EXPERIENCE FAITE SUR EUX-MEMES , UNE POIS CHAQUE SEMAINE
En conséquence on leur a consacré chez M. Deslon une chambre séparée et un baquet particulier, et les commissaires ont été s'y placer une fois chaque semaine; ils y sont restés jusqu'à deux heures et demie de suite, la branche de fer appuyée sur l'hypocondre gauche , entourés de la corde de communication, et faisant de temps en temps la chaîne des pouces. Ils ont été magnétisés, soit par M. Deslon , soit par un de ses disciples envoyé à sa place, les uns plus longtemps et plus souvent, et c'étaient les commissaires qui paraissaient devoir être les plus sensibles; ils ont été magnétisés, tantôt avec le doigt et la baguette de fer présentés et promenés sur différentes parties du corps, tantôt par l'application des mains et par la pression des doigts, ou aux hypocondres, ou sur le creux de l'estomac (2).
(1) Et c'est à ces commissaires que M. Husson a fait le reproche d'avoir mal institué leurs expériences! On voit quelles sont les précautions sages et raisonnées dont ils s'entourent ; peu de spectateurs, pas de témoins indiscrets ; pas d'influences étrangères; ils seront les seuls, ou du moins les premiers juges de ce qu'ils auront observé; du reste Deslon y met de la bonne foi, et ne débute pas par des programmes de sa façon; il ne prétend pas imposer de lois aux commissaires , régler de sa propre autorité et la nature et l'ordre de leurs expériences.
(2) C'était le mode suivant lequel opéraient ces premiers magnétiseurs, les commissaires devaient s'y soumettre; tout comme de nos jours ils doivent se soumettre aux passes, à grands on à petits courants: toutefois, il faut le dire, aujourd'hui les magnétiseurs n'opèrentpas volontiers sur des membres de corn-
ils n'ont iuen éprouvé.
Aucun d'eux n'a rien senti, ou du moins n'a rien éprouvé qui lût de nature à èlre attribué à l'action du magnétisme. Quelques-uns des commissaires sont d'une constitution robuste; quelques autres ont une constitution moins forte, et sont sujetsà des incommodités : un de ceux-ci a éprouvé une légère douleur au creux de l'estomac, à la suite de la forte pression qu'on y avail exercée. Cette douleur a subsisté tout le jour et le lendemain ; elle a été accompagnée d'un sentiment de fatigue et de malaise. Un second a ressenti, l'après-midi d'un des jours où il a été touché, un léger agacement dans les nerfs, auquel il est l'on sujet. Un troisième, doué d'une plus grande sensibilité, et surtout d'une mobilité extrême dans les nerfs, a éprouvé plus de douleur et des agacements plus marqués; mais ces petits accidents sont la suite des variations perpétuelles et ordinaires de l'état de santé, et par conséquent étrangers au magnétisme, ou résultent de la pression exercée sur la région de l'estomac. Les commissaires ne font même mention de ces légers détails que par une fidélité scrupuleuse; ils les disent parce qu'ils se sont imposé la loi de dire toujours et sur toute chose la vérité (4).
DIFFERENCE DES EFFETS AU TRAITEMENT PUBLIC ET A LEUR TRAITEMENT PARTICULIER.
Les commissaires n'ont pu qu'être frappés de la différence du traitement public avec leur traitement particulier au baquet.
missions académiques; ils ont leurs sujets à eux, sujets plus ou moins précieux, qu'ils produisent dans les grandes occasions pour frapper des coups d'éclat.
(1) II était bon de mentionner ces faits ; mais c'est avec raison que les commissaires les ont regardés comme résultant de simples variations dans la santé, et conséquemment comme entièrement étrangers à l'action du magnétisme.
M. Husson a été de nos jours moins réservé; il est fâcheux que son rapport n'ait pas été soumis à la discussion , car on aurait facilement prouvé que les sensations accusées par M. Roux étaient absolument de la même nature; nous y reviendrons plus tard , comme aussi sur les effets accusés par d'autres corn-
Le calme et le silence dans l'un, le mouvement et l'agitation dans l'autre; là, des effets multipliés, des crises violentes, l'état habituel du corps et de l'esprit interrompu et troublé, la nature exaltée; ici , le corps sans douleur, l'esprit sans trouble, la nature conservant et son équilibre et son cours ordinaire, en un mot l'absence de tous les effets ; on ne retrouve plus cette grande puissance qui étonne au traitement public ; le magnétisme sans énergie paraît dépouillé de toute action sensible (4).
ILS VONT PLUSIEURS JOURS DE SUITE AU TRAITEMENT, ET N'ÉPROUVENT RIEN DE PLUS.
Les commissaires, n'ayant d'abord été au baquet que tous les huit jours, ont voulu éprouver si la continuité ne produirait pas quelque chose ; ils y ont été trois jours de suite, mais leur insensibilité a été la même, et ils n'ont obtenu aucun effet. Cette expérience faite et répétée à la fois sur huit sujets, dont plusieurs ont des incommodités habituelles, suffit pour conclure que le magnétisme n'a que peu ou point d'action dans l'état de santé, et même dans cet état de légères infirmités (2). On a
missaires, par exemple l'envie de dormir après des heures entières de repos et d'ennui.
Ainsi la première conclusion tirée ici par les commissaires, c'est qu'après s'être soumis eux-mêmes aux expériences de Deslon, ils n'ont rien éprouvé.
(1) Et il en devait être ainsi: on s'exalte en public, par cela même qu'on se donne en spectacle. Si dans ces cohues de femmes échevelées et en convulsions, qui écumaient autour des baquets de Mesmer, qui se précipitaient en hurlant dans les bras les unes des autres, si on avait pu mettre à part tous les sujets les plus exaltés et les magnétiser en silence, loin de la foule, on aurait vu tout aussitôt tomber ces formidables phénomènes. Le plus sûr remède contre toute espèce de fanatisme, d'exaltation semblable, c'est la séquestration des sujets: ôtez les spectateurs et le comédien tombe.
(2) Les commissaires, fidèles à leur mandat, ne négligent aucun moyen pour s'assurer par eux-mêmes des effets du magnétisme ; ils se soumettent d'abord individuellement aux manœuvres du baquet, puis tous à la fin et à plusieurs reprises ; mais la continuité de ces expériences ne produit pas plus d'effet que leur instantanéité. Dès lors on a dû passer à de nouvelles épreuves faites sur deux catégories de malades : les uns privés d'instruction, les autres appartenant aux classes élevées de la société. Nous sommes bien aise de faire remarquer tous ces incidents ; car nous verrons que plus tard on accusera ces com-
résolu de l'aire des épreuves sur des personnes réellement malades, et on les a choisies dans la classe du peuple.
Sept malades ont été rassemblés à Passy chez M. Franklin; ils ont été magnétisés devant lui et devant les autres commissaires par M. Deslon.