CONCLUSIONS
Nous ne saurions terminer celte longue revue d'expériences et de travaux sur la question du magnétisme animal, sans formuler enfin nous-même des conclusions définitives. Nous avons successivement examiné les rapports de diverses sociétés savantes saisies de cette question, depuis 4784 jusqu'à ce jour ; nous en avons fait une critique suivie et raisonnée; les conclusions posées par chaque commission ont été également soumises à une discussion rigoureuse : il nous reste conséquemment à tirer de cet examen général, de ce travail d'ensemble, des conclusions dernières. Notre historique se trouvera ainsi terminépar une sorte de revue rétrospective, et par une opinion motivée sur l'ensemble de tous les faits.
Nous n'insisterons pas sur la partie théorique du magnétisme animal; elle est aujourd'hui à peu près abandonnée par les partisans de cette prétendue doctrine; leurs manœuvres, leurs raisonnements supposent encore l'existence d'un fluide, tantôt limité, concentré dans l'économie animale, tantôt faisant irruption au dehors; mais ils ne tiennent en aucune manière à cette hypothèse, sauf un magnétiseur de fraîche date, M. Kùhnholtz, bibliothécaire à la faculté de Montpellier. Celuici se croit fondé à admettre positivement l'existence d'un fluide magnétique, fluide de nature impondérable cl susceptible, suivant lui, d'adhérer aux corps inanimés, etc.; mais comme; il s'est borné à une simple assertion, il n'y a pas d'examen à faire sous ce rapport.
Tout se réduit donc aujourd'hui à quelques questions appelées par les magnétiseurs questions de lait, et que nous résumerons de la manière suivante :
l°;Eiat de somnambulisme, qui trouverait les preuves de sa réalité, ou ses vrais caractères, dans les phénomènes désignés ci-après :
2° Insensibilité générale ou partielle des sujets;
3° Privation et excitation de certains mouvements musculaires;
4° Clairvoyance, tm vision à travers les corps opaques, ou à de grandes distances;
5° Transposition ou déplacement des sens ;
6° Intuition, ou appréciation intuitive de l'état des propres organes des sujets , ou des organes d'autres sujets mis en rapport ; instinct des remèdes ; intelligence des langues étrangères, etc.;
7° Prévision, ou indication faite à l'avance d'événements devant avoir lieu à heure et minute fixes.
§ 1. La réalité d'un état de somnambulisme artificiellement provoqué n'a jamais été mise hors de doute, dans les expériences faites devant les diverses commissions académiques ; toutes se sont accordées à dire que cet état avait pu être simulé; une commission seulement a déclaré que cet état existe quand il donne lieu à certains phénomènes extraordinaires que nous allons examiner ; de sorte que, même pour cette commission, la réalité de cet état reste conditionnelle. Il faut, pour l'admettre, que lesdits phénomènes soient eux-mêmes prouvés. 11 en résulte que si on ne saurait nier à priori l'existence d'un somnambulisme artificiel, cet état n'est rien moins que prouvé par le fait des expériences authentiques , et qu'il y a lieu à rester au moins dans le doute.
§ 2. L'insensibili té des sujets est encore un fait qu'on n'a jamais pu mettre hors de doute : plusieurs sujets ont paru, il est vrai, complètement impassibles ; ils n'ont accusé aucun sentiment de douleur; mais des exemples plus nombreux encore attestent que des sujets ont montré, naturellement, la même impassibilité, au milieu d'opérations cruelles. Donc il n'y a pas nécessité, dans les cas produits par les adeptes, de recourir à une interprétation magnétique; la force seule de la volonté peut rendre raison de ces effets. En conséquence, et pour nous servir du langage de Hecquet, nous dirons que ceci ne saurait échapper au naturalisme.
§ 3. Quant à la privation et à l'excitation (dites par influence magnétique) de certains mouvements musculaires, comme il y a eu autant et même plus d'erreurs, de mécomptes dans les effets annoncés qu'il n'y a eu de cas de réussite ; comme les sujets ont plutôt désobéi qu'ils n'ont obéi à l'injonction prétendue mentale de leurs magnétiseurs-, comme en outre la supercherie a toujours été possible dans les cas où les effets ont paru concorder avec ce qui avait été annoncé, il en résulte que rien encore n'a été prouvé, sous ce rapport, aux différentes commissions académiques, et que tout a pu encore s'expliquer sans sortir du naturalisme des phénomènes de la vie.
§ 4. La clairvoyance ayant été donnée, par la plupart des magnétiseurs, comme la pierre de touche, en quelque sorte, delà réalité du somnambulisme , et acceptée par les incrédules comme un fait qui mettrait hors de doute l'existence de cet état, les essais les plus nombreux ont dû être tentés à ce sujet, et l'ont été en effet; mais il résulte de toutes les expériences faites devant les commissions académiques, que la vision n'a jamais pu avoir lieu toutes les fois que les commissaires avaient pris les précautions convenables, et lorsque la vision a eu lieu, la supercherie a constamment été possible; toujours enfin la vision a pu s'opérer ou par une entr ouverture des paupières, ou sous le bord des bandeaux qu'on avait appliqués sur les yeux, c'est-à-dire dans des conditions qui permettent encore de donner la raison de ces sortes de tours de force. Quand les conditions ont été telles qu'aucune supercherie n'était possible, par exemple quand les objets étaient renfermés dans une boite, les tentatives ont complètement échoué.
Quant à la vision qui se serait opérée à de grandes distances ou seulement à travers des cloisons, aucun essai, aucune tentative de ce genre n'a été faite devant les commissions académiques ; les magnétiseurs se sont bornés à mentionner ces faits dans les mémoires par eux envoyés aux académies.
§ 5. On a voulu prouver la transposition ou le déplacement des sens devantfune commission; les précautions étant[bien prises, les tentatives ont complètement échoné, de sorte qu'il n'y a pas môme ici d'explication à donner.
§ 6. Dans tous les cas où les sujets, usant d'une prétendue intuition, se sont mis à décrire l'état de leurs propres organes,
m MAGNÉTISME ANIMAL. G3o
et les lésions dont ces organes auraient été atteints, ils se sont livrés à des descriptions imaginaires, et complètement en opposition avec les dispositions anatomiques les plus simples, ou bien ils ont décrit des lésions en rapport avec certaines idées qui ont cours dans le peuple , mais abandonnées depuis longtemps par les médecins, c'est-à-dire depuis qu'on s'est livré à des recherches d'anatomie pathologique; d'où il résulte que les propositions émises par ces sujets étaient fausses en elles-mêmes, telles qu'ils avaient pu les débiter sans sortir encore du naturalisme de leur portée d'esprit.
Il en a été absolument de même lorsque les somnambules, au lieu de se prendre eux-mêmes pour sujets d'observation, ont été invités à faire de semblables descriptions à l'égard d'autres personnes; que si les descriptions, portant sur des faits matériellement appréciables , paraissaient avoir quelques rapports avec l'état réel de ces lésions, il est resté évident que, dans tous ces cas, des notions préalables avaient pu être données aux prétendus somnambules, ce qui fait tomber le merveilleux de ces indications , et permet conséquemment d'en donner l'explication naturelle.
L'instinct des remèdes est resté à l'état d'assertion, c'est-àdire complètement dénué de preuves ; de l'aveu de la seule commission favorable à cette prétention des magnétiseurs, les prétendus somnambules n'ont jamais pu indiquer que des remèdes dont ils devaient avoir eu connaissance. Quant à l'opportunité de ces remèdes, aucun fait n'a été allégué pour la démontrer; et si, dans un cas particulier, une somnambule s'est rencontrée sous ce rapport avec un chirurgien célèbre, il est resté prouvé qu'une indication préalable avait pu lui être donnée. Ainsi, pour expliquer ces faits, il n'est pas permis encore de s'écarter des lois connues; tout s'explique rationnellement.
L'intelligence, le don des langues étrangères aurait été trèsfacile à prouver devant les commissions académiques ; on ne l'a pas tente : toutefois, certains magnétiseurs, parnïi lesquels il faut compter M. Kùlmholtz de Montpellier, ont conservé cette croyance.
§ 7. La prévision aurait pu également être mise très-facilemenl hors dé doute aux yeux des différentes commissions; les
faits seraient venus confondre les plus incrédules. Mais , de deux choses l'une, ou bien les faits annoncés par les prétendus somnambules ne se sont pas réalisés, ou bien ces faits ont eu lieu ; mais alors la supercherie a été possible , elle l'a même été à ce point que la seule commission favorable à cette dernière prétention des magnétiseurs a déclaré qu'il faut croire à ces faits de prévision, à moins qu'on ne suppose qu'il y a eu supercherie; or, tcomme cette supposition a été reconnue possible, il en résulte que la prévision, même dans ce cas, n'échappe pas plus que les autres faits à l'interprétation rationnelle.
Telles sont les conclusions qu'on est en droit de tirer de toutes les expériences faites devant les commissions académiques; on peut même les réduire à cette conclusion générale, ou plutôt à cette alternative inévitable : Ou les faits annoncés ont manqué complètement, ou ils ont réussi; dans le premier cas, les magnétiseurs ne sauraient les invoquer; dans le second, les conditions ont été telles que la fraude a toujours été possible, ce qui leur enlève encore toute valeur magnétique.
C'est à cela que se réduit en dernière analyse l'expérience authentique , l'expérience faite devant des témoins probes , des témoins éclairés ; mais si , comme cela est évident, on ne peut rien en inférer pour le magnétisme, en faveur de celte prétendue doctrine, que peut-on en inférer contre cette même doctrine? que prouvent tous ces faits contre cette même doctrine? C'est là la dernière question qu'il nous reste à examiner.
Il n'y a pas de magnétiseur qui, pris en défaut, qui, accablé de désappointements, ne dise imperturbablement, après tous ces mécomptes : « Que prouvent tous ces faits négatifs contre le magnétisme animal? » C'est là aussi ce que répètent quelques partisans de bonne foi ; il leur semble, et il parait en effet assez naturel de poser ainsi en principe que des milliers de faits négatifs ne prouvent absolument rien contre la doctrine en question.
C'est là une prétention absurde que nous allons faire tomber m ramenant les choses à leur plus simple expression.
La proposition favorite des magnétiseurs est donc celle-ci : Les faits négatifs ne prouvent rien contre notre doctrine. Eh bien!
examinons ce que vaut cette proposition, qui a fermé la bouche à tant d'autres.
N'est-il pas vrai d'abord que , pour être fondé à trouver que des faits prouvent ou ne prouvent pas contre une doctrine, il faut de toute nécessité que la doctrine en question ait du moins pour elle quelque réalité ? Dire en effet qu'une doctrine ne peut pas être infirmée par des faits quels qu'ils soient, c'est dire que cette doctrine existe , qu'elle a pour elle des faits autres que ceux qu'on récuse; dès lors on ne peut être admis à rejeter certains faits, les faits négatifs, qu'à la condition d'avoir pour soi des faits positifs, ou du moins un fait positif.
Mais si la doctrine était telle qu'elle n'eût pour elle aucun fait positif (et on peut soutenir que c'est le cas de la doctrine du magnétisme animal), de quel droit oserait-on dire que les faits négatifs ne prouvent rien contre elle?
Comment, tel esprit absurde, tel cerveau mal organisé pourra , de sa propre autorité , enfanter de toutes pièces une prétendue doctrine; il viendra l'annoncer, comme on ledit, aux savants, et si ceux-ci s'avisent, malgré l'absurdité, malgré la profonde niaiserie de cette doctrine, d'en chercher la vérification dans les faits cités ; s'ils trouvent que les faits n'en prouvent nullement la réalité , l'inventeur sera en droit de leur dire : Messieurs, tous vos travaux sont exacts, rigoureux, mais ils sont négatifs, et à ce titre ils ne prouvent absolument rien contre ma doctrine ! ! !
Rien n'est plus commode, en vérité, qu'une semblable argumentation! Il n'y a pas de rêveries, pas d'hallucinations, pas de jongleries qu'on ne puisse soutenir ainsi. Disons-le, si l'on a usé de ce prétendu argument en tant d'occasions pour le magnétisme animal , c'est qu'on n'a pas voulu en examiner sérieusement la valeur ; il fallait répliquer à ces marchands d'erreurs : Oui , nous avouerons que nos faits négatifs sont impuissants contre votre doctrine, quand vous nous aurez prouvé que doctrine il y a chez vous ; jusque-là, nous serons en droit de vous dire que nos faits , tout négatifs qu'ils sont, prouvent contre votre doctrine ; car ces faits sont de la nature de ceux que vous invoquez : vrais, ils auraient établi votre doctrine ; faux, ils sont contre elle, par cela qu'ils ne l'établissent pas.
Ainsi les faits négatifs ne sont impuissants qu'à l'égard des
doctrines établies , mais ils sont décisifs, écrasants à l'égard des doctrines non établies.
Arrière donc cette tourbe de jongleurs et de dupes qui s'en viennent avec la prétention d'annihiler d'un trait de plume les faits négatifs produits et reproduits depuis plus d'un demisiècle! qui s'en viennent, dans leur suffisante ignorance, vous déclarerque tous les faits, négatifs qu'ils sont, ne prouvent rien contre leur doctrine ! Mais , encore un coup , où est-elle cette doctrine ? où sont ces dogmes à rencontre desquels des faits doivent prouver ou ne point prouver? Quand on aura donné un degré de certitude quelconque , un degré de réalité quelque minime qu'il soit, à cette prétendue doctrine, alors nous avouerons que nos faits négatifs ne prouvent rien ; mais jusquelà, nous l'avons déjà dit, par cela que ces faits n'établissent pas cette doctrine, ils la font rentrer dans le néant.
Nous avons dit tout à l'heure que cette question de la valeur des faits négatifs à l'égard du magnétisme animal était la dernière que nous avions à traiter; nous nous sommes trompés, nous en avons une autre, car il est encore une prétention non moins absurde avancée par les magnétiseurs.
Après avoir annoncé des prodiges qui n'auraient dû avoir cours que dans des temps d'ignorance, ils ne se sont pas bornés à dire que des milliers de faits négatifs ne prouvent pas que ces prodiges ne puissent avoir lieu, ils sont venus encore nous dire que nous n'avons pas le droit de déclarer ces prodiges impossibles ; or, c'est l'examen de cette proposition qui mettra fin à notre ouvrage.
Qui pourrait poser des bornes au possible? Qui pourrait à priori déclarer tels ou tels faits à jamais impossibles? voilà ce que répètent en effet les magnétiseurs grands et petits. Tout récemment un auteura traité purement et simplement d'insensés ceux qui voudraient poser des bornes à la nature , et tout aussitôt M. Kùhnholtz de Montpellier, en sa qualité de magnétiseur, adopte ce principe et déclare qu'il laisse à ces derniers, c'est-àdire aux insensés, le soin de lui prouver qu'ils sont bien portants et sages, s'ils en ont, dit-il, la volonté et le pouvoir.
Assurément, et pas plus que d'autres, nous n'irons accepter le sol rôle que M. Kùhnholtz voudrait ici nous imposer ; il n'est jamais entré dans l'esprit de personne de poser des bornes à la ««-
tiL MAGNÉTISME ANIMAL. (j3D
turc : mais il esi un fait qui esl entré dans l'esprit de tous, excepté dans celui des magnétiseurs; ce l'ait irrécusable, inniable, c'est que la nature s'est imposée à elle-même des bornes infranchissables. Voilà ce que M. kulmholtz, à l'exemple des magnélisrurs ses maîtres, paraît complètement ignorer, et ce qu'il faut lui apprendre.
C'est encore un bien vieil argument que celui qui consiste à dire : « Vous ne sauriez assigner de limites au possible; » mais, pour le faire tomber, il suffira d'établir quelques distinctions. Pour tout ce qui tient aux découvertes de l'esprit humain, clans le champ des sciences comme dans celui des arts industriels, nul ne saurait en effet lui assigner de limites. Ainsi que l'a fort bien dit Pascal : La société est un homme qui apprend toujours; sa perfectibilité paraît indéfinie, et comme désormais le dépôt de nos connaissances ne saurait périr, chaque âge devra y apporter son contingent et en augmenter ainsi indéfiniment la somme.
Qui pourrait dire où s'arrêtera l'intelligence humaine dans ce grand conflit qu'elle soutient avec la nature physique? dans cette espèce de lutte que l'esprit d'investigation soutient avec la matière qui nous environne? Mens agitât molem! Ainsi, sous tous ces rapports, point de bornes, point de limites assignables; car ce qui paraît impossible aujourd'hui peut devenir demain d'un usage journalier, et à la portée de tous les hommes.
Mais il est un autre ordre de faits dans lequel il y a nécessairement et il y aura toujours de fatales limites; c'est que ces limites c'est la nature elle-même qui se les est imposées : ce sont des lois que rien ne peut altérer, ne peut modifier ; elles suivent un cours immuable, et ici Dieu lui-même semble avoir dit : Tu n'iras pas plus loin.
C'est dans cet ordre de faits que rentrent les fonctions dévolues aux êtres organisés, les fonctions de l'humaine nature ; ici nous ne parlons plus de cette parcelle d'intelligence qui nous est départie , mais bien de nos fonctions d'individualité animale : et pour arriver aux exemples pris dans la question ellemême, nous dirons qu'une de ces lois fondamentales est que la vision ne peut s'opérer dans la série animale qu'au moyen d'un appareil de sensations spéciales, et qu'elle ne peut s'opérer que dans des limites déterminées.
Assurément vous pourrez, au moyen d'instruments admirables, augmenter immensément et la portée et la finesse de celte vision ; vous pourrez faire qu'elle plonge pour ainsi dire dans toutes les profondeurs du ciel, et s'étende ainsi à des distances incommensurables. Assurément vous pourrez encore, et au moyen d'instruments non moins merveilleux, vous pourrez faire que cette vision s'étende dans un autre infini , non plus dans ! u i eu grandeur, mais dans celui en petitesse; de telle sorte que la vue se promènera pour ainsi dire sur des molécules qu'on aurait cru à jamais imperceptibles ; mais ces amplialions toutes fictives resteront étrangères à vos organes , elles appartiendront à ces merveilleux instruments, et les organes n'en resteront pas moins finis et limités.
Ce que nous venons de dire pour le sens de la vue pourrait s'appliquer au sens de l'audition ; on pourrait aussi l'appliquer aux évaluations des forces musculaires. Partout ici on trouve des limites au delà desquelles on peut dire : C'est impossible.
De même pour tous les faits d'évolution organique, pour la durée des phénomènes dévolus aux êtres organisés ; consultez les monuments historiques les plus reculés , vous verrez que la durée de la vie normale est aujourd'hui ce qu'elle a été dans tous les temps; et les élixirsde longue vie n'ont jamais reculé et n'en reculeront jamais le terme fatal : C'est impossible.
Mesure ton ombre! disaient les Lacédémoniens à Philippe de Macédoine après tous ses succès ; c'est que là aussi sont des limites infranchissables, sur lesquelles vient se briser la puissance humaine. Or, dans tous ces faits nous reconnaîtrons encore des bornes à la nature , au risque de passer pour des insensés aux yeux de M. Kùhnholtz et de ses confrères en magnétisme.
Enfin , et c'est le dernier ordre de faits dont nous voulons parler ici , si des esprits sagaces et judicieux peuvent , par le seul fait de la contemplation et de la méditation des événements passés et des événements actuels , entrevoir, ou plutôt présumer jusqu'à un certain point quelle sera l'issue probable des événements qui ne font que d'éclore , le temps présent, comme on l'a dit, étant en quelque sorte gros du temps à venir, il n'en est pas moins vrai que la nature humaine trouve encore ici des limites infranchissables ; les prévisions des sibylles et
des augures n'ont été que des fables grossières : à Dieu seul est réservée la connaissance des événements à venir.
Que M. Kiïhnholtz applique maintenant ce qui vient d'être dit à ses faits magnétiques , et peut-être sentira-t-il pourquoi nous nous croyons fondés à reléguer ces mêmes faits dans le domaine des impossibilités.
Quelles sont en effet les merveilles auxquelles nous avons refusé notre croyance? Quelssont les faits somnambuliques que nous avons déclarés à jamais impossibles ?
Nous l'avons déjà dit : les magnétiteurs les ont rangés sous quatre chefs; ce sont l°des faits de clairvoyance, 2° des faits de transposition des sens , 3° des faits d'intuition , 4° des faits de prévision. Or, nous n'hésitons pas à répéter que ces faits sont et seront toujours au delà des limites imposées par la puissance créatrice à la nature humaine. Telle est notre dernière conclusion, conclusion banale , si l'on veut, et telle que les gens les plus simples la formulent chaque jour ; car qui ne sait qu'il est impossible de voir à travers des corps opaques? qui ne sait qu'il est impossible de voir sans le secours des yeux? qu'il est impossible de voir ce qui se passe dans son propre corps et dans celui des autres? qu'il est impossible enfin de prévoir à heure et minute fixes les événements à venir? Mais il était bon de le dire et de le répéter, puisqu'on a été jusqu'à traiter d'insensés ceux qui prétendent que les somnambules, pas plus que d'autres, ne sauraient franchir ces étroites limites.
C'est donc et tout simplement la cause du bon sens que nous avons voulu plaider ici; serons-nous assez heureux pour avoir ainsi débarrassé notre âge de nouvelles erreurs? C'est le jugement que nous attendrons de ceux qui auront lu avec quelque attention et avec impartialité cette Histoire académique du magnétisme animal.