‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 96 sur 123 · PREMIÈRES EXPÉRIENCES DANS LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

PREMIÈRES EXPÉRIENCES DANS LES HOPITAUX

Des premiers essais de Puységur et de Deleuze aux expériences faites dans les hôpitaux, il faut franchir un grand nombre d'années; Bertrand déplore cette lacune dans lhistoire du somnambulisme. Le magnétisme animal, désormais appuyé sur les phénomènes du somnambulisme, dit-il, semblait devoir se relever du discrédit dans lequel il était tombé; ses progrès allaient en augmentant, mais les premiers troubles de la révolution les arrêtèrent subitement. Il ajoute que l’importance des événements ne laissèrent plus aux esprits le calme nécessaire pour s'occuper sérieusement d'observations scientiliques (du Magnétisme en France,236).Bertrand est dans l’erreur, il juge mal l'influence des grands événements de la révolution et l'empire ; c’est au contraire pendant cette mémorable période que les sciences furent plus en honneur que jamais ; les institutions scientifiques qui font aujourd’hui la gloire de notre pays datent précisément de cetie époque; la réorganisation des classes de l’Institut, la prééminence parmi ces classes de l'académie des sciences, l’école polytechnique, le bureau des longitudes, l’école normale, l’école de santé, etc., etc.; il dit qu’il n’y eut pas assez de calme pour s’occuper sérieusement des observations scientifiques ; il n’avait donc pas lu ce magnifique tableau tracé par Cuvier des progrès des sciences physiques pendant cettemême époque ? Disons le mot; il n'y avait assez de calme que pour des observations scientifiques sérieuses. Voilàtoute l'explication du long silence qui à régné alors sur le

magnétisme animal. à C’est qu’il faut beaucoup de loisir, une longue paix ou plutôt

du désœuvrement, un profond ennui pour s'occuper séricusement du magnétisme animal ; donc, à partir de 89 jusqu'aux jours delarestauration, on ne donna aucune attention en France aux prétendus faits magnétiques; aussi Bertrand ajoute que le public, voyant le magnétisme rapporté en France par les émigrés, le traita comme un de leurs préjugés, et n’y vit qu'un objet de risée (loc. cit., 236).

Il y a quelque chose de vrai dans cette dernière réflexion de Bertrand : le mesmérisme, dont nous avons fait l’histoire académique, n’était guère descendu des hautes régions de la société, d'abord il coûtait trop cher, ce qui fait qu’il n’était qu'à l'usage du monde élégant; aussi ce mesmérisme, vieux souvenir de nos pères, n’avait laissé que de bien faibles traces dans les nouvelles générations; la vieille France au contraire, la France féodale, qui ne vivait que de souvenirs, aurait volontiers redeimandé au nouveau Paris et les baquets de Mesmer, et les marquises en convulsions.

Mais il y a plus, et c’est le critique Hoffmann qui s’est rendu l'interprète de cette autre prévention, on à été porté à accuser la restauration de nous avoir ramené à la fois et les jésuites et le magnétisme; c’est un thème sur lequel s’est exercé, comme on va le voir, le libéralisme du Journal des débats, le morceau est trop curieux pour ne pas le donner ici. « Quand on à vu reparaître, disait Hoffmann, une légion de Tartufes, on devait bien imaginer que tous les enchanteurs, les négromans et les baladins mystiques viendraient prendre leur place à la curée de la sottise. Si une odieuse corporation, condamnée par tous les rois chrétiens, par les cours de justice et par le saint-père, se remontre avec audace et signale déjà son retour en dépouillant les familles, faut-il s'étonner de voir accueillir une autre société, qui du moins n’a été condamnée que par le bon sens? (condamnation éternelle, et quine pourra s’effacer ! c’est nous qui disons cela.) Oh ! certes, les endormeurs magnétiques sont infiniment préférables aux endormeurs de Mont-Rouge; les premiers n’escroquent pas des testaments, ils ne menacent ni la vie, ni l'indépendance des rois, et ils bornent leur ambition à serrer les pouces, à palper les épaules, les bras, les genoux et l’épigastire des jeunes et jolies femmes. Ces derniers mots sont officiels. »

» Il est assez remarquable queces deux espèces d’endormeurs se rencontrent à Ja fois sur l'horizon; mais c’est un effet de ce périodisme qui ramène les mêmes sottises trois ou quatre fois par siècle, et toujours avec un nouveau cortége de miracles. Quand on s’entretenait à Paris du comte de Saint-Germain, qui se disait âgé de plus de quatre cents ans et renouvelait l’histoire d’Aristée de Proconèse rapportée par Hérodote, la secte des martinistes et des illaminés faisait de grands progrès dans la haute classe qui accueillit avec enthousiasme l’in-

comparable Cagliostro etle divin Mesmer.

…. » Le premier ressuscitaitles morts; il vous faisait voir votre grand-père et votre grand’'mère, et vous proposait de vous faire souper avec Lycurgue et Solon, avec Antoine etCléopâtre ; aussi un prince de l'Eglise se déclara-t-il son protecteur. Le second n’eut pour magie que ses mains et son baquet; ses mains Jui servaient à tâter nos dames, à provoquer les effluves du fluidé magnétique, et à palper les cent louis que chaque imbécile lui apportait pour être initié aux grands mystères. Ces cent louis, prix fixe de la science, font assez voir que le docteur ne s’adressait pas à ce qu’on nommait la canaille.

» Quelque temps avant le baquet, la capitale eut pour récréation les extases de sœur Perpétue et de sœur Félicité. Ces deux somnambules, bien plus admirables que lessomnambules magnétiques, se faisaient donner de grands coups de büche ou d'un gros chenet sur le ventre, par le frère Coutu; elles nommaient ces coups des secours, et se plaignaient de ce qu’on ne touchait jamais assez fort. Un jour sœur Perpétue, mécontente de frère Coutu, fit appeler un portefaix qui lui administra les secours d’une manière satisfaisante; Car il frappait comme un sourd. C’est ainsi que, vingt-huit ans auparavant, Marie-Catherine la Cadière, après s'être fait stigmatiser par le jésuite Girard, son confesseur, le renvoya pour prendre un carme; cette preuve de bon goût donna lieu à un procès fameux et fort édifiant, qui fut jugé par le parlement d'Aix, le 16 mars 4751, à l'avantage du jésuite. Vingt-six ans avant les coups de bûche et les crucifiements des sœurs Perpétue et Félicité, le cimetière de Saint-Médard avait donné aux Parisiens un avan {goût des convulsions et des hurlements du baquet magnétique.

Plus haut encore, nous trouvons les illuminés des Cévennes

258 HISTOIRE ACADÉMIQUE qui s’endormaient comme les succubes du magnétisme et raisonnaient de même.

» Remarquons bien qu’à toutes ces périodes de jonglerie et de mysticité il a toujours été question de faire naître, de donner, de distribuer la lumière comme dans la franc-maçonnerie; l'iülluminisme, les illuminés, le siècle des lumières, telles sont les expressions employées par les charlatans et répétées par les dupes. pe

» IlLestdonc bien démontré que ces prétendues lumières sont toujours contemporaines de quelque grosse bêtise; on ne pense jamais plus à la lumière que quand on n’y voit goutte; car c’est alors qu’on en à le plus besoin, Dans ce sens, j'avoue que nous sommes dans le siècle des lumières entre les jésuites et les somnambules; et il faut espérer que les dames qui courent les rues pieds nus finiront par se faire donner des coups de büche; alors les lumières seront éblouissantes (loc. cit. 313).

On voit quelle était alors la disposition des esprits; mais, pour être juste, nous devons dire que les magnétiseurs n’acceptaient en aucune manièrele rapprochement, et qu'aujourd'hui ils Paccepteraient moins que jamais ; ils se donnent toujours comme des apôtres de lumières, mais de lumières libérales ; la preuve en est que ceux qui, comme nous, entreprennent de dévoiler leurs jongleries, sont traités par eux de véritables jésuites. L'un de nous en a fait l'expérience : comme il avait mis ànuet en pleine académie toutes les ruses d’un somnambule, un spirituel anonyme n’a pas manqué de faire imprimer qu'il n’y avait qu'un jésuite qui fùt capable d’un semblable procédé; que Saint-Acheul avait dû le signaler aux révérends comme un sujet distingué; bref, pour le punir d’avoir osé attaquer le magnétisme animal, la lumière des lumières, il a fini par l’appeler non pas tison d'enfer, mais frère Ignace ! Où donc son esprit trouvait ces jolies choses ?

Mais revenons à ces premières époques de la restauration : le magnétisme, par cela que toutes choses grandes et sérieuses avaient fini, commençait donc à poindre de nouveau, faible encore il est vrai; on parlait bien de l’abbé Faria et de sa nouvelle méthode, mais on le regardait comme un charlatan. La réimpression des Mémoires de Puységur n'aurait excité que

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RS ns ns à 7. 5.

DU MAGNÉTISME ANIMAr.. 259 médiocrement l'attention, et l'Histoire du critique du magné- ‘tüisme, publiée parDeleuze en 1843, n'aurait pas eu plus d’effet, sans les critiques si spirituelles d’'Hoffmann.

Peu après, desouvrages périodiques furent publiés à ce sujet ; on vit des annales et des archives du magnétisme animal > une bibliothèque du magnétisme animal, etc.; enfin de nouvelles expériences semi-publiques furent reprises ; mais, bon Dieu ! que les temps étaient Changés ! au lieu de cette noblesse millante, de ces femmes poudrées et musquées qui achetaient au poids de l'or le privilége de se soumettre aux expériences de Mesmer et de Deslon, les expérimentateurs Sont obligés d’aller chercherleurs sujets dans l’asile de la douleur, de la misère, dans les hôpitaux ! M. Husson /e premier jugea à propos, le 26 octobre 4820, d'autoriser dans les salles de l’Hôtel-Dieu des expériences sur le magnétisme animal (Bertrand, op. Cit., 259).

La conviction de M. Husson fut bientôt formée, puisqu’un Mmagnétiseur dont nous aurons plus tard à nous OCCuper, M. Foissac, assure qu'ayant eu occasion de $’entretenir avec M. fusson de ces expériences, à se permit, lui magnétiseur, de dire à M. Husson qu'il le croyait dans l'erreur (Foissac, ports et Discuss., p. 6).

Les expériences autorisées par M. Husson furent d’abord faites dans la chambre de la mère religieuse ; il s'agissait d’une Dlle Samson, habituée des hôpitaux, qui avait passé de Beaujon à l’Hôtel-Dieu, en était Sortie, puis y était rentrée de nouveau , sujette à des attaques d’hystérie : dès les premières passes, administrées par M. Dupotet, sous la direction de M. Husson, qui tenait à la main une montre à secondes, et qui écrivait tous les détails de l'observation; dès les premières passes, disons-nous, picotements aux paupières et malaise , puis sommeil si profond, qu’on est obligé de la porter dans son lit. Mais bientôt elle répond aux questions de M. Dupotet ; et elle donne des notions sur sa maladie : son estomac est rempli de petits boutons, les uns blancs, les autres Touges ; à côté de Son Cœur, il y à une poche pleine de sang, et un fil très-petit qui fait battre son cœur; c'était 1à son diagnostic, Pour le pronostic, le voici : les petits boutons sont incurables ; quant à la poche et au fil, on pourra les guérir à l’aide du traitement Suivant: tisane de guimauve; loochs et beaucoup d’adoucissants!

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