X INTRODUCTION
sortes de rôles. « Jamais homme, s'écrie Diderot, ne s'est assis à Delphes sur le trépied sacré ; le rôle de pythie ne convient qu'à une femme, il n'y a qu'une tête de femme qui puisse s'exalter au point de pressentir sérieusement l'approche d'un dieu , de se tourmenter, de s'écheveler, d'écumer, de s'écrier : Je le sens, je le sens, le voilà le dieu! et d'en trouver le vrai discours. » (Corresp. de Grimm et Diderot, n, 250.)
En cela les sycophantes de l'antiquité pensaient comme ce solitaire enthousiaste, qui, au rapport du même auteur, disait aux hérésiarques de son temps : « Adressez-vous de préférence aux femmes ; elles reçoivent promptement, parce qu'elles sont ignorantes; elles répandent avec facilité, parce qu'elles sont légères; elles retiennent longtemps, parce qu'elles sont têtues. »
Aussi, comme l'a remarqué Van Dale, aux femmes seules appartenait le privilège de rendre des oracles de vive voix; mais souvent il arrivait que dans les dissensions intestines des Etats grecs les différents partis cherchaient à influencer ces oracles , tantôt à prix d'argent et tantôt par la force ; Van Dale en a rapporté des exemples nombreux. La pythie philippise , disait Démosthène, lorsqu'on lui objectait que les oracles de Delphes étaient toujours conformes aux intérêts du roi de Macédoine. (Hist. des orac, 283.)
Lysander n'avait pu corrompre la pythie; mais il aurait eu pour lui les prêtres du temple, s'il n'avait été gagné de vitesse par Agésilas, chef du parti contraire.
Mais, lorsqu'il n'était plus besoin ""de se donner en spectacle et de se débattre publiquement pour faire preuve de prévision, c'étaient des hommes qui remplissaient les fonctions sacrées; tel était l'oracle d'Apollon à Claros; on le consultait au moyen de billets cachetés, on déposait ces billets sur l'autel, et les prêtres devaient faire preuve de ce qu'on appelle aujourd'hui clairvoyance, c'est-à-dire qu'ils devaient en lire le con-