‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 83 sur 107 · A. L. DE JUSSIEU · texte numérisé non relu

A. L. DE JUSSIEU

Si nous suivions l'ordre des rapports présentés aux corps savants, nous aurions ici un grand intervalle à franchir; mais il est une collection de documents précieuse pour la science, plus précieuse encore pour la médecine française, c'est celle que la société royale avail chargé Thouret de réunir et de publier.

On y voit, et ce sera un éternel honneur pour la médecine de notre pays , on y voit que si le magnétisme avail été accueilli dans la capitale avec une sorte d'engouement par cette partie de la société qui était en pleine décadence et déjà corrompue par absence de tout principe et de toute croyance; on y voit, disons-nous, un immense, un imposant concert de réprobation porté par tous les praticiens honnêtes qui couvraient la France, et précisément par celte classe d'hommes qui bientôt, au milieu de nos orages politiques, devaient surgir et désormais occuper dans l'ordre social la place qui leur était due.

La société royale de médecine savait que ses correspondants s'étaient empressés, à l'apparition du magnétisme dans chaque ville, de lui transmettre leurs propres opinions, et de lui dire quels avaient été les résultats des expériences tentées dans chaque localité; elle connaissait l'esprit général de ces documents, el elle était pénétrée de cette idée qu'il ne fallait pas laisser ensevelir à tout jamais ces documents inestimables dans ses archives.

C'est pour les faire connaître au monde savant que ia société chargea Thouret de les réunir, de les coordonner, el enfin de les publier.

Dans les séances des2el5novembre4784, la société en entendit la lecture, et immédiatement ils furent publiés; donc, c'est un travail purement académique, composé pardes membrescorrespondants, recueilli et lu en séance par un membre illustre delà société ; c'eût été une lacune dans notre histoire, si nous ne l'avions pas compris dans les pièces dont elle se compose ; ajoutons que nous aurions pu faire assurément la même chose pour

noire propre époque, si de nos jours le magnétisme animal avait eu le même retentissement; tous les médecins instruits et modestes qui sont répandus sur le sol de la France, les honorables correspondants de notre académie, tous se seraient empressés de répondre à l'appel qui leur aurait été fait. Oui, nous pouvons le dire avec confiance, tous ces hommes laborieux qui ont passé leur jeunesse dans de pénibles études, qui sont venus, même au prix de leur santé, passer de longs hivers dans nos amphithéâtres, dans nos salles de dissection, n'auraient pas été donner leur démission scientifique au profit de quelques somnambules habitués à lire couramment dans la profondeurdes organes, à annoncer, à pronostiquer des maux immanquables et à ordonner des remèdes en conséquence, ou bien au profit de quelques magnétiseurs nomades, troupe vagabonde chassée de ville en ville, et qui, nous l'espérons du moins, finira par disparaître complètement.

Mais cet appel n'a pas été nécessaire : les consultations magnétiques données dans quelques carrefours obscurs n'ont dû porter aucun ombrage à l'exercice honorable et avoué de la médecine. Quant à la reprise en considération par l'académie, elle a eu une issue telle que le corps médical n'a dû concevoir aucune inquiétude ; un rapport favorable avait été fait, il est vrai; nous le reproduirons nous-mème avec une discussion suivie, mais ce rapport n'a pas même été soumis à la discussion ; tant a été manifeste pour son auteur la réprobation de l'académie pour tout ce qui concerne le magnétisme animal; plus tard, un autre rapport essentiellement contradictoire, fait par l'un de nous, a été adopté par l'académie ; et définitivement un prix fondé encore par l'un de nous a réduit les magnétiseurs, non pas au silence, car qui pourrait empêcher les ignorants de jeter des clameurs, mais à l'impuissance de rien tenter désormais dans le sein des académies.

De tout ceci il résulte que nous n'avions pas à demandera nos confrères des départements cette unanime réprobation ; le sujet ne le méritait plus; mais à l'époque de Mesmer elle riait nécessaire; c'était delà part des médecins français, non-seulement un acte important, scientifiquement parlant, mais une bonneaction, une œuvre de patriotisme; aussi allonsnous donner ces documents dans toute leur intégrité.

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