DE L'UN DES COMMISSAIRES CHARGÉS PAR LE ROI
« J'ai été nommé, le 5 avril 1784, pour examiner la doctrine, les procédés et les effets du magnétisme animal pratiqué par M. Deslon. Le rapport de MM. Mauduyt, Andry et Caille, avec lesquels j'étais chargé de cet examen, n'a point été signé par moi, et je dois compte de mes motifs, pour qu'on ne me prête point une opinion différente de la mienne.
» Il m'a paru que la commission dont nous étions chargés exigeait de nous, non pas un simple jugement fondé sur quelques faits isolés, mais un exposé méthodique de faits nombreux et variés, propres à éclaircir la question, à éclairer le gouvernement et le public, et à déterminer l'opinion de l'un et de l'autre (1).
» Les partisans du magnétisme annoncent une grande cause, un agent ou fluide universel, existant dans toute la nature, formant dans les corps animés le principe de vie, pouvant se transmettre de l'un à l'autre, et produisant, au moyen de cette communication, des effets plus ou moins sensibles. Ces effets, s'ils ont lieu , supposent une action déterminée et un agent quelconque; ils peuvent être salutaires, ou nuisibles, ou indifférents au corps qui les ressent.
» Sans remonter à une théorie peut-être trop sublime, l'objet des commissaires doit être de vérifier les effeis, d'en reconnaître la cause immédiate, d'en déterminer l'utilité médicale.
(1) Ceci avait également paru sans cloute aux autres commissaires , et ne pouvait être assurément un sujet de dissidence.
DU MAGNÉTISME ANIMAL. i '|7
Avant d'examiner ou d'admettre une brillante hypothèse, un système nouveau, il est sage de s'assurer auparavant de la réalité des principes qui lui servent de base. Nous avons vu d'abord, chez M. Deslon, une partie des effets qui se sont reproduits à nos yeux sous différentes formes (1).
» Le baquet, les fers courbes dirigés sur les malades, la corde qui les unit, la baguette de fer, sont les instruments connus du magnétisme, auxquels on attribue la propriété de concentrer le fluide répandu dans l'air, de le transmettre à chaque individu, et de le faire circuler de l'un à l'autre. Cette action est augmentée par les procédés magnétiques, qui tantôt concourent avec l'appareil précédent, tantôt sont employés seuls. Us consistent en frottements, contacts simples, mouvements directs de la baguette ou seulement du doigt, sur la personne que l'on magnétise. Parmi les effets qui en résultent, les uns sont internes, et ne peuvent être connus que par le rapport de celui qui les éprouve : tels sont la chaleur à la partie du corps en contact avec le fer sortant du baquet ; la circulation sentie d'un fluide, favorisée par la chaîne des malades disposés en cercle et se tenant tous par la main; l'impression de chaleur ou de froid, de malaise ou de bien-être, excitée par les procédés décrits. Les autres, obtenus par les mêmes moyens continués, sont externes, et se manifestent au dehors par les bâillements, moiteur, sueur, larmes, ris, agitation, mouvements convulsifs légers ou graves, sommeil, perte ou suspension des sens, anéantissement, évacuation de divers genres.
» On nous a communiqué les procédés au moyen desquels nous pouvions exciter des sensations pareilles à celles dont nous étions témoins. Quelques-uns de nous ont essayé d'agir; d'autres se sont contentés d'être juges et spectateurs. Des effets reproduits par nous-mêmes ne pouvant être niés, mais n'étant pas toujours constants, uniformes et correspondants à notre manière d'opérer, nous avons pu soupçonner une cause variable, différente de celle qu'on annonçait. C'était, selon les professeurs de cette doctrine, un fluide répandu dans les corps
(1) Ce préambule obligé n'établit rien de nouveau; ce sont là des sentiments dont les autres commissaires étaient également pénétrés.
animés, s' échappant par tous les points de leur surface : il fallait constater l'existence de ce fluide (4).
» On a demandé des preuves physiques de cette existence. M. Deslon a avouéqu'il n'en connaissait aucune, que nul moyen ne pouvait le faire tomber sous les sens; il a ajouté que l'action de ce fluide sur le corps vivant était la seule preuve de son existence ; qu'il avait négligé toute autre démonstration ; que son objet étant uniquement la recherche d'un nouveau moyen de guérir, il avait tourné toutes ses vues vers ce seul point (2).
» Ce genre de preuves devenait peut-être incertain et insuffisant, parce que les partisans de l'opinion contraire pouvaient attribuer les effets à l'impression produite par le contact immédiat, ou par le frottement; et dans la supposition où ces effets auraient lieu sans contact, ce qui est plus rare, ils trouveraient encore la cause dans une imagination plus ou moins exaltée. Il fallait donc, pour les expériences décisives, renoncer à tout frottement qui peut être regardé lui-même comme cause indépendante du magnétisme. L'attouchement exercé par une large surface, ou par une forte pression, diffère beaucoup de celui qui n'a lieu que par léger rapprochement d'une petite surface, telle que l'extrémité du doigt ou d'une baguette: le premier, ayant quelque rapport avec le frottement, doit encore être exclu; mais on peut admettre le second, en évitant de confondre ses effets avec ceux qui sont produitssans attouchement, et de leur donner la même valeur dans rémunération des preuves. Un troisième point essentiel consiste à se mettre en garde contre l'imagination des personnes soumises aux expériences, soit en agissant sur elles à leur insu, soit en choisissant pour ces preuves des enfants, des hommes privés déraison, ou même des animaux. Sans cette précaution, la question resterait indécise; les adversaires du magnétisme attribueraient tout à l'imagination, et ses partisans seraient en droit d'objecter que leur opinion n'est pas mieux fondée que celle qui admet le fluide magnétique (3).
(1) Jusque là de Jussieu ne s'engage pas , et avec raison ; il fait seulement connaître quelles étaienllesprétentionsde MM. les professeurs de cette doctrine.
(2) La majorité de la commission avait dit précisément les mêmes choses.
(3) Ces conditions avaient été indiquées par les commissaires de l'académie
>> Suivant ceux-ci, l'influence de cet agent ne se manifeste pas indifféremment sur toute personne; elle est plus sensible sur certains êtres malades, ou délicatement organisés. Il en résulte que les expériences sur les personnes très-saines, el même celles qui seraient faites sur peu de malades, ne décideraient point la question, si aucun d'eux n'éprouvait quelque sensation. Ces preuves négatives sont admissibles, quand on ne leur oppose aucun fait contraire ; mais des effets observés devaient être attaqués par d'autres moyens. Ne convenait-il pas plutôt d'établir le premier lieu des observations dans des salles de traitement, où beaucoup de malades sont réunis, où l'on peut voir beaucoup, connaître successivement tous les détails des procédés, saisir toutes les nuances passagères et les contrariétés des sensations et de leurs résultats, en un mot noter tous les effets qui auraient mérité d'être véritiés méthodiquement (1). Ce premier examen devait être suivi d'expériences isolées, authentiques et répétées plusieurs fois, propres à constater les faits principaux observés précédemment. Cette marche m'a paru la meilleure (2) : j'ai fréquenté les salles de M.Deslon. Pour éviter l'illusion, j'ai voulu beaucoup voir, el opérer souvent moi-même; et, quoique occupé ailleurs par des travaux plus agréables et des fonctions publiques, j'ai donné à celles-ci un temps assez considérable. Dans l'intervalle, quelques expériences ont été faites en commun par lescommis-
des sciences; ils avaient opéré en les observant, et il ne leur en avait pas moins été démontré que souvent tout devait être rapporté à l'imagination.
(1) Les salles de traitement public étaient un fort mauvais lieu pour des expériences ou même pour des observations rigoureuses; il suffit de lire les descriptions des scènes grotesques qui s'y passaient, pour avoir la conviction que des commissaires qui se respectaient ne pouvaient véritablement y remplir le rôle d'observateurs; que si même ils s'y étaient résignés, le tumulte , les vociféralions des uns , les agitations furieuses des autres, etc., tout les aurait empêché de discerner ce qu'il y avait do réel dans cette cohue et ce qu'il y avait de simulé.
(2) Ce que nous venons de dire est tellement vrai , que de Jussieu lui-même sent aussitôt la nécessité de contrôler les observations confuses et tumultueuses laites dans les salles publiques, par des observations isolées, authentiques, comme il le dit fort bien , et répétées plusieurs l'ois, ce qui prouve que les premières observations auraient été, de son aveu , bien peu concluantes.
saires ; elles leur ont paru suffisantes pour établir un jugement auquel je n'ai pas souscrit (1). Obligé maintenant de donner mon avis sans multiplier les épreuves, je ne puis me dispenser de présenter ici les faits particuliers observés par moi, concurremment avec les expériences faites en commun. Ils seront énoncés brièvement, avec impartialité, et serviront peut-être de base à des conséquences simples, conformes aux principes de la physique.
» Parmi les faits à exposer, j'en distinguerai de quatre ordres : 4° les faits généraux et positifs, dont on ne peut rigoureusement déterminer la vraie cause; 2° les faits négatifs, qui constatent seulement la non-action du fluide contesté ; 3" les faits, soit positifs, soit négatifs, attribués à la seule imagination; 4° les faits positifs qui paraissent exiger un autre agent (2).
» 4° Faits généraux. Les malades, abandonnés à leur liberté, à leur imagination, et soumis aux traitements magnétiques, éprouvent des sensations, les unes communes à plusieurs individus, les autres particulières à quelques-uns. Elles paraissent dépendre de l'action étrangère exercée sur eux ; mais on peut aussi les attribuer à d'autres causes. L'exposition suivante donnera une idée exacte des effets les plus ordinaires qui ont
(1) Non pas au jugement sur le magnétisme animal, car de Jussieu y souscrit complètement; on va voir plus loin qu'il n'attribue aucune réalité à cette prétendue doctrine, mais au jugement sur les causes physiques; il croit avoir trouvé, lui, des conséquences plus conformes aux principes de la physique.
(2) De sorte qu'à proprement parler, nous n'avons réellement à nous occuper que des faits de celte quatrième catégorie. Que tenons-nous en effet à faire bien sentir ici dans ces notes? deux sortes de choses, 1° et c'est le point capital de cet ouvrage , qu'on n'a jamais administré aux hommes éclairés et consciencieux des preuves positives de l'existence d'un agent magnétique; 2° que de Jussieu, pour sa part, a jugé insuffisantes les preuves qui lui ont été administrées comme telles, et qu'il a , comme ses collègues, formellement répudié la prétendue doctrine du magnétisme animal ; donc nous n'avons pas à nous occuper 1° des faits observés par de Jussieu dont on ne saurait assigner la vraie cause; 2° des faits négatifs, c'est-à-dire qui prouvent la non-action d'un fluide magnétique ; 5" des faits qu'on peut rapporter à l'imagination.
Par ces raisons, notre lâche se trouve ici abrégée ; nous pourrions passer immédiatement aux faits qui, suivant de Jussieu, paraîtraient exiger un autre agent. Nous nous bornerons à de très-courtes remarques sur les conclusions.
lieu dans ce traitement, et sera terminée par quelques observations relatives à cette pratique.
» Plusieurs malades assurent que le fer du baquet, le contact môme léger, le doigt ou la baguette dirigés sur eux, impriment sur la partie magnétisée, et quelquefois sur d'autres organes, tantôt une impression de chaleur et plus rarement de froid, tantôt une douleur ou d'autres sensations moins caractérisées. Quelques-uns, plus faciles à émouvoir, croient sentir l'influence du doigt et de la baguette à des distances plus considérables, le pouvoir de l'œil qui les iixe, et l'action de la corde ou de la chaîne qui unissent le cercle des malades. Les corps qu'onleur présente dans une certaine direction ont pour eux une odeur particulière ,qui devient différente dans une direction opposée.
» Ces effets internes ne pouvant être vérifiés par l'observateur, je passe à ceux qui sont extérieurs, et que j'ai vus plus ou moins souvent. Les premières sensations et les plus fréquentes sont des bâillements que l'on attribue au développement de la chaleur, mais qui peuvent également dépendre d'une cause morale. En continuant le traitement avec ou sans contact, on ne produit rien de plus sur les uns. La même impression développée et augmentée chez quelques autres, principalement chez les femmes, occasionne successivement de l'agitation, des mouvements convulsifs, passagers ou durables, d'abord légers, puis plus graves, quelquefois un rire peu naturel, quelquefois le sommeil ou la perte des sens. Tantôt la personne est stationnaire, tantôt elle parcourt la salle d'un air égaré; le pouls, ordinairement réglé, s'accélère quelquefois dans les grandes douleurs. Ces diverses sensations portent, dans ce traitement, le nom de crise, qui finit simplement par la cessation des symptômes, ou se termine par les larmes, de la moiteur, de la sueur, des crachats, des vomissements, des évacuations par les selles ou parles urines. Quelques-uns de ces effets peuvent précéder ou accompagner plusieurs des symptômes; ils peuvent aussi avoir lieu sans leur concours, et. la marche de la crise est souvent irrégulière. Je l'ai vue plus d'une fois commencer au baquet, sans l'addition des autres procédés. Quelques personnes m'ont assuré qu'elles n'y étaient pas sujettes hors des salles de traitement ; d'autres ont avoué qu'elles eu avaient de pareilles en d'autres lieux.
» Les crises du magnétisme, lorsqu'elles sont régulières, paraissent quelquefois parcourir trois périodes distinctes. La première est celle de L'éréthisme développé; la seconde, celle de stase, où les fonctions et les douleurs paraissent comme suspendues ; et la troisième, celle de la détente et de la sortie d'une humeur. J'ai cru remarquer cette marche dans quelquesunes; mais les cas ont été rares. Il m'a paru encore que le moment de la stase était celui où la correspondance était plus constante entre l'action exercée et l'effet 'sensible. Ces deux faits, dont j'étais simplement témoin sans opérer, ne sont énoncés ici que comme des observations douteuses, et dignes seulement de quelque attention.
» On a beaucoup parlé de ces sympathies par lesquelles les personnes en crise se recherchent, se soulagent mutuellement par un contact léger selon les règles magnétiques, et restent ainsi unies quelquefois assez longtemps dans un parfait repos. Dans les cas fort rares de cette nature que j'ai observés, rien n'a pu me forcer à croire que ces scènes n'étaient point produites par l'imagination, par un goût mutuel, par l'effet d'une liaison antérieure ou d'un caractère officieux.
» Un jeune homme, fréquemment en crise, devenait alors muet, parcourait tranquillement la salle, et touchait souvent les malades. Son contact régulier opérait quelquefois des crises qu'il conduisait seul à leur terme sans souffrir de concurrence. Revenu à son état naturel, il parlait, ne se souvenait point du passé, et ne savait plus magnétiser. Je n'ai rien conclu de ce fait, répété plusieurs fois sous mes yeux.
» La pratique des procédés magnétiques varie selon l'étal des malades qu'on traite. Il est cependant des règles générales pour opérer, et des parties sur lesquelles on agit plus constamment. Le creux de l'estomac, auquel répondent le diaphragme et un plexus nerveux, est indiqué, avec raison, comme une des plus sensibles ; quelques autres le sont beaucoup, mais non pas toutes en même proportion dans tous les sujets. En général, le devant (\u corps est regardé comme plus irritable que le dos, et les personnes magnétisées par moi des deux manières me l'ont confirmé.
» Les organes douloureux, vicies, ceux qui sont engorgés, ressentent encore assez communément une impression vive,
et souvent une chaleur brûlante, par le contact du doigt ou de la baguette; quelquefois la tumeur, ainsi échauffée, s'avance et roule sous le doigt, et paraît augmenter momentanément de volume : j'ai produit plusieurs fois ces deux effets. Une femme manifestait, par des cris, une douleur vive, lorsque le doigt du médecin qui la traitait, en contact avec une glande du basventre, s'éloignait de cette glande en ligne horizontale. Le médecin répéta plusieurs fois l'épreuve devant moi, et m'assura qu'il l'avait déjà produite antérieurement sur la malade. Cette sensation interne est une de celles qui ne peuvent être constatées que par des expériences régulières.
« Pour connaître l'impression du fluide traversant tout le corps, je posai la main droite sur la tète d'une malade sujette à des crises, et la gauche sur son pied droit ; elle n'avait point encore été touchée de cette manière. En peu de minutes elle fut prise d'un tremblement ou frisson général qu'elle n'avait jamais eu, que j'évitai de faire durer, et qui cessa peu après que j'eus déplacé ma main droite. Je n'ai pas eu occasion de renouveler cette observation.
» Quelquefois, lorsque je touchais les malades, les sensations annoncées par eux ne répondaient pas au point du contact. Le doigt appliqué sur un côté du bas-ventre excitait une douleur dans le dos ; porté ensuite sur le siège de la douleur, il la dirigeait ailleurs ou la dissipait : du moins ces effets avaient lieu concurremment avec l'action magnétique.
» Plusieurs malades, devant lesquels je promenais le doigta un pouce de distance de leur corps, croyaient sentir un vent, léger, tantôt chaud, tantôt froid, qui formait une traînée. Ce mouvement continué le long du bras et de la jambe appuyés et en repos, les engourdissait quelquefois, et y excitait ensuite des picotements plus ou moins vifs, surtout quand les membres étaient paralysés.
» La doctrine du magnétisme admet, dans les corps animés, des pôles directs qui ne doivent point avoir d'action l'un sur l'autre, et des pôles opposés dont l'action réciproque est plus constante: je n'ai pas toujours reconnu cette correspondance régulière. Les premiers, employés par moi, opéraient quelquefois des effets ; les seconds n'en produisaient pas toujours.
•> On assigne encore au fluide un courant du haut ru bas.
probablement pour lui faire suivre la direction des nerfs, regardés comme ses principaux conducteurs. Les mouvements magnétiques dans cette direction sont indiqués comme utiles, et les mouvements opposés comme nuisibles et perturbateurs de l'économie animale. J'ai pratiqué les uns et les autres. Les premiers, administrés régulièrement, n'ont pas toujours produit avec exactitude des effets conformes ; quelquefois, en les variant un peu, on observait cette conformité. Les seconds répondaient mieux à l'indication : le doigt, promené de bas en haut devant quelques personnes sensibles, causait dans la poitrine, dans le cou et dans la tête, un embarras et un engourdissement qui étaient bientôt dissipés par le mouvement en sens contraire. Ces sensations alternatives, obtenues trois fois de suite en peu de moments sur un même sujet, étaient simplement internes chez quelques-uns; chez d'autres, le malaise occasionné par la répétition de ces mouvements a déterminé une sueur très-marquée. J'ai produit cette sueur en une heure sur trois hommes successivement par le même procédé.
» Lorsque, dans le traitement, je substituais au contact léger une pression considérable ou un frottement trop fort, j'excitais plus souvent des convulsions et des douleurs vives, et rarement une crise complète terminée par une évacuation.
» Les expériences de meubles et vases magnétisés, de sensations opérées par la réflexion des glaces, ne m'ont jamais paru assez satisfaisantes pour y attacher quelque valeur. La musique, par ses modulations variées, a souvent déterminé et augmenté des crises; le magnétisme, imprimé quelquefois sur l'instrument, y contribuait probablement moins que l'harmonie des sons et la mesure des chants. Une fleur sous le nez a causé des sensations vives. La vibration des deux doigts agités l'un contre l'autre devant le nez ou la bouche a irrité ces parlies et excité des éternuemenls. La baguette dirigée sur les mêmes points a produit quelquefois un gonflement et un éréthismelocal, s'étendantdans la gorge ou plus loin, comprimant les glandes voisines, et assez souvent suivi d'expectoration. J'ai vu déterminer, par ce seul procédé, un vomissement de sang mêlé de glaires.
» Le traitement, surtout par contact, peut fatiguer ceux qui l'administrent. Je ne l'ai point, éprouvé sur moi; mais j'en ai
vu plusieurs, exténués après de longues séances, recourir au baquet et à l'attouchement d'un autre homme, et retrouver des forces en combinant ces deux moyens.
» Le résumé de ces faits en offre plusieurs qui doivent appartenir à une cause physique -, les autres pourront être attribués à un fluide inconnu ou à l'influence de l'imagination ; et jusqu'à ce que le fluide soit démontré, la dernière opinion devra prévaloir, comme plus ancienne et mieux prouvée (4).
» 2° Faits négatifs. Les faits rapportés à cet ordre, quoique plus nombreux, sont énoncés plus brièvement, parce qu'ils sont tous uniformes.
» Une jeune personne épileptique et privée de raison, magnélisée en présence des commissaires pendant une heure, et par divers procédés, n'a éprouvé aucun effet. Le même résultat a eu lieu sur cinq malades du traitement d'électricité de M. Mauduyi, qui ont été touchés chacun pendant un quart d'heure, et sur une partie des malades de M. Deslon, qui se soumettaient tous les jours, pendant quelques heures, à son traitement. Plusieurs des personnes que j'ai touchées hors de ses salles, en diverses occasions, pour satisfaire leur curiosité, n'ont ressenti aucune impression. J'ai été magnétisé moi-même plusieurs fois, et toujours sans succès.
» Sans insister ici sur les observations de ce genre, faciles à multiplier, on pourra conclure de celles-ci que le fluide, s'il existe, n'a pas sur la plupart des hommes, soit sains, soit malades, une action qui puisse se manifester par des signes sensibles (2).
(1) Ainsi de Jussieu, qui vient de décrire minutieusement les crises et d'autres phénomènes auxquels aujourd'hui mèmelesrnagnétiseurs attachent une grande importance; de Jussieu, qui vient de décrire les crises à trois périodes, celles d'éréthisme, de stase et celle de détente, c'est-à-dire avec sortie d'une humeur, soit des larmes , de la sueur, des crachats, des vomissements, des selles ou des urines; de Jussieu enfin conclut que jusqu'à ce que le magnétisme soit démontré, il faut attribuer tout cela â l'imagination ! En vérité, il n'y avait pas de quoi se séparer des autres commissaires, puisque voilà l'imagination qui va prendre sa part dans la production des phénomènes observés, indépendamment de la chaleur communiquée.
(2) Alors le fluide n'aurait absolument aucuns signes; d'une part en effet Deslon , à l'exemple de Mesmer, avait commencé par dire que son fluide ne se
» 3" Faits dépendants de l'imagination (4). L'histoire, les traités de médecine et l'observation journalière, offrent des preuves multipliées de l'influence de l'imagination sur nos organes. La doctrine du magnétisme n'en rejette aucune; mais, suivant elle, l'imagination concourt avec le fluide. Suivant ses adversaires, l'imagination agit seule, et son action suffit sans l'addition d'un nouvel agent. J'ai observé, soit en particulier, soit avec les autres commissaires, plusieurs faits qui semblent favoriser la seconde opinion.
» Les premiers sont négatifs et moins concluants: ce sont ceux de personnes qui, habituellement sensibles à l'action magnétique, n'éprouvent rien lorsque leur imagination est détournée sur un autre objet. Deux exemples de ce genre suffiront ici. Un homme, sujet à des crises, magnétisé par moi pendant un temps assez considérable et par contact, ne reçut d'autre impression que celle de la chaleur. Nous avions eu pendant l'opération un entretien intéressant sur divers sujets; il m'assura que cette occupation de l'esprit avait souvent détourné ou supprimé en lui l'effet du magnétisme. Une dame habituée aux mêmes impressions, donnant ses soins à son époux agité de mouvements convulsifs à côté d'elle, n'éprouva qu'une légère chaleur, quoique je l'eusse magnétisée suivant les procédés que j'avais employés sur elle avec succès, en d'autres occasions. Ce fait a été recueilli par les commissaires présents, dont quelques-uns, placés derrière la personne, avaient ajouté d'autres procédés également infructueux.
» Les faits positifs sont ceux qui tendent à prouver que l'imagination suffit pour exciter les sensations attribuées au ma-
manifeste par aucun signe physique, aucun indice qui puisse tomber sous les sens. Si maintenant ce même lluide n'a pas non plus de signes chez les hommes sains ou malades, où donc trouver des signes?
(1) Ainsi, voila toute une catégorie de faits qu'il faudrait rapporter à l'influence de l'imagination ; c'est ce qu'avaient dit les premiers commissaires, ceux de l'académie des sciences : donc de Jussieu a été trop exclusif en voulant tout rapportera une communication de la chaleur animale. Par la force des choses, de Jussieu est obligé de catégoriser les faits, c'est-à-dire de faire la part de plusieurs circonstances ; c'est qu'il en est ainsi dans tous les faits dits magnétiques; nous le ferons bien voir plus tard.
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gnétisme. Je puis produire les suivants. M. Deslon donnait habituellement ses soins à plusieurs personnes qui avaient en lui une confiance exclusive. Je les ai vues toutes en crises en même temps, quoiqu'il ne pût les toucher que successivement. Lorsqu'une d'elles, revenant un peu à soi, jetait les yeux sur lui, ce seul regard sans contact suffisait pour rappeler les symptômes de la crise; d'autres présentaient à leur tour le même spectacle, qui se renouvelait plusieurs fois dans une séance.
■» Un de ces malades avait ordinairement à la suite de ces crises une expectoration abondante, et chaque crachat était précédé d'un léger spasme. Lorsque M. Deslon sortait de la salle, l'expectoration était interrompue, et ne pouvait être continuée par le contact d'un autre médecin ; le retour du premier la rappelait presque sur-le-champ, sans qu'il lut besoin de l'addition d'aucun procédé. J'ai vu encore commencer l'expectoration sans contact antérieur, quand M. Deslon paraissait et venait s'asseoir à côté de la malade. Elle avouait que sa présence avait déterminé plusieurs fois en elle cet effet, soit dans le même lieu, soit ailleurs.
» Une autre malade sujette à des crises violentes, magnétisée par divers médecins, éprouvait quelquefois moins d'effets de celte action immédiate que de celle de M. Deslon qui la regardait ou dirigeait de loin son doigt sur elle : dès qu'elle apercevait ce regard ou ce mouvement, elle entrait souvent en convulsion.
» Pour connaître l'effet d'une première impression magnétique, je voulus magnétiser le premier une malade nouvelle, qui paraissait susceptible d'éprouver des sensations. La première séance ne produisit rien ; sur la fin de la seconde, elle eut des soubresauts, d'abord légers et rares, qui augmentèrent assez promptement d'intensité et de nombre, sans occasionner de douleur. Le troisième jour, les mêmes mouvements reparurent dès le commencement de l'opération, et durèrent longtemps, quoique sur la fin j'eusse interrompu l'action magnétique. Je sortis de la salle; ils cessèrent peu après, au rapport des médecins présents. Rentré au bout d'un quart d'heure, ju les vis recommencer avec la même force sans le secours d'aucun des procédés usités. Je sortis de nouveau , et bientôt ils se calmèrent. La malade voulant prendre l'air sur une terrasse, fut
reprise des mêmes mouvements en me voyant dans la cour. Retirée dans la salle et devenue plus tranquille, elle se disposa à s'en aller; mais me retrouvant encore au bas de l'escalier, elle eut un nouvel accès, et fut obligée d'entrer dans une salle inférieure où je la laissai. Quelques jours après je revis cette femme; elle avait été touebée dans l'intervalle par d'autres médecins, et avait eu les mêmes soubresauts, mais non renouvelés de la même manière. Ma présence ne produisit point cette fois sur elle les effets observés précédemment : s'ils n'étaient point un jeu concerté, comme je ne puis le croire en me rappelant la nature et la force des mouvements, ils dépendaient certainement d'une imagination fortement excitée.
» Il est un autre ordre de faits mixtes, dépendant en grande partie de l'imagination, que l'on obtient en la mettant en défaut, et qui ne peuvent être observés qu'au moyen d'expériences régulières. Je dois rapporter ici celles qui ont été faites chez M. Mauduyt, sur trois personnes, par les commissaires réunis (1).
» 1° Une femme pusillanime, redoutant le magnétisme dont on lui avait raconté les effets, refusant de s'y soumettre, étant magnétisée contre sa volonté pendant peu de temps, annonçait par frayeur beaucoup de sensations, et presque toutes conséquentes aux questions qui lui étaient faites. Calmée ensuite par la cessation des mouvements, distraite par d'autres objets, et magnétisée sur le dos à son insu, sans contact, pendant un quart d'heure, elle n'a rien éprouvé. Ce fait est peu concluant, parce que la frayeur agissait trop puissamment, et pouvait faire douter des sensations énoncées : les suivants sont plus intéressants.
» 2° Un homme ayant un côté du corps à demi paralysé, une constitution très-irritable, un esprit à demi égaré, une imagination inquiète, un sommeil très-interrompu, avait essayé infructueusement l'électricité, qui augmentait en lui le spasme au lieu de calmer ses maux. On le magnétisa sans lui expliquer le but de cette opération qui ne lui était pas connue. D'abord il plaisanta sur l'appareil des procédés ; bientôt il dit sentir sur
(1) Les commissaires de la société royale de médecine.
les parties magnétisées de légers effets correspondants aux mouvements exécutés devant lui. Instruit ensuite du nom cl de l'objet de cet appareil, il consentit à se laisser bander les yeux. Dès lors il divagua sur les effets, annonça des sensations sur les points du corps que l'on ne magnétisait pas, même lorsqu'on était dans une inaction complète, et il désigna rarement les parties magnétisées. Les mêmes résultats eurent lieu dans une seconde expérience pareille à la première ; on opérait d'abord par attouchement, ensuite sans contact. Cet homme ne perdit point connaissance, et aucune de ses sensations ne se manifesta par des signes extérieurs que nous ayons pu saisir.
» 3° Un autre homme se plaignait de faiblesse d'estomac, et d'accès de nerfs assez fréquents. Il connaissait le magnétisme, dont il avait déjà une fois éprouvé l'action, et il désira luimême renouveler l'épreuve. Magnétisé d'abord comme le précédent, il eut également des sensations correspondantes à nos mouvements, mais plus marquées, accompagnées de larmes, soupirs , défaillance, somnolence, émissions d'humeur par les narines. Revenu à lui, il se laissa bander les yeux. Magnétisé sans contact, ou même non magnétisé, il éprouva les mêmes effets, avec cette différence remarquable que sur le total des expériences faites alors sur lui, le tiers seulement offrit une correspondance entre l'action magnétique et la sensation énoncée. La perte de connaissance, survenue à la suite, nous réduisit à observer les sensations apparentes. Elles annonçaient un étal de gène, qui, trois fois de suite, parut alternativement se calmer et se renouveler, lorsqu'on touchait successivement le haut, de la poitrine et l'estomac. Nous nous décidâmes à ôter le bandeau pour faire cesser l'accès. Comme il durait encore, on promena devant lui le doigt de haut en bas, suivant la doctrine du magnétisme, qui assigne à ce mouvement la propriété de dissiper le malaise, en répandant dans tout le corps le fluide concentré dans une partie. L'accès finit peu après; et quoique le malade a ttribuât cette cessation au dernier procédé magnétique, nous crûmes pouvoir nous dispenser de porter le même jugement. Une seconde expérience, faite quelques jours après, de la même manière et sur la même personne, offrit plusieurs différences : les premières impressions furent moins vives et moins nombreuses ; il y eut une moindre correspondance entre les
sensations avouées et les opérations ; la somnolence fut plus longue; l'attouchement qui avait paru diminuer l'état de gêne dans la séance précédente manqua son effet dans celle-ci : le malade revint à lui sans le secours du procédé indiqué comme calmant.
» De ces divers faits réunis, l'on peut conclure que l'imagination prévenue, mise en défaut, échauffée par diverses causes réunies, agit avec assez de force sur l'homme pour produire en lui les plus grands effets sans le secours d'aucun agent extérieur.
»4° Faits indépendants de l'imagination (1). Il nous reste à parcourir un autre orde de laits qui méritent quelque attention, parce que, s'ils sont vrais, ils font naître des idées différentes de celles que présente d'ahord l'article précédent. Un seul fait positif qui démontrerait évidemment l'existence d'un agent extérieur détruirait tous les faits négatifs qui constatent seulement sa non-action; et balancerait ceux qui assignent tout à l'imagination (2). Je ne sais si ceux que je présente auront l'évidence nécessaire ; ils seront énoncés ici avec autant de sincérité que les précédents.
» Placé d'un côté du baquet vis-à-vis une femme dont l'aveuglement, occasionné par deux taies fort épaisses, avait été, un mois auparavant, constaté par les commissaires, je la vis pendant un quart d'heure entier fort tranquille, paraissant plus
(1) Voyez quelle est ici la réserve de Jussieu. Ayant ici à mentionner des faits qui lui paraissaient de nature à être provoqués par un agent particulier, de Jussieu désigne ces faits par une expression négative et qui n'implique en aucune manière l'intervention du magnétisme; comme on attribuait alors la plupart des faits à l'imagination, de Jussieu dit que les faits sont indépendants de l'imagination, et rien de plus; ainsi, quatre catégories défaits, les uns à causes peu appréciables, les autres négatifs , les autres dépendants de l'imagination , et le;, derniers indépendants deTimagination; nulle part il n'est question de magnétisme; que si pour cette dernière catégorie on veut savoir quelle est enfin la condition d'où dépendent 'es faits puisqu'ils ne dépendent pas de l'imagination , on verra , et nous l'avons annoncé , qu'ils tiennent à une communication de la chaleur animale.
(2) De Jussieu a raison , mais nous en sommes encore aujourd'hui, après un demi-siècle, à attendre le bienheureux fait; nous allons examiner ceux que de Jussieu cite, non en iàveurdu magnétisme maisdelachaleur communiquée.
occupée du fer du baquet dirigé sur ses yeux que de la conversation des autres malades. Dans le moment où le bruit des voix était suffisant pour mètre son ouïe en défaut, je dirigeai, à la distance de six pieds, une baguette sur son estomac, que je savais très-sensible. Au bout de trois minutes, elle parut inquiète et agitée; elle se retourna sur sa chaise, assura que quelqu'un, placé derrière ou à côté d'elle, la magnétisait, quoique j'eusse pris auparavant la précaution d'éloigner tous ceux qui auraient pu rendre l'expérience douteuse. Ses inquiétudes se dissipèrent presque aussitôt après la cessation de mes mouvements; et elle devint tranquille comme auparavant, surtout quand on lui eut certiiié qu'elle n'avait derrière elle ni malade ni médecin. Quinze minutes après, saisissant les mêmes circonstances, je renouvelai l'épreuve, qui offrit exactement le même résultat. Toutes les précautions possibles en pareil lieu n'avaient point été négligées. J'étais assuré que la malade n'avait retiré d'autre avantage de son traitement que d'entrevoir confusément certains objets à trois ou quatre pouces de distance. Le jour tombait de côté sur elle et sur moi. Je ne pouvais me mener ni des malades occupés de tout autre objet, ni des médecins nouvellement admis à suivre le traitement, et qui cherchaient seulement à voir des effets. Un des chefs de la salle était présent, mais toujours à côté de moi, gardant le silence, et me laissant opérer à mon gré. L'heure avancée ne me permit pas de faire une troisième épreuve, qui aurait peut-être augmenté la conviction (1).
» Une malade, dont la crise était un sommeil profond plus ou moins long, éprouvait par intervalles, sans se réveiller, un mouvement convulsif passager, avec soubresaut, qui était excité surtout par un bruit extraordinaire dans la salle, par le cliquetis de deux fers rapprochés, par le cri d'une autre personne en crise. Les mouvements magnétiques, exécutés devant son visage à peu de distance déterminaient souvent la même convulsion. Je l'ai éprouvé plusieurs fois, et presque toujours
(1) Comme Tavait fort bien observé Bertrand , ce fait ne prouve rien; la malade pouvait apercevoir la baguette dirigée vers elle; il y avait en outre des assistants qui pouvaient, à l'aide de signes de convention, lui taire connaître qu'on cherchait à la magnétiser.
avec succès, observant que dans le même temps aucun bruit étranger n'avait pu produire cet effet.
» La crise d'une autre malade était un spasme général, accompagné de perte passagère des sens sans aucun mouvement violent. La tête était portée en avant, les yeux fermés, les bras repliés en arrière et étendus sur les côtés, les mains ouvertes, les doigts très-écartés. Mon doigt en contact sur son front, entre les yeux, paraissait la soulager un peu. Si je le retirais doucement, la tête, quoique n'étant plus en contact, le suivait machinalement dans toute sorte de directions, et venait se reporter contre lui. Si, après avoir ainsi dirigé sa tête d'un côté, je présentais mon autre main à un pouce de distance de sa main opposée, elle la retirait précipitamment avec le signe d'une impression vive. Ces mouvements ont été répétés trois ou quatre fois en dix minutes; mais au bout de ce temps, le spasme diminuant, la sensibilité ne fut plus la même. Remise de cet état, la malade ignorait ce qui s'était passé. J'ai fait cette épreuve une seule fois ; elle n'a été aussi complète que parce que j'avais observé un mois auparavant les mêmes phénomènes, en suivant la même crise opérée par un autre médecin. Il faut ajouter que la malade était revenue ce même jour au traitement, après trois semaines de campagne , pendant lesquelles elle me dit n'avoir éprouvé aucune crise (1).
» Les moindres mouvements magnétiques faisaient sur une autre malade une impression si vive, que lorsqu'on promenait plusieurs fois le doigt à un demi-pied de son dos, sans qu'elle pût le prévoir, elle était prise sur-le-champ de mouvements convulsifs et de soubresauts répétés, qui lui annonçaient l'action exercée, et duraient autant que cette action. Mon premier et
(i) Cette observation est tout à fait insignifiante ; comment avoir la certitude qu'un doigt en contact avec le front soulageait cette malade? Que peut-on inférer de ce qu'elle portait la tête vers le doigt qu'on retirait, et de ce qu'elle se retirait devant un autre doigt? Ensuite la malade, qui paraissait sortir d'un état particulier, affirme qu'elle ne se souvient plus de rien, et de Jussieu la croit sur parole; Bertrand aussi la croit sur parole. Ce dernier va même plus loin -.comme il y aurait eu ici oubli ausommcil, il en conclut que la malade avait été nécessairement en somnambulisme.
unique essai sur cette malade produisit le même effet dont j'avais été témoin quatre ou cinq fois (1).
» Les salles de traitement contenaient plusieurs autres malades de différent sexe, et de constitution plus ou moins irritable, qui éprouvaient aussi, mais moins vivement, l'effet précédemment énoncé, surtout lorsqu'ils avaient été excités par des attouchements sur l'estomac. Si on agitait à leur insu le doigt sur leur tète ou le long de leur dos sans les toucher, et même à quelque distance, ils ressautaient souvent avec vivacité, en tournant la tète pour voir la personne placée derrière eux. Ce mouvement involontaire et imprévu était excité surtout par les médecins nouvellement admis, qui, avant d'exécuter ouvertement les procédés indiqués, restant hors du cercle des malades, essayaient par derrière et avec méfiance la propriété de l'agent qu'on leur avait fait connaître : enhardis par le succès, ils passaient ensuite à une pratique plus étendue. J'avais produit d'abord assez fréquemment cet effet ; mais pouvant soupçonner, ou que les malades pressentaient mon action, ou que la sensation aurait eu lieu sans moi, je m'arrêtais longtemps auprès d'eux, attendant le moment favorable pour l'épreuve; elle me réussissait presque toujours. Lorsque je n'agissais point, le tressaillement n'avait pas lieu. Le même effet, produit par d'autres, s'est manifesté quelquefois sur les malades dont j'occupais l'attention par des attouchements opposés (2).
(1) Cette expérience unique pour de Jussieu avait été faite un grand nombre de fois par les commissaires de l'académie royale des sciences, mais en prenant des mesures telles que tantôt les malades devaient croire qu'on les magnétisait quand réellement on ne cherchait pas à les magnétiser ; et que tantôt ils étaient persuadés qu'on ne les magnétisait pas, alors que réellement on les magnétisait ; or, dans tous ces cas, les malades donnaient dans le piège qu'on leur tendait; tous leurs actes mettaient complètement en défaut la prétendue doctrine magnétique; cette expérience est donc jugée sous ce rapport; elle n'est pas même en faveur de la théorie de Jussieu , c'est-à-dire d'une chaleur communiquée.
(2) Tous ces faits sont du même ordre; il s'agit toujours de doigts agités dirigés vers telles ou telles parties; presque toujours les malades s'en apercevaient; on ne nous dit pas si on avait pris des mesures telles qu'elles ne pussent voir les mouvements qu'on faisait. Tout se réduit donc, d'une part, à certains
» Ces faits sont [)en nombreux el peu variés (1), parce que je n'ai pu citer que ceux qui étaient bien vérifiés, et sur lesquels je n'avais aucun cloute, ils suffiront pour faire admettre la possibilité ou existence d'un fluide ou agent qui se porte de l'homme à son semblable, et exerce quelquefois sur ce dernier une action sensible.
» De cette réunion défaits el de conséquences particulières, il résulte que le corps humain est soumis à l'influence de différentes causes, les unes internes et morales, telles que l'imagi-
gestes exécutés par les médecins , et d'autre part à quelques mouvements, chez les sujets , qui auraient concordé avec ces gestes ; voilà les faits donnés comme indépendants de l'imagination et comme propres à établir la réalité d'un agent particulier: si les magnétiseurs de nos jours n'avaient que ces pauvretés à offrir à leur public , ils ne pourraient pas même trouver le placement de cachets à 3 fr. par personne.
(1) Ceci est plus grave : de Jussieu tombe ici dans une faute impardonnable. De Jussieu s'était séparé de ses collègues; pourquoi après tout avait-il fait un rapport à lui seul? disons-le sansambages, c'estparce quesescollèguesn'avaient pasvouluadoptersathéorieexclusive de lachaleuranimale communiquée, théorie qu'il va développer longuement dans les pages suivantes. Mais quel prétexte a-t-il donné lui-même à sa dissidence? nous l'avonsvuau commencement deson rapport (pag. 146), parce qu'il fallait un exposé méthodique de faits nombreux et variés propres à èclaircir la question, à éclairer le gouvernement el le public. Or, comme ses collègues n'avaient pas voulu assister aux expériences faites dans les salles publiques, de Jussieu va se livrer ou du moins promet de se livrer pour sa part à des expériences telles qu'il lui soit possible de faire cet exposé méthodique de faits nombreux et variés '; eh bien! qu'est devenue cette promesse? où est cet exposé de faits nombreux et variés? Arrivé au terme de ses travaux, de Jussieu est forcé d'avouer ici que les faits recueillis par lui sont peu nombreux et peu variés ! donc il manque formellement à sa parole; donc el de son propre aveu, il ne peut ni èclaircir la question ni éclairer le gouvernement et le public.
Remarquez que les faits qu'il est forcé de donner comme peu nombreux el peu variés sont précisément les plus importants même dans son hypothèse; il aurait pu en effel n'insister que très-peu sur les faits généraux , sur les faits négatifs , sur les faits dus à l'imagination ; mais ceux-ci sur lesquels il va précisément bâtir sa théorie se trouvent justement peu nombreux et peu variés; aussi disons-nous encore une fois qu'il n'y avait pas là de quoi justifier la retraite de Jussieu hors de la commission.
Voyons maintenant quelle est la théorie qu'il a édiliéc sur un terrain aussi instable, aussi mouvant que celui-ci.
nation ; les autres externes et physiques, comme le frottement, le contact, et l'action d'un fluide émané d'un corps semblable. Ces dernières causes, mieux examinées, se réduiront à une seule, plus simple et plus universelle, qui est l'action générale des corps élémentaires ou composés dont nous sommes entourés. Elle est uniforme et souvent insensible, mais toujours manifestée par ses effets. Si l'on réfléchit sur celle du fluide contesté, sur l'identité des effets qu'il produit avec ceux qui dépendent du frottement et du contact, on n'hésitera point à reconnaître, dans ces trois cas, une même action différemment exercée. Celle du frottement, vive et rapprochée, imprimera une sensation plus forte, plus sure et plus générale. L'action du contact sera plus adoucie, mais différente selon l'état des organes. Celle du fluide dirigé de plus loin doit être généralement peu sensible et n'affecter que certains êtres plus susceptibles des moindres impressions. Mais comment s'opère cette triple action (i) ? Quel est le principe qui s'insinue ainsi dans les corps ? Le frottement et le contact y portent la chaleur, (-elle chaleur serait-elle le fluide dont l'existence est si débattue? Quelle est son action sur le corps humain ? Comment le pénètre-t-elle, et avec que! degré de force? Quels sont ses rapports avec les causes, soit intérieures, soit extérieures? Essayons de développer ces divers points dans les réflexions suivantes.
«réflexions. Ce ne serait peut-être pas une nouveauté en physique d'admettre dans les corps animés deux principes premiers, celui de la matière et celui du mouvement. Ce dernier doit être regardé comme l'agent immédiat de toutes les fonctions animales. Dirigé par des lois immuables, maîtrisé quel-
(1) De Jussieu a beau faire, il partage jusqu'aux hypothèses de ses collègues; tout ce qu'ils ont mentionné dans leur rapport, on le retrouve dans le sien; ils avaient voulu tenir compte de l'imagination; de Jussieu a une catégorie de faits pour l'imagination ; çà et là ils avaient cité des faits négatifs, de Jussieu a une catégorie de faits négatifs; enfin ils avaient attribué une large part aux frictions, au contact et à la chaleur; de Jussieu voit ici une triple action ; mais tous ses efforts vont tendre à ramener cette dernière catégorie de faits à un seul mode d'action, celui de la chaleur animale. Quant au fluide magnétique, il le récuse, il le répudie tout aussi bien que ses collègues.
quefois par des causes étrangères, il tend toujours à suivre l'impression primitive et générale qui lui a été donnée; mais il est souvent détourné, attiré, repoussé par les corps soumis à son action. Cherchant toujours à se mettre en équilibre, il s'insinue dans les uns et s'échappe des autres, en raison de sa quantité contenue en chacun d'eux. Mobile par essence, il se lixe en devenant partie d'eux-mêmes ; mais, dégagé ensuite, il reprend sa première nature? pour aller se fixer dans d'autres corps. C'est ainsi que les êtres, mus par ce principe, le donnent et le reprennent continuellement. Principe de mouvement dans la nature entière, il devient celui de la chaleur animale dans les corps vivants ; de là celte correspondance marquée entre les variations de l'atmosphère et l'état denos organes.
» Si l'admission d'un pareil agent répugnait à ceux qui ne veulent rien adopter sans preuves, il suffirait de le reproduire sous un autre nom, et de le confondre avec le principe électrique connu par ses effets, répandu dans les corps, et exerçant une action sensible. Cette identité de principes, dont l'action n'est cependant pas la même en tous points, devra être adoptée, si l'on observe que les physiciens sont à peu près convenus d'assigner la même cause première à l'aimant et à l'électricité, quoique modifiée différemment; que la nature étant toujours simple dans ses principes, on admettra plutôt une modification nouvelle qu'un principe nouveau. La matière introduite dans le corps animal, et transformée en sa substance, change pour ainsi dire de nature en devenant organique; de même le principe actif, qui dans l'air est simplement électrique, reçu dans le corps animal, modifié par son union avec la matière et par l'impression organique, y prend une autre forme et diverses propriétés secondaires, en reslant néanmoins assujetti aux lois primitives.
» La principale de ces lois est celle de l'équilibre, à laquelle le fluide électrique obéit constamment lorsqu'il est abandonné à lui-même. Poussé par cette force impérieuse, ce fluide se jette avec impétuosité sur les corps privés d'électricité, et s'échappe avec le même effort de ceux dans lesquels il est accumulé. Cet effort, exercé du centre à la circonférence, forme autour de ces derniers une aimosphère électrique, démontrée par les expériences, sensible au tact, et plus ou moins étendue,
selon la quantité et l'activité du fluide contenu, selon la forme du corps qui le contient. Elle est plus circonscrite autour des surfaces unies; elle se porte plus loin au-devant des prolongements aigus, et c'est principalement par ces derniers que la communication extérieure est mieux établie. Répandu dans l'air sans s'unir à lui, ayant avec l'eau la plus grande affinité, ce fluide est saisi par les vapeurs élevées de terre; condensé dans les nuages, il y forme de grands météores; ramené sur la terre avec l'eau de la pluie, il la pénètre et y porte la vie et la fécondité.
» Le même principe modifié dans le corps animal suivra jusqu'à un certain point les mêmes lois. Il se mettra toujours en équilibre, à moins que la constitution organique de l'individu ne le rende propre ou à mieux conserver ce principe, ou à l'attirer moins. Son action du centre à la circonférence formera également autour du corps une atmosphère plus ou moins étendue, quelquefois assez facile à reconnaître par le sens de l'odorat, lorsqu'elle est chargée de particules odorantes, comme celles de certains animaux ou des hommes qui ont une forte transpiration. Ces particules ne pourraient se tenir élevées, se porter à des distances considérables, si elles n'étaient poussées et soutenues par le principe actif agissant en tout sens. L'eau, qui saisit le fluide électrique avec avidité, qui, sous forme de pluie, purifie et atténue un air chaud et dense en lui enlevant ce fluide surabondant, qui éteint le feu en s'unissant rapidement à lui, s'empare aussi de l'excédant du principe actif des corps, el, par cette soustraction opérée dans le bain, elle soulage les personnes accablées de chaleur ou dévorées d'une fièvre ardente.
» Puisque les êtres animés contiennent ce principe, qui est la force vitale, il doit également exister dans les autres êtres organisés vivants, qui sont les végétaux. Il est leur principe de vie, dont l'action se manifeste par une végétation plus ou moins prompte, par des émanations, tantôt odorantes, tantôt peu sensibles: celles-ci n'échappent point au tact général, devenu plus délicat ou plus attentif par la privation delà vue; ainsi un aveugle distingue souvent le voisinage des arbres, parce que leur atmosphère est assez considérable el assez étendue pour lui imprimer une sensation particulière.
» Tout être vivant est un véritable corps électrique constamment imprégné de ce principe actif, mais non pas toujours en même proportion. Les uns en ont plus, et les autres moins; de là, en partie, cette différence, soit dans les tempéraments, soit dans les constitutions journalières. La mobilité perpétuelle de cet agent devient encore une conséquence simple de cette variation. Dès lors on conçoit qu'il doit être poussé au dehors par les uns, et attiré ou repompé avidement par les autres; que le voisinage de celui dans lequel il abonde est profitable à celui qui en manque. La cohabitation de l'enfant avec le vieillard est utile à celui-ci, et nuisible à celui-là. Les végétaux récents, rapprochés en pépinières, sont vigoureux et frais ; mais, voisins d'un grand arbre, ils se dessèchent et dépérissent.
» La proportion du principe actif, variable dans les êtres vivants, peut et doit différer de même, soit passagèrement, soit habituellement, dans les divers organes du même individu. Le mouvement accéléré ou retardé dans quelques parties du corps indique des différences dans la quantité du principe qu'elles contiennent. Une cause passagère peut répandre clans tout le corps la chaleur concentrée dans un seul point, ou réunir sur un organe celle qui était répartie entre tous. Si cet effet devient permanent, il en résulte une altération, un vice dans la constitution de l'individu. L'atmosphère particulière des organes viciés doit subir graduellement la même altération ; mais il faudrait un tact très-délicat pour distinguer ces nuances, en promenant la main sur la surface du corps malade.
» On éprouvera peut-être plus facilement, par le même procédé, l'action générale du principe actif passant d'un corps dans un autre corps voisin. S'il suit l'affinité avec le fluide électrique, il s'échappera par toutes les ouvertures, par toutes les surfaces du corps, et principalement par celles qui approchent plus de la forme allongée et aiguë des conducteurs électriques, telles que la main et le doigt. Celui-ci, porté par un individu sur quelque partie d'un autre individu, agira diversement, selon l'état des deux êtres. L'organe actif, moins fort ou moins fourni de principe que l'organe passif, lui soutirera ce principe au lieu de le lui donner, et, recevant une impression de chaleur, il lui en communiquera une de froid. Si la proportion de principe est la même entre les deux organes, chacun des deux don-
riant et recevant également, il n'en résultera aucune action, aucune sensation remarquable. Elle sera plus caractérisée en raison de la quantité surabondante de principe dans le doigt conducteur, et de la sensibilité de l'organe sur lequel sera dirigé le courant ; cet organe éprouvera plus ou moins de chaleur, et d'autres effets plus ou moins marqués. Enfin, si le conducteur, au lieu de toucher la partie, se dirige simplement sur elle à quelque distance, on conçoit que l'action sera en raison de l'éloignement, de la disposition des sujets, de l'étendue et de la force de leur atmosphère particulière.
» Tous les êtres vivants exercent des fonctions vitales, dont le principe actif est l'unique agent : telles sont la circulation, les sécrétions, l'introduction de l'air dans la substance organisée, la transpiration, l'extraction des sucs alimentaires. Ces fonctions sont communes aux végétaux comme aux animaux ; elles peuvent être troublées mais non interrompues par des causes étrangères. Leur marche est moins variable dans les végétaux, parce que les seules causes qui influent sur eux sont toutes physiques et extérieures, comme la nature du sol, l'exposition locale, les variations de l'atmosphère. Il n'en est pas de même des animaux, qui ont une organisation plus compliquée, des systèmes nerveux et musculaire destinés à produire l'action de la sensibilité et du mouvement volontaire, et dans lesquels il existe un autre principe supérieur duquel émanent la volonté et l'imagination. La volonté commande les mouvements volontaires, et le principe actif les exécute. Ce même principe, également subordonné à l'imagination, réagissant quelquefois sur elle, exerce sous son empire une action moins extérieure et plus profonde, qui tend souvent à rompre son équilibre ou à le rétablir, etdétermine ainsi des effets salutaires ou nuisibles.
» Les grandes causes physiques agissent sur l'homme d'une manière continue, uniforme et générale. La marche de l'imagination est particulière, inconstante, variable dans chaque individu. Elle ne peut suspendre les vraies fonctions animales exercées sans son secours ; mais elle a le pouvoir de les ralentir ou de les exciter. Quelquefois dans le repos, elle cède aux impressions extérieures; plus souvent active, elle lutte et réagit contre tout ce qui l'entoure. Trop resserrée alors dans son
espace étroit, elle s'agite continuellement, elle tourmente le principe soumis à sa puissance, le promène avec rapidité dans toutes les parties du corps, lepousseau dehors ou l'attire au dedans avec une égale vivacité; et par ces trois mouvements divers elle produit tous les effets attribués à son action.
» Les classes d'animaux dont l'organisation est plus simplifiée, et dans lesquelles l'imagination est anéantie ou presque nulle, sont exposées à moins de variations, et la marche de leurs fonctions, moins troublée, se rapproche en ce point de celle des végétaux. Parmi ceux qui ont l'imagination exercée, le nombre des êtres sains, ou à peu près sains, étant encore beaucoup plus considérable que celui des malades, il en résulte que les enfants, dans lesquels il est très-abondant, seront souvent dans le cas d'en donner plutôt que d'en recevoir. La plupart des hommes doués d'une bonne constitution seront encore peu sensibles à la communication de ce principe. Elle sera plus vive sur ceux dont la complexion est délicate; et si, par la force d'impulsion de l'agent, ou par la contexture de l'organe qui reçoit, celui-ci se trouve surchargé du principe, alors la sensation augmente d'intensité, la chaleur se développe, et quelquefois le genre nerveux excité produit ses mouvements ordinaires.
» Ces idées simples, qui ne m'ont point été communiquées , mais que je ne crois pas neuves , seraient susceptibles d'un plus grand développement. Présentées cependant d'une manière abrégée, elles suffiront peut-être pour expliquer quelques phénomènes d'économie animale, observés soit dans le traitement appelé magnétique, soit dans d'autres circonstances. On sera moins surpris de cette influence d'un corps sur un autre corps, de cette correspondance, quelquefois assez sensible, entre l'action d'un individu et la sensation d'un autre, ou entre deux organes du même individu; on confondra moins l'action de l'âme ettle l'imagination avec l'action simplementanimale; on distinguera la 'cause qui détermine et l'agent qui exécute ; on pourra supposer que le principe actif, toujours agissant seul immédiatement sur nos organes, est excité, tantôt par l'imagination et la volonté comme causes supérieures et internes, tantôt par une portion de lui-même émanée des corps environnants, tantôt par ces causes réunies. Cette supposition acquerra
plus de force si l'on réfléchit que ce principe suffit à toutes les fonctions végétales, lesquelles ne sont dirigées par aucun autre agent supérieur; qu'il existe également un nombre déterminé de fonctions animales correspondantes, dont l'exercice est très-indépendant de l'imagination, et ne peut être interrompu ni par son action ni par son repos ; que ces fontions, non interrompues, doivent conséquemment être exercées par un principe perpétuellement actif. Ce principe, nécessairement existant, est, dans les corps organisés, le principe vital; dans les corps animés, le principe de la chaleur animale ;dans la nature, le principe du mouvement. Echappé des corps organisés, il se confond avec le fluide électrique. Rentré dans ces mêmes corps, il s'y modifie par l'action organique, qui altère quelquesunes de ses propriétés. Sous forme de chaleur animale, il passe d'un corps animé dans un autre corps semblable; et par ce transport il produit divers changements relatifs à l'état du corps qu'il quitte et de celui qu'il pénètre.
» 11 aurait été possible d'étendre ici la comparaison du fluide électrique et de ce principe actif animal, pour prouver déplus en plus leur identité. On eût également lié à la même théorie le principe de l'aimant; et, pour mieux établir l'affinité, on eût retrouvé ou supposé des pôles dans le principe animal : mais il était inutile de multiplier ici les comparaisons, et d'insister sur des pôles dont l'existence, quoique possible, n'est pas facile à démontrer. On s'est dispensé également d'envelopper dans le même système les corps organisés qui font partie de notre globe, ainsi que les sphères célestes. La seule qui intéresse un médecin est la sphère animale; et il ne doit chercher dans les corps étrangers que les rapports directs qu'ils ont avec elle. D'ailleurs il convenait d'abréger une explication qui, étant présentée comme une simple théorie, sera combattue par d'autres ou plus solides ou plus séduisantes. On ne peut nier à la vérité l'existence d'un principe identifié avec le feu, avec le fluide électrique, pénétrant le corps humain, et y portant la chaleur; mais on peut le regarder comme n'étant poiiit le principe du mouvement, parce que, dans les questions abstraites, tout est admis et rejeté avec la même facilité.
» Les fibres du corps animal ont une propriété connue sous le nom d'irritabilité, qui les rend capables de se contracter lors-
qu'elles sont stimulées, et de se relâcher dès que le principe stimulant cesse d'agir. Si quelques physiciens désignaient cette irritabilité comme principe de mouvement, ne pourrait-on pas leur objecter que, résidant dans les seules parties solides, elle est plutôt une propriété de la matière devenue organique qu'un principe agissant, et que les végétaux, dont les fonctions sont dirigées par un principe actif, paraissent dépourvus de cette irritabilité?
» Au reste, quel que puisse être ce principe de mouvement, soit qu'il reste principe de chaleur, soit qu'il prenne tout autre nom, il en existe toujours un qui n'est ni la volonté ni l'imagination ; qui a sur le corps animé une action continuelle et jamais interrompue; qui exerce toutes les fonctions, les unes sans concurrence et sans aide, les autres sousla direction immédiate de la volonté et de l'imagination ; qui reçoit aussi l'influence directe des causes physiques extérieures; qui, en un mot, est toujours un agent intermédiaire, chargé de l'exercice direct de tous les mouvements opérés dans l'homme. On conçoit toujours que le principe de la chaleur répandu sur le globe agit perpétuellement sur tous les corps; que s'il n'est pas le principe du mouvement, il a, comme cause physique, sur ce principe, une action sensible et continue; il s'insinue dans les corps, soit par une pression extérieure, soit par une attraction interne. Repoussé hors d'eux par une force contraire, il entraîne avec lui quelques-unes de leurs particules matérielles ; il forme avec ces particules une atmosphère autour de chacun d'eux; et sa force d'expulsion suffit toujours pour le porter d'un corps à un autre peu éloigné. La chaleur, sans cesse active, est donc cette véritable partie émanée descorps, cet agent inconnu et contesté qui établit l'influence physique de l'homme sur l'homme. Elle est aussi la seule que nous devions considérer ici sous le point de vue d'utilité médicale (i).
(1) Cette longue digression devait-elle trouver place dans un rapport? qu'at-elle de commun avec les faits peu nombreux et peu variés delà dernière catégorie? c'est là ce qu'on pourrait appeler un travail de cabinet, une dissertation sur les lois générales de la nature, sur la matière et le mouvement, sur l'électricité et la chaleur ; de Jussieu parle de tout ici excepté du baquet de Mesmer et des sujets magnétisés. Il n'y a plus lieu de s'étonner si ce commissaire a tenu
» Utilité médicale. La médecine d'attouchement a été pratiquée de tout temps et chez toutes les nations ; mais, abandonnée à des mains peu propres à la diriger, administrée sans méthode, reléguée parmi les moyens particuliers et populaires, négligée par les hommes instruits, elle a toujours langui dans l'obscurité (1). Par un frottement de la main plus ou moins continué, elle excite dans les libres une légère oscillation; par un contact plus ou moins étendu, elle insinue dans les corps une portion de chaleur émanée de l'être qui exerce ces deux actions (2). L'existence de celte chaleur animale a toujours été reconnue, ainsi que la possibilité de la transmettre; et son utilité, démontrée par ses effets, est généralement avouée.
» Les remèdes toniques, dans la classe desquels on doit la rapporter (3), ont la propriété de rendre la force et le ton aux fibres relâchées et affaiblies; ils rétablissent les digestions en
à faire un rapport individuel ; c'était une dissertation métaphysique qu'il voulait écrire, or pour cela des collègues étaient complètement inutiles.
(1) Pauvre médecine que la médecine d'attouchement! il n'y a guère à regretter qu'elle ait toujours langui dans l'obscurité. De Jussieu après tout a bien fait d'assumer à lui seul la responsabilité de ce rapport, qui après tout n'est pas un rapport; quelle est en etfet la contexlure générale de ce travail? On y annonce des faits distribués en quatre catégories, dont troissontà peu près inutiles pour le but que se propose le rapporteur; la quatrième, qui doit véritablement faire la base du rapport, ne comprend, de l'aveu de fauteur, que des faits peu nombreux et peu variés, dont l'exposition n'exige que cinq pages sur soixante; il en résulte que la presque totalité du rapport consiste en deux digressions à peu prèsétrangèresaumagnétismeanimal : 1« une digression sur la propagation delà chaleur animale, 2° une digression sur la médecine d'attouchement, et c'est à cause de ses deux digressions qu'on a trouvé de Jussieu plus consciencieux que ses collègues!
(2) Pures hypothèses; qui vous prouve que le frottement excite des oscillations? a-t-on jamais observé ces oscillations? qui vous prouve ensuite qu'il y a toujours par le contact communication de chaleur de la part de celui qui exerce cette action ? et s'il a les mains glacées?
A quelles suppositions l'envie de faire prévaloir un mauvais système ne pousse-t-elle pas les meilleurs esprits!
(3) Encore une assertion toute gratuite; sur quoi se fonde-t-on pour placer les attouchements dans la classe des remèdes toniques? et si on objectait que le massage, si fréquemment pratiqué en Orient, amène précisément des effets contraires, c'cst-à-dive le relâchement et la débilité des surfaces tégumentaircs ?
fortifiant l'estomac; ils opèrent un resserrement général, déterminent en même temps la sortie des matières accumulées, et s'opposent à de nouvelles congestions. Ils raniment la circulalion, en augmentant le mouvement; cette action imprimée au sang se communique à toutes les parties; la transpiration interrompue reprend son cours, et les maux récents occasionnés par cette interruption sont bientôt dissipés. Les toniques agissent aussi comme calmants, lorsqu'en répandant une chaleur égale dans tout le corps, ou en augmentant celle de l'organe qui en a moins, ils rétablissent ainsi l'équilibre entre les parties.
» Si la chaleur animale participait réellement de toutes leurs propriétés, s'il était vrai et comme démontré que les toniques ne produisent les effets énoncés qu'en augmentant le principe de chaleur, elle pourrait alors être employée utilement dans tous les cas où ils sont indiqués. Administrée seule, elle aurait même quelquefois sur eux le double avantage de porter plus directement son action sur l'organe affaibli, sans la répandre autant sur les autres, et de ne point fatiguer l'estomac par une digestion laborieuse. Ainsi dans les maux récents, dans ceux dont les causes sont légères, dans ceux dont les causes, quoique plus graves, sont passagères et ne tiennent point à la constitution de l'individu, ce principe, dirigé par des médecins instruits, deviendrait un agent salutaire. Ils ne seraient peut-être pas éloignés de joindre quelquefois ce moyen à ceux qu'ils emploient dans certaines maladies aiguës simples, de fortifier ainsi l'estomac, pour le rendre propre à digérer par intervalles quelque nourriture, et à préparer un chyle de bonne qualité, qui, versé dans le sang, ranimerait un corps affaibli par la durée du mal.
» S'ils admettent ce genre de traitement dans quelques maux chroniques, ce ne sera qu'après l'avoir essayé d'abord sur ceux qui sont moins graves. Ils mettront dans leurs épreuves une progression lente et réfléchie, pour ne rien donner au hasard. Ce qui est utile dans quelques cas devient quelquefois nuisible par la quantité ou par un usage inconsidéré. Les toniques, continués trop longtemps, administrés sans réserve, donnés à contre-temps, produisent l'irritation, l'éréthisnie, la convulsion. La chaleur ajoutée au corps qui en est suffisamment pourvu le surcharge et lui devient incommode ; insinuée dans le corps qui en a déjà trop, elle l'agite et commence à l'irriter;
poussée dans un corps de complexion très-irritable, ou dans relui dont quelque organe est dans un état de souffrance, elle augmente le spasme, le transmet d'un organe à plusieurs autres, et détermine ainsi les convulsions locales ou universelles. Ces grands mouvements sont des efforts de la nature, qui cherche à expulser une humeur tenace et fixée; mais lorsqu'ils sont trop violents, trop répétés et surtout impuissants, on doit craindre qu'ils n'opèrent une altération sensible des parties saines, et une décomposition funeste des organes viciés.
Une action modérée serait plus lente, mais plus sure; en joignant à un contact doux des frottements légers ou à peine sensibles, on déterminerait des courants de chaleur, qui rétabliraient la communication entre les organes, dégageraient les uns au protit des autres, et procureraient des dérivations salutaires. Ainsi l'on déplacerait une humeur locale qui n'aurait pas eu le temps de se fixer, on rétablirait souvent la chaleur, la vie et le mouvement dans les membres récemment paralysés. La possibilité de ces effets est suffisamment prouvée par l'identité qui existe entre le principe de chaleur et le fluide électrique, employé avantageusement pour combattre les mêmes maux. Les propriétés de ce fluide ont été longtemps méconnues. L'électricité dirigée sans principes était un moyen dangereux et funeste; mais celui qui sait mesurer son action la rend plus constamment utile. Il ajouterait peut-être encore à son efficacité, en imaginant une méthode qui fit pénétrer doucement le fluide dans les parties les plus intimes du corps malade, au lieu de le verser sur lui à pleins flots. On pourrait animaliserce fluide en plaçant entre le tube électrique et l'individu malade un autre corps animé et sain, dans lequel le fluide serait élaboré en partie avant d'être porté plus loin. Cette union de la médecine d'attouchement avec celle de l'électricité tempérerait l'action de l'une et augmenterait celle de l'autre. L'expérience seule fixera le degré d'utilité de cette double application ; elle indiquera également jusqu'à quel point la chaleur animale , administrée sans addition , peut-être avantageuse. L'électricité a été alternativement admise et négligée dans le traitement des maladies; la chaleur animale devra subir les mêmes variations jusqu'à ce que son action mieux observée, mieux connue, mieux décrite, soit plus généralement appréciée.
» Son effet le plus ordinaire, observé dans le traitement magnétique sur les personnes moins malades, était le rétablissement des forces, de l'appétit et du sommeil. Plusieurs ont été ainsi soulagées sans éprouver aucune action sensible de la chaleur introduite dans leur corps ; quelques-unes avaient eu de légères sensations,
» Les digestions de plusieurs malades hypocondriaques et hystériques sont aussi devenues meilleures ; ce qui prouverait la vertu calmante du moyen employé. Elle est encore démontrée par le succès fréquent de l'application des mains pour apaiser les maux d'estomac et les coliques.
» Le contact sur l'estomac portait quelquefois la chaleur à la tête; quelquefois, en la ranimant dans les autres parties, il dissipait celle de la tête, selon l'état antérieur des organes. Bans quelques sujets, la chaleur insinuée dans l'estomac se répandait assez promptement dans tout le corps, et déterminait des moiteurs ou des sueurs. On paraissait favoriser et accélérer ces effets en promenant un doigt du haut en bas sur la surface du corps. Ce mouvement, dont le but était d'étendre la chaleur uniformément, dissipait pour l'ordinaire les embarras légers de la tête, qui cédaient aussi quelquefois à un frottement superficiel, dirigé du front au-dessous des tempes. Les maux de tête plus forts résistaient davantage, et le soulagement n'était que momentané.
» On peut également rétablir la transpiration par le contact. J'en ai fait l'expérience à la campagne sur une femme deservice, qui, à la suite d'une transpiration interrompue par son imprudence, conservait depuis deux jours une douleur intolérable le long d'une cuisse, et ne pouvait la remuer. Cette femme n'avait aucune idée du magnétisme, dont je connaissais depuis peu les procédés. L'occasion me parut favorable pour un essai. En écoutant le récit prolongé de la maladie, j'appliquai un doigt sur l'estomac et l'autre sur la partie douloureuse. La chaleur se ranima promptement; elle fut suivie d'une moiteur générale, qui lit disparaître presque entièrement la douleur : la malade, surprise de cet effet, put marcher au bout d'une demi-heure à l'aide d'un bâton, et se coucher ensuite sans aide. Deux heures après, le mouvement du doigt, promené de la tête aux pieds par-dessus la couverluredu lit, suffit pour exciter sur-le-champ
une sueur abondante qui dura toute la nuit. La malade, presque guérie, put le lendemain descendre deux étages et recommencer une partie de son service ; au bout de deux jours, tout fut dissipé par ce seul traitement. Je me suis assuré depuis que le contact sur l'estomac développait promptement la chaleur en elle ; cette heureuse disposition a sans doute hâté sa guérison (1).
» Parmi les maladies soumises au traitement magnétique avec quelque succès, on peut citer quelques maladies d'yeux, une inflammation de cet organe dissipée, une vue rétablie par la dérivation d'une humeur, une taie légère promptement effacée. Deux autres taies qui couvraient les yeux d'une femme
(1) Les autres observations sont de la même force que celle-ci ; on pourrait d'abord se demander comment il se fait que de Jussieu, ayant à déduire toutes ses conclusions de faits par lui observés, n'a pas classé ces observations dans l'une ou l'autre de ses quatre catégories? on aurait su tout d'abord quelle valeur il y attachait; mais, à ne considérer ces observations qu'en elles-mêmes, que prouvent-elles pour la théorie de Jussieu : ce savant est convaincu que, le magnétisme n'ayant aucune réalité, tout dépend des attouchements et de la chaleur communiquée par le moyen de ces attouchements; or, ici il se borne à promener le doigt de la tête aux pieds de la malade par-dessus la couverture du lit; et aussitôt il y a une telle chaleur communiquée que la malade est prise d'une sueur abondante qui dure toute la nuit. Et notez que d'aprèsde Jussieu, il n'y a dans tout cela que des effets physiques très-explicables, très-simples, amenés en raison des lois d'équilibre, etc. Mais comment donc expliquer des effets aussi surprenants s'ils ont réellement eu lieu? Puisque cette question nous arrive incidemment, nous y répondrons comme nous le ferons ultérieurement pour d'autres faits bien plus surprenants encore; nous dirons donc que les lecteurs auront à se décider, à choisir entre trois interprétations, dontune seule nous paraît à nous possible. Ou bien cette transpiration subite élait due , comme le veut de Jussieu , à ce que son doigt, qui peut-être élait brûlant, communiquait à la malade une forte dose de chaleur à travers ses couvertures; ou bien c'était en vertu du fluide magnétique communiqué par ledit doigt, circonstance que n'admet pas de Jussieu (et nous non plus, car nous regardons ces deux interprétations comme de la même force) ; ou bien enlin c'est que cette pauvre domestique, cette tille de campagne, frappée d'étonnement, et on le serait à moins, de voir son maître, un grave personnage, un savant illustre comme M. de Jussieu, lui promener solennellement le doigt le long de ses couvertures des pieds a [a tête, s'est aussitôt senti le corps couvert de sueur! Pour nous le choix n'est pas douteux ; nous le hissons libre aux autres.
depuis cinq ans, à la suite d'un lait répandu, étaient si épaisses, qu'on ne pouvait apercevoir l'iris au mois de mai dernier. Son traitement ne produisit aucun effet sensible pendant trois semaines; mais, au bout de ce temps , elle devint tout à coup sujette à des crises très-fréquentes; elles commençaient par un accès de rire convulsil et involontaire, auquel succédait un frisson et ensuite un assoupissement de peu de durée. Le simple contact à l'estomac, ou même la direction rapprocbée sur cette partie, suffisait pour exciter ou rappeler la convulsion. En dirigeant de plus loin le doigt ou la baguette sur elle, on causait seulement de l'inquiétude et du malaise, comme je l'ai rapporté dans mes expériences du quatrième ordre. A cette époque, il s'établit une perte blanche ; les taies parurent s'amincir, et l'iris commença à se dessiner : la malade put distinguer des couleurs et quelques objets à trois pouces de' distance. Une suppression passagère de l'écoulement retarda les progrès en produisant une gêne intérieure ; mais à la fin de juillet l'iris était plus apparent, et la vue paraissait un peu augmentée.
» Ce traitement a dissipé quelques fièvres quartes, qui du moins ont cessé sans autres secours. Il a procuré des expectorations abondantes dans l'asthme humide, et quelquefois la cessation des accès dans l'asthme sec. Il a toujours paru plus nuisible qu'avantageux aux phthisiques. Son action sur les tumeurs scrofuleuses était très-lente et presque insensible. lia soulagé et non guéri une femme hydropique , en procurant quelques évacuations. L'enflure du ventre a beaucoup varié en plus et en moins chez une autre malade, et au bout de trois mois la diminution était peu sensible. L'hydropisie enkystée d'une troisième a résisté invariablement à tous les procédés employés; la ponction, devenue nécessaire, a donné issue à quatorze pintes d'eau : malgré la continuation des procédés, l'enflure reparaissait il ) a un mois, temps où j'ai cessé de suivre le traitement. Il donnait de meilleures espérances dans quelques paralysies non invétérées des extrémités ; mais je ne puis attester aucune guérison complète, parce que je n'ai pas vérifié celles qui ont été annoncées dans le public.
» L'effort exercé par une femme blanchisseuse pour lever un envier avait excité une douleur vi\e dans un bras et surtout
dans le poignet. Une répercussion opérée par un cataplasme porta la douleur dans l'épaule, qui se tuméfia sans rougeur. Lebrasetle coude n'avaient aucun mouvement; celui desdoigts, et surtout de la main, était un peu gêné; l'épaule, continuellement douloureuse, ne pouvait supporter aucun attouchement; le poids des vêtements la fatiguait. La malade ne dormait point; elle avait essayé, pendant un an, divers remèdes sans succès, lorsqu'elle fut amenée au traitement par un des commissaires, et examinée par les autres vers la fin de mai. Dès les premiers jours du traitement, elle eut quelques heures de sommeil et des douleurs moins continues. Le doigt, promené tout le long du bras, ou fixé sur l'épaule, produisait une sueur abondante dans ces parties. Le mouvement est revenu insensiblement; la douleur a diminué beaucoup, a changé successivement de place ; elle s'est ranimée quelquefois dans les changements de temps, mais elle se calmait ensuite. La malade a pu successivement remuer les différentes articulations, et porter sa main sur sa tête. Tel est l'état dans lequel je l'ai laissée il y a cinq semaines.
» Les obstructions plus ou moins invétérées des glandes et des viscères étaient les maladies qui occasionnaient le plus fréquemment des crises, dont il faut distinguer deux espèces différentes dans leur marche et leurs effets. Les premières, qui fatiguaient beaucoup les malades, étaient toujours irrégulières, accompagnées de convulsions et de douleurs plus ou moins vives, sans aucune évacuation. Les autres, dont les symptômes étaient tantôt des convulsions vives, tantôt des mouvements plus doux, étaient ordinairement terminées par la sortie de quelque humeur. Ces secondes, au lieu d'accabier les malades, paraissaient les soulager et les fortifier pour quelques jours. La continuité du mal les faisait recourir aux mêmes crises, qui étaient renouvelées assez souvent. Loin de les fuir, ils les recherchaient toujours, malgré la douleur momentanéequ' elles excitaient. Ce désir serait-il un instinct de la nature et une indication d'utilité?
» Un homme sujet à des crises violentes, terminées souvent par un vomissement de sang et de glaires, en avait une forl longue, qu'un accident interrompit sur sa fin. Ce contre-temps ranima les convulsions calmées, et supprima toute sortie d'Iui-
meur. Les huit jours suivants, passés dans le malaise et l'anxiété, lurent employés inutilement à tenter le retour de la crise; l'éréthismc était trop fort; en ne donnant que des convulsions, on augmenta la gène intérieure. Au bout de ce terme, il fut touché en ma présence par M. Deslon, qui détermina en une demi-heure une toux sans convulsion, accompagnée du vomissement ordinaire plus abondant, suivi d'un dégagement des premières voies et des apparences d'une meilleure santé. Cette circonstance prouverait que l'humeur était anciennement amassée, et que la crise nouvelle n'était que la fin de la première. J'ai observé d'autres fois cette interruption de crise chez le môme malade : son haleine échauffée annonçait un sang accumulé, et ce sang, rendu ensuite, paraissait noir et corrompu. Devrait-on en conclure que les crises du traitement magnétique ont une marche régulière comme les autres, mais qu'étant souvent interrompues ou mal conduites elles paraissent quelquefois suivre un ordre différent ?
» Quoi qu'il en soit, on n'a pas vu que la plupart des malades en aient tiré un avantage réel. Une seule personne, à laquelle ces crises procurent des expectorations abondantes, parait se rétablir assez promptement après avoir été dans le marasme le plus complet : mais ces exceptions sont rares. L'état de quelques malades a peu changé ; la diminution des glandes se fait chez d'autres fort lentement ; mais la moindre cause les grossit de nouveau, et nous ne pouvons citer aucune guérison complète de ces maladies. La répétition trop fréquente des crises est encore nuisible, parce qu'elle peut, ou déterminer l'évacuation d'une humeur non préparée, ou produire des efforts impuissants si l'évacuation n'a pas lieu. Il est même à craindre que l'agitation convulsive, renouvelée trop souvent, ne devienne un état habituel el maladif, puisque des personnes insensibles à l'action magnétique pendant les premiers temps ont été dans la suite si sujettes aux convulsions, que la moindre cause les excitait en elles, soit autour du baquet sans autre contact, soit hors des salles du traitement. Ces grandes crises ont pu séduire, parce qu'elles offraient de grands effets, el qu'elles prouvaient mieux l'existence d'un agent; mais leur inefficacité clans beaucoup de cas, et leur désavantage dans quelques-uns, doivent les faire exclure généralement de la pra-
tique ordinaire, et les faire reléguer dans le nombre des remèdes violents, rarement utiles.
» Les faits cités, qui prouvent en général l'action tonique du moyen employé, sont ceux que j'ai recueillis de mes observations, ou qui m'ont été certifiés par les malades eux-mêmes, dont je ne pouvais connaître autrement l'état intérieur. La conformité de plusieurs énoncés de ce genre démontrait la vérité de chacun en particulier, et je n'ai pu attribuer à d'autres causes la meilleure saut;'' que je remarquais en quelques-uns de ces malades. Sans doute l'imagination, l'exercice nécessaire pour se rendre au lieu du traitement, la privation de tout autre remède qui pouvait fatiguer le corps, la dissipation occasionnée par la réunion de plusieurs personnes, le plaisir que donne la musique, et l'usage habituel de la crème de tartre administrée dans ce traitement, sont des moyens qui ajoutent quelquefois beaucoup à l'action du moyen principal; mais il serait peu naturel de penser qu'ils suffiraient dans tous les cas (1).
(Ij Bien que convaincu de sa théorie, on voit (|iie de Jussieu ne peut s'empêcher de tenir comple de circonstances très-importantes pour ces prétendues cures, et en cela encore il se rapproche de l'opinion de ses collègues ; nous n'entreprendrons pas certainement de faire remarquer toulce qu'il y a d'incohérent, d'invraisemblable, d'absurde même dans cette longue énuméralion de maladies dont les unes auraient été soulagées, les autres aggravées par l'usage du baquet 5 nous dirons seulement quede Jussieu, arrivéau terme de ses citations, ne peut s'empêcher de faire un retour sur des circonstances qui auraient certainement suffi pour amener une amélioration, si cette amélioration avait été bien constatée; pourquoi faut-il que le désir de faire prévaloir son système ait égaré de Jussieu à ce point de lui faire trouver une explication plus rationnelle dans la communication de la chaleur animale (par le moyen du doigt ou des baguettes) que dans l'exercice nécessaire pour se rendre au lieu du traitement, dans la privation de tout autre remède qui aurait pu fatiguer le corps, dans les distractions amenées par la réunion de plusieurs personnes, dans le plaisir que donne la musique, et dans l'usage habituel de la crème de tartre? Non, de Jussieu, dont l'esprit est néanmoins frappé de la part que ces circonstances ont pu prendre dans le soulagement des malades, de Jussieu préfère à tout cela une communication de la chaleur animale; étrange aberration d'un esprit aussi cultivé! et notez que ceci luia valu les éloges des magnétiseurs; s'il avait trouvé une explication toute simple dans les conditions hygiéniques énumérées plus
» En réfléchissant sur tous ces effets, il est aisé de reconnaître qu'ils sont déterminés par une cause physique, qui est la chaleur animale, et que cette chaleur fait la base principale du traitement magnétique (1). Pour rendre ce traitement plus intéressant, les auteurs ont voulu l'étayer d'une grande théorie, intéresser toute la nature dans les effets qu'il présente, annoncer un fluide qui agit à des distances considérables, prouver son existence par des épreuves curieuses et extraordinaires, lui assigner une vertu universelle, réduire toutes les maladies à une seule, et établir une pratique suivie sur un système nouveau et non démontré. Qu'en est-il résulté? A l'enthousiasme des uns a été opposé le doute raisonnable des autres. On a voulu examiner avant de croire ; les épreuves répétées ont réussi rarement; en excitant l'imagination, des effets pareils ont été obtenus sans le concours d'autres moyens. Le défaut d'uniformité dans les causes et dans les résultats a donné lieu de conclure que le fluide n'existait point, que les effets étaient illusoires ou dépendant uniquement de l'imagination ; et, en rejetant la doctrine mal prouvée, on a enveloppé tout le traitement dans cette condamnation (2).
haut, on l'aurait mis dans la classe des académiciens passionnés, injustes, etc., mais à tout cela il a préféré l'hypothèse de la chaleur animale ; donc c'est un homme consciencieux.
(1) Cela n'est pas du tout aisé à reconnaître, même en y réfléchissant, et devient même d'autant plus difficile à reconnaître qu'on y réfléchit davantage. Comme exemple du traitement magnétique, de Jussieu vient d'exposer des affections diverses, indéterminées, confuses, dont la marche non moins insolite ne pouvait être rapportée à aucune loi \ un prétendu traitement a été appliqué, traitement qui consistait en attouchements, frictions, baguettes placées à distance , etc., etc., et de Jussieu veut qu'on admette, comme hase évidente de ce traitement la chaleur animale ; et il affirme que ceci est aisé à reconnaître!
(2) Voilà bien certainement un plaidoyer en forme contre le magnétisme animal, et par un membre dissident! Qui pourrait s'imaginer après cela que les magnétiseurs ont voulu faire croire plus tard que si de Jussieu s'est retiré de la commission , c'est qu'on répudiait le magnétisme, tandis que lui, impartial, juste, consciencieux, avait reconnu la réalité de cet agent.
Ce n'est pas tout, comme de Jussieu a lait un grand nombre d'observations, comme il a assistéà un grand nombre d'expériences , comme enfin il s'est séparé de ses collègues qui, suivant lui, ne voulaient pas faire assez d'expériences, de Jussieu a nécessairement une opinion fondée sur ces mêmes expériences; or
» Annoncer la chaleur animale ; constater son existence ; parler de sa force d'expulsion hors des corps, et de l'atmosphère particulière qui en résulte; dire qu'elle se transmet d'un corps à un autre par frottement et par contact; rappeler les effets connus de cette chaleur ainsi communiquée; en déduire ses propriétés; les confirmer par de nouveaux résultats d'une pratique plus étendue : telle aurait dû être la première marche de ceux qui voulaient introduire une nouvelle méthode de traitement (1). Après cette vérification assez facile, ils auraient
commentformule-t-il cette opinion? le voici textuellement : le défaut d'uniformité dans les causes et dans les résultats adonné lieu de conclure que ce fluide n'existait pas, que les effets étaient illusoires ou dépendants uniquement de Timaginalion!
Tout cela est fort bien , tout cela est concluant , péremptoire, nous partageons ici la manière devoir de Jussieu ; il n'y a qu'une seule chose à lui reprocher, c'est qu'immédiatement, et dans le paragraphe suivant , il va chercher à substituer à des suppositions inadmissibles, absurdes même, une théorie qui ne repose pas sur une base plus solide.
Mais analysons un peu ce petit plaidoyer : d'abord les magnétiseurs sont accusés d'avoir soutenu, d'avoir cherché à propager une fausse théorie, uniquement pour jeter de l'intérêt sur ce prétendu mode de traitement; c'était, dit de Jussieu , pour le rendre intéressant, et cela au détriment de la vérité. Ils ont ensuite et faussement encore voulu faire intervenir dans leur traitement la nature tout entière ; ils ont annoncé un prétendu fluide qui agirait à dislances considérables, puisqu'il agirait de planète à planète et qu'il remplirait l'univers. De Jussieu les accuse d'avoir attribué à ce fluide imaginaire une vertu universelle, vertu telle qu'il guérirait toutes les maladies, ou plutôt telle que par ce fluide toutes les maladies seraient réduites à une seule ! Etrange prétention assurément. Enfin, ajoute de Jussieu , c'est d'après ce système nouveau et non démontré qu'ils ont voulu établir une pratique suivie, d'où charlatanisme avéré.
(1) Il faut le dire, c'est une mauvaise guerre que fait ici de Jussieu aux magnétiseurs, et il leur impose de dures conditions; non-seulement il veut les forcer à abandonner leur théorie, mais il veut encore les forcer à adopter une théorie de sa façon', théorie dont les magnétiseurs sauront facilement lui démontrer la fausseté; voyez en effet quelle est la marche qu'il leur prescrit : 1° annoncer la chaleur animale et constater son existence; les magnétiseurs auraient pu lui répondre que ceci n'avait nullement besoin d'être annoncé et constaté, attendu que chacun en est bien persuadé; 2° parler des forces d'expulsion hors du corps et de l'atmosphère particulière qui en résulte; si les magnétiseurs n'avaient pas eu une aussi mauvaise cause à défendre, ils lui
prouvé par des faits que l'atmosphère particulière des corps, ayant une certaine étendue et une certaine force, le contact très-léger, ou même le simple rapprochement du doigt à une petite dislance, suffisait pour établir la même communication de chaleur; qu'il n'était pas toujours nécessaire de recevoir des impressions sensibles pour éprouver des effets réels ; que l'aimant et l'électricité, sans isolement, agissaient sur le corps sans manifester toujours leur action au dehors; et ces assertions appuyées par des observations nombreuses, par des guérisons certaines, auraient acquis un degré suffisant de conviction pour être généralement adoptées (4). Alors la médecine et la physique admettant une pratique utile, méthodique et fondée sur l'expérience, se seraient prêté de concert aux efforts des auteurs, pour lier tous les faits, expliquer l'origine de la chaleur animale, son influence sur les corps animés, ses rapports avec les éléments et les corps environnants. On eût démontré, par les émanations odorantes, l'étendue considérable des atmosphères particulières; on eût observé que les corps étrangers plongés dans ces atmosphères doivent en repomper une partie d'une manière insensible; on eût ajouté que cette action aspirante était plus sensible dans les lieux échauffés parla réunion de beaucoup d'individus. En comparant ces émanations à celles du fluide électrique, on leur eût assigné des courants plus marqués au-devant de certaines parties des corps ; et l'on serait peut-être parvenu successivement à persuader qu'il existe un petit nombre d'êtres malades, ou délicatement
auraient répliqué que cette force d'expulsion ne pourrait jamais aller jusqu'à faire passer la chaleur animale par le bout des baguettes, ou bien à travers les couvertures et par le bout du doigt, etc., etc. Mais les magnétiseurs, ayant de leur côté des prétentions plus absurdes encore , s'étaient Ole le droit de parler. (1) De Jussieuen parle bien à son aise; il taille là une besogne que les magnétiseurs ifauraient trouvée rien moins que facile; de Jussieu invente une théorie, et il croit devoir indiquer aux magnétiseurs comment ils auraient pu prouver la réalité de sa théorie et lui donner un degré suOisant de conviction pour être généralement adoptée. Cela est tort aisé à dire, mais de Jussieu charge fort libéralement les magnétiseurs deson propre fardeau; puis, s'abandonnant à son imagination , il entrevoit dans un avenir prochain Page d'or de la médecine; la médecine et la physique se donneronllamain , et dès lors rien ne résistera à ce puissant moyen thérapeutique, la chaleur animale!
organisés, quelquefois susceptibles d'être affectés de plus loin par ces émanations et ces courants; ainsi l'on eût fait admettre sans difficultés plusieurs causes pour un effet.
» L'action simultanée, ou alternative, ou quelquefois opposée, de ces causes morales et physiques, aurait été expliquée par l'admission nécessaire d'un agent ou principe subordonné aux unes et aux autres, toujours actif, et chargé de l'exercice direct de toutes les fonctions. Soit que cet agent fût confondu avec le principe de chaleur, soit qu'il fut seulement lié à ce principe, la chaleur développée aurait pu toujours être regardée comme principe stimulant ou agissant. Son développement ou son augmentation eût été attribuée, tantôt à l'abord d'une nouvelle portion de chaleur émanée de l'atmosphère générale ou des corps environnants , tantôt à 'l'imagination qui, au lieu d'être distraite et portée au dehors, réagit souvent à l'intérieur. Si l'on eût voulu aller plus loin, si la théorie, prenant un vol plus élevé, embrassant tous les corps de la nature, les unissant par un fluide universel, eût entrepris de faire admettre l'existence d'une seule maladie et d'un seul remède, ce système moins prouvé, et contraire en quelque point aux principes reçus, aurait été rejeté en partie et combattu par la plupart des physiciens; mais la base solide sur laquelle on l'aurait établi subsisterait toujours pour l'avantage de l'humanité.
» On a suivi un autre plan ; on s'est attaché aux grandes spéculations et aux grandes expériences, qui ne sont que la partie brillante et peut-être erronée de cette méthode (4); et on a
(1) Mais les magnétiseurs n'ont pas voulu suivre des conseils si sages; au lieu de chercher à prouver tous les effets de la chaleur animale, comme le voulait de Jussieu , les magnétiseurs ont suivi un autre plan ; et dès lors ils se sonlaltachés aux grandes spéculations, dit de Jussieu, aux grandes expériences, partie brillante, mais erronée ; ils ont laissé là la partie pratique, la seule solide et essentielle. Ce qu'on concevra difficilement, c'est la longanimité des magnétiseurs; c'est qu'après avoir été aussi vertement gourmandes par de Jussieu, après avoir été traités de spéculateurs, de gens qui ne connaissaient rien en pratique, ils ont non-seulement pardonné tout cela à de Jussieu, mais ils ont fini par trouver que de tous ceux qui ont examiné le magnétisme, c'est le seul homme judicieux, le seul homme éclairé; est-ce parce qu'au lieu d'avoir eu le grand tort d'opposer de bonnes raisons à de mauvaises , il a eu celui d'opposer une théorie insoutenable à une théorie absurde?
laissé la partie pratique, qui est la seule solide et essentielle. Plusieurs faits ont prouvé suffisamment l'action de l'homme sur l'homme à une certaine distance; mais cette action éloignée n'est point préférable à celle de l'attouchement ; souvent même, étant incomplète, elle fatigue les malades plutôt qu'elle nelessoulage. Contentons-nous, pour la pratique, du léger contact ou des directions très-rapprochées, qui sont presque équivalentes. Essayons de perfectionner cette médecine d'attouchement, si utile dans quelques cas, et susceptible de le devenir davantage lorsqu'elle sera mieux connue. Retranchons avec soin de cette pratique toutes ces expériences de pure curiosité, qui sont la magie du magnétisme, et qu'une sage médecine rejette comme inutiles, souvent illusoires, quelquefois nuisibles, et toujours peu dignes d'occuper des hommes chargés de plus grands intérêts.
» On doit surtout éloigner avec soin d'un traitement pareil tout ce qui a l'apparence de mystère. L'art destiné à soulager l'humanité n'admet plus de secrets ; il marche au grand jour, et soumet tous ses moyens au jugement public. Les sciences cachées qui, dans les siècles d'ignorance, pouvaient attirer la vénération et l'estime, présentent maintenant, dans un siècle éclairé, le masque de l'erreur ou de l'imposture. Les médecins qui ont suivi le traitement magnétique sans prévention disent avoir observé quelques bons effets. Invitons ceux qui le pratiquent à renoncer à toute réticence, à publier ce qu'ils savent, ce qu'ils croient, et surtout ce qu'ils ont vu. Ces faits présentés par eux, même sans théorie, vérifiés par d'autres, et liés aux faits qu'offrent l'électricité et l'aimant, serviraient à mieux établir les rapports des deux fluides connus avec le principe de la chaleur animale, et à les rendre plus utiles en unissant leur action.
» Conclusion ( l ). La théorie du magnétisme ne peut être
(1) Cette conclusion dernière de Jussieu est singulière ; mélange de vrai et de faux, de raisonnements justes et de suppositions gratuites, elle offre le résumé des idées à la fois exactes et erronées de ce savant ; idées exactes en tout ce qui concerne le magnétisme animal , idées erronées en tout ce qui tient à la chaleur animale. Il commence en effet par conclure rigoureusement, loyalement et consciencieusement que la théorie du magnétisme ne peut être admise; que les
admise tant qu'elle ne sera pas développée et étayée de preuves solides. Les expériences faites pour constater l'existence du fluide magnétique prouvent seulement que l'homme produit sur son semblable une action sensible par le frottement, par le contact, et plus rarement par un simple rapprochement à quelque dislance. Celle action, attribuée à un fluide universel non démontré, appartient certainement à la chaleur animale existante dans les corps, qui émane d'eux continuellement, se porte assez loin, et peut passer d'un corps dans un autre (4). La chaleur animale est développée, augmentée ou diminuée dans un corps par des causes morales et par des causes physiques. Jugée par ses effets, elle participe de la propriété des remèdes toniques, et produit comme eux des effets salutaires ou nuisibles, selon la quantité communiquée et selon les circonstances où elle est employée (2). Un usage plus étendu et plus réfléchi de cet agent fera mieux connaître sa véritable action et son degré d'utilité. Tout médecin peut suivre les méthodes qu'il croit avantageuses pour le traitement des maladies , mais sous la condition de publier ses moyens lorsqu'ils sont nouveaux ou opposés à la pratique ordinaire. Ceux qui ont établi, propagé ou suivi le traitement appelé magnétique, et qui se proposent de le continuer, sont donc obligés
d'exposer leurs découvertes et leurs observations; et l'on doit
preuves invoquées par les magnétiseurs ne sont rien moins que solides ; puis passant aux expériences dont il a été témoin , au lieu de se borner à cetle conclusion négative, seule vraie, seule soutenable, il infère tout aussitôt de ces mêmes expériences une théorie de sa façon , moins absurde il est vrai que celle des magnétiseurs, mais qui ne saurait soutenir l'examen.
(1) Comment les magnétiseurs n'ont-ils pas vu que de Jussieu s'est rendu coupable à leur égard d'un crime impardonnable? Ne cherche-t-il pasà dépouiller ici leur fluide universel au profit de sa chaleur animale ? Il y a une action , non pas universelle, ceci est insoutenable, mais de l'homme à l'homme; les magnétiseurs ont attribué cetle action à leur fluide , c'est une erreur, ce fluide n'existe pas, il appartient certainement, ce sont les expressions de Jussieu, à la chaleur animale !
(2) Nous n'insisterons pas sur les développements de cette conclusion définitive; ce sont toujours les mêmes assertions, les mêmes erreurs : bref, si ce savant a fait un rapport pour son propre compte, nous l'avons déjà dit, c'est qu'il avait à faire prévaloir pour son propre compte une théorie particulière.
proscrire loui traitement de ce genre dont les procédés ne seront pas connus par une prompte publication.
» A Paris, ce 12 septembre 1784.