DEUXIÈME EXPÉRIENCE : MALADES DE LA CLASSE DU PEUPLE , EPROUVES
La veuve Saint-Àmand, asthmatique, ayant le ventre, les cuisses et les jambes enflées, et la femme Anseaume, qui avait une grosseur à la cuisse, n'ont rien senti ; le petit Claude Renard, enfant de six ans, scrofuleux, presque étique, ayant le genou gonflé, la jambe fléchie et l'articulation presque sans mouvement, enfant intéressant et plus raisonnable que son âge ne le comporte, n'a également rien senti, ainsi que Geneviève Leroux, âgée de neuf ans, attaquée de convulsions et d'une maladie assez semblable à celle que l'on nomme chorea sancti Viti. François Grenel a éprouvé quelques effets; il a les yeux malades, particulièrement le droit dont il ne voit presque pas, et où il a une tumeur considérable. Quand on a magnétisé l'œil gauche en approchant, en agitant le pouce de près et assez longtemps , il a éprouvé de la douleur dans le globe de l'œil , et l'œil a larmoyé (1). Quand on a magnétisé l'œil droit, qui est le plus malade, il n'y a rien senti ; il a senti la même douleur à l'œil gauche, et rien partout ailleurs.
La femme Charpentier, qui a été jetée à terre contre une poutre, par une vache, il y a deux ans, a éprouvé plusieurs suites de cet accident; elle a perdu la vue, l'a recouvrée en partie, mais elle est restée dans un état d'iniirmilés habituelles; elle a déclaré avoir deux descentes, et le ventre d'une sensibilité si grande qu'elle ne peut supporter les cordons de la ceinture de ses jupes : cette sensibilité appartient à des nerfs agacés et rendus très-mobiles; la plus légère pression faite dans la
missaires d'avoir très-imparfaitement rempli leur mandat, de n'avoir mis ni exactitude ni ensemble dans leurs expériences.
(1) Il en est qui de nos jours auraient fortement insisté sur un œil qui larmoie quand on le magnétise, c'est-à-dire quand on manœuvre à proximité de cet œil,
région du ventre peut déterminer cette mobilité et produire des effets dans tout le corps par la correspondance des nerfs.
Cette femme a été magnétisée comme les autres, par l'application et par la pression des doigts; la pression lui a été douloureuse : ensuite, en dirigeant le doigt vers la descente, elle s'est plainte de douleur à la tète; le doigt étant placé devant le visage, elle a dit qu'elle perdait la respiration. Au mouvement réitéré du doigt de haut en bas, elle avait des mouvements précipités de la tête et des épaules (1), comme on en a d'une surprise mêlée de frayeur, et semblables à ceux d'une personne à qui on jetterait quelques gouttes d'eau froide au visage. Il a semblé qu'elle éprouvait les mêmes mouvements ayant les yeux fermés. On lui a porté les doigts sous le nez en lui faisant fermer les yeux, et elle a dit qu'elle se trouverait mal si on continuait (2). Le septième malade, Joseph Ennuyé, a éprouvé des effets du même genre, mais beaucoup moins marqués.
EFFETS PARTAGÉS. LES UNS SENTENT QUELQUE CUOSE , LES AUTRES NE SENTENT RIEN.
Sur ces sept malades, il y en a quatre qui n'ont rien senti, et les trois autres ont éprouvé des effets. Ces effets méritaient de fixer l'attention des commissaires et demandaient un examen scrupuleux.
TROISIÈME EXPÉRIENCE. ON EPROUVE DES MALADES d'une CLASSE PLUS DISTINGUEE.
Les commissaires, pour s'éclairer et pour fixer leurs idées à cet égard, ont pris le parti d'éprouver des malades placés dans
(1) Nous aurons plusieurs fois occasion de voir semblable chose prise fort au sérieux par les magnétiseurs, c'est-à-dire des sujets qui hochent la tête à mesure qu'on les évente avec les mains, qui suivent d'un œil effaré tous les mouvements exercés à deux pouces de leur visage.
(2) Il y aurait plutôt lieu d'admirer telle pauvre femme qui ne broncherait pas dans celte situation , c'est-à-dire les yeux fermés et avec l'idée qu'il y a là des doigts tendus sous son nez , que telle autre qui vous prierait de discontinuer si vous ne voulez pas qu'elle se trouve mal ; c'est ce qu'ont bien compris les commissaires, car ces prétendus effets leur ont paru mériter un examen scrupuleux.
d'autres) circonstances , «les malades choisis dans la société, qui ne pussent être soupçonnés d'aucun intérêt et dont l'intelligence fût capable de discuter leurs propres sensations et d'en rendre compte. Mesdames de B... et de V ..., MM. M... et R... ont été admis au baquet particulier avec les commissaires ; on les a priés d'observer ce qu'ils sentiraient, mais sans y porter une attention trop suivie. M. M... et madame de V... sont les seuls qui aient éprouvé quelque chose. M. M... a une tumeur froide sur toute l'articulation du genou, et il sent de la douleur à la rotule. Il a déclaré , après avoir été magnétisé, n'avoir rien éprouvé dans tout le corps , excepté au moment qu'on a promené le doigt devant le genou malade ; il a cru sentir alors une légère chaleur à l'endroit où il a habituellement de la douleur. Madame de Y. . ., attaquée de maux de nerfs, a été plusieurs fois sur le point de s'endormir pendant qu'on la magnétisait. Magnétisée pendant une heure dix-neuf minutes sans interruption , et le plus souvent par l'application des mains, elle a éprouvé seulement de l'agitation et du malaise. Ces deux malades ne sont venus qu'une fois au baquet. M. R... , malade d'un reste d'engorgement dans le foie, à la suite d'une forte obstruction mal guérie , y est venu trois fois , et n'a rien senti. Madame de B... , gravement attaquée d'obstructions, y est venue constamment avec les commissaires, elle n'a rien senti , et il faut observer qu'elle s'est soumise au magnétisme avec une tranquillité parfaite , qui venait d'une grande incrédulité.
Différents malades ont été éprouvés dans d'autres occasions, mais non autour du baquet. Un des commissaires, dans un accès de migraine, a été magnétisé par M. Deslon pendant une demi-heure ; un des symptômes de cette migraine est un froid excessif aux pieds. M. Deslon a approché son pied de celui du malade , le pied n'a point été réchauffé, la migraine a eu sa durée ordinaire ; et le malade s'étant remis auprès du feu eu a obtenu les effets salutaires que la chaleur lui a constamment procurés, sans avoir éprouvé ni pendant le jour ni la nuit suivante aucun effet du magnétisme.
M. Franklin, quoique ses incommodités l'aient empêché de se transporter à Paris, et d'assister aux expériences qui y ont été faites, a été lui-même magnétisé par M. Deslon, qui s'esi
rendu chez lui à Passy. L'assemblée était nombreuse ; tous ceux qui étaient présents ont été magnétisés. Quelques malades qui avaient accompagné M. Deslon ont ressenti les effets du magnétisme , comme ils ont coutume de les ressentir au traitement public ; mais madame de B... , M. Franklin , ses deux parentes, son secrétaire, un officier américain, n'ont rien éprouvé, quoiqu'une des parentes de M. Franklin fût convalescente, et l'officier américain alors malade d'une lièvre réglée.