‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 10 sur 107 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

avec les facultés attribuées aujourd'hui aux somnambules par les adeptes du magnétisme animal; nous les retrouverons toutes, à l'exception de celle qui consiste à se tenir suspendu dans l'air, sans doute parce cpie celle-ci ne comporte aucune supercherie.

Cependant le diable de la supérieure, bien que le plus adroit et le plus habile, ne put se tirer d'aucune des épreuves indiquées par le rituel , de sorte que les possessions tombaient en discrédit; on se permit même des plaisanteries à ce sujet : ainsi, comme parmi les religieuses, les laides et les vieilles paraissent seules exemptes de convulsions, on disait que les diables étaient délicats et qu'ils faisaient preuve de bon goût.

Un moment on dut croire que tout allait cesser; l'archevêque de Bordeaux avait envoyé son propre médecin à Loudun pour examiner les Ursulines : celui-ci n'aperçut aucun vestige de possession , par la raison , dit l'historien du procès (398), qu'il apportait un esprit défiant et qu'il ne cherchait que la vérité.

L'archevêque de Bordeaux avait pénétré le fond des choses , son ordonnance le prouve : il avait prescrit que, s'il en était besoin, les sœurs possédées seraient séparées du reste de la communauté, qu'on les placerait dans une autre maison sous la surveillance de deux ou trois médecins, qui, disait-il , emploieraient les moyens convenables afin de découvrir si les prétendues possessions n'auraient point pour source l'imagination, les mauvaises humeurs, ou la fourberie; que dans ce dernier cas on aurait recours aux menaces et à la discipline.

Cette ordonnance eut tant de vertu qu'elle mit en fuite les diables.

Mais ce n'était là que le premier acte de ce drame qui allait devenir épouvantable. Un homme dont le nom restera à jamais écrit dans l'histoire en caractères de sang, Laubardemont, le ministre des vengeances du cardinal de Richelieu, vint à Loudun et organisa une

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procédure bien autrement expéditive : dans le but de perdre Grandier, les capucins de Loudun avaient écrit au père Joseph, l'éminence grise, comme on disait, et qui avait tant d'influence sur Richelieu. Celui-ci persuada au cardinal que Grandier était l'auteur d'un libelle écrit contre lui, intitulé la Cordonnière de Loudun; parce qu'on suppose dans ce libelle que c'est la femme d'un cordonnier qui parle. Ménage est convaincu que c'était une atroce calomnie; il tenait d'un M. Bouiliaud, natif de Loudun, et qui avait connu Grandier tout particulièrement, que ce libelle n'était pas de lui (Ménage, sur la / te de Guill. Mena g, 343).

Le cardinal, comme de coutume, avait confié le soin de sa vengeance à Laubardemont; celui-ci, arrivé à Loudun , commença par faire arrêter Grandier, puis il fit recommencer les exorcismes. Alors, outre la supérieure et la sœur Claire, six autres religieuses furent possédées et trois autres maiéficiées»

De nouveau il fallut les soumettre aux épreuves du rituel ; l'un des diables de la supérieure avait promis de l'enlever de deux pieds de haut ; l'exorciste Lactance le somma d'accomplir sa promesse; il s'ensuivit un essai ; mais un des spectateurs s'étant permis de lever le bas de la robe de la religieuse, tout le monde put remarquer qu'elle touchait la terre du bout de ses pieds.

Une autre scène avait été préparée, mais un homme à la fois éclairé et courageux, le médecin Duncan, allait en démontrer l'imposture. L'exorciste Lactance avait affirmé que des sept démons qui possédaient la supérieure, trois sortiraient de son corps le vingt du mois de mai , savoir Asmodée, Grésil des trônes, et Aman des puissances. Comme marques de leur sortie, ils feraient à la religieuse trois plaies au côté gauche ; et enfin il avait été convenu, pour éviter toute supercherie, que la religieuse aurait les nains liées derrière le dos.

Au jour fixé, les médecins présents commencèrent par

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visiter la religieuse. Leur rapport fut, qu'ils n'avaient trouvé aucune plaie, et aucune solution de continuité dans les vêtements, ni aucun instrument tranchant dans les plis de la robe. Alors commencèrent les abjurations; mais Duncan rappela ce qui avait été dit, savoir, que la religieuse aurait les mains liées. L'exorciste reconnut que, pour ôter tout soupçon de dol et de fraude, il faudrait la lier; mais il ajouta, que comme il y avait beaucoup de personnes qui n'avaient jamais vu de convulsions de possédées, il était juste de les satisfaire.

Il recommence donc ses abjurations ; aussitôt la religieuse se roule par terre , agitée de mouvements violents, et pendant qu'elle avait le visage contre terre, on l'entendit gémir. Les médecins qui avaient entendu ses gémissements examinèrent ses vêtements et son corps; ils trouvèrent sa robe percée en deux endroits, son corps de jupe et. sa chemise en trois ; ils trouvèrent aussi la peau percée en trois endroits au-dessous de la mamelle gauche. Les plaies étaient si légères, qu'elles n'allaient pas au delà de la peau. Cependant il était sorti du sang de toutes les trois, et la chemise en avait été teinte.

Laubardemont défendit aux médecins de joindre à leur attestation le jugement qu'ils portaientsur les causes efficientes et matérielles de ces trois plaies.

Mais Duncan, en dépit des ordres de Laubardemont, publia un écrit contenant ses observations sur ce prétendu miracle; il rappela d'abord dans cet écrit que les mains de la religieuse avaient été laissées libres, qu'elle les avait cachées aux assistants, que les plaies avaient dû être faites ou avec un petit canif ou avec une lancette ; que les incisions étaient plus grandes aux habits que dans la peau, ce qui prouvait qu'elles avaient été faites de dehors en dedans et non de dedans en dehors ; que la religieuse avait pu jeter dans la foule du peuple, sans qu'on s'en aperçût, l'instrument dont elle s'était servie ;

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et qu'enfin s'il n'y avait pas trois ouvertures à la robe comme à la chemise et au corps , c'est que l'une des incisions avait été faite au défaut de la robe , là où elle était entr'ouverte en avant.

Laubardemont fut courroucé de la hardiesse du médecin qui par ses raisonnements et ses observations venait détruire des miracles ; et si le maréchal de Brézé n'avait pris Duncan sous sa protection, il en aurait tiré une vengeance éclatante.

Ce fait a été confirmé par Ménage, qui invoque des documents authentiques; il cite à ce sujet Naudé, qui dit en propres termes que Duncan et Quiliet s'étant opposés aux fourberies des religieuses de Loudun, celui-là fut menacé par le cardinal de Richelieu, et celui-ci fut obligé de se réfugier en Italie (Dial. de Mascurat., 31 0).

Dans une autre séance, comme il avait été dit que six hommes forts et robustes ne pourraient maîtriser les possédées en convulsions, Duncan démontra encore que rien n'était plus faux; à l'aide d'une seule main il saisit et contint la supérieure de telle sorte que celle-ci ne put lui foire lâcher prise. Laissez-lui le bras, lui cria l'exorciste, car comment se feront les convulsions si vous la tenez. — Si c'est le démon, répondit hardiment le médecin, il doit être plus fort que moi. — Non, répliqua l'exorciste , et tout philosophe que vous êtes vous raisonnez mal, car si le démon hors du corps est plus fort que vous, dans un corps aussi faible que celui-ci il ne saurait être aussi fort que vous. — C'est vous , mon père, qui êtes dans l'erreur, reprit Duncan , vous ne vous rappelez donc pas que les démoniaques rompaient les cordes et les chaînes dont on les entourait; et que le rituel donne comme marques de la possession les efforts surnaturels des possédés?

Laubardemont était présenta cette séance, et comme le public éclairé par le médecin ne ménageait guère les religieuses, par une ordonnance du 29 juillet il défendit

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