‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 50 sur 107 · PROUVE CET EFFET DU REGARD · texte numérisé non relu

PROUVE CET EFFET DU REGARD

Ce pouvoir de la vue sur l'imagination explique les effets que la doctrine du magnétisme attribue au regard. Le regard a éminemment la puissance de magnétiser; les signes, les gestes employés ne font communément rien , a-t-on dit aux commissaires, que sur un sujet dont on s'est précédemment emparé, en lui jetant un regard. La raison en est simple ; c'est dans les yeux, où sont déposés les traits les plus expressifs des passions, c'est là que se déploie tout ceque le caractère a de plus imposant et de plus séducteur (2). Les yeux doivent donc avoir un grand pouvoir sur nous ; mais ils n'ont ce pouvoir que parce qu'ils ébranlent l'imagination , et d'une manière ou plus ou moins exagérée suivant la force de cette imagination. C'est donc au regard à commencer tout l'ouvrage du magnétisme ; et l'effet en est si puissant, il a des traces si profondes, qu'une femme nouvellement arrivée chez M. Deslon, ayant rencontré en sortant de crise les regards d'un de ses disciples qui la magnétisait, le lixa pendant trois quarts d'heure. Elle a été longtemps poursuivie par ce regard; elle voyait toujours devant elle ce même œil attaché à la regarder ; et elle l'a porté constamment dans son imagination pendant trois jours, dans le

(1) Cette expérience semble aussi montrer que la demoiselle ne voulait commettre aucune erreur; qu'il lui fallait comme signal de son mutisme et la voix et le geste visible de son magnétiseur; à vrai dire, cette expérience ne prouve absolument rien.

(2) II y a encore une autre raison bien simple; c'est que le regard échangé entre le magnétiseur et son sujet constitue par-dessus tout un moyen inlïiillible de connivence et d'intelligence pour la réussite de leurs expériences.

sommeil comme dans la veille On voil loin ce que peut produire une imagination capable de conserver si longtemps la même impression, c'est-à-dire, de renouveler elle-même et par sa propre puissance, la même sensation pendant trois jours.

CES EXPERIENCES SONT UNIFORMES ET DECISIVES ; ELLES PROUVENT QUE L IMAGINA- TION SUFFIT POUR PRODUIRE LES EFFETS ATTRIBUES AU MAGNETISMF,

Les expériences qu'on vient de rapporter sont uniformes et sont également décisives; elles autorisent à conclure que l'imagination est la véritable cause des effets attribués au magnétisme (1). Mais les partisans de ce nouvel agent répondront peut-être que l'identité des effets ne prouve pas toujours l'identité des causes. Ils accorderont que l'imagination peut exciter ces impressions sans magnétisme; mais ils soutiendront que le magnétisme peut aussi les exciter sans elles. Les commissaires détruiraient facilement cette assertion par le raisonnement et par les principes de la physique : le premier de tous est de ne point admettre de nouvelles causes , sans une nécessité absolue. Lorsque les effets observés peuvent avoir été produits par une cause existante, et que d'autres phénomènes ont déjà manifestée, la saine physique enseigne que les effets observés doivent lui être attribués ;et, lorsqu'on annonce avoir découvert une cause jusqu'alors inconnue, la saine physique exige également qu'elle soit établie, démontrée par des effets qui n'appartiennent à aucune cause connue, et qui ne puissent être expliqués que par la cause nouvelle. Ce serait donc aux partisans du magnétisme à présenter d'autres preuves, et à chercher des effets qui fussent entièrement dépouillés des illusions de l'imagination. Mais comme les faits sont plus démonstratifs que le raisonnement, el ont une évideneequi frappe davantage, les commissaires ont voulu éprouver par l'expé-

(1) Il y a une troisième hypothèse, peu évidente dans les expériences faites par Deslon, mais qui le deviendra bien davantage quand il s'agira d'autres magnétiseurs, ou, si Ton veut, quand il s'agira d'autres sujets; c'est la supercherie, la simulation des effets ; ainsi il y aura à démêler ce qui pourrait être rapporté au magnétisme, à l'imagination et à la simulation.

rience, ce que serait le magnétisme lorsque l'imagination n'agirait pas.

QUATORZIÈME EXPERIENCE, QUI PROUVE QUE I,B MAGNETISME NE TRODUIT RIEN SANS Ii'lMAGIKATlON.

On a disposé dans un appartement deux pièces continues et unies par une porte de communication. On avait enlevé la porte, et on lui avait substitué un châssis, couvert et tendu d'un double papier. Dans l'une de ces pièces était un des commissaires pour écrire tout ce qui se passerait , et une dame annoncée pour être de province, et pour avoir du linge à faire travailler. On avait mandé la demoiselle B.., ouvrière en linge, déjà employée dans les expériences de Passy , et dont on connaissait la sensibilité au magnétisme. Lorsqu'elle est arrivée, tout était arrangé de manière qu'il n'y avait qu'un seul siège où elle put s'asseoir, et ce siège était placé dans l'embrasure de la porte de communication où elle s'est trouvée comme dans une niche.

Les commissaires étaient dans l'autre pièce, et l'un d'eux, médecin , exercé à magnétiser, et ayant déjà produit des effets , a été chargé de magnétiser la demoiselle B... à travers le châssis depapier. C'est un prineipe(l)dela théorie du magnétisme, que cet agent passe à travers les portes de bois, les murs, etc. Un châssis de papier ne pouvait lui faire obstacle; d'ailleurs M. Deslon a établi positivement que le magnétisme passe à travers le papier ; et la demoiselle B... était magnétisée comme si elle eût été à découvert et en sa présence.

Elle l'a été en effet , pendant une demi-heure, à un pied et demi de distance à pôles opposés, en suivant toutes les règles enseignées par M. Deslon, et que les commissaires ont vu pratiquer chez lui. Pendant tout ce temps , la demoiselleB... a fait gaiement la conversation; interrogée sûr sa santé, elle a répondu librement qu'elle se portait fort bien : à Passy, (die est tombée en crise au boni de trois minutes ; ici elle a supporté h' magnétisme sans aucun effet pendant trente minutes. Ces! qu'ici elle ignorait être magnétisée , et qu'à Passy elle croyait l'être. On

(1) Principe dont l'un de nous, comme commissaire, a vu aussi tenter des applications; on en dira plus tard les résultats.

voit donc que l'imagination seule produit tous les effets attribués au magnétisme ; et lorsque l'imagina lion n'agit pas , il n'y a plus d'effets (1).

QUINZIÈME EXPÉRIENCE, QUI TROUVE QUE i/lMAGINATION AGIT TOUR PRODUIRE DES CRISES.

On ne peut faire qu'une objection à cette expérience; c'est que la demoiselle B... pouvait être mal disposée, et se trouver moins sensibledans ce moment au magnétisme. Les commissaires ont prévu l'objection, et onlfaiten conséquence l'expérience suivante. Aussitôt qu'on a cessé de magnétisera travers le papier, le même médecin-commissaire a passé dans l'autre pièce; il lui a été facile d'engager la demoiselle B... à se laisser magnétiser. Alors il a commencé à la magnétiser, en observant comme dans l'expérience précédente, de se tenir à un pied et demi de distance, de n'employer que des gestes, et les mouvements du doigt index et de la baguette de fer , car s'il eût appliqué les mains et touché les hypocondres , on aurait pu dire que le magnétisme avait agi par cette application plus immédiate. La seule différence qu'il y a eu entre ces deux expériences , c'est que dans la première il a magnétisé à pôles opposés en suivant les règles , au lieu que dans la seconde il a magnétisé à pôles directs et à contre-sens. En agissant ainsi, on ne devait produire aucun effet , suivant la théorie du magnétisme.

Cependant, après trois minutes, lademoiselleB... a senti un malaise, de l'étouffement; il est survenu successivement un hoquet entrecoupé, un claquement de dents, un serrement à la gorge, un grand mal de tête ; elle s'est agitée avec inquiétude sur sa chaise; elle s'est plainte des reins; elle frappaitquelquefois prestement de son pied sur le parquet; puis elle étendait

(1) Il n'y a qu'une modification à faire à celte conclusion, ou plutôt un élément dont il faudrait encore tenir compte, c'est la simulation; nous l'avons déjà dit ; ainsi, dans tous les cas, il est clair qu'il faut écarter toute influence prétendue magnétique, mais il est possible que l'imagination n'ait pas seule fait tous les frais de ces étranges phénomènes; quelques-uns de ces sujets pouvaient avoir intérêt à feindre ce qu'ils n'éprouvaient pas réellement ; c'est là une hypothèse très-vraisemblable et qui méritait examen.

Il HISTOIRE ACADÉM1QT 1

ses bras derrière le dos, en les tordant forlemejit comme à Passy ; en un mot la Crise convulsive a été complète et parfaitement caractérisée. Elle a eu tous ces accidents en douze minutes, tandis que le même traitement employé pendant (renie minutes l'a trouvée insensible. Il n'y a de plus ici que l'imagination , c'est donc à elle que ces effets appartiennent (1).

SEIZIEME EXPERIENCE , QUI PROUVE QUE L IMAGINATION AGIT EGALEMENT POUR PRODUIRE DES CRISES.

Si l'imagination a fait commencer la crise, c'est encore l'imagination qui l'a fait cesser. Le commissaire qui la magnétisait a dit qu'il était temps de finir ; il lui a présenté ses deux doigts index en croix; et il est bon d'observer que par là il la magnétisait à pôles directs comme il avait fait jusqu'alors; il n'y avait donc rien de changé, le même traitement devait continuer les mêmes impressions. Mais l'intention a suffi pour calmer la crise; la chaleur et le mal de tête se sont dissipés. On a toujours poursuivi le mal déplace en place, en annonçant qu'il allait disparaître. C'est ainsi qu'à la voix qui commandait à l'imagination la douleur du cou a cessé, puis successivement les accidents à la poitrine, à l'estomac et au bras. Il n'a faullu que trois minutes, après lesquelles la demoiselle B... a déclaré ne plus rien sentir et être absolument dans son état naturel.

(1) Il paraît qu'à celte première époque de la science magnétique les convulsions élaienl dans les usages, dans les habitudes des sujets ; aujourd'hui c'est le somnambulisme: ainsi nous voyons que dans cette génération de magnétisme, c'est-à-dire avant la révolution, dès que le magnétisme commençait à opérer, il y avait claquement de dents, claquement qu'on pouvait entendre à distance; puis on se tordait les bras, on agitait les jambes, etc.; maintenant, quand le magnétisme commence à agir, les sujets ferment les yeux, font quelques pandiculations, quelques bâillements, et puis s'endorment; du reste les choses se passent assez uniformément dans les deux cas.

Il y a toutefois une petite circonstance qui doit encore être signalée, c'est qu'autrefois dans l'interprétation rationnelle des faits, l'imagination devait être plus souvent invoquée; pour rendre compte des marques d'effroi, des spasmes, ûa convulsions, ceci pouvait plutôt se concevoir ; aujourd'hui il est plutôt à présumer qu'il y a supercherie; nous en fournirons les preuves.

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Ces dernières expériences, ainsi que plusieurs de celles qui ont été faites chez M. Jumelin, ont le double avantage de démontrer à la fois et la puissance de l'imagination et la nullité du magnétisme dans les effets produits (-1).

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