DU LIEU OU L ON MAGNETISE
1° Un vaisseau de bois lèrmé en dessus, fort grand, de forme ovale, d'environ vingt-quatre pouces de haut, auquel on a donné le nom de baquet, occupe le milieu de la pièce où l'on magnétise.
Le couvercle qui ferme le baquet est percé sur ses bords et dans toute sa circonférence de trous d'où s'élèvent des tringles de fer poli , de la grosseur du doigt , terminées en pointe mousse et arrondie, recourbées et alternativement les unes plus courtes, les autres plus longues. On plonge à volonté l'extrémité des tringles dans le baquet, et on les retire , on les ôte de même quand on le veut.
A la base des tringles sont attachées de longues cordes , à peu près de la même grosseur que les tringles.
2° Les malades se placent autour du baquet : ils sont assis sur des chaises chacun séparément , et forment , suivant leur nombre , un , deux ou trois rangs. Ils dirigent, chacun vers la partie qui est regardée comme le siège de leur mal, l'extrémité d'une des tringles de fer, et ils l'y appliquent. Us font en même temps plusieurs circonvolutions de la corde attachée à la tringle, autour des parties dans lesquelles ils ont coutume d'éprouver des douleurs, ou qu'ils croient affectées de la maladie.
Le baquet est regardé par les personnes qui emploient le
magnétisme animal comme propre à rassembler, à concentrer le fluide on agent dont elles supposent l'existence, et, suivant ces mêmes personnes, il en est le réservoir. Les tringles et les cordes sont considérées comme des conducteurs. Il est important de dire que nous n'avons reconnu, et qu'il ne nous a été fourni aucune preuve de ces assertions; aussi le baquet n'cst-il pas réputé nécessaire, et n'est-il regardé que comme un accessoire dont on peut se passer (1).
3° On tient fermées les portes et les fenêtres du lieu où l'on magnétise; des rideaux n'y laissent pénétrer qu'une lumière douce et faible; on observe le silence dans la pièce, ou l'on n'y parle qu'à demi-voix; on recommande d'y éviter le tumulte.
11 résulte des précautions que l'on observe : i° que l'atmosphère s'y échauffe , qu'on y respire un air pesant et altéré , tel que celui de tous les lieux fermés où l'on rassemble un grand nombre de personnes ; 2° que l'aspect de la pièce dispose à la réflexion et à la méditation; le spectacle qu'on y a sous les yeux est, en général, celui de personnes qui souffrent dont l'extérieur est triste; on n'est distrait de ce tableau que par les manipulations qu'exécutent ceux qui magnétisent, ou par l'agitation et les mouvements des magnétisés qui tombent en convulsions : le calme qui règne n'est interrompu que par des bâillements, des soupirs, des sanglots, des plaintes, quel-
(1) Il est important de noter ce fait ; car, lorsque de nos jours on a voulu se débarrasser de ces deux rapports accablants pour le magnétisme animal , celui fait à l'académie des sciences et celui tait à la société royale, on a dit que le magnétisme sur lequel ces rapports avaient été faits n'était pas le magnétisme dont on s'occupe aujourd'hui, puisque alors il étaitbesoin du baquet pour produire des effets (voyez le premier rapport de M.Husson) ;»ous avons vu que celte objection est nulle puisque Jumelin , qui opérait devant les commissaires de l'académie des sciences, ne se servait pas de baquets, et qu'il se contentait d'exercer des passes à dislance ou immédiatement. Ici la déclaration est explicite : le baquet n'est qu'un accessoire, un objet de luxe; on peut s'en passer, les effets n'en ont pas moins lieu.
Mais reste toujours la grande différence des crises et du somnambulisme; différence énorme, inexplicable si les phénomènes compris sous ces deux dénominations étaient réels, mais, différence nulle, si ces deux sortes de phénomènes sont simulées ou suggérées par les magnétiseurs; or c'est là ce que nous aurons à examiner.
quefois des cris, enfin par les différentes expressions de l'ennui ou de la douleur (1).
II y a dans quelques pièces un forte-piano sur lequel on exécute un petit nombre d'airs , surtout vers la fin des séances.
4° Des domestiques apportent pour boisson aux malades , suivant qu'ils le demandent, de l'eau dans laquelle on fait dissoudre de la crème de tartre (a).
DES PARTIES QUK l'on MAGNÉTISE.
Il y a, comme nous l'avons énoncé, deux manières de magnétiser : le contact immédiat et la direction du doigt ou d'un conducteur à quelque distance (2).
1° Le procédé le plus ordinaire , quand on magnétise par contact , consiste à appliquer les mains sur les hypocondres, en dirigeant l'extrémité des pouces vers l'ombilic.
On applique souvent les pouces ou l'extrémité de l'un et l'autre doigt index sur Vépigastre ; on est aussi dans l'usage de poser les mains sur la région des reins , surtout lorsqu'on magnétise les femmes (3).
Les autres parties que l'on touche sont déterminées par le siège du mal ; mais , sur quelque partie que l'on agisse , outre le contact , on exécute encore des frictions plus ou moins longues dans lesquelles on appuie plus ou moins , et elles ont
(1) Nous avons décrit ces scènes lorsqu'il a été question de Mesmer ; c'était le beau temps des crises ; ici les scènes ne sont plus aussi pittoresques.
(a) On sait que cette substance est légèrement purgative, surtout lorsqu'on en fait un usage habituel ; de là des garde-robes attribuées au magnétisme.
(2) Aujourd'hui le procédé le plus ordinaire consiste dans la direction non plus du doigt, mais des mains à quelque distance, c'est là ce qu'on nomme passes et courants', il y a les petits et les grands courants. Dans le rapport de M. Husson nous aurons une description complète de ces procédés.
(3) Rien d'étonnant alors si M. le lieutenant de police a iini par intervenir dans la pratique du magnétisme animal. Quelle époque, bone Deus! que celle où les femmes de la haute société couraient ainsi autour d'un baquet, pour se livrer aux manipulations des magnétiseurs; de ces magnétiseurs dont l'usage était de poser ainsi les mains sur la région des reins !
lieu particulièrement sur les régions ombilicale et épigastrique.
2° On magnétise à une certaine distance en présentant le doigt ou un conducteur sous les narines , à la bouche , aux yeux, sur le bas du cou et en arrière entre les épaules; on présente aussi le doigt ou le conducteur sur le sincipul, sur le front ou derrière la tête ; on porte encore souvent le doigt ou le conducteur suivant la direction des bras, le long des côtés du corps, et sur les cuisses et les jambes ; quelquefois on rassemble les doigts allongés sans les réunir et on secoue la main , comme si on faisait des aspersions (1) précipitées du fluide que l'on suppose émaner des doigts que l'on agite.
Lorsque les malades sont tombés en convulsions , on continue ordinairement de les magnétiser par contact avec une main , et à une certaine distance , par le moyen de l'autre main. Pendant la durée de cette dernière opération , les malades ont par intervalles des rémissions et des accès de convulsions.