INTRODUCTION. XXV
relies comme on avait exploité et les convulsions simulées des autres, et leurs jappements, et leur latin.
La mémoire de ceux qui ont exploité ces scènes d'une manière aussi épouvantable est restée en exécration ; déjà du temps de G. Patin c'était le sentiment général; on en trouve la preuve dans une de ses lettres. G. Patin, après avoir raconté comment des voleurs ayant attaqué et blessé à mort un individu, ajoute que ce blessé mourut le lendemain sans déclarer qui il était. « Il a été enfin reconnu, ajoute G. Patin; on a su qu'il était fils de ce Laubardemont qui fit brûler vif le pauvre curé de Loudun, Urbain Grandier, sous ombre qu'il avait envoyé le diable dans le corps des religieuses de Loudun , que l'on faisait apprendre à danser, afin de persuader aux sots qu'elles étaient démoniaques. Ne voilà-t-il pas une punition divine dans la famille de ce malheureux juge?... »
Mais après avoir parlé des possessions de Loudun, il faut dire quelques mots des trembleurs des Cévennesy autre époque qui aurait été encore marquée par des prodiges. Bertrand ne voit ici, bien entendu, qu'une épidémie d'extases; c'est toujours la même thèse qu'il cherche à faire prévaloir. Si on a fait périr le malheureux Grandier, dit-il, c'est qu'on ignorait alors les caractères distinctifs de l'état & extase (Variétés de l'extase, 347). Si les paysans dans les Cévennes se mettaient à prêcher et à prophétiser, c'est qu'il y avait parmi eux une épidémie d'extases.
Cette idée de trouver partout une cause toujours la même, une cause identique, doit à chaque instant faire commettre des erreurs j ainsi, à l'égard de Bertrand, cette persuasion dans laquelle il est que toujours il y a eu extase, fait qu'il ne recule devant aucune assertion ; il admet tout, il croit tout; pour lui il n'y a rien de faux, rien de simulé. Quant à nous, nous commençons par examiner les faits, puis nous cherchons à remonter aux causes; s'il y a eu imposture, nous le disons ; si les faits
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ont été réels, nous n'hésitons pas à les admettre, sauf à en chercher l'interprétation. Ainsi, à l'égard des tremblenrs des Cévennes, les faits n'ont jamais été simulés par ces malheureux, mais ils ont été étrangement exagérés, amplifiés.
Nous voyons d'ahordqu'on mentionne des convulsions, ou du moins des tremblements nerveux chez la plupart des individus, puis de véritables hallucinations sur l'état futur de l'Eglise persécutée; mais aussitôt arrivent des faits évidemment controuvés : ainsi ce sont des enfants de l'âge de trois ou quatre ans, dont l'intelligence aurait été développée à ce point [Théâtre sacré des Cévennes) qu'ils s'exprimaient avec une pureté remarquable en français, eux qui pouvaient à peine s'exprimer en patois !
Ces trembleurs auraient eu aussi le don des langues étrangères ; Bertrand ne met pas ce fait en doute, il le rapporte, il le trouve identique avec le don des langues étrangères tel qu'on l'observait, dit-il, chez les possédés (359); et il a raison: c'était même chose dans un cas comme dans l'autre, c'est-à-dire même imposture.
Où sont en effet les preuves d'une faculté aussi merveilleuse? Ici, comme partout, les preuves positives manquent; que si on en cite, elles sont de la nature de celles-ci: « J'ai vu, dit l'un des témoins [Théâtre sac. des Cév.), plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe qui prononçaient certaines paroles que des assistants jugeaient être une langue étrangère ! » Et c'est d'après des assertions semblables qu'on n'hésite pas à admettre la prétendue intelligence des langues !
La vue à de grandes distances a encore été signalée chez les trembleurs des Cévennes: ils auraient eu la faculté d'apercevoir à plusieurs lieues de distance les soldats envoyés pour les disperser, en sorte que quelques-uns se dévouaient à faire ainsi sentinelle en esprit.
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On affirme tout cela, et on cite des témoignages; mais qui doute de ces étranges prétentions chez ces malheureux ? Qui doute qu'ils n'aient cru avoir cette double vue? C'étaient là autant d'hallucinations nées dans des cerveaux frappés de terreur.
La connaissance des pensées les plus intimes aurait aussi existé chez quelques-uns ; ceux-ci se donnaient comme prophètes, et à ce titre ils pouvaient reconnaître les faux frères qui se seraient glissés dans leurs assemblées dans le but de les trahir; et parfois ils ont agi d'après cette conviction, c'est-à-dire qu'ils ont fait massacrer de malheureux innocents!
L 'insensibilité extérieure ne pouvait encore manquer dans ces circonstances; on cite des preuves, il suffira d'en mentionner quelques-unes pour en faire tomber le merveilleux. C'est un prophète qui, après avoir prétendu lire dans la pensée des assistants, demande, afin de dissiper tous les doutes, d'être soumis à l'épreuve du feu; on réunit quelques branches sèches autour de lui, on y met le feu, et, comme il n'est ni brûlé ni suffoqué, on en conclut qu'il y a chez lui invulnérabilité.
On sait que des chutes d'une hauteur effrayante ont eu souvent lieu sans accident, sans lésion aucune chez quelques individus; les fastes de l'art contiennent une foule de faits de cette nature; ici ces faits seront considérés comme autant de preuves de l'invulnérabilité : ainsi un jeune homme monté sur un arbre est saisi tout à coup de l'esprit d'inspiration; il tombe de douze pieds de hauteur, et ne se fait aucun mal; donc il est invulnérable !
Il n'y a pas jusqu'à l'oubli au réveil que les partisans de l'extase somnambulique et les partisans du magnétisme n'aient cru aussi reconnaître chez les trembleurs. Mais Bertrand ajoute que ce dernier caractère n'était pas aussi prononcé que les autres, sans doute,