SOUPÇON
Leurs recherches vont être désormais dirigées vers un nouvel ohjet ; il s'agit de détruire ou de confirmer ae soupçon, de déterminer jusqu'à quel point l'imagination peut influer sur nos sensations, et de constater si elle peut être la cause en tout ou en partie des effets attribués au magnétisme.
METHODE DE M.JUMELIN, POUR MAGNETISER, DIFFERENTE DE CELLE DE MM. MESMER ET DESLON.
Alors les commissaires ont entendu parler des expériences qui ont été faites chez M. le doyen de la faculté, par M. Jumeliu, docteur en médecine; ils ont désiré de voir ces expériences, et ils se sont rassemblés avec lui chez l'un d'eux, M. Majault. M. Jumelin leur a déclaré qu'il n'était disciple ni de M. Mesmer ni de M. Deslon, il n'a rien appris d'eux sur le magnétisme animal; et, sur ce qu'il en a entendu dire, il a conçu des principes et s'est fait des procédés. Ses principes consistent à regarderie fluide magnétique animal comme un fluide qui circule dans les corps et qui en émane, mais qui est essentiellement le même que celui qui fait la chaleur; fluide qui, comme tous les autres, tendant à l'équilibre, passe du corps qui en a le plus dans celui qui en a le moins. Ses procédés sont également différents de ceux de MM. Mesmer et Deslon; il magnétise comme eux avec le doigt et la baguette de fer conducteurs et par l'application des mains, mais sans aucune distinction de pôles.
QUATRIÈME EXPERIENCE '. ELLE PROUVE QUE PAR CETTE METHODE ELLE PRODUIT LES MÊMES EFFETS.
Huit hommes et deux femmes ont d'abord été magnétisés et
décider à soupçonner l'existence de quelque supercherie, cl cela, ont-ils dit ingénument, p;irce que c'eût, été l'aire injure aux magnétiseurs !
DU MAGNÉTISSIE ANIMAL. 55
n'ont rien senti; enfin une femme, qui est portière de M. Alphonse le Roy, docteur en médecine, ayant été magnétisée au front, mais sans la toucher, a dit qu'elle sentait de la chaleur. M. Jumelin, promenant sa main et présentant les cinq extrémités de ses doigts sur tout le visage de la femme, elle a dit qu'elle sentait comme une flamme qui se promenait; magnétisée à l'estomac, elle a dit y sentir de la chaleur; magnétisée sur le dos, elle a dit y sentir la même chaleur : elle a déclaré de plus qu'elle avait chaud dans tout le corps et mal à la tête.
Les commissaires, voyant que sur onze personnes soumises à l'expérience, une seule avait été sensible au magnétisme de M. Jumelin, ont pensé que celle-ci n'avait éprouvé quelque chose, que parce qu'elle avait sans doute l'imagination plus facile à ébranler; l'occasion était favorable pour s'en éclaircir. La sensibilité de cette femme étant bien prouvée, il ne s'agissait que de la mettre à l'abri de son imagination, ou du moins de mettre son imagination en défaut. Les commissaires ont proposé de lui bander les yeux, afin d'observer quelles seraient ses sensations lorsqu'on opérerait à son insu. On lui a bandé les yeux et on l'a magnétisée; alors les phénomènes n'ont plus répondu aux endroits où on a dirigé le magnétisme. Magnétisée successivement sur l'estomac et dans le dos, la femme n'a senti que de la chaleur à la tête, de la douleur dans l'œil droit, dans l'œil et dans l'oreille gauches.
On lui a débandé les yeux, et M. Jumelin, lui ayant appliqué ses mains sur les hypocondres, elle a dit y sentir de la chaleur; puis, au bout de quelques minutes, elle a dit qu'elle allait se trouver mal, et elle s'est trouvée mal en effet. Lorsqu'elle a été bien revenue à elle, on l'a reprise, on lui a bandé les yeux, on a écarté M. Jumelin, recommandé le silence, et on a fait accroire à la femme qu'elle était magnétisée. Les effets ont été les mêmes, quoiqu'on n'agît sur elle ni de près ni de loin ; elle a éprouvé la même chaleur, la même douleur dans les yeux et dans les oreilles ; elle a senti de plus de la chaleur dans le dos et dans les reins.
Au bout d'un quart d'heure, on a fait signe à M. Jumelin de la magnétiser à l'estomac, elle n'y a rien senti, au dos de même. Les sensations ont diminué au lieu d'augmenter. Les
douleurs do la tête sont restées, la chaleur du dos oi des reins a cessé (1).
ON CONCLUT QUE LA METHODE EST INDIFFÉRENTE, QUE LA DISTINCTION DES TOLES EST CHIMÉRIQUE.
On voit qu'il y a eu ici des effets produits, et ces effets sont semblables à ceux qu'ont éprouvés les trois malades dont il a été question ci-dessus. Mais les uns et les autres ont été obtenus par des procédés différents; il s'ensuitque les procédés n'y font rien. La méthode de MM. Mesmer et Deslon et une méthode opposée donnent également les mêmes phénomènes. La distinction des pôles est donc chimérique (2).
EFFETS MARQUÉS DE L'iMAGINATION.
On peut observer que, quand la femme y voyait, elle plaçait ses sensations précisément à l'endroit magnétisé; au lieu que, quand elle n'y voyait pas, elle les plaçait au hasard, et dans des parties très-éloignées des endroits où on dirigeait le magnétisme. Il a été naturel de conclure que l'imagination déterminait ces sensations vraies ou fausses (3). On en a été
(1) Celle expérience est très-curieuse; elle met complètement à nu le manège de celle femme et l'inanité des prétendus etïels magnétiques. Que vous donniez à ce manège le nom d'erreur, d'imagination ou de supercherie ; peu importe ; il s'agit moins de trouver le mobile qui fait ainsi agir les magnétisés que de constater la nullité des effets attribués au magnétisme ; mais nous l'avons déjà dit, pour instituer ces sortes d'expériences, il ne faut pasêlre arrêtés par la crainle de faire injure soit aux magnétisés soit aux magnétiseurs.
(2) Ce M. Jumelin avait devancé son époque, en laissant les baquets et les tiges de Mesmer et de Deslon; il avait trouvé d'inspiration, de lui-même les nouvelles méthodes ; mais les commissaires trouvaient avec raison que les méthodes ne font rien ; et cela se conçoit parfaitement ; cependant i! ne faudra pas laisser dire plus tard que le magnétisme a changé de tout point ; si on dit cela, nous invoquerons M. Jumelin et ses passes.
(5) En disant que ces sensations étaient vraies ou fausses, les commissaires montrent que c'était pour employer une expression polie qu'ils ont mis tout ici sur le compte de l'imagination ; ces sensations pouvaient en effet être faus-
convaincu quand on a vu qu'étant bien reposée, ne sentant plus rien, et ayant les yeux bandés, cette femme éprouvait tous les mêmes effets, quoiqu'on ne la magnétisât pas; mais la démonstration a été complète lorsque, après une séance d'un quart d'heure, son imagination s'étant sans doute lassée et refroidie, les effets, au lieu d'augmenter, ont diminué au moment où la femme a été réellement magnétisée.
Si elle s'est trouvée mal, cet accident arrive quelquefois aux femmes lorsqu'elles sont serrées et gênées dans leurs vêlements. L'application des mains aux hypocondres a pu produire le même effet sur une femme excessivement sensible; mais on n'a pas même besoin de cette cause pour expliquer le fait. Il faisait alors très-chaud, la femme avait éprouvé sans doute de l'émotion dans les premiers moments, elle a fait effort pour se soumettre à un traitement nouveau, inconnu, et, après un effort trop longtemps soutenu, il n'est pas extraordinaire de tomber en faiblesse.
CINQUIEME EXPERIENCE OUI DONNE LES MEMES RESULTATS , ET MONTRE ÉGALEMENT l'eFFET DE L-'lMAGIN ATION.
Cet évanouissement a donc une cause naturelle et connue, mais les sensations qu'elle a éprouvées lorsqu'on ne la magnétisait pas, ne peuvent être que l'effet de l'imagination (1). Par des expériences semblables que M. Jumelin a faites au même lieu, le lendemain, en présence des commissaires, sur un homme les yeux bandés, et sur une femme les yeux découverts, on a eu les mêmes résultats; on a reconnu que leurs réponses étaient évidemment déterminées par les questions
sèment accusées; dès lors cette femme voulait induire en erreur, tromper. Donc il pouvait y avoir supercherie de sa part.
(1) Nous nous permettrons d'ajouter ici que l'évanouissement peut être interprété comme les sensations qu'elle disait éprouver quand on ne la magnétisait pas, c'est-à-dire qu'il pouvait être tout aussi faux. Quand une femme en est arrivée à ce point quand elle est au pied du mur, elle se trouve mal , c'est un dcnoûment tout trouvé; un évanouissement coupe court à tout, et la tire complètement d'affaire. C'est le dernier mol, la dernière raison, et d'autant meilleure qu'il n'y a plus rien à objecter.
qu'on leur faisait. La question indiquait où devait être la sensation; au lieu de diriger sur eux le magnétisme, on ne faisait que monter et diriger leur imagination. Un enfant de cinq ans, magnétisé ensuite, n'a senti que la chaleur qu'il avait précédemment contractée en jouant.
Ces expériences ont paru assez importantes aux commissaires pour leur faire désirer de les répéter afin d'obtenir de nouvelles lumières, et M. Jumelin a eu la complaisance de s'y prêter. Il serait inutile d'objecter que la méthode de M. Jumelin est mauvaise; car on ne se proposait pas dans ce moment d'éprouver le magnétisme, mais l'imagination.
Les commissaires sont convenus de bander les yeux des sujets éprouvés , de ne point les magnétiser le plus souvent, et de faire les quesiions avec assez d'adresse pour leur indiquer les réponses. Cette marche ne devait pas les induire en erreur, elle ne trompait que leur imagination. En effet , lorsqu'ils ne sont point magnétisés , leur seule réponse doit être qu'ils ne sentent rien; et lorsqu'ils le sont, c'est l'impression sentie qui doit dicter leur réponse, et non la manière dont ils sont interrogés (1).
SIXIEME EXPERIENCE , QUI CONFIRME ET QUI DONNE ENCORE LES MEMES RÉSULTATS.
En conséquence les commissaires s'étant transportés chez M. Jumelin, on a commencé par éprouver son domestique. On lui a appliqué sur les yeux un bandeau, préparé exprès, et qui a servi dans toutes les expériences suivantes. Ce bandeau était composé de deux calottes de gomme élastique, dont la concavité était remplie par de l'édredon ; le tout enfermé et cousu dans deux morceaux d'étoffe taillés en rond. Ces deux pièces étaient attachées l'une à l'autre; elles avaient des cordons qui se liaient par derrière. Placées sur les yeux, elles laissaient dans
(1) Ce raisonnement est simple et vrai : des examinateurs ne peuvent jamais être accusés d'induire en erreur les sujets; ceux-ci, en effet, sont réellement magnétisés ou ils ne le sont pas; dans le premier cas, quelque captieuses que soient les quesiions, le magnétisme doit les empêcher de s'y laisser prendre ; dans le second, la bonne foi doit les mettre à l'abri de toute erreur.
leur intervalle la place du nez et toute liberté pour la respiration sans qu'on pût rien voir, même la lumière du jour, ni au ira vers, ni au-dessus ni au-dessous du bandeau. Ces précautions prises pour la commodité des sujets éprouvés et pour la certitude des résultats , on a persuadé au domestique de M. Jumelin qu'il était magnétisé. Alors il a senti une cbaleur presque générale, des mouvements dans le ventre, la tête s'est appesantie; peu à peu il s'est assoupi, et a paru sur le point de s'endormir. Ce qui prouve, comme on l'a dit plus baut, que cet effet tient à la situation, à l'ennui, et non au magnétisme.
Magnétisé ensuite les yeux découverts , en lui présentant la baguette de fer au front, ii y sent des picotements : les yeux rebandés, quand on la lui présente, il ne la sent point ; et quand on ne la lui présente pas, interrogé s'il ne sent rien au front, il déclare qu'il sent quelque ebose aller et revenir dans la largeur du front.
M. B.., homme instruit, et particulièrement en médecine, les yeux bandés , offre le même spectacle ; éprouvant des effets lorsqu'on n'agit pas , n'éprouvant souvent rien lorsqu'on agit. Ces effets ont même été tels qu'avant d'avoir été magnétisé en aucune manière, mais croyant l'être depuis dix minutes, il sentait dans les lombes une chaleur qu'il comparait à celle d'un poêle. Il est évident que M. B... avait une sensation forte, puisque pour en donner l'idée il a eu besoin de recourir à une pareille comparaison; et cette sensation il ne la devait qu'à l'imagination , qui seule agissait sur lui (1).
IL EST ÉVIDENT QUE CES EFFETS APPARTIENNENT A I.'lMAGINATION .
Les commissaires, surtout les médecins, ont fait une infinité d'expériences sur différents sujets qu'ils ont eux-mêmes magnétisés, ou à qui ils ont fait croire qu'ils étaient magnétisés. Ils ont indifféremment magnétisé, ou à pôles opposés, ou à pôles directs et à contre-sens, et dans tous les cas ils ont obtenu les mêmes effets ; il n'y a eu dans toutes ces épreuves d'autre différence que celle des imaginations plus ou moins sensi* blés. Ils se sont donc convaincus par les faits que l'imagina-
(1) Tous ces faits sont du même ordre , nous n'avons donc pas à y revenir;
tion seule peut produire différentes sensations et faire éprouver de la douleur, de la chaleur, même une chaleur considérable dans toutes les parties du corps, et ils ont conclu qu'elle entre nécessairement pour beaucoup dans les effets attribués au magnétisme animal. Mais il faut convenir que la pratique du magnétisme produit dans le corps animé des changements plus marqués et des dérangements plus considérables que ceux qui viennent d'être rapportés. Aucun des sujets qui ont cru être magnétisés jusqu'ici n'ont été ébranlés jusqu'à avoir des convulsions ; c'était donc un nouvel objet d'expérience que d'éprouver si, en remuant seulement l'imagination, on pourrait produire des crises semblables à celles qui ont lieu au traitement public (1).
on se rnoposE d'éprouver si l'im agi nvtion dans ses effets i>eut aller
JUSQU'A PRODUIRE DES CRISES. SEPTIÈME EXPÉRIENCE SUR UN ARBRE MA- GNÉTISÉ.
Alors plusieurs expériences ont été déterminées par cette
les conclusions que les commissaires en ont déduites sont parfaitement exactes; nous ajouterons seulement que ces observations ayant été fort nombreuses et pratiquées sur un grand nombre de sujets, il est probable que tantôt l'imagination faisait dire aux sujets ce qui n'existait pas , ou plutôt les portait faussement à croire qu'il y avait influence magnétique; mais que tantôt aussi il devait y avoir intention de tromper-, qu'on n'aille pas croire toutefois que les prétendus magnétisés cherchent constamment à tromper les spectateurs de connivence avec leurs magnétiseurs ; loin de là , ils peuvent induire ceux-ci en erreur; nous aurons plus tard un exemple mémorable à rapporter, qui confirmera pleinement cette proposition.
(1) Bien qu'il ait été démontré qu'en dehors de toute influence extérieure, loin du public et pris tout à fait à part, les sujets magnétisés méthodiquement et à loisir n'avaient jamais offert ces grandes perturbations qu'on appelait crises, il était assez important de constater si à l'aide de moyens étrangers au magnétisme on ne pourrait pas les provoquer; les commissaires ont donc agi sagement en commençant une nouvelle série d'expériences dans ce sens.
Déjà, il est vrai, on avait mis hors de doute ce premier fait que les phénomènes appelés crises ne pouvaient pas être attribués au magnétisme, puisqu'il serait impossible aux magnétiseurs de les provoquer dans les traitements particuliers; si le magnétisme en eût été l'agent devant le public, il les aurait tout aussi bien suscités en particulier ; toutefois il importait d'en rechercher la cause , et c'est ce que les commissaires ont voulu faire.
vue Lorsqu'un arbre a été touché suivant les principes et la méthode du magnétisme, toute personne qui s'y arrête doit éprouver plus ou moins les effets de cet agent; il en est même qui y perdent connaissance ou qui y éprouvent des convulsions (1). On en parla à M. Deslon, qui répondit que l'expérience devait réussir pourvu que le sujet fût fort sensible, et on convint avec lui de la faire à Passy en présence de M. Franklin. La nécessité que le sujet fût sensible, fit penser aux commissaires que pour rendre l'expérience décisive et sans réplique, il fallait qu'elle fût faite sur une personne choisie par M. Deslon, et dont il aurait éprouvé d'avance la sensibilité au magnétisme. M. Deslon a donc amené avec lui un jeune homme d'environ douze ans ; on a marqué dans le verger du jardin , un abricotier bien isolé, et propre à conserver le magnétisme qu'on lui aurait imprimé. On y a mené M. Deslon seul , pour qu'il le magnétisât , le jeune homme étant resté dans la maison et avec une personne qui ne l'a pas quitté. On aurait désiré que M. Deslon ne fût pas présent à l'expérience, mais il a déclaré qu'elle pourrait manquer s'il ne dirigeait pas sa canne et ses regards sur cet arbre pour en augmenter l'action. On a pris le parti d'éloigner M. Deslon le plus possible et de placer des commissaires entre lui et le jeune homme , afin de s'assurer qu'il ne ferait point de signal, et de pouvoir répondre qu'il n'y avait point eu d'intelligence. Ces précautions, dans une expérience qui doit être authentique, sont indispensables sans être offensantes (2).
(1) On voit que cette grande découverte n'appartient pas à Puységur, mais que les magnétiseurs doivent en rendre hommage à leur premier maître, à Mesmer lui-même.
(2) Voilà ce que n'auraient jamais dû oublier ceux qui se trouvent chargés de constater scientifiquement la réalité de faits de cette nature.
Quand un corps savant vous a délégué, vous a donné la sainte mission de rechercher le vrai et de dévoiler le faux , on doit être bien pénétré de ces sages principes.
Non, ces précautions ne sont pas offensantes; entre un miracle et une supercherie reconnue possible , de quel côté se trouve la plus grande somme de probabilités? M. Deslon ne s'est pas senti offensé, et il n'en avait pas le droit; comment l'académie royale des sciences aurait-elle accueilli ses commissaires, s'ils étaient venus lui dire : Nous n'avons pris aucune mesure pour empêcher
On a ensuite amené le jeune homme, les yeux bandés, et on l'a présenté successivement à quatre arbres, qui n'étaient point magnétisés en les lui faisant embrasser, chacun pendant deux minutes , suivant ce qui avait été réglé par M. Deslon luimême.
M. Deslon présent et à une assez grande distance, dirigeait sa canne sur l'arbre réellement magnétisé.
Au premier arbre, le jeune homme interrogé au bout d'une minute a déclaré qu'il suait à grosses gouttes ; il a toussé, craché , et il a dit sentir une petite douleur sur la tête ; la distance à l'arbre magnétisé était environ de vingt-sept pieds.
Au second arbre , il se sent étourdi, même douleur sur la tête ; la distance était de trente-six pieds.
Au troisième arbre , l'étourdissement redouble ainsi que le mal de tête ; il dit qu'il croit approcher de l'arbre magnétisé ; il en était alors environ a trente-huit pieds.
LE MALADE TOMBE EN CRISE SOUS UN ARBRE QUI n'eST TAS MAGNETISE.
Enfin au quatrième arbre non magnétisé, et à vingt-quatre pieds environ de distance de l'arbre qui l'avait été, le jeune homme est tombé en crise ; il a perdu connaissance , ses membres se sont roiclis , et on l'a porté sur un gazon voisin , où M. Deslon lui a donné des secours et l'a fait revenir.
l'imagination a donc produit cette crise.
Le résultat de cette expérience est entièrement contraire au magnétisme. M. Deslon a voulu expliquer le fait, en disant que tous les arbres sont magnétisés par eux-mêmes , et que leur magnétisme était d'ailleurs renforcé par sa présence. Mais alors une personne sensible au magnétisme ne pourrait ha-
loute intelligence entre M. Deslon et son jeune homme, par la raison que c'eût été faire injure à cet estimable confrère? Est-ce que l'académie tout entière ne se serait pas récriée contre ces puérils scrupules? Eh bien! plus tard, nous aurons à relever de ses devoirs cet oubli complet de la part d'un rapporteur; nous le verrons négliger, repousser même toute mesure semblable pour ne pas faire injure à un magnétiseur.
sarcler d'aller dans un jardin sans risquer d'avoir des convulsions; cette assertion serait démentie par l'expérience de tous les jours. La présence de M. Deslon n'a rien fait de plus que ce qu'elle a fait dans le carrosse où le jeune homme est venu avec lui, placé vis-à-vis de lui, et où il n'a rien éprouvé. Si le jeune homme n'eût rien senti , même sous l'arbre magnétisé, on aurait pu dire qu'il n'était pas assez sensible, du moins ce jourlà; mais le jeune homme est tombé en crise sous un arbre qui n'était pas magnétisé ; c'est par conséquent un effet qui n'a point de cause physique , de cause extérieure , et qui n'en peut avoir d'autre que l'imagination. L'expérience est donc tout à fait concluante : le jeune homme savait qu'on le menait à l'arbre magnétisé, son imagination s'est frappée, successivement exaltée , et au quatrième arbre elle a été montée au degré nécessaire pour produire la crise (4).
D'autres expériences viennent à l'appui de celle-ci , et fournissent le même résultat. Un jour que les commissaires se sont tous réunis à Passy chez M. Franklin, et avec M. Deslon, ils avaient prié ce dernier d'amener avec lui des malades, et de choisir dans le traitement des pauvres ceux qui seraient le plus sensibles au magnétisme. M. Deslon a amené deux femmes ; et, tandis qu'il était occupé à magnétiser M. Franklin et plusieurs personnes dans un autre appartement , on a séparé ces deux femmes , et on les a placées dans deux pièces différentes.
(1) Cette interprétation est encore toute bienveillante ; elle fait connaître ce qu'il importait de savoir, c'est-à-dire que la crise n'avait pas été produite par l'influence du magnétisme; maintenant était-elle réellement due aux effets de l'imagination? le jeune homme s'était-il ainsi monté la tête d'arbre en arbre? ceci n'est guère probable; il n'y a rien, dans l'action d'embrasser successivement des troncs d'arbres, qui soit de nature à exalter bien vivement l'imagination. On pourrait peut-être trouvera cela une interprétation plus vraisemblable; ce jeune homme était un sujet appartenant à Deslon ; un de ces sujets qu'on ne produit que dans les occasions solennelles, où il importe de frapper un grand coup; nous verrons par la suite que tous les magnétiseurs ont sans cesse par devers eux des sujets de cette trempe; mais malheureusement ces sujets si précieux peuvent faillir; c'est ce qui est arrivé ici au sujet de Deslon, et ceci arrivera à bien d'autres, doués aussi de beaucoup de sensibilité, d'intelligence , de sang-froid , de perspicacité, d'adresse enfin.
HUITIÈME EXPÉRIENCE QUI DONNE LE MEME RESULTAT. UNE FEMME QUI CROIT ÊTRE MAGNÉTISÉE TOMBE EN CRISE.
L'une, la femme P..., a des taies sur les yeux; mais, comme elle voit toujours un peu, on lui a cependant couvert les yeux du bandeau décrit ci-dessus. On lui a persuadé qu'on avait amené M. Deslon pour la magnétiser; le silence était recommandé , trois commissaires étaient présents, l'un pour interroger, l'autre pour écrire , le troisième pour représenter M. Deslon. On a eu l'air d'adresser la parole à M. Deslon, en le priant de commencer, mais on n'a point magnétisé la femme ; les trois commissaires sont restés tranquilles, occupés seulement à observer ce qui allait se passer. Au bout de trois minutes , la malade a commencé à sentir un frisson nerveux; puis successivement elle a senti une douleur derrière la tête , dans les bras, un fourmillement dans les mains , c'est son expression ; elle se roidissait, frappait dans ses mains , se levait de son siège, frappait des pieds : la crise a été bien caractérisée. Deux autres commissaires placés dans la pièce à côté , la porte formée , ont entendu les battements de pieds et de mains , et , sans rien voir, ont été les témoins de cette scène bruyante.
NEUVIÈME EXPÉRIENCE QUI DONNE LE MEME RÉSULTAT. UNE FEMME QUI CROIT ÊTRE MAGNÉTISÉE A TRAVERS UNE PORTE TOMBE EN CRISE.
Ces deux commissaires étaient avec l'autre malade, la demoiselle B..., attaquée de maux de nerfs. On lui a laissé la vue libre et les yeux découverts; on l'a assise devant une porte fermée , en lui persuadant que M. Deslon était de l'autre côté, occupé à la magnétiser. Il y avait à peine une minute qu'elle était assise devant cette porte, quand elle a commencé à sentir du frisson ; après une autre minute , elle a eu un claquement de dents, et cependant une chaleur générale ; enfin, après une troisième minute , elle est tombée tout à fait en crise. La respiralion était précipitée, elle étendait les deux bras derrière le dos, en les tordant follement, et en penchant le corps en devant: il y a eu tremblement général de tout le corps; le claquementde dents est devenu si bruyant, qu'il pouvait être entendu de de-
DU MAGNÉTISME WIUAL. 65
hors ; elle s'est mordu la main , et assez fort pour que les dents soient restées marquées.
Il est bon d'observer qu'on n'a touché en aucune manière ces deux malades; on ne leur a pas même tâté le pouls, afin qu'on ne put pas dire qu'on leur avait communiqué le magnétisme, et cependant les crises ont été complètes. Les commissaires, qui ont voulu connaître l'effet du travail de l'imagination et apprécier la part qu'elle pouvait avoir aux crises du magnétisme, ont obtenu tout ce qu'ils désiraient. Il est impossible de voir l'effet de ce travail plus à découvert et d'une manière plus évidente que dans ces deux expériences (4). Si les malades ont déclaré que leurs crises sont plus fortes au traitement, c'est que l'ébranlement des nerfs se communique, et qu'en général toute émotion propre et individuelle est augmentée par le spectacle d'émotions semblables.
On a eu occasion d'éprouver une seconde fois la femme P..., et de reconnaître combien elle était dominée par son imagination. On voulait faire l'expérience de la tasse magnétisée ; cette expérience consiste à choisir dans un nombre de tasses une tasse que l'on magnétise. On les présente successivement à un malade sensible au magnétisme ; il doit tomber en crise , ou du moins éprouver des effets sensibles lorsqu'on lui présente la lasse magnétisée; il doit être indifférent à toutes celles qui ne le sont pas. Il faut seulement, comme l'a recommandé M. Deslon, les lui présenter à pôle direct, afin que celui qui lient la lasse ne magnélise pas le malade, et qu'on ne puisse avoir d'autre effet que celui du magnétisme de la tasse.
La femme P... a été mandée à l'Arsenal chez M. Lavoisier, où était M. Deslon ; elle a commencé par tomber en crise dans l'antichambre, avant d'avoir vu ni les commissaires ni M. Deslon; mais elle savait qu'elle devait le voir, et c'est un effetbien marqué de l' imagination.
(1) Inlerprélalion non moins bienveillante que dans le cas précédent ; mais enlin la vérité, le fait capital surgit encore ici d'une manière non moins évidente, savoir que le magnétisme n'a aucune part dans la production de ces accidents réels ou simulés.