme de ses citations, ne peut s'empêcher de faire un retour sur des circonstances qui auraient certainement suffi pour amener une amélioration, si cette amélioration avait été bien constatée; pourquoi faut-il que le désir de faire prévaloir son système ait égaré de Jussieu à ce point de lui faire trouver une explication plus rationnelle dans la communication de la chaleur animale (par le moyen du doigt ou des baguettes) que dans l'exercice nécessaire pour se rendre au lieu du traitement, dans la privation de tout autre remède qui aurait pu fatiguer le corps, dans les distractions amenées par la réunion de plusieurs personnes, dans le plaisir que donne la musique, et dans l’usage habituel de la crème de tartre? Non, de Jussieu, dont l'esprit est néanmoins frappé de la part que ces circonstances ont pu prendre dans le soulagement des malades, de Jussieu préfère à (out cela une communication de la chaleur animale; étrange aberration d’un esprit aussi cultivé! et notez que ceci luia valu les éloges des magnétiseurs ; s’il avait trouvé une explication toute simple dans les conditions hygiéniques énumérées plus
, En réfléchissant sur tous ces effets, il est aisé de reconnaitre qu’ils sont déterminés par une cause physique, qui est la chaleur animale, et que cette chaleur fait la base principale du traitement magnétique (1). Pour rendre ce traitement plus intéressant, les auteurs ont voulu létayer d’une grande théorie, intéresser toute la nature dans les effets qu’il présente, annoncer un fluide qui agit à des distances considérables, prouver son existence par des épreuves curieuses et extraordinaires, lui assigner une vertu universelle , réduire toutes les maladies à une seule, et établir une pratique suivie sur un système nouveau et non démontré. Qu'en est-il résulté? A l’enthousiasme des uns a été opposé le doute raisonnable des autres. On a voulu examiner avant de croire ; les épreuves répétées ont réussi rarement; en excitant l’imagination, des effets pareils ont été obtenus sans le concours d’autres moyens. Le défaut d’uniformité dans les causes et dans les résultats a donné lieu de conclure que le fluide n’existait point, que les effets étaient illusoires ou dépendant uniquement de imagination ; et, en rejetant la doctrine mal prouvée, on à enveloppé tout le traitement dans cette condamnation (2).
haut, on l'aurait mis dans la classe des académiciens passionnés, injustes, etc., mais à tout cela il a préféré l'hypothèse de la chaleur animale ; donc c’est un homme consciencieux. |
(1) Cela n’est pas du tout aisé à reconnaître, même en Y réfléchissant , et devient même d'autant plus difficile à reconnaître qu'on y réfléchit davantage. Comme exemple du traitement magnétique, de Jussieu vient d'exposer des affections diverses , indéterminées, confuses, dont la marchenon moins insolite ne pouvait être rapportée à aucune loi; un prétendu traitement a été appliqué, traitement qui consistait en attouchements, frictions, baguettes placées à distance , ete. etc., et de Jussieu veut qu’on admette comme base évidente de ce traitement la chaleur animale ; et il affirme que ceri est aisé à reconnaître |
(2) Voilà bien certainement un plaidoyer en forme contre le magnétisme animal, et par un membredissident! Qui pourrait s’imaginer après cela que les magnétiseurs ont voulu faire croire plus tard que si de Jussieu s’est retiré de la commission , ©’est qu’on répudiait le magnétisme, tandis que lui, impartial, juste, consciencieux, avait reconnu la réalité de cet agent.
Ce n’est pas tout, comme de Jussieu a fait un grand nombre d'observations, comme il a assisté à un grand nombre d'expériences, comme enfin il s’est séparé de ses collègues qui, suivant lui, ne voulaient pas faire assez d'expériences, de Jussieu a nécessairement une opinion fondée sur ces mêmes expériences ; OT
» Annoncer la chaleur animale; constater son existence ; parler de sa force d'expulsion hors des corps, et de l’atmosphère particulière qui en résulte; dire qu’elle se transmet d’un corps à un autre par frottement et par Contact; rappeler les ef: fets connus de cette chaleur ainsi communiquée; en déduire ses propriétés; les confirmer par de nouveaux résultats d’une pratique plus étendue : telle aurait dû être la première marche de ceux qui voulaient introduire une nouvelle méthode de traitement (1). Après cette vérification assez facile, ils auraient
comment formule-t-il cette opinion? le voici textuellement : le défaut d’uniformilé dans les causes et dans les résultats a donné lieu de conclure que ce fluide n'existait pas, que les effets étaient illusoires ou dépendants uniquement de l'imagination !
Tout cela est fort bien, tout cela est concluant , péremptoire, nous partageons ici la manière de voir de Jussieu ; il n’y a qu’uneseule chose à lui reprocher, c’est qu'immédiatement, et dans le paragraphe suivant , il vachercher à substituer à des suppositions inadmissibles, absurdes même, une théorie qui ne repose pas sur une base plus solide.
Mais analysons un peu ce petit plaidoyer : d’abord les magnétiseurs sont accusés d’avoir soutenu, d’avoir cherché à propager une fausse théorie, uniquement pour jeter de l'intérêt sur ce prétendu mode de traitement ; c'était, dit de Jussieu, pour le rendre intéressant, et cela au détriment de la vérité. ls ont ensuite et faussement encore vouiu faire intervenir dans leur traitement la nature tout entière ; ils ont annoncé un prétendu fluide qui agirait à distances considérables, puisqu'il agirait de planète à planète et qu’il remplirait FPunivers. De Jussieu les accuse d’avoir attribué à ce fluide imaginaire une vertu universelle, vertu telle qu'il guérirait toutes les maladies , où plutôt telle que par ce fluide toutes les maladies seraient réduites à une seule ! Etrange prétention
‘assurément. Enfin, ajoute de Jussieu , c’est d’après ce système nouveau et non démontré qu'ils ont voulu établir une pratique suivie, d’où charlatanisme avéré.
(1) Il faut le dire, c’est une mauvaise guerre que fait ici de Jussieu aux magnétiseurs, et il leur impose de dures conditions ; non-seulement il veut les forcer à abandonner leur théorie, mais il veut encore les forcer à adopter une théorie de sa façon, théorie dont les magnétiseurs sauront facilement lui démontrer la fausseté ; voyez en effet quelle est la marche qu’il leur prescrit : 4° annoncer la chaleur animale et constater son existence ; les magnétiseurs auraient pu lui répondre que ceci n'avait nullement besoin d’être annoncé et constaté, attendu que chacun en est bien persuadé; 2° parler des forces d'expulsion hors du corps et de l’atmosphère particulière qui en résulte; si les magnétiseurs n'avaient pas eu une aussi mauvaise cause à défendre, ils lui
prouvé par des faits que l’atmosphère particulière des corps, ayant une certaine étendue et une certaine force, le contact très-léger, ou même le simple rapprochement du doigt à une petite distance, suffisait pour établir la même communication de chaleur; qu’il n’était pas toujours nécessaire de recevoir des impressions sensibles pour éprouver des effets réels ; que l’aimant et l'électricité, sans isolement, agissaient sur le corps sans manifester toujours leur action au dehors; et ces assertions appuyées par des observations nombreuses, par des guérisons certaines, auraient acquis un degré suffisant de conviction pour être généralement adoptées (1). Alors la médecine et la physique admettant une pratique utile, méthodique et fondée sur l'expérience, se seraient prêté de concert aux efforts des auteurs, pour lier tous les faits, expliquer l’origine de la chaleur animale, son influence sur les corps animés, ses rapports avec les éléments et les corps environnants. On eût démontré, par les émanations odorantes, l'étendue considérable des atmosphères particulières; on eût observé que les corps étrangers plongés dans ces atmosphères doivent en repomper une partie d'une manière insensible; on eùt ajouté que cette action aspirante était plus sensible dans les lieux échauffés par la réunion de beaucoup d'individus. En comparant ces émanations à celles du fluide électrique, on leur eût assigné des courants plus marqués au-devant de certaines parties des corps ; et l’on serait peut-être parvenu successivement à persuader qu’il existe un petit nombre d’êtres malades, ou délicatement
auraient répliqué que cette force d’expulsion ne pourrait jamais aller jusqu'à faire passer la chaleur animale par le bout des baguettes, ou bien à travers les couvertures et par le bout du doigt, etc., ete. Mais les magnétiseurs, ayant de leur côté des prétentions plus absurdes encore, s'étaient ôté le droit de parler.
(4) De Jussieu en parle bien à son aise; il taille là une besogne que les magnétiseurs n'auraient trouvée rien moins que facile; de Jussieu invente une théorie, et il croit devoir indiquer aux magnétiseurs comment ils auraient pu prouver la réalité de sa théorie et lui donner un degré suffisant de conviction pour être généralement adoptée. Cela est fort aisé à dire, mais de Jussieu charge fort libéralement les magnétiseurs deson propre fardeau ; puis, s’abandonnant à son imagination , il entrevoit dans un avenir prochain l’âge d'or de la médecine ; la médecine et la physique se donnerontlamain , et dès lors rien ne résistera à ce puissant moyen thérapeutique, la chaleur animale!
organisés, quelquefois susceptibles d’être affectés de plus loin par ces émanations et Ces courants; ainsi l’on eût fait admettre sans difficultés plusieurs causes pour un effet.
» L'action simultanée, ou alternative, ou quelquefois opposée, de ces causes morales et physiques, aurait été expliquée par l’admission nécessaire d’un agent ou principe subordonné aux unes et aux auires, toujours actif, et chargé de l'exercice direct de toutes les fonctions. Soit que cet agent fût confondu avec le principe de chaleur, soit qu’il fat seulement lié à ce principe, la chaleur développée aurait pu toujours être regardée comme principe stimulant ou agissant, Son développement Où Son augmentation eût été attribuée, tantôt à l’abord d’une nouvelle portion de chaleur émanée de l'atmosphère générale ou des corps environnants, tantôt à l'imagination qui, au lieu d’être distraite et portée au dehors, réagit souvent à l’intérieur. Si l’on eût voulu aller plus loin, si la théorie, prenant un vol plus élevé, embrassant tous les corps de la nature, les unissant par un fluide universel, eût entrepris de faire admettre l'existence d’une seule maladie et d’un seul remède, ce système moins prouvé, et contraire en quelque point aux principes reçus, aurait été rejeté en partie et combattu par la plupart des physiciens; mais la base solide sur laquelle on l'aurait établi subsisterait toujours pour l’avantage de l'humanité.
» On à suivi un autre plan ; on s’est attaché aux grandes spéculations et aux grandes expériences, qui ne sont que la partie brillante et peut-être erronée de cette méthode (1); et on à
(4) Mais les magnétiseurs n’ont pas voulu suivre des conseils si sages; au lieu de chercher à prouver tous les effets de la chaleur animale, comme le voulait de Jussieu , les magnétiseurs ont suivi un autre plan; et dès lors ils se sontatlachés aux grandes spéculations, dit de Jussieu, aux grandes expériences, partie brillante, mais erronée; ils ont laissé là la partie pratique, la seule solide et essentielle. Ce qu’on concevra difficilement, c'est la longanimité des magnétiseurs ; c'est qu'après avoir été aussi vertement gourmandés par de Jussieu, après avoir été traités de spéculateurs, de gens qui ne connaissaient rien en pratique, ils ont non-seulement pardonné tout cela à de Jussieu, maisils ont fini par trouver que de tous ceux qui ont examiné le magnétisme, c’est le seul homme judicieux, le seul homme éclairé; est-ce parce qu’au lieu d’avoir eu le grand tort d’opposer de bonnes raisons à de mauvaises, il a eu celui d’opposer une théorie insoutenable à une théorie absurde?
laissé la partie pratique, qui est la seule solide et essentielle, Plusieurs faits ont prouvé suffisamment l’action de l’homme sur l’homme à une certaine distance ; mais cette action éloignée n’est point préférable à celle de lattouchement ; souvent même, étant incomplète, elle fatigue les malades plutôt qu'elle ne lessoulage. Contentons-nous, pour la pratique, du léger conact ou des directions très-rapprochées, qui sont presque équivalentes. Essayons de perfectionner cette médecine d’attouchement, si utile dans quelques cas, et susceptible de le devenir davantage lorsqu'elle sera mieux connue, Retranchons avec soin de cette pratique toutes ces expériences de pure curiosité, qui sont la magie du magnétisme, et qu’une sage médecine rejette comme inutiles, souvent illusoires, quelquefois nuisibles, et toujours peu dignes d'occuper des hommes chargés de plus grands intérêts. |
» On doit surtout éloigner avec soin d’un traitement pareil tout ce qui a l'apparence de mystère. L'art destiné à soulager l'humanité n’admet plus de secrets ; il marche au grand jour, et soumet tous ses moyens au jugement public. Les, sciences cachées qui, dans les siècles d’ignorance, pouvaient attirer la vénéraiion et l’estime, présentent maintenant, dans un siècle éclairé, le masque de l'erreur ou de l’imposture. Les médecins qui ont suivi le traitement magnétique sans prévention disent avoir observé quelques bons effets. Invitons ceux qui le pratiquent à renoncer à toute réticence, à publier ce qu'ils savent, ce qu’ils croient, et surtout ce qu’ils ont vu. Ges faits présentés par eux, même sans théorie, vérifiés par d’autres, et liés aux faits qu’offrent l'électricité et l’aimant, serviraient à mieux établir les rapports des deux fluides connus avec le principe de la chaleur animale, et à les rendre plus utiles en unissant leur action.
» ConcLusION (1). La théorie du magnétisme ne peut être
(1) Cette conclusion dernière de Jussieu est singulière ; mélange de yraiet de faux , de raisonnements justes et de suppositions gratuites, elle offre le résumé des idées à la fois exactes et erronées de ce savant ; idées exactes en tout ce qui concerne le magnétisme animal , idées erronées en tout ce qui tient à la chaleur animale. Il commence en effet par conclure rigoureusement, loyalement et consciencieusement que la théorie du magnétisme ne peut être admise; que les
admise tant qu’elle ne sera pas développée et étayée de preuves solides. Les expériences faites pour constater l'existence du fluide magnétique prouvent seulement que l’homme produit sur son semblable une action sensible par le frottement, par le contact, et plus rarement par un simple rapprochement à quelque distance. Cette action, attribuée à un fluide universel non démontré, appartient certainement à la chaleur animale existante dans les corps, qui émane d’eux continuellement, se porte assez loin, et peut passer d’un corps dans un autre (1). La chaleur animale est développée, augmentée ou diminuée dans un corps par des causes morales et par des causes physiques. Jugée par ses effets, elle participe de la: propriété des remèdes toniques, et produit comme eux des effets salutaires ou nuisibles, selon la quantité communiquée et selon les circonstances où elle est employée (2). Un usage plus étendu et plus réfléchi de cet agent fera mieux connaître sa véritable action et son degré d'utilité. Tout médecin peut suivre les méthodes qu’il croit avantageuses pour le traitement des maladies, mais sous la condition de publier ses moyens lorsqu'ils sont nouveaux ou opposés à la pratique ordinaire. Ceux qui ont établi, propagé ou suivi le traitement appelé magnétique, et qui se proposent de le continuer, sont donc obligés d'exposer leurs découvertes et leurs observations ; et l’on doit
preuves invoquées par les magnétiseurs ne sont rien moins que solides ; puis passant aux expériences dont il a été témoin, au lieu de se borner à cette conclusion négative, seule vraie, seule soutenable, il infère tout aussitôt de ces mêmes expériences une théorie de sa façon, moins absurde il est vrai que celle des magnétiseurs, mais qui ne saurait soutenir l’examen.
(1) Comment les magnétiseurs n’ont-ils pas vu que de Jussieu s’est rendu coupable à leur égard d’un crime impardonnable? Ne cherche-t-il pas à dépouiller ici leur fluide universel au profit de sa chaleur animale? Il y a une action , non pas universelle, ceci est insoutenable, mais de l'homme à l’homme ; les magnétiseurs ont attribué cette action à leur fluide, c’est une erreur, ce fluide n’existe pas, il appartient certainement, ce sont les expressions de Jussieu, à la chaleur animale !
(2) Nous n'insisterons pas sur les développements de cette conclusion définilive ; ce sont toujours les mêmes assertions, les mêmes erreurs : bref, si ce savant a fait un rapport pour son propre compte, nous l’avons déjà dit, c’est qu'il avait à faire prévaloir pour son propre compte une théorie particulière.
proscrire tout traitement de ce genre dont les procédés ne seront pas connus par une prompte publication.
» A Paris, ce 12 septembre 1784.