‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 90 sur 123 · ERA TE RE TL CT TN TESTS · texte numérisé non relu

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gnétisme. Je puis produire les suivants. M. Deslon donnait habituellement ses soins à plusieurs personnes qui avaient en lui une Confiance exclusive. Je les ai vues toutes en crises en même temps, quoiqu'il ne pût les toucher que successivement. Lorsqu'une d'elles, revenant un peu à soi, jetait les yeux sur lui, ce seul regard sans contact suffisait pour rappeler les symptômes de la crise; d’autres présentaient à leur tour le même Spectacle, qui se renouvelait plusieurs fois dans une séance.

» Un de ces malades avait ordinairement à la suite de ces crises une expectoration abondante, et chaque crachat était précédé d’un léger spasme. Lorsque M. Deslon sortait de la salle, lexpectoration était interrompue, et ne pouvait être continuée par le contact d’un autre médecin; le retour du premier la rappelait presque sur-le-champ, sans qu’il fût besoin de Paddition d'aucun procédé. J'ai vu encore commencer l’expectoration sans contact antérieur, quand M. Deslon paraissait et venait s'asseoir à côté de la malade. Elle avouait que sa présence avait déterminé plusieurs fois en elle cet effet, soit dans le même lieu, soit ailleurs.

» Une autre malade sujette à des crises violentes, magnétisée par divers médecins, éprouvait quelquefois moins d'effets de cette action immédiate que de celle de M. Deslon qui la regardait ou dirigeait de loin son doigt sur elle : dès qu’elle apercevait ce regard ou ce mouvement, elle entrait souvent en convulsion.

» Pour connaître l’effet d’une première impression magnétique, je voulus magnétiser le premier une malade nouvelle, qui paraissait susceptible d’éprouver des sensations. La première séance ne produisit rien ; sur la fin de la seconde, elle eut des soubresauts, d’abord légers et rares, qui augmentèrent assez promptement d'intensité et de nombre, sans occasionner de douleur. Le troisième jour, les mêmes mouvements reparurent dès le commencement de lPopération, et durèrent longtemps, quoique sur la fin j'eusse interrompu lPaction magnétique. Je sortis de la salle; ils cessèrent peu après, au rapport des médecins présents. Rentré au bout d’un quart d'heure, je les vis recommencer avec la même force sans le secours d'aucun des procédés usités. Je sortis de nouveau, et bientôt ils se calmèrent. La malade voulant prendre l'air sur une terrasse, fut

reprise des mêmes mouvements en me voyant dans la cour.

Retirée dans la salle et devenue plus tranquille, elle se disposa

à s’en aller; mais me retrouvant encore au bas de l'escalier,

elle eut un nouvel accès, et fut obligée d'entrer dans une salle inférieure où je la laissai. Quelques jours après je revis cette femme ; elle avait été touchée dans l'intervalle par d'autres médecins, et avait eu les mêmes soubresauts, mais non renouvelés de la même manière. Ma présence ne produisit point cette fois sur elle les effets observés précédemment : s’ils n'étaient point un jeu concerté, comme je ne puis le croire en me rappe-

lant la nature et la force des mouvements, ils dépendaient cer-

tainement d’une imagination fortement excitée.

» Il est un autre ordre de faits mixtes, dépendant en grande partie de l'imagination, que l'on obtient en la mettant en défaut, et qui ne peuvent être observés qu’au moyen d’expériences régulières. Je dois rapporter ici celles qui ont été faites chez M. Mauduyt, sur trois PEOREE par les commissaires réunis (1).

» 4° Une femme pusillanime, redoutant le magnétisme dont on lui avait raconté les effets, refusant de $ y soumeitre, étant magnétisée contre sa volonté pendant peu de temps, annonçait par frayeur beaucoup de sensations, et presque toutes conséquentes aux questions qui lui étaient faites. Calmée ensuite par la cessation des mouvements, distraite par d’autres objets, et magnétisée sur le dos à son insu, sans Contact, pendant un quart d'heure, elle n’a rien éprouvé. Ce fait est peu concluant, parce que la frayeur agissait trop puissamment, et pouvait faire douter des sensations énoncées : les suivants sont plus intéressanis.

» 2° Un homme ayant un côté du corps à demi paralysé, une constitution très-irritable, un esprit à demi égaré, une imagina-

tion inquiète, un sommeil très-interrompu, avaitessayé InfruC-

tueusement l'électricité, qui augmentait en lui le spasme au

lieu de calmer ses maux. On le magnétisa sans lui expliquer de -

but de cette opération qui ne lui était pas connue. D’abord il plaisanta sur l’appareil des procédés ; bientôt il dit sentir sur

(1) Les commissaires de la société royale de médecine,

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- DU MAGNÉTISME ANIMAL. - 159 les parties magnétisées de légers effets Correspondants aux Mouvements exécutés devant lui. Instruit ensuite du nom et de l’objet de cet appareil, il consentit à se laisser bander les yeux. Dès lors il divagua sur les effets, annonça des sensations sur les points du corps que l’on ne magnétisait pas, même lorsqu’on était dans une inaction complète, et il désigna rarement les parties magnétisées. Les mêmes résultats eurent lieu dans une seconde expérience pareille à la première ; on Opérait d’abord par attouchement, ensuite sans contact. Cet homme ne perdit point connaissance, et aucune de ses sensations ne se manifesta par des signes extérieurs que nous ayons pu saisir.

» 3° Un autre homme se plaignait de faiblesse d'estomac, et d'accès de nerfs assez fréquents. Il connaissait le magnétisme, dont il avait déjà une fois éprouvé l’action, et il désira luimême renouveler l'épreuve, Magnétisé d’abord comme le précédent, il eut également des sensations correspondantes à nos mouyemenis, mais plus marquées, accompagnées de larmes, soupirs , défaillance, somnolence, émissions d'humeur par les narines. Revenu à lui, il se laissa bander les yeux. Magnétisé sans Contact, Ou même non magnétisé, il éprouva les mêmes effets, avec cette différence remarquable que sur le total des expériences faites alors sur lui, le tiers seulement offrit une correspondance entre l’action magnétique et la sensation énoncée. La perte de connaissance, survenue à la suite, nous réduisit à observer les sensations apparentes. Elles annonçaient un étai de gêne, qui, trois fois de suite, parut alternativement se calmer et se renouveler, lorsqu’on touchait successivement le haut de la poitrine et l’estomac. Nous nous décidâmes à ôter le bandeau pour faire cesser l'accès. Comme il durait encore, on promena devant lui le doigt de haut en bas, suivant la doctrine

… du magnétisme, qui assigne à ce mouvement la propriété de

dissiper le malaise, en répandant dans tout le corps le fluide Concentré dans une partie. L'accès finit peuaprès; etquoique le malade attribut cetie cessation au dernier procédé magnétique, nous Crûmes pouvoir nous dispenser de porter le même jugement.Une seconde expérience, faite quelques jours après, de la même manière et sur la même personne, offrit plusieurs diffé-

rences : les premières impressions furent moins vives et moins … nombreuses ; il y eut une moindre correspondance entre Îles

sensations avouées et les opérations ; la somnolence fut plus longue; l’attouchement qui avait paru diminuer Pétat de gène dans la séance précédente manqua son effet dans celle-ci : le malade revint à lui sans le secours du procédé indiqué comme calmant.

» De ces divers faits réunis, l’on peut conclure que l’imagination prévenue, mise en défaut, échauffée par diverses causes réunies, agit avec assez de force sur l’homme pour produire en lui les plus grands effets sans le secours d'aucun agent extérieur. |

» 4° Faits indépendants de l'imagination (1). II nous reste à parcourir un autre orde de faits qui méritent quelque attention, parce que, s’ils sont vrais, ils font naître des idées differentes de celles que présente d’abord l’article précédent. Un seul fait positif qui démontrerait évidemment l’existence d’un agent extérieur détruirait tous les faits négatifs qui constatent seulement sa non-action, et balancerait ceux qui assignent tout à l'imagination (2). Je ne sais si ceux que je présente auront l’évidence nécessaire ; ils seront énoncés ici avec autant de sincérité que les précédents.

» Placé d’un côté du baquet vis-à-vis une femme dont l’aveuglement, occasionné par deux taies fort épaisses, avait été, un mois auparavant, constaté par les commissaires, je la vis pendant un quart d'heure entier fort tranquille, paraissant plus

(4) Voyez quelle est ici la réserve de Jussieu. Ayant ici à mentionner des faits qui lui paraissaient de nature à être provoqués par un agent particulier, de Jussieu désigne ces faits par une expression négative et qui n’implique en aucune manière l’intervention du magnétisme; comme on attribuait alors la plupart des faits à l'imagination, de Jussieu dit que les faits sont indépendants de l'imagination, et rien de plus; ainsi, quatre catégories de faits, les uns à causes peu appréciables, les autres négatifs , les autres dépendants de l’imagination , et les derniers indépendants de l'imagination ; nulle part il n’est question de magnétisme; que si pour celte dernière catégorie on veut savoir quelle est enfin la condition d'où dépendent les faits puisqu'ils ne dépendent pas de l’imaginalion, on verra, et nous l’avons annoncé, qu’ils tiennent à une communication de la chaleur animale.

(2) De Jussieu à raison , mais nous en sommes encore aujourd’hui, après un demi-siècle, à attendre le bienheureux fait; nous allons examiner ceux que de Jussieu cite, non en faveur du magnétisme mais dela chaleur communiquée.

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DU MAGNÉTISME ANIMAL. 161 occupée du fer du baquet dirigé sur ses yeux que de Ia conversation des autres malades. Dans le moment où le bruit des voix était suffisant pour metre son ouïe en défaut, je dirigeai, à la distance de six pieds, une baguette sur son estomac, que je savais très-sensible. Au bout de trois minutes, elle parut inquiète et agitée; elle se retourna sur sa chaise, assura que quelqu'un, placé derrière ou à côté d’elle » la magnétisait, quoique j'eusse pris auparavant la précaution d’éloigner tous ceux qui auraient pu rendre l'expérience douteuse. Ses inquiétudes se dissipèrent presque aussitôt après la cessation de mes mouvements ; et elle devint tranquille comme auparavant, Surtout quand on lui eut certifié qu'elle n’avait derrière elle ni malade ni médecin. Quinze minutes après, saisissant les mêmes circonstances, je renouvelai l’épreuve, qui offrit exactement le même résultat. Toutes les précautions possibles en pareil lieu n'avaient point été négligées. J'étais assuré que la malade n’avait retiré d’autre avantage de son traitement que d’entrevoir confusément certains objets à trois ou quatre pouces de distance. Le jour tombait de côté sur elle et sur moi. Je ne pouvais me méfier ni des malades occupés de tout autre objet, ni des médecins nouvellement admis à suivre le traitement, et qui cherchaient seulement à voir des effets.Un des chefs de la salle était présent, mais toujours à côté de moi, gardant le silence, et me laissant opérer à mon gré. L'heure avancée ne me permit pas de faire une troisième épreuve, qui aurait peut-être augmenté la conviction (1).

» Une malade, dont la crise était un sommeil profond plus ou moins long, éprouvait par intervalles, sans se réveiller, un mouvement convulsif passager, avec soubresaut, qui était excité surtout par un bruit extraordinaire dans la salle, par le cliquetis de deux fers rapprochés, par le cri d’une autre personne en crise. Les mouvements magnétiques, exécutés devant Son visage à peu de distance déterminaient souvent la même convulsion. Je lai éprouvé plusieurs fois, et presque toujours

(1) Comme l'avait fort bien observé Bertrand , ce fait ne prouve rien; la malade pouvait apercevoir la baguette dirigée vers elle; il y avait en outre des assistants qui pouvaient, à l'aide de signes de convention, fui faire connaitre qu’on cherchait à la maguétiser,

avec succès, observant que dans le même temps aucun bruit étranger n'avait pu produire cet effet.

, La crise d’une autre malade était un Spasme général, accompagné de perte passagère des sens Sans aucun mouvement violent. La tête était portée en avant, les veux fermés, les bras repliés en arrière et étendus sur les côtés, les mains ouvertes, les doigts très-écartés. Mon doigt en contact sur son front, entre les veux, paraissait la soulager un peu: Si je le retirais doucement, la tête, quoique n'étant plus en contact, le suivait machinalement dans toute sorte de directions, et venait se reporter contre lui. Si, après avoir ainsi dirigé sa tête d’un côté, je présentais mon autre main à un pouce de distance de sa main opposée, elle la retirait précipitamment avec le signe d’une impression vive. Ces mouvements ont été répétés trois ou quatre fois en dix minutes ; mais au bout de ce temps, lespasme diminuant, la sensibilité ne fut plus la même. Remise de cet état, la malade ignorait ce qui s'était passé. J'ai fait cette épreuve une seule fois ; elle n'a été aussi complète que parce que j'avais observéun mois auparavant les mêmes phénomènes,

en suivant la même crise opérée par un autre médecin. Il faut

ajouter que la malade était revenue ce même jourautraitement, après trois semaines de campagne, pendant lesquelles elle me dit n’avoir éprouvé aucune crise (4).

» Les moindres mouvements magnétiques faisaient sur une autre malade une impression si vive, que lorsqu'on promenait plusieurs fois le doigt à un demi-pied de son dos, sans qu’elle püt

le prévoir, elle était prise sur-le-champ de mouvements convul-

sifs et de soubresauts répétés, qui lui annonçaient l’action exercée, et duraient autant que cette action. Mon premier el

(1) Cette observation est tout à fait insignifiante ; comment avoir la certitude qu'un doigt en contact avec le front soulageait cette malade? Que peut-on infé-

rer de ce qu’elle portait la tête vers le doigt qu’on retirait, et de ce qu’elle se

retirait devant un autre doigt? Ensuite la malade, qui paraissait sortir d’un état particulier, affirme qu'elle ne se souvient plus de rien, et de Jussieu la croit sur parole; Bertrand aussi la croit sur parole, Ce dernier va même plus loin : comme il y auraiteuici oubli ausommeil, il en conclut que la malade avait été nécessairement en somnambulisme.

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