FAITS QUI AJOUTENT A LA FORCE DE LA DEMONSTRATION PRECEDENTE
1° Il est peu de personnes qui, dans le recueillement, et par une attention fixée sur leur état actuel, ne s'aperçoivent de sensations qu'elles n'auraient pas remarquées sans ce retour réfléchi sur elles-mêmes (4).
2° Il n'y a, suivant M. Deslon , que les sujets plus sensibles que le commun des hommes, ceux qui sont dans un état de maladie ou qui en portent en eux le germe, qui éprouvenl des sensations internes.
Mais de tels sujets sont très-susceptibles d'impressions multipliées; ils sont plus soumis au pouvoir de l'imagination, et
(1) Cette remarque avait été faite dans le rapport de Bailly, elle ne pouvait échapper à des médecins ; l'un de nous a prouvé dans un traité ex professo (Histoire de l'hypochondrie) que cette attention soutenue et inquiète , concentrée, repliée en quelque sorte sur ses propres fonctions, est une source féconde de sensations étranges, et par suite d'accidents graves; que l'attention en effet soit toute concentrée sur l'estomac, qu'un individu se mette ainsi à écouter son estomac digérer, il n'en faut pas davantage pour perturber cette fonction, et ainsi pour la plupart des autres. Donc les sensations réellement perçues parles patients ne pourraient donner que des témoignages infidèles.
par conséquent plus exposés à se tromper sur la nature et les causes de ce qu'ils ressentent.
RÉSULTATS DES EXPERIENCES QUE NOUS AVONS FAITES POUR CONST \TE R LES EFFETS DE CE QU'ON APPELLE MAGNETISME ANIMAL.
Le but de nos expériences a été surtout de déterminer quel serait l'effet des procédés du prétendu magnétisme animal sur des personnes placées dans des circonstances telles , qu'elles fussent soustraites par un moyen quelconque à l'influence de l'imagination (1).
■1° Doux hommes, dont l'un, encore jeune, était né très-sensible, très-irritable, dont l'autre, plus âgé, était dans un état de maladie, déclaraient éprouver des sensations dans des parties sur lesquelles on dirigeait le doigt ou un conducteur; leurs sensations paraissaient répondre aux divers mouvements que l'on exécutait. Nous leur avons bandé les yeux, et, pendant tout le temps que nous les avons privésde la lumière, les sensations que ces deux hommes ont déclaré éprouver n'ont plus répondu régulièrement aux divers mouvements que nous exécutions, lis ont souvent nommé une partie comme le siège d'une sensation, tandis qu'on agissait sur une région très-éloignée, dans laquelle ils ont dit ne rien ressentir.
2" A ces premières expériences nous avons ajouté les suivantes, qui nous ont paru devoir mériter une grande attention. Nous avons cessé toutes les opérations susdites à l'égard de ces Jeux sujets , mais sans qu'ils s'en aperçussent; et, pensant que nous continuions le procédé du magnétisme, ils ont, pendant cette interruption, qui a été de longue durée, déclaré qu'ils éprouvaient des sensations en différentes parties. Enfin le résultai à été que ces deux hommes, soumis aux expériences que nous avons faites, qui, jouissant de la Faculté devoir,
(1) Les expériences qui vont être relatées ici par les commissaires ne sont autres i|iie les éternelles déceptions éprouvées par tous les magnétiseurs dès qu'ils viennent à opérer au grand jour, c'est-à-dire devant des hommes sévères; à chaque époque, et pour chaque magnétiseur, nous aurons de semblables décep- I ions à signaler; et cependant les magnétiseurs ne se décourageront pas, c'est que, disent-ils, des milliers de fails négatifs ne peuvent infirmer un seul fait positif; à la honneheure : mais depuis pi os d'an demi-siècle nous attendons ce l'ail unique.
I)L MAGNÉTISME AJNIMAL. 109
n'avaient ordinairement éprouvé des sensations <|lic dans les parties sur lesquelles nous agissions, pendant qu'ils ont eu les yeux bandés, oui plus souvent annoncé des sensations qui ne répondaient pas aux mouvements que nous exécutions qu'ils n'ont rencontré jusle à cet égard.
3° Nous avons répété plusieurs fois el varié sur divers sujets sains el malades l<s expériences dont nous venons de rendre compte, et les résultats ont toujours élé les mêmes.
4° Les deux faits suivants nous ont paru devoir être exposés séparément.
Une femme à laquelle ou présentait le doigt ou un conducteur se plaignait d'angoisses et de malaise, dès qu'elle les voyait dirigés vers elle en devant, ou qu'elle s'apercevait qu'on les lui présentait par derrière : elle priait que l'on cessai d'agir à son égard, assurant qu'elle était prèle à se trouver mal.
Un de nous , ayant arrêté les regards de cette femme sur un objet, et fixé son attention par ce moyen, un autre lui a présenté par derrière le doigt pendant dix minutes sans qu'elle s? en soit aperçue, et sans qu'elle ait dit avoir éprouvé aucune sensation.
Une demoiselle de seize ans , privée de l'exercice libre des facultés intellectuelles, sujette à des attaques d'épilepsie qui se renouvellent tous les trois ou quatre jours , a élé soumise aux différents procédés du magnétisme animal pendant soixante-cinq minutes; elle n'en a éprouvé aucun effet: au moins elle ne l'a pas fait connaître à sa gouvernante, qui est accoutumée à juger de ses sensations ; el il ne lui esl point survenu d'accès d'épilepsie, comme les partisans du magnétisme animal disent qu'il doit arriver le plus souvent à ceux qui y sont sujets. En effet, le retour de l'épilepsie peut avoir lieu pour les personnes qui jouissent de leurs facultés intellectuelles, qui réfléchissent sur leur état, sur ce que l'on pratique à leur égard, tandis qu'il ne s'opérera poinl dans celles qui sont privées de réflexion et d'intelligence; ce qui est une preuve de plus de l'influence de l'imagination el des causes morales dans les circonstances de cette nature (1).
(1) Ainsi voilà tout un ordre de prélendues preuves frappées de nullités