COMPARAISON DES RESULTATS DE CES TROIS EXPERIENCES
Ces différentes expériences fournissent des faits propres à être rapprochés et comparés, et dont les commissaires ont pu tirer des conclusions. Sur quatorze malades, il y en a cinq qui ont paru éprouver des effets, et neuf qui n'en ont éprouvé aucun. Celui des commissaires qui avait la migraine et les pieds glacés n'a point éprouvé de soulagement du magnétisme, et ses pieds n'ont point été réchauffés. Cet agent n'a donc point la propriété qu'on lui attribue, de communiquer de la chaleur aux pieds. On annonce encore le magnétisme comme propre à faire connaître l'espèce et surtout le siège du mal, par la douleur que l'action de ce fluide y porte immanquablement. Cet avantage serait précieux ,1e fluide indicateur du mal serait un grand moyen dans les mains du médecin, souvent trompé par des symptômes équivoques (4); mais François Grenet n'a éprouvé quelque sensation et quelque douleur qu'à
(1) Assurément ce serait là un puissant moyen de diagnostic. Qu'est l'observation , a-t-on dit , si Ton ignore là où siège le mal ; or , si dans les manœuvres magnétiques, le fluide allait ainsi faire parler en quelque sorte l'organe souffrant, en exagérant tout simplement la douleur, ce serait là un beau résultat; et le magnétisme, n'eût-il que cet avantage serait chose bien précieuse et indispensable au médecin; mais ce résultat n'a pu être fourni par les magnétiseurs de l'époque pas plus que par les nôtres.
Mais on promettait bien plus de nos jours ; il ne s'agissait plus de rendre douloureux un organe déjà malade , mais bien, au moyen d'une bonne somnambule, de voir tout ce qu'il y avait au sein des viscères les plus profonds ; ainsi nous aurons à mentionner une somnambule qui voyait distinctement dans l'estomac de M. Marc, une autre dans ses propres entrailles, etc., etc. ; mais n'anticipons pas sur des événements aussi curieux.
l'œil le moins malade. Si l'autre œil n'avail pks été rôiige et tuméfié, on aurait pu le croire intact en jugeant d'après l'effet du magnétisme M. B... et madame de B..., tous les deux attaqués d'obstructions , et madame de B... très-gravement, n'ayant rien senti, n'auraient été avertis ni du siège ni de l'espèce de leur mal. Les obstructions sont cependant des maladies que Ton annonce comme plus particulièrement soumises à l'action du magnétisme, puisque, suivant la nouvelle théorie, la circulation libre et rapide de ce fluide parles nerfs, est un moyen de débarrasser les canaux et de détruire les obstacles, c'est-à-dire les engorgements qu'il \ rencontre. On dit ëti môme temps que le magnétisme est la pierre de touche de la santé : si M. B... et madame de B... n'avaient pas éprouvé les dérangements et les souffrances inséparables des obstructions, ils auraient été fondés à se croire dans la meilleure santé du monde. On en doit dire autant de l'officier américain : le magnétisme, annoncé comme indicateur des maux, a donc absolument manqué son effet.
La chaleur que M. M... a sentie à la rotule est un effet trop léger et trop fugitif pour en rien conclure. On peut soupçonner qu'il vient de la cause développée ci-dessus, c'est-à-dire de trop d'attention à s'observer; la même attention retrouverait des sensations semblables dans tout autre moment où le magnétisme ne serait pas employé. L'assoupissement éprouvé par madame de V... vient sans doute de la constance et de l'ennui de la même situation; si elle a eu quelque mouvement vaporeux, on sait que le propre des affections de nerfs est de tenir beaucoup à l'attention qu'on y fait; il suffit d'y penser ou d'en entendre parler pour les faire renaître. On peut juger de ce qui doit arriver à une femme dont les nerfs sont très - mobiles , et qui, magnétisée durant une heure dix-neuf minutes, n'a pendant ce temps d'autre pensée que celle des maux qui lui sont habituels. Elle aurait pu avoir une crise nerveuse plus considérable, sans qu'on dût en être surpris.
QUELQUES MALADES DU PEUPLE SONT LES SEULS QUI AIENT EPROUVE DES EFFETS. RAISONS DE DOUTER QUE CES EFFETS APPARTIENNENT AU MAGNETISME.
Il ne reste donc que les effets produits sur la femme Char-
pentier, sur François Grenet et sur Joseph Ennuyé, qui puissent paraître appartenir au magnétisme. Mais alors, en comparant ces trois faits particuliers à tous les autres , les commissaires ont été étonnés que ces trois malades , de la classe du peuple, soient les seuls qui aient senti quelque chose, tandis que ceux qui sont dans une classe plus élevée , doués de plus de lumières, plus capables de rendre compte de leurs sensations, n'ont rien éprouvé. Sans doute François Grenet a éprouvé de la douleur à l'œil et un larmoiement, parce qu'on a approché le pouce très-près de son œii(l); la femme Charpentier s'est plainte qu'en touchant à l'estomac la pression répondait à sa descente ; et cette pression peut avoir produit une partie des effets que la femme a éprouvés ; mais les commissaires ont soupçonné que ces effets avaient été augmentés par des circonstances morales.
Représentons-nous la position d'une personne du peuple, par conséquent ignorante, attaquée d'une maladie et désirant de guérir, amenée avec appareil devant une grande assemblée composée en partie de médecins, où on lui administre un traitement tout à fait nouveau pour elle, et dont elle se persuade d'avance qu'elle va éprouver des prodiges. Ajoutons que sa complaisance est payée, et qu'elle croit nous satisfaire davantage en disant qu'elle éprouve des effets , et nous aurons des causes naturelles pour expliquer ces effets (2); nous aurons du moins des raisons légitimes de douter que leur vraie cause soit le magnétisme.
LES ENFANTS QUI NE SONT TAS SUSCEPTIBLES DE PRÉVENTION NE SENTENT RIEN.
D'ailleurs on peut' demander pourquoi le magnétisme a eu ces effets sur des gens qui savaient ce qu'on leur faisait , qui pouvaient croire avoir intérêt à dire ce qu'ils ont dit , tandis
(1) C'était précisément ce que nous faisions pressentir tout à l'heure; non pas que les commissaires dussent s'y tromper , mais parce que de notre temps on eût pu trouver le fait très-sérieux.
(2) Comment pouvait-elle croire en ellel qu'on irait la payer de sa peine si elle ne trouvait rien à dire?
qu'il n'a eu aucune prise sur le petit Claude Renard (l),sur cette organisation délicate de l'enfance, si mobile et si sensible? La raison et l'ingénuité de cet enfant assurent la vérité de son témoignage. Pourquoi cet agent n'a-l-il rien produit sur Geneviève Leroux, qui était dans un état perpétuel de convulsions ? Elle a certainement des nerfs mobiles ; comment le magnétisme ne s'est-il pas manifesté, soit en augmentant , soil en diminuant ses convulsions ? Son indifférence et son impassibilité portent à croire qu'elle n'a rien senti, parce que l'absence de sa raison ne lui a pas permis déjuger qu'elle dût sentir quelque cliose.
ON SOUPÇONNE QUE i/lMAGINATION A PART AUX EFFETS PRODUITS.
Ces faits ont permis aux commissaires d'observer que !<■ magnétisme a semblé être nul pour Ceux des malades qui s'y sont soumis avec quelque incrédulité; que les commissaires, même ceux qui ont des nerfs plus mobiles , ayant détourné exprès leur attention, s'étant armés du doute philosopbique qui doit accompagner tout examen, n'ont point éprouvé les impressions qu'ont ressenties les trois malades de la classe du peuple, et ils ont dû soupçonner que ces impressions , en les supposant toutes réelles, étaient la suite d'une persuasion5 anticipée, et pouvaient être un effet de l'imagination. 11 en a résulté un autre plan d'expériences (2).
(1) Nous aurons plus lard à examiner des effets prétendus magnétiques, que M. Husson aurait observés chez un tout petit garçon, à organisation délicate aussi sans doute; mais qu'on se rassure, ces effets n'infirmeront en rien la conclusion actuelle.
(2) C'était là véritablement ce qu'il y avait à faire; une fois ce soupçon conçu, savoirqueces effets, tout insignifiants qu'ils étaient, pouvaient appartenir à l'imagination, il fallait entreprendre une nouvelle série d'épreuves dans ce sens; c'est ce que n'ont pas manqué de faire les commissaires. D'autres plus tard ne l'ont pas fait; pourquoi? Il serait difficile de le dire. Est-ce parce que le soupçon que les effets notés par eux pouvaient provenir de l'imagination ne leur est pas venu ? Ou bien est-ce parce qu'ils auraient craint de faire injure aux magnétiseurs qu'ils n'ont pas institué une série d'expériences dans ce sens? Cette dernière supposition est probable, car jamais ils n'ont pu se