‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 92 sur 107 · SUR LA QUESTION DE L'EXAMEN DU MAGNÉTISME ANIMAL · texte numérisé non relu

SUR LA QUESTION DE L'EXAMEN DU MAGNÉTISME ANIMAL

Au nom d'une commission composée de MM. AnEi.oN, Rurdin aîné, Marc et Parisft.

(Rapporteur M. HT'SSON.)

« Messieurs, vous avez chargé, dans la séance du 11 octobre dernier, une commission composée de MM. Marc, Adelon, Pariseï , Burdin et moi , de vous faire un rapport sur une lettre que M. Foissac, docteur en médecine de la faculté de Paris, ;i écrite à la section pour l'engager (1) à renouveler les expériences faites en 1784 sur le magnétisme animal, et pour mettre

(1) Quand un simple particulier se permet d'écrire à une académie, à une société savante, c'est ordinairement pour soumettre à ses lumières ou une découverte ou de nouvelles observations ou des expériences importantes; ici pas du tout, c'est un particulier qui juge à propos de donner une mission à l'académie 5 de sa propre autorité, ce particulier l'invite, l'engage à renouveler telles expériences ; comme le ferait un ministre dans l'intérêt de la société et qui dirait au président : Veuillez, M. le président, inviter l'académie, etc. C'était donc une grave autorité que M. Foissac? il portait donc un nom déjà illustre dans la science, ce M. Foissac, pour se permettre d'inviter une académie à suspendre immédiatement l'ordre ordinaire de ses travaux pour suivre telle direction qu'il lui imprimait?

à sa disposition (1), si elle jugeait convenable de les répéter, une somnambule qui servirait aux recherches que des commissaires pris parmi vous croiraient (2) à propos de tenter.

» Avant de prendre une détermination sur l'objet de cette lettre , vous avez désiré être éclairés sur la question de savoir s'il était convenable que Y académie (3) soumît à un nouvel examen une question scientifique jugée et frappée de réprobation, il y a quarante ans, par l'académie royale des sciences, la société royale de médecine et la faculté de médecine-, poursuivie depuis cette époque par le ridicule (4), enfin abandonnée ou plutôt délaissée par plusieurs de ses partisans.

» Pour mettre l'académie (5) à môme de prononcer dans cette cause, la commission a cru devoir comparer les renseignements qu'elle a pu recueillir (6) sur les expériences faites par ordre du roi en 4784, avec les ouvrages publiés en dernier lieu sur le magnétisme, avec les expériences dont plusieurs de ses membres et plusieurs d'entre vous ont été les témoins. Elle a établi d'abord que, quand bien même les travaux modernes ne seraient que la répétition de ceux qui furent jugés par les corps savants investis en 4784 de la confiance du roi,

(1) M. Foissac ne soumet aucun fait scientifique, seulement il engage l'académie à travailler dans telle direction , et pour lui faciliter les choses, il lui offre une somnambule comme sujet d'expérimentation. Je vous prêterai une somnambule , semble- t-il dire , je la mets à votre disposition ; ces derniers mots appartiennent à M. Foissac.

(2) Il y a dans l'original -.jugeraient et non pas croiraient; mais ceci n'est qu'une négligence de style.

(3) Ici ce n'est plus une négligence de style, c'est un changement qui devait avoir une certaine portée; dans l'original, il y a section et non pas académie; pourquoi vouloir rendre l'académie solidaire d'un fait qui ne concerne qu'une section 1

(4) Ici il y a une suppression ; on lit dans l'original les mots suivants : puis pratiquée de nouveau par des personnes bienfaisantes et par des médecins désireux déjuger par eux-mêmes tes phénomènes qu'on leur annonçait être produits par ce nouvel agent.

(5) Même observation ; ici il y a et il devait y avoir dans l'original section et non académie , mais il parait que c'est un parti pris; en voilà assez.

(6) Les renseignements qu'elle a pu recueillir! mais que va-t-on nous apprendre? où donc aura-t-on puisé ces nouveaux renseignements?

un nouvel examen pourrait cependant être encore utile, parce que, dans celle affaire du magnétisme animal, on peut, comme dans toutes celles qui sont soumises aux jugements de la faible humanité, en appeler des décisions prises par nos devanciers à un nouvel et plus rigoureux examen. Eh! quelle science, plus que la médecine (1), a été aussi sujette à ces variations qui en ont si souvent changé les doctrines? Nous ne pouvons pas ouvrir les fastes de noire art sans être frappés, non-seulement de la diversité des opinions qui se sont partagé son domaine, mais encore du peu de solidité de ces jugements qu'on croyait inattaquables à l'instant où on les portait, et que des jugements nouveaux sont venus réformer. Ainsi, de nos jours, pour ainsi dire, nous avons vu successivement la circulation du sang déclarée impossible (2) , l'inoculation de la petite vé-

(1) Mais il ne s'agit pas ici de médecine! il s'agit de magnétisme, de manœuvres qui n'ont aucun rapport avec les faits dont la science médicale se compose; comment se fait-il donc que d'un trait de plume on fasse rentrer le magnétisme dans le domaine delà médecine; qu'on élève, sans plus de façon, les pass.es à la hauteur des faits scientifiques. Suivant le rapporteur, il peut y avoir variation dans les jugements portés sur le magnétisme; cela lui paraît naturel, et il s'écrie aussitôt : Eh! quelle science plus que la médecine a été aussi sujette à ces variations; mais pourquoi mettre ici en cause la médecine? pourquoi lui faire porter la responsabilité des faits prétendus magnétiques?

Suivant M. Husson, rien ne serait stable en médecine, à chaque époque une nouvelle révolution viendrait renverser de fond en comble ce qu'on croyait bien établi ; mais à ce compte il n'y aurait pas de science médicale. Il est vrai que c'est là ce que voudraient faire croire les magnétiseurs, afin de substituer leurs somnambules aux médecins ; mais cela est faux et outrageant pour la médecine; ce quia varié en médecine, c'est l'esprit de système, ce sont les théories, parce qu'elles étaient prématurées; mais les notions positives sont restées, elles passent d'âge en âge, et peu à peu elles agrandissent le domaine de la science; voilà ce qu'il fallait distinguer.

(2) La circulation du sang ! citation malheureuse, car elle prouve contre le plaidoyer en faveur des variations de la médecine. Cette admirable découverte, due au génie investigateur de Harvey, a été comme toute découverte contestée d'abord par quelques esprits rétrogrades, mais elle n'a pu être ébranlée; elle est restée et elle restera à jamais dans la science et c'est un des plus beaux fleurons de sa couronne. Qu'importe que celte grande vérité ait été d'abord niée par quelques-uns de ces hommes qui ferment toujours les yeux à la vérité? est-ce là une variation de la médecine? non. assurément, car c'est une preuve

rôle considérée comme un crime (1), ces énormes perruques dont plusieurs d'entre nous ont eu la tête surchargée, être proclamées comme infiniment plus salubresque la chevelure naturelle (2); et pourtant il a été bien reconnu que le sang circule, nous ne voyons pas qu'on intente de procès aux personnes qui inoculent la petite vérole, et nous avons tous la conviction qu'on peut se très-bien porter sans avoir la tête recouverte de l'attirail grotesque qui occupe le tiers au moins de la sur-

nouvelle de la stabilité des notions réellement scientifiques ; et on va citer les clameurs de quelques arriérés comme unepreuve que rien ne dure, que rien ne subsiste , que rien ne reste en médecine! Sachez que rimmortelle découverte de Harvey sera à tout jamais au premier rang des vérités médicales; c'est une colonne inébranlable de la physiologie; appuyée sur des vérités de cette nature, la science ne peut que grandir, il n'y a pas de révolution qui puisse les atteindre, à moins qu'on ne prétende que les somnambules viendront changer tout cela. Il est vrai que la demoiselle Samson, premier sujet des expériences de M. Husson , lui avait dit qu'elle voyait dans son propre corps un petit fil qui faisait mouvoir son cœur! voilà qui menaçait directement la circulation harveyenne d'une grande variation !

(1) L'inoculation ! encore une citation malheureuse ; pourquoi M. Husson n'a-t-il pas cité aussi la vaccine? Quelques esprits, et où ne trouve-t-on pas d'opposition? quelques esprits ont nié d'abord l'efficacité de la vaccine comme préservatif; d'autres avaient nié que la variole provoquée artificiellement fût plus bénigne que la variole spontanée; ce qui n'a pas empêché ces deux vérités de s'établir; en quoi cela prouve-t-il que tout n'est que variation en médecine? Laissez dire cela aux gens du monde, laissez dire cela aux détracteurs de la médecine; mais on ne doit pas oublier que les notions scientifiques, une fois acquises, n'ont rien à redouter de variations théoriques.

(2)Onne s'attendait guère, il fauten convenir, à trouver des perruques en cette affaire! et cela pour prouver que la médecine n'éprouve que variations et révolulions!! Un candidat, pour faire de l'esprit, prend pour sujet de thèse l'éloge des perruques, comme d'autres ont fait l'éloge de la folie, et voilà une nouvelle variation delà médecine! La faculté de médecine actuelle, sachant bien qu'elle ne doit en aucune manière porter la responsabilité des excentricités de ses candidats, a soin de rappeler dans chaque thèse que, par délibération du !) décembre 1798 il a été arrêté que les opinions émises par les candidats doivent être considérées comme propres à leurs auteurs, et qu'elle n'entend leur donner ni approbation ni improbation; et, parce qu'un mauvais plaisant trouve que les vieilles perruques valent mieux que la chevelure naturelle, il faut tout de suite en conclure que les médecins n'ont rien de fixe, rien d'arrêté dans l'esprit !

lace de chacun des portraits qui nous restent de nus anciens maîtres.

» Si des opinions nous passons aux jugements , qui n'a encore présente à la pensée la proscription qui frappa toutes les préparations de l'antimoine, sous le décanat du fameux Gui Patin ? Qui a pu oublier qu'un arrêt du parlement, sollicité par la faculté de médecine de Paris, défendit l'usage de l'émétique, et que, quelques années après, Louis XIV étant tombé malade et ayant dû sa guérison à ce médicament, l'arrêt du parlement fut révoqué par suite d'un décret de la même faculté, et l'émétique replacé au rang qu'il tient encore dans la matière médicale (4)?Enlin, ce même parlement n'a-l-il pasdéfendu, en 4763, que l'on pratiquât l'inoculation de la petite vérole dans les \ i Iles et faubourgs de son ressort ? et onze ans après, en 4774, à quatre lieues de la salle de ses séances, Louis XVI, ses deux frères, Louis XVIII et Charles X, ne se firent-ils pas inoculer à Versailles, dans le ressort du parlement de Paris?

» Vous voyez donc, messieurs, que le principe de l'autorité de la chose jugée, si respectable dans une autre sphère que la nôtre (2), peut être abrogé, et que par conséquent, dans cette circonstance d'un nouvel examen du magnétisme, votre sollicitude pour la science ne doit point être enchaînée par un jugement qui aurait été porté précédemment, en admettant même que, comme dans les deux questions précédentes, l'objet à juger fût identiquement semblable à celui sur lequel il a déjà été prononcé.

" "Mais aujourd'hui le magnétisme ne se présente plus à votre examen tel qu'il a été soumis à celui des corporations savantes qui l'ont jugé; et, sans vouloir rechercher jusqu'à quel

(1) Ces mots : et l'émétique replacé au rang qu'il lient encore dans la matière médicale, ne sont pas dans l'original; admettons que c'est pour réparer une négligence de style que M. Husson en a autorisé l'addition.

(2) Dans une autre sphère que la nôtre! Ainsi en médecine l'autorité de la chose jugée ne serait rien; les médecins ont tant varié dans leurs opinions et dans leurs jugements qu'il ne faudrait plus reconnaître chez eux le principe de l'autorité la chose jugée! et c'est un médecin qui dit tout cela!

Ainsi, permis ailleurs , permis dans une antre sphère d'invoquer le principe de l'autorité de la chose jugée; mais les médecins dans leur sphère ont perdu ce droit ; c'est assurément nous faire beaucoup d'honneur !

point (1) ces jugements ont été précédés d'une étude impartiale des faits, jusqu'à quel point la manière de procéder dans cette étude a été conforme aux principes d'une observation sage et éclairée, la commission s'en rapporte à vous, messieurs, du soin d'établir si l'on doit ajouter une confiance exclusive et irrévocable aux conclusions d'un rapport dans lequel on trouve cet étrange avertissement, ce singulier exposé du plan d'après lequel les commissaires se proposent d'opérer (2).

(1) On appelle cela une insinuation , ou plutôt c'est ce que les rhétoriciens appellent une prétention; nous ne rechercherons pas..., nous ne vous dirons pas..., c'est-à-dire qu'on recherche et qu'on dit; donc M. Husson donne positivement à entendre ici que les jugements portés autrefois par les corps savants n'avaient pas été précédés d'une élude impartiale des faits; il donne encore à entendre que la manière de procéder des anciens commissaires dans celte étude n'avait pas été conforme aux principes d'une observation sage et éclairée , et ceci va être suivi d'une citation empruntée à la commission. Nous allons répondre atout cela.

(2) S'il fallait s'en tenir à celle citation tronquée, mutilée , on croirait en effet que Bailly, Lavoisier, Franklin, etc., ont prétendu juger des faits sans les observer assidûment, qu'ils ont voulu juger ces faits sur un simple compte rendu de l'un d'eux ; eh bien, ceci est matériellement inexact, controuvé. Lisez cet admirable, ce judicieux rapport de Bailly, vous verrez que les commissaires, sollicités par Deslon, comme ils lavaient été par Mesmer, d'assister à ces cohues de femmes échevelées et furieuses qui se tordaient autour des baquets , avaient décidé que leur présence assidue n'était pas nécessaire dans ce pandœmonium (ils auraient pu même refuser absolument d'y assister, car ce n'était pas là la place d'hommes qui se respectent) ; mais, pour juger rigoureusement de la réalité des faits magnétiques, vous verrez qu'ils avaient mis Deslon en demeure de produire devant eux, en particulier, les faits annoncés; et à ces expériences particulières, les seules concluantes, ils avaient décidé d'y assister régulièrement, assidûment, et tous à la fois; lisez la page 42, vous verrez comment ils se sont proposés de ne faire des expériences suivies que sur des sujets isolés ; voyez la page suivante, et vous verrez qu'ils ont fait des expériences sur euxmêmes une fois par semaine, puis sur des sujets pris dans diverses conditions physiques et morales. Qu'aurait dit M. Husson si M. Foissac, admis à faire ses expériences devant la nouvelle commission , avait commencé par dire à M. Husson et à ses collègues : Je fais un traitement public tel ou tel jour, dans un local à moi; la foule y est considérable, les effets variés, surprenants, extraordinaires ; venez assister à mes séances , je me forai un plaisir de vous faire donner des places? Est-ce que M. Husson , entendant bien ses devoirs, n'aurait pas répondu à M. Foissac : Ce sont des expériences faites sur des sujets isolés que nous

« Les malades distingués qui viennent au traitement pour leur santé, disent les commissaires du roi, pourraient être importunés par les questions; les soins de les observer pourraient ou les gêner ou leur déplaire ; les commissaires eux-mêmes seraient gênes par leur discrétion. Ils ont donc arrêté que, leur assiduité n'étant point nécessaire à ce traitement, il suffirait que quelques-uns d'eux y vinssent de temps en temps pour confirmer les premières observations générales, en faire de nouvelles, s'il y avait lieu, et en rendre compte à la commission assemblée (voyez Rapport de Bailhj, in-4°, p. 8).

» Ainsi on établit en principe (1) que, dans l'examen d'un

voulons, des expériences faites pour nous seuls et devant nous; celles-ci nous les suivrons assidûment, ponctuellement, tous à la fois, parce qu'elles seront probantes; mais, pour vos séances publiques, la multitude des effets ne nous permettrait pas de bien observer, on verrait trop de choses à la fois pour en bien voir une en particulier (expressions de Bailly, p. 54) ; donc il nous suffira d'en prendre une connaissance générale; l'un de nous pourra en rendre compte à la commission? Est-ce que M. Husson n'aurait pas dit cela? et qui aurait pu l'en blâmer? loin de là, on aurait dit que les commissaires s'étaient montrés également jaloux et de leur dignité et de leur devoir.

Mais maintenant voici quelque chose de plus grave : si M. Husson ayant procédé ainsi et l'ayant dit dans son rapport, un autre rapporteur, ne partageant pas son opinion à lui M. Husson , venait dire à une autre assemblée : « Voyez, messieurs, comme M. Husson a mal procédé, il fait un rapport et nous y trouvons un étrange avertissement, un singulier expose de son jilan. » M. Husson avoue qu'il n'a pas voulu assister régulièrement aux séances données par M. Foissac , qu'on s'en est rapporté au compte rendu d'un des commissaires, etc.; M. Husson a prétexté la multitude des effets, qu'on venait trop de choses à la fois, etc. »

Que dirait àsen tour M'. Husson du procédé de ce nouveau rapporteur? quel nom donnerait-il à celte idée de lui emprunter un passage et de taire les autres? C'est cependant là ce que M. Husson a fait ici , et nous allons le voir se complaire dans l'énumération de toutes les fautes commises par les commissaires.

(1) Oui, on établit cela en principe, mais seulement pour le traitement public de Deslon, où les commissaires étaient simplement admis comme tant d'autres.

Non, on ne fera point de questions à ces personnes, parce qu'on n'aurait que des réponses insigniûantes; mais lisez la page 42 que M. Husson n'a pas citée, et vous verrez comment on a questionné les sujets; vous verrez qu'on les avait partagés en deux catégories, de telle sorte, dit Bailly, que les mis par leur si7iij)licitc , les autres par leur intelligence étaient capables de rendre un compte fidèle et exact' de ce qu'ils avaient éprouvé. Entendez-vous, M. Husson, un

fait aussi important, les commissaires ne feront point de questions aux personnes soumises aux épreuves, qu'ils ne prendront pas le soin de les observer, qu'ils ne seront pas assidus aux séances dans lesquelles se feront les expériences, qu'ils y viendront de temps en temps, et qu'ils rendront compte de ce qu'ils auront vu isolément à la commission assemblée. Votre commission, messieurs, ne peut s'empêcher de reconnaître que ce n'est pas de cette manière que l'on fait à présent les expériences, que l'on observe les faits nouveaux, et que, quelque soit l'éclat que la réputation de Franklin, Bailly, Darcet, Lavoisier réfléchisse encore sur une génération qui n'est plus la leur, quel que soit le respect qui environne leur mémoire, quel qu'ait été l'assentiment général qui, pendant quarante ans, a été accordé à leur rapport, il est certain que le jugement qu'ils ont porté pèche par la base radicale (1), par une manière peu rigoureuse de procéder dans l'étude de la question qu'ils étaient chargés d'examiner. Et si nous les suivons près des personnes qu'ils magnétisent ou font magnétiser, surtout les commissaires de la société royale de médecine, nous les voyons dans une disposition peu bienveillante; nous les voyons, malgré toutes les représentations qui leur sont faites, faire des essais, tenter des expériences dans lesquels ils omettent (2) les condi-

compte tidèle et exact ; vous qui citez Bailly pour lui faire dire que les commissaires ne feront pas de questions aux personnes soumises aux épreuves.

Non , on n'assistera pas assidûment à ces sortes de séances, parce que les commissaires ne devaient pas se donner en spectacle aux oisifs et aux imbéciles.

Mais lisez la page 44 que M. Husson ne cite pas, et vous verrez que Deslon leur avait consacré chez lui une chambre séparée et un baquet particulier; vous verrez que tous les commissaires ont été d'abord s'y placer eux-mêmes, puis qu'ils y ont opéré assidûment, parfois même plusieurs jours de suite, sur des sujets isolés; et cela, disent-ils, afin d'être, dans tous les cas, les seuls ou du moins les premiers juges de ce qu'ils avaient éprouvé.

(1) Conclusion juste pour ceux qui n'ont lu du rapport de Bailly que les douze lignes citées parM. Husson ; ces douze lignes sontdonnées commelabase radicale; donc ils auraient péché par la base radicale , c'est-à-dire par une manière peu rigoureuse de procéder.

(•2) Comme ici il n'y aaucun fait articulé pour prouver celte malveillance, ces dispositions morales omises, comme il n'y a pas même de citations tronquées, nous n'avons rien à répondre; passons plus loin.

DU MAGNÉTISME AMMAL. 289

lions morales exigées et annoncées comme indispensables aux succès ; nous voyons enfin l'un de ces derniers, celui qui a été le plus assidu à toutes les expériences, dont nous connaissons tous la probité, l'exactitude, la candeur, M. de Jussieu, se séparer de ses collègues, et publier un rapport particulier, contradictoire (4), qu'il termine en déclarant que les expériences

(1) Ici le rapporteur déclare tout net que le rapport particulier de Jussieu est contradictoire à celui de ses collègues; ce qui doit signifier que, le rapport de la majorité des commissaires de la société royale étant défavorable au magnétisme animal , celui de Jussieu est nécessairementfavorable à cette prétendue doctrine; eh bien ! cette assertion est inexacte; nous l'avons prouvé dans notre analyse du rapport de Jussieu , nous allons y revenir ici afin de ne rien laisser passer. Et d'abord quelle est la conclusion définitive des commissaires de la société royale à l'égard du magnétisme? la voici : La réalité du magnétisme animal n'est nullement démontrée. Quelle est maintenant la conclusion définitive du rapport de Jussieu à l'égard du magnétisme? la voici textuellement (p. 186) : Conclusion : la théorie du magnétisme animal ne peut être admise! est-ce là un rapport contradictoire?

Maintenant, si l'on nous demandait pourquoi de Jussieu, après tout, s'était séparé de ses collègues, nous répondrions que déjà nous avons fait connaître quels avaient été ses motifs, mais nous allons y revenir en peu de mots ; car la citation de M. Husson nous en fait une loi ; il est bon d'en donner le commentaire.

La majorité de la commission , d'accord en cela et tout à fait d'accord avec de Jussieu, avait d'abord écarté la supposition d'un prétendu agent magnétique; de Jussieu à cet égard est tout aussi explicite que la commission , il regarde les magnétiseurs comme des charlatans qui, pour rendre leur traitement plus intéressant ont voulu l'élaner d'une grande théorie,... qui ont voulu réduire toutes les maladies à une seule, etc., etc. (p. 182). Mais restait l'interprétation rationnelle des faits observés ; et c'est ici qu'il y a, non pas contradiction, mais légère dissidence : suivant la majorité, il faut remonter à plusieurs causes , telles que l'imagination, l'agitation de l'air, la chaleur animale, etc. Suivant de Jussieu , pour rendre raison des mêmes effets, il suffirait d'une condition, c'est-à-dire la communication de la chaleur animale par le moyen des attouchements, des frictions, des pressions exercées par les magnétiseurs sur les magnétisés; et encore notez que de Jussieu reconnaît qu'en certains cas l'imagination joue aussi un rôle, ainsi que l'exercice , les distractions, etc. (p, 181).' C'est ce que M. Husson a été forcé de dire lui-même dans le passage qu'il a emprunté à de Jussieu ; vous y voyez en effet qu'il n'est question comme cause que de la chaleur animale, et que le fluide magnétique, que le magnétisme y est mentionné comme un lait non démontré; eh bien , malgré ce non démon-

qu'il a faites, et dont il a été le témoin, prouvent que l'homme produit sur son semblable une action sensible par le frottement, par le contact, et plus rarement par un simple rapprochement à quelque distance; que cette action, attribuée à un fluide universel, non démontré, lui semble appartenir à la chaleur animale existante dans les corps; que cette chaleur émane d'eux continuellement, se porte assez loin, et peut passer d'un corps dans un autre; qu'elle est développée, augmentée ou diminuée dans un corps par des causes morales et par des causes physiques; que, jugée par des effets, elle participe de la propriété des remèdes toniques, et produit, comme eux, des effets salutaires ou nuisibles, selon la quantité de chaleur communiquée et selon les circonstances où elle est employée; qu'enfin un usage plus étendu et plus réfléchi de cet agent fera mieux connaître sa véritable action et son degré d'utilité.

» Dans cette position, messieurs, quel est celui des deux rapports qui doit fixer votre indécision? Est-ce celui dans lequel on annonce que l'on ne questionnera pas de malades, que l'on ne s'astreindra pas à les observer exactement, qu'on peut ne point être assidu aux épreuves; où celui d'un homme laborieux, attentif, scrupuleux, exact(l), qui a le courage de se détacher de

tréf M. Husson veut à toute force faire de Jussieu un partisan du magnétisme!

(l) Pour que toute indécision cesse, M. Husson, après avoir mis l'incapacité, l'incurie du côlédes membres de l'ancienne académie des sciences, va combler de qualités le membre dissidentde la société royale de médecine, c'està-dire de Jussieu. Donc M. de Jussieu est d'abord un homme laborieux, c'est un homme attentif, c'est un homme scrupuleux , c'est un homme exact; il a le courage de se détacher de ses collègues, les autres ont eu la faiblesse d'être unanimes; il alecourage de braver le ridicule dont il sait qu'il va être couvert, tandis que les autres ont eu peur du ridicule; il brave l'influence du pouvoir, carie pouvoir sans doute redoutait le mesmérisme; enfin, et c'est là son plus grand mérite, de Jussieu publie un rapport particulier dont les conclusions sont diamétralement opposées à celles des autres commissaires! Oh! mais pour cela, non. Faut-il vous répéter, M. Husson, la conclusion définitive de Jussieu? la voici : Conclusion : la théorie du magnétisme animalne peut être admise; Quelle est celle des autres commissaires? Bien ne prouve l'existence du magnétisme animal ! Peut-on appeler celades conclusionsdiamélraleinentopposées !! Accordez, sivousle vou-

ses collègues, de mépriser le ridicule dont il sait qu'il va être couvert, de braver l'influence du pouvoir, et de publier un rapport particulier dont les conclusions sont diamétralement opposées à celles des autres commissaires? Votre commission n'est pas instituée pour se prononcer à cet égard; mais elle trouve dans cette divergence d'opinions un motif nouveau pour prendre en considération la proposition de M. Foissac. «Ainsi, messieurs, voilà déjà deux raisons pour soumettre le magnétisme à un nouvel examen : l'une, vous l'avez senti, est fondée sur cette vérité qu'en fait de science un jugementquelconque n'est qu'une chose transitoire (1); l'autre, que les commissaires chargés par le roi d'examiner le magnétisme animal ne nous paraissent pas avoir scrupuleusement rempli leur

lez, et exclusivement à M. de Jussieu, de l'assiduité, du labeur, de l'attention, des scrupules, de l'exactitude, du courage, de l'indépendance, mais ne parlez pas de conclusions diamétralement opposées; si vous voulez rester dans le vrai, dites : II diffère en cela de ses collègues que pour lui la cause générale des effets observés réside dans la communication delà chaleur animale.

(1) M. Husson se résume; reprenons ses considérations ainsi résumées; et d'abord voici un premier aphorisme : en fait de science, un jugement quelconque n'est que transitoire! Voilà une senlencequi, si elle était vraie, ne laisserait pas d'être très-encourageante; un jugement n'étant que renonciation d'une proposition, il faudrait admettre que toute proposition scientifique estime chose (puisque chose il y a) , est unechose provisoire; à ce compte, toutes les propositions d'Euclide, de Kepler, de Newton, de Toricelli, de Galilée, d'Harvey , de Haller, etc., sont choses provisoires ; mais laissons cette discussion. On le voit, M. Husson s toujours l'esprit préoccupé d'un certain jugement, nous osons à peine le rappeler en matière aussi grave; n'importe, il faut le dire, ce qui préoccupe ici M. Husson, c'est le fameux jugement sur les perruques; il a vu que c'est chose transitoire, les perruques pourront revenir et avec elles leurs apologistes.

Quoi qu'il en soit, voilà la première vérité, ou l'une des deux raisons qui doivent porter l'académie à soumettre le magnétisme à un nouvel examen. Voyons la seconde, ou l'autre, comme dit M. Husson : 1° c'est que les commissaires nommés par le roi ne lui paraissent pas avoir scrupuleusement rempli leur mandat ; toujours la même accusation, n'en parlons plus, nous verrons si les commissaires invités par M. Foissac seront plus scrupuleux; 2° c'est que l'un des commissaires aurait fuit un rapport contradictoire t mais M. Husson voit une contradiction là où il y a uniformité.

mandai (1), et que l'un d'eux a fait un rapport contradictoire.

Voyons à présent si nous n'en trouvons pas une troisième dans la différence qui existe entre le magnétisme de 1784 et celui sur lequel on veut lixer aujourd'hui l'attention de l'académie.

» Notre devoir n'est pas d'entrer dans des détails sur l'histoire de cette découverte, sur la manière dont elle a été accueillie en Allemagne et en France ; nous devons seulement établir que la théorie, les procédés et les résultats qui ont été jugés en 1784 ne sont pas les mêmes que ceux que les magnétiseurs modernes nous annoncent, et sur lesquels ils appellent votre examen. D'abord la théorie de Mesmer, fidèlement exposée par les commissaires et copiée textuellement par eux dans son premier ouvrage, est celle-ci :

« Le magnétisme animal est un fluide universellement répandu. Il est le moyen.d'une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés. Il est continué de manière à ne souffrir aucun vide. Sa subtilité ne permet aucune comparaison. 11 est capable de recevoir, propager, communiquer toutes

(1) Encore cette accusation inqualifiable ! nous ne pensions pas avoir à y revenir; comment! on accuse de nouveau les commissaires de l'académie des sciences d'avoir fait un rapport sur le magnétisme animal après s'être imposé la loi de ne faire aucune question aux individus soumis aux expériences! On accuse de nouveau ces mêmes commissaires d'avoir fait ce rapport après être convenus entre eux de ne pas assister exactement aux expériences! Mais encore un coup ils ont dit cela pour les séances publiques , pour les scènes scandaleuses des baquets ; mais ils s'étaient réservé de questionner minutieusement les sujets pris isolément, d'expérimenter d'abord sur eux-mêmes, ce qu'ils ont fait; puis d'assister exactement aux expériences faites dans une chambre particulière que leur avait consacrée Deslon ; voilà ce qu'ils ont fait.

S'il fallait en croire ici le rapporteur, non-seulement les commissaires auraient manqué essentiellement à leur devoir, mais ces commissaires , ces Franklin, ces Lavoîsier, ces Bailly, auraient été privés de sens! Comment ils auraient annoncé en tête de leur rapport , le mot est de M. Husson , ils auraient annoncé, sans doute pour donner plus de créance à ce rapport, qu'ils n'ont pas questionné les sujets, qu'ils n'ont pas été exacts aux expériences! mais il n'y a pas de commissaires assez sots pour agir ainsi; faut-il , bon Dieu, que nous en soyons réduits à prendre la défense de ces grands hommes , à les laver surtout d'une semblable ineptie!

Assurément M. Husson n'avait pas lu leur rapport ; nous ne pouvons attribuer cela qu'à une erreur de sa part.

lesimpressionsdumouvemnt.il est susceptile de fluxetreflux. Le corpsanimal éprouve les effets de cet agent, et c'est en s'insinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement. On reconnaît particliôrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l'aimant ; on y distingue des pôles également divers et opposés. L'action et la vertu du magnétisme animal peuvent être communiquées d'un corps à d'autres corps animés et inanimés ; cette action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire; elle est augmentée, réfléchie par les glaces, communiquée, propagée, augmentée par le son ; cette vertu peut être accumulée, concentrée, transportée. Quoique ce fluide soit universel, tous les corps animés n'en sont pas également susceptibles. Il en est môme, quoique en très-petit nombre, qui ont une propriété si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets de ce fluide dans les autres corps.

» Le magnétisme animal peut guérir immédiatement les maux de nerfs et médiatement les autres ; il perfectionne l'action des médicaments ; iljprovoque et dirige les crises salutaires, de manière qu'on peut s'en rendre maître : par son moyen, le médecin connaît l'état de santé de chaque individu, et juge avec certitude l'origine, la nature et les progrès des maladies les plus compliquées; il en empêche l'accroissement, et parvient à leur guérison sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que soient l'âge, le tempérament et le sexe : la nature offre dans le magnétisme un moyen universel de guérir et de préserver les hommes (1). »

» Ainsi, messieurs, cette théorie était liée à un système général du monde. Dans ce système, tous les corps avaient une influence réciproque les uns sur les autres ; le moyen de cette influence était un fluide universel qui pénétrait également les astres, les corps animés et la terre, qui ne souffrait aucun vide.

» Tous les corps avaient des pôles opposés, et les courants rentrants et sortants prenaient une direction différente selon ces pôles, que Mesmer comparait à ceux de l'aimant (2).

(1) Nous n'avons aucune remarque à faire sur l'exposition de la doctrine de .Mesmer, nous en avons parlé assez longuement ailleurs.

2 M . Husson chaiise son mode d'argumentation : après avoir établi en

» Aujourd'hui les personnes qui ont écrit sur le magnétisme et celles qui le pratiquent n'admettent point l'existence ni l'action de ce fluide universel, ni cette influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les êtres animés, ni ces pôles, ni ces courants opposés. Les uns n'admettent l'existence d'aucun fluide, d'autres établissent que l'agent magnétique qui produit tous les phénomènes dont il a été question est un fluide qui existe dans tous les individus, mais qui ne se sécrète et n'en émane que d'après la volonté de celui qui veut en imprégner pour ainsi dire un autre individu ; que d'après cet acte de sa

principe que les jugements en matière de science ne signifient rien , ce qui équivaut à dire que dans les sciences on ne sait jamais rien; après avoir cherché à prouver que quand bien même un jugement serait quelque chose de sérieux en matière de science, celui qui a été porté sur le magnétisme ne pourrait être accepté, attendu que les anciens commissaires ne savaient pas observer, qu'ils ne savaient pas faire d'expériences comme on en fait à présent ; M. Husson va nous démontrer qu'après tout ce n'est pas le magnétisme qu'on a jugé alors.

Ainsi voyez comme tout s'enchaîne : 1° un jugement en matière de science est chose nulle ; 2° les anciens commissaires ne savaient pas juger ; 5° ce n'est pas le magnétisme qu'ils ont jugé. Mais nous arrêterons encore M. Husson en si beau chemin ; après lui avoir prouvé qu'un jugement en matière de science est quelque chose, que les anciens commissaires savaient juger , nous allons lui démontrer que c'est bien le magnétisme qu'ils ont jugé.

Quelles sontles raisons de M. Husson pour nier ce dernier fait? Sa première est exposée ici, savoir : Les anciens commissaires ont eu à examiner an fluide universel qui établit une influence mutuelle entre les corps célestes. Eh bien ! voilà précisément ce qui n'est pas; vous n'avez donc pas lu le rapport de Bailly? vous n'avez donc pas lu à la page 35 ces paroles du rapporteur placées en tête du paragraphe ? En s' occupant de l'existence du magnétisme, il faut d'abord écarter ridée des influences célestes; puis plus bas : les commissaires, sans s'embarrasser d'où vient le fluide , devaient constater l'action qu'il exerce sur nous, autour de nous et sous nos ijeux, avant d 'examiner ses rapports avec l'univers. Il est donc évident que , quant à ce qui a été examiné, jugé dans le magnétisme, c'était précisément ce qu'on proposait d'examiner et déjuger de nouveau.

Qu'importe que Mesmer et Deslon aient parlé de fluide universel, d'influences célestes; tout astronome qu'était Bailly, ou plutôt sans doute parce qu'il était savant astronome , il leur a dit , laissez là votre fluide universel et vos corps célestes , c'est déjà bien assez d'avoir à constater ce qui se passe en nous ; et Deslon a fini par être d'autant plus de cet avis, que de son aveu les effets appréciables ne pouvaient se manifester que dans le corps humain ; et c'est en effet dans ces limites que la question a été étudiée.

volonté il met ce fluide en mouvement, le dirige, le lixe à son gré, et l'enveloppe de celte atmosphère ; que s'il rencontre dans cet individu les dispositions morales analogues à celles qui l'animent, le même fluide se développe dans l'individu magnétisé, que leurs deux atmosphères se confondent, et que de là naissent ces rapports qui les identifient l'un avec l'autre, rapports qui font que les sensations du premier se communiquent au second, et qui, selon les magnétiseurs modernes, peuvent expliquer cette clairvoyance que les observateurs assurent avoir vue très-fréquemment chez les personnes que le magnétisme a fait tomber en somnambulisme.

» Voilà donc une première différence établie (1) et qui a paru à votre commission d'autant plus digne d'examen, qu'à présent la structure et les fonctions du système nerveux deviennent l'objet de l'étude des physiologistes, et que l'opinion de Reil, d'Autenriethet de M. deHumboldt, ainsi que les travaux récents de M. Bogros, paraissaient donner la certitude, non-seulement de l'existence d'une circulation nerveuse, mais même de l'expansion au dehors de ce fluide circulant, expansion qui a lieu avec une force et une énergie qui forment une sphère d'action qu'on peut comparer à celle où l'on observe l'action des corps électrisés.

» Si de la théorie du magnétisme nous passons aux procédés, nous verrons encore une différence totale (2) entre ceux dont

(1) Oui, mais fort mal établie, comme nous venons de le prouver : ici M. Husson affirme sérieusement que son fluide nerveux fait irruption au dehors; les recherches de M. Bogros lui donnent la certitude qu'il y a expansion au dehors de ce fluide! Ainsi M. Bogros, en recherchant quelle est la structure des cordons nerveux, a donné à M. Husson la certitude que le fluide nerveux démontré pour lui (M. Husson s'entend) fait expansion au dehors, passe d'un individu dans un autre, traverse les murailles, fait prédire l'avenir, etc., etc.

(2) M. Husson n'est pas plus heureux pour sa seconde différence; il s'agit toujours de ce qu'ont jugé les anciens commissaires; nous venons de voir que théoriquement ils ont jugé les mêmes absurdités qu'on soutient aujourd'hui. Si maintenant, et avec M. Husson, nous passons aux procédés, nous verrons qu'ils ont également jugé les procédés actuels. M. Husson croit ou yeut faire croire que les anciens commissaires n'ont eu à examiner que le procédé du baquet, des bouteilles et des tiges; ce qui fait qu'il donne ici une description des baquets; mais il suffit de jeter les yeux sur le rapport de Bailly pour voir qu'ils

se servaient Mesmer, Deslon et ceux qui sont mis en usage aujourd'hui. Ce seront encore les commissaires du roi qui nous fourniront les renseignements sur les procédés qu'ils ont vu mettre en usage. « Il ont vu, au milieu d'une grande salle, une caisse circulaire faite de bois de chêne, el élevée d'un pied ou d'un pied et demi, qu'on nomme le baquet. Le couvercle de cette caisse est percé d'un nombre de trous d'où sortent des branches de fer coudées et mobiles. Les malades sont placés à plusieurs rangs autour de ce baquet, et chacun a sa branche de fer, laquelle au moyen du coude peut être appliquée directement sur la partie malade. Une corde passée autour de leurs corps les unit les uns aux autres : quelquefois on forme une seconde chaîne en se communiquant par les mains, c'est-à-dire en appliquant le pouce entre le pouce et l'index de son voisin, et en pressant le pouce que l'on tient ainsi. L'impression reçue à la gauche se rend par la droite et circule à la ronde. Un piano est placé dans un coin de la salle, et on y joue différents airs sur

jugé aussi un autre procédé, celui de M. Jumelin, procédé qui n'est autre que ceux employés aujourd'hui. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire un chapitre, que M. Husson n'a pas cité, bien entendu, et qui a pour titre: Méthode DE M. JlMELIN POUR MAGNÉTISER, DIFFÉRENTE DE CELLE DE MM. MESMER ET

Deslon. Les commissaires , dit le rapporteur, avaient entendu parler des expériences qui ont été faites chez M. le doyen de la faculté par 31. Jumelin, docteur en médecine; ils ont désiré voir ces expériences, el ils se sont rassemblés avec lui chez l'un d'eux, M. Majaull. M. Jumelin leur a déclaré qu'il n'était disciple ni de M. Mesmer ni de M. Deslon; il n'a rien appris d'eux sur le magnétisme animal, et sur ce qu'il en a entendu dire, il a conçu des principes et s'est fait des procédés. Ses principes consistent à regarder le fluide magnétique comme, un fluide qui circule dans le corps (c'est la circulation nerveuse de M. Husson) comme fluide qui en émane (c'est l'expansion de M. Husson), fluide qui, comme tous les autres, tendant à l'équilibre, passe du corps qui en a le plus dans celui qui en a le moins. Quant aux procédés, M. Jumelin magnétise avec le doigt et par l'application des maint, mais sans aucune distinction de pûtes.

Après avoir cilé Bailly, citons une note d'un magnétiseur moderne, Bertrand ; la voici : La théorie adoptée dès ce temps-là par M. Jumelin f.st tout a fait analogue à celle des magnétiseurs de nos jours.

Donc les anciens commissaires ont jugé vos nouveaux procédés, et ils les connaissaient aussi bien que vous, grâce à ce M. Jumelin. Après avoir cité le passage des baquets, on aurait dû citer le passage de M. Jumelin.

des mouvements variés; on y joint quelquefois^ le son de la voix et le chant. Tous ceux qui magnétisent ont à la main une baguette de fer, longue de dix à douze pouces. Cette baguette, qui est le conducteur du magnétisme, le concentre dans sa pointe, et en rend les émanations plus puissantes. Le son du piano est aussi le conducteur du magnétisme ; les malades, rangés en très-grand nombre et à plusieurs rangs autour du baquet, reçoivent donc à la fois le magnétisme par tous ces moyens, par les branches de fer qui leur transmettent celui du baquet, par la corde enlacée autour du corps, par l'union des pouces, par le son du piano. Les malades sont encore magnéiisés directement, au moyen du doigt et de la baguette de fer promenés devant le visage, dessus ou derrière la tête et sur les parties malades; mais surtout ils sont magnétisés par l'application des mains et par la pression sur les hypochondres et sur les régions du bas-ventre, application souvent continuée pendant longtemps, quelquefois pendant plusieurs heures.

» Ainsi, messieurs, les expériences consistaient alors dans une pression mécanique exercée et répétée sur les lombes et sur le ventre depuis l'appendice sternale jusqu'au pubis ; elles se faisaient alors ces expériences, dans les grandes réunions, sur un grand nombre de personnes en même temps, en présence d'une foule de témoins, et il était impossible que l'imagination ne fût pas vivement excitée par la vue des appareils, le son de la musique et le spectacle des crises ou plutôt des convulsions, qui ne manquaient jamais de se développer, que l'imitation répétait, et qui avaient souvent des formes tellement effrayantes que les salles de magnétisme avaient reçu dans le monde le nom d'enfer à convulsions (1).

» Aujourd'hui, au contraire, nos magnétiseurs ne cherchent plus (2) de témoins de leurs expériences ; ils n'appellent à leur

(1) d'est vrai, c'était un enfer à convulsions, et voilà justement pourquoi les commissaires de l'académie des sciences n'ont pas voulu y faire leurs observations et leurs expériences; voilà pourquoi ils ont refusé et leur assiduité et leur concours à ces scènes grotesques, réservant cette assiduité et ce concours aux expériences isolées.

(2) Il y a dans l'original ne veulent plus , et non pas ne cherchent plus; mais M. Foissac aura jugé que M. Husson était allé un peu trop loin; car les magnétiseurs veulent bien: et M. Husson aura consenti à la rectification.

aide ni l'influence de la musique ni la puissance de l'imitation; les magnétisés restent seuls ou dans la compagnie d'un ou deux parents; on ne les enveloppe plus de cordes, on a entièrement abandonné le baquet, ainsi que les brandies de fer coudées et mobiles qui en sortaient. Au lieu de la pression qu'on exerçait sur les hypochondres, sur l'abdomen, on se borne à des mouvements qui semblent , au premier coup d'œil , insignifiants, qui ne produisent aucun effet mécanique : on promène doucement les mains sur la longueur des bras, des avant-bras, des cuisses et des jambes; on touche légèrement le front, l'épigastre; on promène vers ces parties ce que les magnétiseurs appellent leur atmosphère magnétique. Ces espèces d'attouchements n'ont rien qui puisse blesser la décence (1), puisqu'ils ont lieu par-dessus les habits , et que souvent même il n'est pas nécessaire que le contact ait lieu; car on a vu et l'on voit très-fréquemment (2) l'effet magnétique obtenu en pro-

(1) Ces espèces d'attouchements, dit M. Husson, n'ont rien qui puisse blesser la décence, et cela, ajoute-t-il, parce qu'ils ont lieu par- dessus les habits : d'abord touleespèced'aUouchement d'homme àfemme, de magnétiseur à jeune fille, est équivoque; ceci nous rappelle une anecdote fort plaisante rapportée par Hoffmann; la voici : « Je me trouvai, dit-il (op. cit.; 571), il y a plus de trente ans, dans une société où un médecin faisait l'éloge du magnétisme et du docteur Deslon, l'aide de camp de Mesmer. Parmi les auditeurs se trouvait une jeune provinciale, fort jolie, point sotte, et désirant beaucoup savoir ce que c'était que le magnétisme qui faisait tant de bruit même dans sa province.

Le docteur offrit de donner la première leçon à la belle curieuse, et il fut pris au mot. ci I! lui imposa d'abord les deux mains sur le sommet de la tête, puis les descendit sur les épaules; ensuite il appliqua la droite sur le dosetlagauche sur la poitrine ; la demoiselle frémit. «C'est ainsi qu'il faut commencer, dit le docteur.—Commencer ! (( s'écria la jeune demoiselle, avec un accent qui annonçait de l'inquiétude pour la fin. Le magnétiseur glissa ensuite sa main le long du sternum, s'arrêta un moment à la partie qui correspond au bord antérieur du diaphragme; puis tout à coup il l'appliqua fortement sur l'épigastre. La demoiselle, s'apercevant que le magnétisme aspire toujours à descendre, se leva brusquement et dit : « Monsieur !e docteur, on dit dans mon pays : jeu de mains, jeu de vilain. » Le monsieur se tourna vers nous et murmura tout bas : (( Comme on est superstitieux en province ! »

(2) On a vu et l'on voit très-fréquemment : c'est une affirmation, de la part de M. Husson, ceci ne nous étonne pas, puisqu'en 1820 il était plus avancé que

menant les mains à une distance de plusieurs pouces du corps du magnétisé et même de plusieurs pieds, quelquefois même à son insu , par le seul acte de la volonté , par conséquent sans contact.

» Ainsi , sous le rapport des procédés nécessaires à la production des effets magnétiques, vous voyez qu'il existe une très-grande différence entre le mode suivi autrefois et celui adopté de nos jours (1).

» Mais c'est surtout dans la comparaison des résultats obtenus en 4784 avec ceux que les magnétiseurs modernes disent observer constamment , que votre commission a cru trouver un des plus puissants motifs de votre détermination à soumettre le magnétisme à un nouvel examen. Les commissaires, dont nous empruntons encore les expressions , nous disent « que dans les expériences dont ils ont été les témoins, les ma- » lades offrent un tableau très-varié par les différents états où ils » se trouvent; quelques-uns sont calmes, tranquilles et n'éprou- » vent rien; d'autres toussent, crachent, sentent quelque légère » douleur, une chaleur locale ou universelle, et ont des sueurs; » d'autres sont tourmentés et agités par des convulsions : ces » convulsions sont extraordinaires par leur durée et par leur » force; dès qu'une convulsion commence, plusieurs autres se » déclarent. Les commissaires en ont vu durer plus de trois » heures ; elles sont accompagnées d'expectoration d'une eau

M. Foissac; mais il ne devait pas , lui rapporteur, faire parler ainsi la commission ; car qu'est-ce donc qu'on verrait très-fréquemment? que Fade de la volonté d'un magnétiseur agit à plusieurs pieds de distance sur une magnétisée et à Tinsu de celle-ci ; or, dans toute l'académie, il n'y avait que le seul M. Hussonqui eût vu cela et à l'IIôtel-Dieu;les personnages, on s'en souvient, étaient M. Dupotet et M,Ic Samson; et M. Husson était l'observateur.

Cette note était écrite quand nous nous sommes aperçus que dans le manuscrit de M. Husson il y a après le mot fréquemment , disent encore les magnétiseurs modernes. M. Foissac, en supprimant ces mots, a mis l'assertion sur le compte des commissaires; mais nous dirons comme Mn,e Dacier : Notre obsertion subsiste, puisque M. Husson a revu les épreuves de M. Foissac.

(1) Pas du tout, M. Jumelin magnétisait sous les yeux des anciens commissaires absolument comme on magnétise aujourd'hui.

300 HISTOIRE AfADÉMIQUE

» trouble et visqueuse arrachée par la violence des efforts ; on » y a vu quelquefois des filets de sang. Elles sont caractérisées » par des mouvements précipités, involontaires, de tous les » membres et du corps entier, par le resserrement de la gorge, » par des soubresauts des hypochondres et de l'épigastre, par le » trouble et l'égarement des yeux , par des cris perçants , des » pleurs, des hoquets et des rires immodérés ; elles sont pré- » cédées ou suivies d'un état de langueur et de rêverie , d'une » sorte d'abattement et même d'assoupissement. Le moindre » bruit imprévu cause des tressaillements, et l'on a remarqué » que le changement de ton et de mesure dans les airs joués » sur le piano influait sur les malades , en sorte qu'un mouve- » ment plus vif agitait davantage et renouvelait la vivacité de » leurs convulsions. Piien n'est plus étonnant que le spectacle » de ces convulsions; quant on ne l'a point vu, on ne peut » s'en faire une idée , et , en le voyant , on est également sur- » pris et du repos profond d'une partie de ces malades et de L'a- » gitation qui anime les autres , des accidents variés qui se ré- » pètent, des sympathies qui s'établissent. On voit des malados » se chercher exclusivement , et , en se précipitant l'un vers » l'autre , se sourire et se parler avec affection , et adoucir » mutuellement leurs crises. Tous sont soumis à celui qui » magnétise; ils ont beau être dans un assoupissement appa- » rent, sa voix, un regard , un signe les en retire. On ne peut » s'empêcher de reconnaître à ces effets constants une grande » puissance qui agite les malades, qui les maîtrise, et dont » celui qui magnétise semble être le dépositaire; cet état » convulsif est appelé improprement crise de la théorie du » magnétisme animal (voyez Rapport de Bailly, page 5, » in-4°). »

» Aujourd'hui il n'y a plus de convulsions; si quelque mouvement nerveux se déclare, on cherche à l'arrêter; on prend toutes les précautions possibles pour ne point troubler les personnes soumises à l'action du magnétisme animal : on n'en fait plus un sujet de spectacle. Mais si l'on n'observe plus ces crises, ces cris, ces plaintes, ces spectacles de convulsions que les commissaires avouent être si extraordinaires , on a , depuis la publication de leur rapport , observé un phénomène qui' les magnétiseurs disent tenir presque du prodige : votre commis-

mou veut parler du somnambulisme produit par l'action magnétique.

» C'est M. de Puységur (1) qui l'a observé le premier dans sa terre de Busancy , et qui l'a fait connaître à la fin de 4784 , quatre mois après la publication du rapport des commissaires du roi.

» Vingt-neuf ans après, en 4843 , le respectable M. Deieuze, à la véracité, à la probité, à l'honneur (2) duquel votre commission se plaît à rendre hommage , lui a consacré un chapitre entier dans son Histoire critique du magnétisme animal, ouvrage dans lequel l'auteur a exposé avec autant de sagacité que de talent et de méthode, tout ce qu'on recueillait péniblenu .'ni dans les nombreux écrits publiés sur ce sujet à la fin du siècle dernier.

» Plus tard, au mois de mai 4819, un ancien élève et un élève distingué de l'école polytechnique, qui venait de recevoir le doctorat à la faculté de médecine de Paris, M. Bertrand (3) lit avec un grand éclat, et devant un nombreux auditoire, un cours public sur le magnétisme et le somnambulisme. Il le re-

(1) Ici nous arrivons à l'histoire du somnambulisme ; mais tout d'abord nous voyons que le rapporteur n'est pas bien au courant de cet historique; s'il avait bien lu de Puységur, il aurait vu que ce magnétiseur ne s'attribue pas la découverte du somnambulisme, si tant est qu'il y ait en cela découverte; c'est à son frère M. de Chastenet qu'il attribue cette découverte; M. de Chaslenet l'aurait découvert au milieu des scènes variées des baquets de Mesmer ; nous avons cité ce fait; donc ce n'est pas dans le village de Busancy que le prétendu somnambulisme aurait été observé pour la première fois.

(2) Véracité, probité, honneur; un mot sur ces trois qualités attribuées pompeusement à M. Deieuze ; pour ce qui est de l'honneur et de la probité , nous n'avons rien à dire; nous admettons pleinement que M. Deieuze a été un homme d'honneur et un homme probe; ce qui n'empêche pas qu'on ait pu le tromper et le mystifier; quant à véracité, veut-on dire par là qu'il n'a annoncé que des faits qu'il croyait vrais; c'est là ce que nous admettrons encore; mais parce que Deieuze les croyait tous vrais, est-ce à dire qu'ils étaient tels? non certainement; donc il ne faut pas se laisser prendre à ce mot de véracité: il n'y a de menteur que celui qui ment sciemment; Deieuze n'était pas un menteur, mais il a pu débiter une foule de mensonges de la meilleure foi du monde.

(5) Nous connaissons les fondements de la croyance de Bertrand. Voyez (p. 208) , l'histoire de la dame de quarante ans et de la jeune liile hystérique, somnambule de sa façon et son çpup d'essai.

commença avec le même succès à la fin de cette même année, en 1820 et en 4821; puis, l'état de sa santé ne lui permettant plus de se livrer à l'enseignement public, il fit paraître en 1822 son Traité du somnambulisme , qui fut le premier ouvrage ex professo sur ce sujet , ouvrage dans lequel , outre les expériences propres à l'auteur, on trouve réunis un très-grand nombre de faits peu connus sur les possédés, les prétendus inspirés et les illuminés des différentes sectes. Avant M. Bertrand, notre estimable, laborieux et modeste collègue , M. Georget (1), avait analysé cet étonnant phénomène d'une manière véritablement philosophique et médicale dans son important ouvrage intitulé de la Physiologie du système nerveux, et c'est dans cet ouvrage, ainsi que dans le traité du docteur Bertrand et dans le travail de M. Deleuze(2), que vos commissaires ont puisé les notions suivantes sur le somnambulisme.

» Si l'on en croit (3) les magnétiseurs modernes, et à cet égard leur rapport est unanime, lorsque le magnétisme produit le somnambulisme, l'être qui se trouve dans cet état acquiert une extension prodigieuse dans la faculté de sentir. Plusieurs de ses organes extérieurs ordinairement, ceux de la vue et de l'ouïe, sont assoupis, et toutes les sensations qui en dépendent s'opèrent intérieurement. Le somnambule a les yeux fermés, il ne voit pas par les yeux, il n'entend point parles oreilles; mais il voit et entend mieux que l'homme éveillé. Il ne voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport, et ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention. Il est soumis à la volonté de son magnétiseur

(1) Nous savons comment Georget avait analysé cet étonnant phénomène. Voyez (p. 261) l'histoire de Pétronille jetée à l'eau par MM. Londe et Mitivié, puis Thistoire de la veuve Brouillard, et vous saurez comment a été mystifié Georget tout estimable , laborieux et modeste qu'il était.

(2) En vérité le rapporteur avait puisé aux bonnes sources; M. Husson doit faire un rapport sur une question de convenance, d'opportunité; savoir s il convenait, s'il était opportun de constater la réalité des assertions soutenues par les magnétiseurs, et il va chercher ses raisons précisément dans les ouvrages des magnétiseurs.

(5) Voilà toute une longue tirade qui va suivre ce si l'on en croit ; mais là était précisément la question ; car si l'on n'en croit pas, tout cela tombe. Avec un si l'on en croit , on pourrait tout faire passer.

pour tout ce qui ne peut lui nuire et pour tout ce qui ne contrarie pas en lui les idées de justice et de vérité. Il sent la volonté de son magnétiseur-, il aperçoit le fluide magnétique; il voit ou plutôt il sent l'intérieur de son corps et celui des autres ; mais il n'y remarque ordinairement que les parties qui ne sont pas dans l'état naturel et dont l'harmonie est troublée. Il retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu'il avait oubliées pendant la veille. Il a des prévisions, des pressentiments qui peuvent être erronés dans plusieurs circonstances, et qui sont limités dans leur étendue. Il s'énonce avec une facilité surprenante; il n'est point exempt d'une vanité qui naît de la conscience du développement de cette singulière faculté. Il se perfectionne de lui-même pendant un certain temps, s'il est conduit avec sagesse; mais il s'égare s'il est mal dirigé. Lorsqu'il rentre dans l'état naturel, perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues dans l'état de somnambulisme, tellement que ces deux états sont aussi étrangers l'un à l'autre que si le somnambule et l'homme éveillé étaient deux êtres différents; souvent, dans ce singulier état, on est parvenu à paralyser, à fermer entièrement les sens aux impressions extérieures, à tel point qu'un flacon contenant plusieurs onces d'ammoniaque concentré a pu être tenu sous le nez pendant cinq, dix, quinze minutes et plus, sans produire le moindre effet, sans empêcher aucunement la respiration, sans même provoquer l'éternument; à tel point que la peau était également d'une insensibilité complète, lorsqu'on la pinçait de manière à la faire devenir noire, lorsqu'on la piquait; bien plus, elle a été absolument insensible à la brûlure du moxa, à la vive irritation déterminée par l'eau chaude très-chargée de farine de moutarde, brûlure et irritation qui étaient vivement senties et extrêmement douloureuses lorsque (1) la peau reprenait sa sensibilité normale.

» Certes, messieurs, tous ces phénomènes, s'ils sont réels (2),

(1) Ici il y a quelque chose de plus dans l'original ; il y a lorsque l'état de somnambulisme étant cessé; on aura supprimé cet étant cessé, comme négligence de style et on a bien fait.

(2) Oui s'ils sont réels ! c'est comme si l'on en croit, une toute petite condi-

méritent bien qu'on en fasse une étude particulière, et c'est précisément parce que votre commission les a trouvés tout à fait extraordinaires, et jusqu'à présent inexpliqués, nous ajoutons même incroyables, quand on n'en a pas été témoin, qu'elle n'a pas balancé à vous les exposer, bien convaincue que, comme elle, vous jugerez convenable de les soumettre à un examen sérieux et réfléchi. Nous ajouterons que les commissaires du roi n'en ayant pas eu connaissance, puisque le somnambulisme ne fut observé qu'après la publication de leur rapport, il devient instant d'étudier cet étonnant phénomène, et d'éclaircirunfaitqui unit d'une manière si intime la psychologie et la physiologie, un fait, en un mot, qui, s'il est exact, peut jeter un si grand jour sur la thérapeutique.

» Et s'il est prouvé, comme l'assurent les observateurs modernes, que, dans cet état de somnambulisme dont nous venons de vous exposer analytiquement les principaux phénomènes , les personnes magnétisées aient une lucidité qui leur donne des idées positives sur la nature de leurs maladies , sur la nature des affections des personnes avec lesquelles on les met en rapport , et sur le genre de traitement à opposer à ces deux cas; s'il est constamment vrai, comme on prétend l'avoir observé en 1820 (1), à l'IIôtel-Dieu de Paris, que pendant ce

tion; après si l'on en croit vient une description de faits extraordinaires, merveilleux , de vrais miracles enfui , mais qni tombent d'eux-mêmes , qui ne sont plus que des mensonges, des jongleries, des mystifications, si l'on n'en croit pas MM. les magnétiseurs. Ici avec cette condition , s'ils sont réels , aucun examen n'est nécessaire; ce sont des phénomènes étonnants; ils unissent, ajoute le rapporteur, la psychologie et la physiologie, etc., etc. ; mais s'ils ne sont pas réels?

Enfin, dit le rapporteur, ces phénomènes peuvent jeter un grand jour sur la thérapeutique (singulier jour qui annihilerait tout). Mais s'ils ne sont pas réels encore un coup? le paragraphe suivant, précédé encore d'im s'il est prouvé, n'est pas moins curieux.

(1) Ne vous cachez pas par modestie : c'est vous, M. Husson, qui prétendez avoir observé cela en 1820 àl'Hôlel-Dieu , à l'époque où votre croyance étonnait M. Foissac; c'est vous qui avez été témoin d'une lucidité qui donnait à M"e Samson des idées positives sur la nature de ses maladies , les petits boutons blancs et rouges, et la poclie de sang, et le (il qui remuait le cœur; c'est vous qui avez noté le genre de traitement à opposer dans ce cas, c'est-à-dire la guimauve, les Joochs et les adoucissants (voyez p. 250).

singulier état la sensibilité soit tellement assoupie qu'on puisse impunément cautériser les somnambules ; s'il est également vrai que, comme on assure l'avoir vu à la Salpètrière, en 1821, les somnambules jouissent d'une prévision telle, que des femmes bien reconnues comme épileptiques, et comme telles traitées depuis longtemps, aient pu prévoir vingt jours d'avance, le jour, l'heure, la minute où l'accès épileptique devait leur arriver et arrivait en effet, et si enfin il est également reconnu par les mêmes magnétiseurs que cette singulière faculté peut être employée avec avantage dans la pratique de la médecine, il n'y a aucune espèce de doute que ce seul point de vue ne mérite l'attention et l'examen de l'académie (1).

» A ces considérations , toutes prises dans l'intérêt de la science , permettez-nous d'en ajouter une que nous puisons dans l' amour-propre national (2). Les médecins français doivent-ils rester étrangers aux expériences que font sur le magnétisme les médecins du nord de l'Europe? Votre commission ne le pense pas. Dans presque tous les royaumes de ces contrées, le magnétisme est étudié et exercé par des hommes fort habiles, fort peu crédules ; et, si son utilité n'y est pas généralement reconnue, on assure (3) du moins que sa réalité n'y est pas mise en doute. Ce ne sont plus seulement des écrivains enthousiastes qui donnent des théories ou qui rapportent des faits , ce sont des médecins et des savants d'un ordre distingué.

» En Prusse, M. Hufeland, après s'être prononcé contre le magnétisme, s'est rendu à ce qu'il appelle l'évidence, et s'en est déclaré le partisan. On a établi à Berlin une clinique con-

(1) Dans l'original il n'y a pas académie, il y a toujours section, et il ne pouvait pas y avoir académie puisque le rapport était fait à une section; nous l'avons déjà fait remarquer.

(2) Voilà Y amour -pr opte national bien placé; c'est du Nord maintenant que nous vient la lumière; mais quelles lumières, que celles qui nous ont été apportées depuis Mesmer jusqu'à Hahnemann! Parce que ailleurs on se laisse aller à des rêveries, il ne faut pas rester en arrière. Eh quoi ! s'écrie M. Husson , dans un des paragraphes suivants, resterons-nous en arrière des peuples du Nord ! Non vraiment, il faut nous hâter de les devancer ; et pour nous y inciter arrivent des citations sur ce qui se passe chez les peuples du Nord.

(5) On assure! qui assure cela? En semblable matière il faut au moins indiquer les sources; et nous ne trouvons ici que des assertions.

sidérable (4), dans laquelle on traite avec succès les malades par cette méthode, et plusieurs médecins ont aussi des traitements avec l'autorisation du gouvernement; car il n'est permis qu'à des médecins approuvés d'exercer publiquement le magnétisme.

» A Francfort, M. le docteur Passavant a donné un ouvrage extrêmement remarquable, non-seulement par l'exposition des faits, mais encore par les conséquences morales et psychologiques qu'il en déduit. A Groningue, M. le docteur Bosker, qui jouit d'une grande réputation, a traduit en hollandais V Histoire critique du magnétisme, de notre honorable compatriote M. De- Ieuze, et il y a joint un volume d'observations faites au traitement qu'il a établi conjointement avec ses confrères. A Stockholm, on soutient, pour le grade de docteur en médecine, des thèses sur le magnétisme , comme on en soutient dans toutes les universités sur les diverses parties de la science.

» A Saint-Pétersbourg, M. le docteur Stoffreghen , premier médecin de l'empereur de Russie, et plusieurs autres médecins, ont également prononcé leur opinion sur l'existence et l'utilité du magnétisme animal. Quelques abus auxquels on a été exposé lorsqu'on en faisait usage sans précaution ont fait suspendre les traitements publics ; mais les médecins y ont recours dans leurs pratiques particulières lorsqu'ils le jugent utile. Près de Moscou, M. le comte Panin (2), ancien ministre de Russie, a établi dons sa terre, sous la direction d'un médecin, un traitement magnétique où se sont opérées, dit-on, plusieurs guérisons importantes.

(1) On a établi à Berlin une clinique : eh! mon Dieu! qui est-ce qui n'établit pas de cliniques aujourd'hui, n'avons-nous pas des cliniques komœopathiqucs, et des dispensaires de toutes les façons? Mais ne parlons pas de l'homœopathie, car M. Husson pourrait bien inviter l'académie à ne pas rester sous ce rapport en arrière des peuples du Nord ; des nations, ainsi qu'il le dit fort bien, que nous avons le noble orgueil de croire en arrière de nous pour la civilisation ci pour l'avancement des sciences.

(2) M. le comte de Panin fait très-bien ici; un ancien ministre de Russie! qui établit dans sa terre des représentations somnambuliques, à l'exemple du marquis de Puységur, dans sa terre de Busancy : amusements d'un grand seigneur, qui vous a une troupe de somnambules, comme il a une troupe de musiciens et de danseuses; caprice d'un noble russe, qui a vu qu'il y allait de l'amour -propre national qu'il ne fallait pas rester en arrière des nations, etc.; qui avait te noble orgueil, etc., etc., d'avoir à son service des somnambules.

» Resterons -nous en arrière des peuples du Nord, messieurs? n'accorderons-nous aucune attention à un ensemble île phénomènes qui a fixé celle des nations, que nous avons le noble orgueil de croire en arrière de nous pour la civilisation et pour l'avancement dans les sciences ? Votre commission, messieurs, vous connaît trop pour le craindre.

» Enfin, n'est-il pas déplorable que le magnétisme s'exerce, se pratique, pour ainsi dire sous vos yeux, par des gens tout à l'ait étrangers à la médecine, par des femmes qu'on promène clandestinement dans Paris, par des individus qui semblent faire mystère de leur existence (1)? Et l'époque n'est-elle pas arrivée où, selon le vœu exprimé depuis longues années par les personnes bonne tes et par les médecins qui n'ont pas cessé d'étudier et d'observer dans le silence les phénomènes du magnétisme, la médecine française doive enfin, s'affranchissait de la contrainte à laquelle paraissent l'avoir condamnée les jugements de nos devanciers, examiner, juger par elle-même des faits attestés par des personnes à la moralité, à la véracité, à l'indépendance et au talent desquelles tout le monde s'empresse de rendre hommage?

» Nous ajoutons, messieurs, que, par le mode de votre institution (u2), vous devez connaître de tout ce qui peut avoir rapport à l'examen des remèdes extraordinaires et secrets, et que ce qu'on vous annonce du magnétisme ne fùt-il qu'une jon-

(1) Vient enfin la partie déplorable.

Il faut que M. Husson ait été le jouet d'une étrange illusion; comment n'avait-il pas vu que ces femmes somnambules que. l'on promenait clandestinement dans Paris cherchaient tout simplement à augmenter le nombre de leurs dupes? et qu'il ne leur manquait plus pour cela que la sanction académique? Comment ! il croit qu'après avoir fait reconnaître par l'académie que ces somnambules voient dans les corps de leurs clients et indiquent un traitement convenable , il croit qu'on ne les promènera plus clandestinement dans Paris ? Il ne voit donc pas qu'on vient tout simplement inviter l'académie à leur délivrer en quelque sorte un diplôme de capacité?

(2) Voici une singulière argumentation : l'académie serait instituée précisément pour prendre connaissance de toutes les jongleries des charlatans! quanta nous, nous respectons trop le corps dont nous faisons partie pour admettre une semblable proposition. L'académie, lorsque l'autorité lui en donne la mission , doit examiner si les remèdes dits secrets peuvent ou non être nuisibles à la santé publique ; mais inférer de là qu'elle doit s'immiscer dans tous les tours de passepasse des charlatans, c'est fort mal raisonner, et de plus c'est fort mal penser d'un corps respectable.

glerie imaginée par les charlatans pour tromper la loi publique, il suffit que votre surveillance soit avertie pour que vous ne balanciez pas à remplir un de vos premiers devoirs, à user d'une de vos plus honorables prérogatives, celle qui vous est conférée par l'ordonnance royale de votre création, l'examen de ce moyen qui vous est annoncé comme un moyen de guérison.

En se résumant, messieurs, la commission pense (4) :

1° Que le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le roi d'examiner le magnétisme animal ne doit en aucune manière vous dispenser de l'examiner de nouveau, parce que , dans les sciences, un jugement quelconque n'est point une chose absolue, irrévocable (2).

» 2° Parce que les expériences d'après lesquelles ce jugement a été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires, et avec des dispositions morales qui devaient, d'après les principes du fait qu'ils étaient chargés d'examiner , les faire complètement échouer (3).

» 3° Que le magnétisme jugé ainsi en 4784 diffère entièrement par la théorie, les procédés et les résultats, de celui que des observateurs exacts , probes , attentifs , que des médecins éclairés, laborieux , opiniâtres , ont étudié dans ces dernières années (4).

(1) Nous aussi nous allons nous résumer, mais pour ne pas procéder de nouveau par des dénégations fastidieuses , par des preuves que déjà nous avons exposées; nous tirerons aussi nos conclusions, et nous les placerons au bas des conclusions de M. Husson ; nous donnerons les nôtres comme autant de variantes ; on jugera quelles sont les plus logiques.

(2) 1° Le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le roi d'examiner le magnétisme animal doit dispenser l'académie de tout examen sur cette question , parce que dans les sciences un jugement logiquement déduit est une chose absolue , irrévocable.

(5) 2° Parce que les expériences isolées et vraiment probantes d'après lesquelles le jugement a été porté ont été faites avec ensemble et avec le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires, et avec desdispositions morales qui devaient, d'après les principes du fait qu'ils étaient chargés d'examiner, faire échouer ces expériences si elles étaient fausses.

(4) 5° Parce que le magnétisme jugé ainsi en 1784 ne diffère pas essentiellement par la théorie, les procédés et les résultats de celui que des observateurs peu exacts, et peu difficiles (parmi lesquels se trouvaient des médecins qu'on avait

» 4° Qu'il est de l'honneur de la médecine française de ne pas rester en arrière des médecins allemands dans l'étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent (1).

5° Qu'en considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l'académie de l'étudier , de l'expérimenter, enfin d'en enlever l'usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l'art, qui abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation (2).

» D'après toutes ces considérations, votre commission est d'avis que la section doit adopter la proposition de M. Foissac, et charger une commission spéciale de s'occuper de l'étude et de l'examen du magnétisme animal (3) (*).

» Signé Adelon, Pariset , Marc , Burdin aîné, Husson, rapporteur. »

La section renvoie la discussion de ce rapport à une de ses prochaines séances.

induits en erreur, malgré leurs lumières, leurs travaux et leur opiniâtreté), ont étudié dans ces dernières années.

(1) 4<> Qu'il est de l'honneur de la médecine française de ne pas se mettre à la suite de quelques médecins allemands dans l'étude des phénomènes que les partisans du magnétisme, hommes en général peu éclairés et pour la plupart intéressés, annoncent être produits par ce nouvel agent.

(2) 5° Qu'on ne saurait considérer le magnétisme animal comme un remède, et partant l'académie comme obligée de l'étudier et de l'expérimenter, et qu'en outre cet examen serait une sanction donnée à la pratique de gens tout à fait étrangers à l'art, qui déjà abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation.

(5) D'après ces considérations, nous aurions émis l'avis que la section passât à l'ordre du jour sur la proposition tout à fait déplacée deM. Foissac, et qu'elle se gardât bien de charger une commission spéciale de s'occuper de l'examen et de l'étude du magnétisme animal.

(*) Cette dernière conclusion dans le texte, dans l'original écrit tout entier de la main de M. Husson, et contre-signe par les commissaires, ne fait aucune mention, ni de M. Foissac, ni de sa proposition; comment se fait-il donc que ce même M. Foissac, publiant ce rapport sous les auspices de M. Husson , et après lui en avoir soumis les épreuves (voyez Foiss.,pag. 210), se soit permis de faire dire à M. Husson ce qu'il n'a pas dit, de lui faire faire à laseclion une proposition qu'il n'a pas faite, et conséquemment de supposer qui1 la section a adopté cette même proposition qui ne lui a pas été faite ?

La discussion sur le magnétisme animal est ouverte par M. Husson, rapporteur de la commission; il rappelle la conclusion du rapport, qui est que la section nomme une commission pour se livrer à un examen et à des recherches sur le magnétisme animal. Plusieurs membres obtiennent successivement la parole , d'après l'ordre dans lequel ils se sont fait inscrire au bureau.

M. Desgenettes combat la proposition de la commission ; il convient que le jugement porté sur le magnétisme animal en 1784, par des commissaires de l'académie des sciences et de la société royale de médecine , n'interdit pas rigoureusement un nouvel examen, attendu que, comme il est dit dans le rapport, dans les sciences un premier jugement est souvent révoqué; mais il récuse les preuves qu'a données de cette assertion le rapporteur , les thèses diverses qu'il a citées, et ce qu'il a dit de la prescription de l'émétique et de l'inoculation par le parlement de Paris. D'un côté, ces thèses étaient des actes individuels, qui même étaient sans grande importance dans ces temps où elles n'étaient pas des actes probatoires pour l'admission au doctorat ; d'un autre côté , le parlement n'a jamais défendu l'émétique ni l'inoculation; dans ses arrêts sur ce double objet, il a toujours suivi les opinions qu'ont successivement émises les autorités compétentes, les facultés de médecine.

M. Desgenettes défend ensuite les commissaires de 1784 du reproche que leur a fait le rapporteur de n'avoir pas fait leur examen avec plus de soin ; il pense que le respect des convenances et une double discrétion leur interdisaient une exploration plus sévère. Du reste , il rappelle l'opinion qu'a émise sur le magnétisme le célèbre Thouret, et répète d'après ce médecin que le magnétisme n'est en tout qu'une jonglerie. Selon lui , c'est à tort encore qu'on a dit dans le rapport que le magnétisme d'aujourd'hui diffère de celui examiné et jugé en 1784; il s'en rapproche au moins en ce sens qu'il est tout aussi riche en miracles ; or les somnambules des magnétiseurs de nos jours ne font pas moins de merveilles que les arbres des magnétiseurs des temps anciens. Quant aux travaux scientifiques sur le magnétisme que le rapporteur a cités et qu'il présente comme un modèle et un motif d'émulation pour la section, M. Desgenettes fait remarquer qu'ils sont tous entrepris en Allemagne , et qu'il y a quelque raison d'être en garde contre les inspirations d'un pays qui blâme la méthode d'expérimentation de Newton, et lui préfère la pure intuition. Il termine en votant le rejet de la proposition de la commission, dont la publicité, dit-il, a déjà eu cette fâcheuse influence qu'elle a redoublé l'audace des magnétiseurs , et a été prise pour une approbation du magnétisme.

M. Virey approuve la proposition de faire de nouvelles expériences et recherches sur le magnétisme animal ; dans une lettre au présidentdelasection, il a même dèslongtemps indiquéquelques-unes des expériences que, selon lui, il serait utile de faire; mais il regrette que la commission, dans son rapport, n'aitparlé que des travaux des commissaires de l'académie des sciences et de la société royale de médecine, et qu'elle se soit tue sur ceux des nombreux savants qui d'autre part se sont occupés de celte question. Il aurait désiré surtout qu'elle se prononçât aussitôt avec force contre les pratiques médicales et les jongleries honteuses qui déshonorent la cause du magnétisme, et qu'elle annonçât qu'elle ne voulait s'occuper que de la recherche soit physiologique, soit physico-logique des influences qu'il peut exercer réellement sur le système nerveux. Il craint que, par suite du silence de la commission sur ce point, l'opinion publique ne soit trompée, et même que les expériences projetées n'aient

pas le caractère de sévérité et d'exactitude que réclame la science. Du reste il ne croit pas que la section puisse sans déshonneur reculer devant la question qu'on défère à son examen, et il vote pour la nomination d'une commission dans laquelle seront admis des contradicteurs.

M. Bally ne pense pas qu'il soit dans les intérêts de la science et de l'humanité de former la commission à laquelle conclut le rapport; selon lui, une discussion scientifique sur le magnétisme animal aurait dû précéder la délibération que va prendre la section, et c'est sur les faits scientifiques, et non, comme l'a fait la commission, sur des motifs en quelque sorte en dehors de la question, que cette commission aurait dû appuyer sa proposition. Il fut longtemps sans croire au magnétisme; une expérience de MM. Arago et Ampère a fait naître en son esprit quelques doutes : ces savants physiciens , ayant imprimé un mouvement circulaire à un disque de métal placé au-dessous d'un barreau aimanté, ils ont vu le barreau tourner; cependant ce n'était pas par le moyen de l'air que le mouvement circulaire imprimé au disque avait été communiqué à l'aiguille, car le phénomène fut le même quand ils eurent mis le barreau aimanté dans un appareil isolé. Y aurait-il donc encore dans la nature quelque fluide impondérable autre que ceux qui sont admis en physique? Quoiqu'il en soit de l'application qu'on peut faire de ce fait au magnétisme, M. Bally ne voit pas quels services pourrait rendre la commission qu'on propose de créer; sans doute dans ses recherches elle élaguerait tout ce qui est surnaturel, elle n'aspirerait qu'à constater des phénomènes physiques ; or la récapitulation des phénomènes physiques du magnétisme a déjà été faite souvent ; le travail de la commission n'ajouterait ni à leur nombre ni à leur légitimité : bien plus, comme la commission ne devrait admettre par avance aucuns faits, mais qu'elle aurait aies vérifier tous, il s'ensuit qu'on ne peut spécifier aujourd'hui ce qu'elle aurait à faire, et qu'à la différence de ce qui est et doit être dans toutes les académies le but de son travail n'est pas déterminé. M. Bally conclut donc à ce que la section ne prenne pas ainsi les devants en ce qui concerne le magnétisme animal, mais qu'elle attende que des mémoires sur cette question litigieuse lui soient, envoyés ; il croit d'autant plus convenable d'agir ainsi, qu'il est

prouvé qu'en général les commissions servent peu aux progrès des sciences , et que particulièrement celle qui serait créée pour l'examen du magnétisme aurait à se défendre des pièges dont l'entoureraient la fourberie, la jonglerie ou la crédulité.

On peut en effet, dit-il, comparer sous beaucoup de points de vue les phénomènes que paraissent éprouver aujourd'hui les magnétisés avec ceux qu'éprouvaient les initiés aux mystères de Corée ou d'Eleusis; et les oracles prononcés parles somnambules magnétiques de nos jours ne doivent pas paraître moins suspects aux maints sages que ceux que faisaient entendre les sibylles et les pythonisses des temps anciens.

M. Bally trouve un argument contre la proposition de la commission dans ce fait, annoncé par tous les magnétiseurs, que la personne qui magnétise acquiert sur celle qui est magnétisée un pouvoir souverain ; il fait ressortir tout ce que ce fait a d'inconvenant et même de dangereux relativement à la morale publique. En somme, dit en terminant M. Bally, le magnétisme actuel est ridiculisé partout ; considéré dans les faits qu'il accuse, dans les pratiques qu'il emploie, tout en lui est ténèbres, confusion ; il est et sera toujours une mine inépuisable pour les charlatans; la section qui doit combattre ceux-ci ne doit donc pas, par la mesure qu'on lui propose, leur ouvrir un champ si fécond.

M. Orfila défend la proposition de la commission. Ceux qui la combattent, dit-il, se fondent sur les trois raisons suivantes : 1° sur ce que la section n'a pas été provoquée à se livrer à l'examen qu'on lui conseille de faire, et qu'il y a imprudence à aborder ainsi sans nécessité une question si litigieuse ; 2° sur ce que le magnétisme animal n'est qu'une jonglerie ; 3° enfin sur ce que les commissions en général ne travaillent pas. Or le premier fait n'est pas exact : un médecin de Paris, M. Foissac, a provoqué la section à s'occuper du magnétisme, en offrant de soumettre à l'examen de commissaires nommés par elle une somnambule magnétique; et des médecins recommandables, membres de l'académie, M. Piostan particulièrement, ont hautement appelé l'attention des savants sur cette question dans des écrits récents. En second lieu, s'il est probable qu'il y a beaucoup de jonglerie dans ce qu'on rapporte des phé-

nomènes magnétiques, n'y a-t-il pas de la témérité, ou au moins de l'imprudence, à affirmer qu'il n'y a rien de vrai dans tout ce qu'on en dit? Le témoignage d'un médecin comme M. Rostan ne lui permet pas de le faire. Arguerait-on de ce qu'il y a d'extraordinaire dans les phénomènes magnétiques? mais les phénomènes de l'électricité durent-ils paraître clans l'origine moins merveilleux? et eût-il été philosophique de traiter de jongleur Franklin, quand il annonçait qu'avec une pointe métallique il acquérait le pouvoir de diriger la foudre ? Enfin, s'il est vrai qu'une commission en général travaille peu quand ses membres sont astreints à opérer en conscience, M. Orfîla croit qu'il n'en est pas de même quand chaque membre peut agir isolément, et vient ensuite unir le fruit de ses recherches à celui de ses coopérateurs. M. Ortila conclut donc à la formation d'une commission composée de dix membres; par cette décision, la section servira les intérêts de toute la société, car l'opinion qu'elle portera sur le magnétisme consécutivement à des recherches aura dans le monde une influence salutaire : M. Ortila en donne pour preuve le remède de Leroy, dont la vogue était jadis extrême, et qui, depuis le rapport de l'académie, est abandonné eu beaucoup de villes de France.

M. Double combat la proposition; le rapport, selon lui, n'est qu'une apologie du magnétisme, et tel n'était pas le mandat qu'avait reçu la commission. Est-il bien possible de croire que les juges de 1784 ont fait, comme l'avance la commission, leur examen avec prévention et légèreté? Des noms tels que ceux de Lavoisier, Bailly, Franklin, Thouret, ne repoussent-ils pas de suite un tel soupçon? En vain on a dit que le magnétisme d'aujourd'hui différait de celui qui a été jugé alors; ce sont toujours au fond les mêmes idées; on les a seulement modifiées d'après le nouvel esprit de notre temps. Lorsqu'on voulait aller chercher des exemples et des modèles hors de France, pourquoi aller les prendre en Allemagne, dans ce pays d'où viennent tant de systèmes extravagants? Et que ne citait-on plutôt l'Angleterre, ce pays qui a vu naître Newton, et qui, dans la culture des sciences suivant la marche sévère de l'expérience et de l'observation, a dédaigné jusqu'à présent de s'occuper du magnétisme animal ? C'est à tort que la commission s'autorise de l'attribution qu'a l'académie d'examiner les remèdes secrets :

si le magnétisme en est un, l'autorité lui en a-t-elle déféré l'examen ? Après avoir ainsi combattu les arguments du rapport, M. Double passe à l'examen de la question en elle-même : il a fait du magnétisme une étude personnelle, soit comme magnétisé, soit comme magnétiseur, et jamais il n'a vu se produireaucun phénomène. Quel que soit le magnétiseur que l'on invoque, il n'en est aucun duquel on ne puisse citer soit des erreurs soit des déceptions. Considère-t-on la question sous le rapport, thérapeutique? quelle prétention absurde que celle de manier un agent qu'on ne connaît pas, et que d'aucune manière on ne peut saisir ! L'envisage-t-on sous le rapport de la science seulement? quel bizarre et incohérent assemblage que la théorie des faits magnétiques ! L'élection d'une commission pour faire l'examen de ces faits ne peut que nuire à la science et compromettre l'académie : en général les corporations et les commissions ne sont pas propres à recueillir des faits; c'est à des travaux individuels que cette tâche est demandée; la mission des académies est plus particulièrement de juger les faits une fois recueillis et de les systématiser; dans le cas particulier, quel danger que la commission soit trompée ! et combien les amplifications sont plus graves pour les compagnies que pour les individus? Les axiomes des magnétiseurs peuvent même être invoqués contre la proposition de la commission ; les académies, disent-ils, ne sont pas dans les conditions convenables pour constater et recueillir les faits magnétiques : pour la production de ceux-ci, il faut de la part des expérimentateurs actifs et passifs, volonté, confiance et foi, et des commissaires peuvent-ils être jamais dans les conditions exigées? M. Double enfin rappelle le fait, déjà indiqué par M. Bally, que la personne magnétisée est momentanément mise dans la dépendance la plus absolue de la personne qui magnétise; il développe de même le danger que présente sous ce rapport le magnétisme relativement à la morale publique; et, votant contre la création d'une commission, il veut que la section alleu de pour ses recherches que des mémoires scientifiques sur le magnétisme lui soient envoyés.

M. Laennec vote contre la proposition de la commission, et cela parce que l'étude personnelle qu'il a faite depuis vingt ans du magnétisme lui a prouvé que tout y était déception et jon-

glerie; cependant il apportait à cette étude des préventions favorables, et, il peut le dire, un commencement de foi. 11 a commencé par magnétiser, et il s'est trouvé avoir peu de puissance magnétique. En général, quoi qu'on ait dit, dans le genre des recherches dont il s'agit ici, c'est un mauvais moyen, dit M. Laennec, que démagnétiser soi-même; on court le risque d'être la dupe de sa propre vanité, ou de l'intérêt que l'on iinit par prendre à la personne que l'on magnétise. Parmi les influences magnétiques, il en est en effet beaucoup qui se rapportent aux impressions que font naturellement les uns sur les autres des individus qui ont eu corrélation, et M. Laennec cite comme preuve de cette assertion l'erreur qu'il a vu commettre à une femme somnambule : cette femme magnétisée par deux individus, l'un beau, mais anaphrodisien, et l'autre laid, mais avec intégrité des facultés génitales, ne reçut d'impressions que du premier : évidemment en ce cas l'impression que cette femme avait reçue avant l'expérience par les yeux l'emporta sur ce qu'aurait dû lui apprendre le prétendu sens magnétique. M. Laennec professe donc que, pour s'éclairer sur cette matière, il est mieux d'observer les magnétiseurs. Or, encore une fois, ce qu'il en a vu lui a démontré que les neuf dixièmes des faits magnétiques sont controuvés. Ce médecin apporte en preuve de cette assertion que les phénomènes provoqués par le magnétisme diffèrent selon chaque magnétiseur, et qu'il en est de même pour les oracles rendus par les somnambules. Ainsi Mesmer par ses pratiques magnétiques suscitait des convulsions ; et au contraire Deslon, qui était médecin, provoquait de véritables crises comme on voit dans les maladies : celui-ci d'ailleurs commençait toujours ses expériences en disant : Unissons-nous, et ce mot était un signal auquel chaque adepte disait une formule de prières. De même les somnambules de M. dePuységur n'admettent que les connaissances qu'avait ce magnétiseur; cellesdeM. Dcleuzeen montrent davantage, parce ([lit; cet homme rccommandablc a bien plus d'instruction que n'en avait M. de Puységur ; enfin il a vu dernièrement une somnambule dirigée par un pharmacien, et celle-ci se distinguait par l'art avec lequel elle formulait les médicaments qu'elleeonscillait. Tousles membres inscrits ayant .étéen tendus. M. Husson, rapporteur de la commission, demande que

la section, vu l'heure avancée, attende jusqu'à la séance prochaine pour qu'il puisse présenter sa réponse : MM. Renauldin, Itard, appuient cette demande d'ajournement. Quelques membres proposent que la discussion soit close, et que le rapporteur seul puisse désormais être entendu; mais la section n'adopte pas celte proposition, et renvoie seulement la continuation de la discussion à la séance prochaine.

M. Husson, rapporteur de la commission du magnétisme animal, avertit qu'il ne prendra la parole que lorsque toutes les personnes qui se sont inscrites pour parler, pour ou contre les propositions de la commission, auront été entendues, et que lorsque la section aura clos la discussion. M. le président donne successivement la parole aux membres inscrits.

M. Chardel appuie les propositions de la commission; rien ne prouve mieux, selon lui, la nécessité d'un nouvel examen du magnétisme , que la divergence des opinions émises sur cette question dans l'académie elle-même : ceux qui s'opposent à cet examen oseraient-ils assurer qu'ils émettent leur avis, la main sur le cœur, comme des justes? peuvent-ils accuser les magnétiseurs d'exclure les savants du droit d'examiner le magnétisme, au moment même où ils le défèrent à l'examen de la section? Les magnétiseurs n'exigent d'autres conditions qu'une volonté ferme ; et combien d'autres actes de l'économie réclament la même influence! On a conclu que le magnétisme n'était rien , de ce qu'on n'en a pas encore déterminé les lois ; mais, à ce titre, on nierait l'influence cérébrale, dont le mécanisme est tout aussi ignoré. On a voulu que le magnétisme consistât exclusivement dans l'influence d'un sexe sur l'autre ; mais on voit des enfants eux-mêmes devenir des somnambules magnétiques; la réalité des phénomènes magnétiques est, selon M. Chardel , incontestable, et ce médecin a particulièrement observé celui de ces phénomènes qu'on appelle somnambulisme, dans lequel il y a exaltation , développement remarquable de toutes les facultés, et spécialement du sens de la vue,

avec celte singularité extraordinaire qu'on ne conserve aucun souvenir de ce qu'on a dit ou fait pendant la durée de ce somnambulisme, une fois qu'on en est sorti; mais qu'on retrouve tous ces souvenirs lorsqu'on en éprouve un nouvel accès. Quant à ce qui est du magnétisme, considéré comme agent thérapeutique, M. Ghardel n'a pas d'observations assez nombreuses pour se prononcer sur cette question, mais il est disposé à croire qu'il faut n'user de cet agent qu'avec la plus grande réserve. En somme, que les phénomènes magnétiques soient des phénomènes nerveux d'un ordre particulier, ou qu'ils soient des produits de l'imagination, dans l'un et l'autre cas ils sont dignes d'être étudiés sous le point de vue de la physiologie au moins. Peut-on arguer d'un premier jugement qui, malgré les noms imposants des juges, n'a pas empêché le magnétisme de grandir encore pendant quarante ans ? Et ne serait-ce pas une chose bien étrange qu'une succession d'observateurs, ou trompeurs ou trompés?

M. Rocuoux, pour prouver que l'examen que l'on propose est impossible, invoque seulement ce dogme des magnétiseurs : qu'il suffit que parmi les assistants il se trouve une personne dont la volonté soit opposée à celle du magnétiseur, pour empêcher celui-ci de développer aucun phénomène magnétique*, cela seul, selon lui, fonde un obstacle invincible à toute exploration tentée par une commission. Aussi, sans parler de la prévision magnétique qui, si elle était vraie, aurait depuis longtemps obligea fermer la loterie; sans parler des autres phénomènes du somnambulisme que le docteur Bertrand veut rapporter à l'extase, et que M. Rochoux considère comme des résultats d'allucination, ce médecin se borne à ce seul fait de l'impuissance avouée par les magnétiseurs, de surmonter les volontés contraires, pour être autorisé à voter contre les propositions de la commission.

M. Marc rappelle qu'il a le premier appuyé la proposition que faisait à la section M. le docteur Foissac, de soumettre à un nouvel examen les phénomènes du magnétisme animal , croyant que ce serait rendre un service à la société que de discuter ce qu'il y a de vrai et ce qu'il y a de faux dans ces phénomènes ; il laisse à M. le rapporteur à répondre aux objections qui ont été faites contre cette proposition si simple, et qui, à coup sûr, ne préjuge rien, d'examiner : il veut seule-

ment donner des explications touchant les travaux entrepris sur le magnétisme en Allemagne. Les adversaires de la commission ont dit qu'il ne fallait rien conclure de ces travaux, parce que l'Allemagne est généralement la patrie des sectaires et thaumaturges. M. Marc prouve par des citations que les travaux que la commission avait cités pour exemples à la section, dans son rapport, ne sont pas dus à des imaginations exaltées, mais aux savants les plus célèbres de ce pays, Herneslaedt, Klaproth, Hufeland; et des corps savants, l'académie royale des sciences de Berlin, par exemple, qui, en 4818, a proposé un prix de 3,300 francs snr le magnétisme animal, avec mention expresse de rattacher les faits du magnétisme aux lois de la nature organique ; enfin à des gouvernements , ceux de Prusse et de Russie, de Danemarck, qui ont fondé des commissions de médecine pour étudier le magnétisme, et qui ont soumis à des règlements l'emploi du magnétisme comme agent thérapeutique. Il conclut donc que l'académie peut, sans craindre de manquer à sa dignité, imiter de pareils exemples : il ajoute même que l'examen qu'on lui demande est nécessaire, si l'on ne veut pas que désormais tout médecin en France se refuse à l'étude du magnétisme, et en abandonne l'emploi aux jongleurs et aux crédules ignorants. Il termine en proposant la formation d'une commission composée par tiers de partisans, de détracteurs du magnétisme et de membres qui sont encore dans le doute relativement à ce genre de phénomènes.

M. Nacquart dit que pour prononcer sur le magnétisme animal, il faut le mettre en regard et avec les sciences physiques et avec les sciences organiques , et déterminer si les unes ou les autres de ces sciences peuvent fournir les moyens d'en apprécier les phénomènes. Or, en ce qui est du premier point, le siècle dernier, dit-il, a fait justice de la tentative qu'ont faite les premiers magnétiseurs, d'expliquer les phénomènes du magnétisme animal, par les lois physiques de l'aimant ; et, quant à ce qui est des sciences physiologiques, le prétendu magnétisme n'en est pas moins distinct, puisque les phénomènes qui sont dits le constituer sont tous en opposition avec ceux qui résultent des lois organiques, dans le prétendu somnambulisme magnétique, cet effet n'est-il pas en dehors de ces lois? Les sens n'ont plus besoin d'organes ; le temps, l'espace, les

corps intermédiaires disparaissent, etc. M. Nacquart conclut donc, que dans l'état actuel des sciences, on n'a aucun instrument propre à faire reconnaître et apprécier les pratiques du magnétisme, et que, conséquemment, l'académie ne peut s'engager dans le système de recherches que la commission lui propose.

M. Itard se prononce pour l'examen, et commence par réfuter les objections par lesquelles on a cherché à en détourner la section ; les plaisanteries que l'on a faites sont hors de propos, car il ne s'agit pas de savoir si on reconnaîtra le magnétisme avec tous ses abus et ses extravagances, mais si, malgré ses abus et ses extravagances , on l' étudiera pour démêler ce qu'il y a de vrai et de faux dans ce qu'on en raconte : on ne peut conclure, de l'examen fait en 4784, que le magnétisme soit une chose jugée; car que serait une condamnation qui ne ferait aucun tort à la chose condamnée? Or, il est certain en effet que le magnétisme, depuis 4784, continue de croître et de se répandre, et qu'il est aujourd'hui avoué par des médecins, et par des médecins membres de l'académie. Enfin , la crainte que l'examen proposé, faussement interprété par le public, ne compromette la dignité de l'académie, et ne l'expose au ridicule, est illusoire et ne doit pas arrêter la section. M. Itard expose ensuite les avantages que l'on doit se promettre de l'examen. La médecine sera débarrassée, dans la pratique, d'une concurrence occulte, et par laquelle il voit sa dignité compromise. Le public sera délivré d'un charlatanisme d'autant plus facile qu'il n'exige ni adresse, ni aides, et qui cependant peut faire, non-seulement des dupes, mais encore des victimes. Entin l'académie sortira d'un doute et d'une position fort embarrassante. Le rejet de l'examen, en effet, s'il n'est obtenu qu'à la majorité de quelques voix, laisse la question tout à fait indécise, et à plus forte raison si un tiers des voix se prononce en faveur de l'examen, alors, ajoute M. Itard, on aura perdu le droit d'appeler le magnétisme une absurdité, une jonglerie : on ne saura quelle conduite tenir à l'égard des mémoires qui pourraient être adressés sur ce sujet à la section; l'académie aura renoncé au privilège de dénoncer à l'autorité les traitements magnétiques clandestins, puisqu'elle aura déclaré son incompétence relativement à ce genre de phénomènes. En

somme, le magnétisme est-il un agent réel ou imaginaire? Il faut le rechercher ; s'y refuser, c'est méconnaître la voie expérimentale qui conduit à la vérité, ou faire croire qu'on ne s'en détourne que par des motifs qui seront interprétés d'une manière très-défavorable pour l'académie et très-favorable au contraire au magnétisme.

M. Récamier rappelle avec éloges les opinions émises par MM. Desgenettes, Bally et Double, il ne peut rien y ajouter; mais il veut faire connaître à la section ce qu'il a observé des phénomènes magnétiques : il a suivi M. de Puységur près de quelques malades, et il a assisté aux oracles de sa maréchale , présentée comme la plus lucide des somnambules; il y a quelques raisons de soupçonner qu'il y avait fraude, car on lui a refusé les moyens de dissiper par une expérience quelques doutes qu'il avait; et il aentendu dire à cette femme des choses que lui-même avait dites auparavant aux malades. Quel ridicule d'ailleurs de voir prescrire comme moyen transcendant dans une phthisie pulmonaire un gros de sel de Glauber, et qui n'empêche pas en effet le malade de mourir ! Il a assisté aussi à quelques expériences faites à l'Hôtel-Dieu sur une femme qui avait des vomissements, et sur deux hommes, dont l'un était affecté de coxalgie. Dans les expériences sur la femme, il vit celle-ci s'endormir sous l'influence, disait-on, de la seule volonté du magnétiseur, qui en effet avait été caché à son insu dans un meuble de l'appartement; les seules épreuves par lesquelles il chercha à constater la réalité du sommeil se bornèrent à de légers pincements d'oreille, à des bruits et à des claques dans les mains ; et dans des récits exagérés on a transformé ces impressions si peu fortes en pénibles tortures. Dans les expériences sur l'homme , il employa pour contrôler le sommeil un moyen plus puissant, l'application d'un moxa, et cela parce que la maladie dont cet homme était atteint, la coxalgie, en présentait d'ailleurs l'indication; et il est défait que l'homme ne se réveilla pas et n'accusa pas la moindre sensibilité. M. Récamier ne croit donc pas qu'il n'y ait rien dans le magnétisme ; au contraire, il avoue une action, mais il ne pense pas qu'on puisse jamais en tirer parti en médecine. En Allemagne en effet, où l'on emploie tant le magnétisme, guérit-on mieux et plus les malades qu'ailleurs? El le ma-

gnétisme a-t-il fait faire en ce pays aucune découverte thérapeutique? Dans le somnambulisme, il n'y a que trouble delà sensibilité, et non puissance plus grande de cette merveilleuse faculté; et la prétendue clairvoyance des somnambules n'existe pas. Quant au plan de commission que propose M. Marc, il ne peut être adopté, dit M. Récamier : en effet, ce plan suppose des incrédules; or d'abord aucun incrédule ne voudra consentir à faire partie d'une commission destinée à la recherche de faits qu'il juge chimériques; et ensuite ne sait-on pas en théorie magnétique que les incrédules paralysent les croyants? Ce qu'a dit M. Itard relativement aux demandes que pourrait faire l'autorité ne lui paraît pas mieux fondé : si en effet le gouvernement demandait jamais à l'académie un jugement sur le magnétisme considéré comme agent thérapeutique , celle-ci aurait le droit de se récuser : où est en effet l'agent dont elle aurait à apprécier l'action ? Le gouvernement lui en ferait-il l'envoi, à l'instar de ce qui est des autres remèdes secrets? et aurait-elle à sa disposition une machine magnétique pour servir à son expérimentation ? Ce n'est pas seulement que M. Récamier refuse l'examen ; mais il ne croit pas nécessaire de créer pour cet objet une commission permanente dans le sein de la section ; le magnétisme n'est pas d'une utilité assez grande ; et, par exemple, rien de moins certain que son utilité thérapeutique ; en même temps qu'on proclamait la guérison des deux malades sur lesquels on expérimentait à PHôtel-Dieu, il les voyait mourir ou apprenait leur mort. Enfin M. Récamier, trouvant du danger pour la morale publique dans l'emploi du magnétisme, termine en disant que ce n'est point à l'académie qu'il faut une commission pour s'occuper de cet agent, mais à la police pour réprimer et punir ceux qui en usent.

M. Geokget reproche aux adversaires du rapport de s'être éloignés de la question; celle-ci, selon lui, consiste non à disserter sur la nature du magnétisme, mais à constater sa réalité, et cela par les moyens ordinaires d'expérimentation. Or, que de considérations rendent très-probable l'existence du magnétisme! les phénomènes en ont été attestés un grand nombre de fois par beaucoup d'hommes aussi honorables qu'instruits; ils ont été observés en différents temps et dans

des iieux divers, et se sont toujours reproduits de la même manière; les écrivains les décrivent dans les mêmes termes, et ils ont leurs analogues dans quelques états particuliers de l'économie. Inconnu encore à la classe ignorante, c'est dans les rangs élevés de la société que le magnétisme, depuis cinquante ans, a acquis des sectateurs et des prosélytes, et cela malgré les railleries dont on a poursuivi ceux-ci, et malgré l'opposition dans laquelle sont plusieurs de ces phénomènes des lois connues de la physique et de la physiologie ; c'est parmi ses adversairesnés, les médecins, qu'il a grandi. M. Georget cite ici les noms de plusieurs docteurs membres de l'académie elle-même, MM. Rostan, Fouquier, etc.; il rappelle les expériences faites à niolel-Dieu par M. le docteur Dupotet en présence de plusieurs membres de la section, MM. Husson, Geoffroy, Récamier, Delens, Pâtissier, Martin Solon, Bricheteau, de Kergaradec, etc., qui ont signé les résultats. Il s'appuie aussi sur les travaux faits en Allemagne, et dont le rapporteur et M. Marc oui déjà entretenu la section. D'ailleurs, ajoute M. Georget, s'il est vrai que le somnambulisme magnétique ait son analogue dans le somnambulisme naturel, est-il étonnant qu'on puisse développer le premier par certaines pratiques ? Les magnétiseurs ne cachent rien, ils publient tous leurs procédés ; est-ce là la tactique de jongleurs, de charlatans ? Tout dépose donc en faveur de l'existence du magnétisme, et doit engager à en faire l'examen, d'autant plus que cet agent est appliqué au traitement des maladies et est devenu l'objet d'un charlatanisme honteux. Pour répondre à l'objection cpie le magnétisme a été jugé en 1784, M. Georget cite un passage du rapport des commissaires de l'académie des sciences dans lequel sont décrits de nombreux phénomènes magnétiques, et qui prouve que ces commissaires en ont reconnu l'existence ; seulement ils les ont attribués à la seule influence de l'imagination. Or, dit M. Georget, ce n'est là différer que dans l'explication; et une explication ne prouve rien contre des faits, au contraire elle les prouve. Enfin peut-on conclure contre l'existence du magnétisme, de ce que plusieurs de ses phénomènes sont encore incompréhensibles et en opposition avec les lois connues de la physique, de la physiologie; mais beaucoup d'autres phénomènes naturels bien avérés sont dans le même cas; et con-

naît-on tous les secrets de la nature?En somme, dit M. Georget, il faut examiner ; le doute d'abord, l'examen ensuite ; telle est la marche qu'indique la raison. Cependant M. Georget ne croit pas que l'académie puisse entreprendre elle-même les travaux nécessaires ; ils réclament trop de temps et ne peuvent être le produit que d'effets individuels. En conséquence, il vote pour l'examen, mais contre la création d'une commission.

M. Magendie, comme physiologiste, s'est occupé du magnétisme ; n'apportant à l'examen de Cette question ni incrédulité ni mauvaise foi , il a fait tous ses efforts pour produire luimême et voir produire des phénomènes magnétiques. Il croit à la convenance de l'examen , mais il pense que la section serait dans une mauvaise voie si elle nommait pour cet objet une commission permanente spéciale ; ce qu'elle ne ferait pas pour les objets les plus importants de la pathologie , pour des maladies telles que le cancer , la phthisie , pourquoi le ferait-elle pour le magnétisme? Il propose donc qu'on nomme seulement des commissaires pour examiner la somnambule qu'offre M. le docteur Foissac, et accepterait d'être du nombre des commissaires s'il était choisi.

M. Guersant commence par regretter que la méthode des discoursécritss'introduisedans les discussions de l'académie; il en résultera, dit-il, nécessairement plus de langueur dans toutes les décisions. Abordant ensuite la question, il se propose pour les vues de la commission. Le magnétisme, dit-il, n'est pas une question jugée : il y a vraiment besoin de soumettre à un nouvel examen les faits qui le constituent; le rapport des commissaires de 1784 prouve lui-même que tout dans ce magnétisme n'est pas jonglerie, puisque les auteurs de ce rapport reconnaissent la réalité des phénomènes , et de pbénomènes importants, convulsions, hoquets, vomissements, etc. M. Guersant peut y ajouter son expérience personnelle ; il a magnétisé et a exercé aussi une influence magnétique; celle-ci a été signalée un grand nombre de fois depuis même qu'on n'emploie plus aucun appareil important; et qui oserait affirmer par avance l'impossibilité du somnambulisme artificiel d'après ce qu'on sait du somnambulisme naturel ? Il faut donc douter d'abord , puis examiner, d'autant plus que tôt ou tard il faudra toujours en venir là. Quelle nécessité d'ailleurs d'enlever au charlata-

nisme ce moyen si facile et qui offre ce danger de plus qu'il ne s'applique qu'à la classe éclairée de la société! 11 y aurait de la faiblesse de la part de l'académie à se refuser à cet examen dans la crainte d'un ridicule qui , dans ce cas comme dans aucun autre, ne peut jamais l'atteindre; il vote donc pour les propositions de la commission.

L'heure étant avancée, la continuation de la discussion est remise à la séance prochaine.

M. Gasc a la parole contre les propositions de la commission du magnétisme. Les faits magnétiques, dit ce médecin, ne sont pas assez authentiques pour que l'académie puisse , sans s'exposer au ridicule, prescrire à des commissions l'exploration des pratiques qu'on dit propres à les produire; elle doit attendre que ces faits aient été bien constatés par des médecins, et jusque-là rester dans le doute et se borner à renvoyer à des commissions temporaires les mémoires qui lui seront adressés. Créer une commission permanente , ce serait abandonner le terrain du doute pour se jeter dans le domaine de la foi ; ce serait paraître sanctionner toutes les prétentions des magnétiseurs. Qu'espérer d'ailleurs de celte commission? Se prononcera - 1 - elle contre le magnétisme ? les sectateurs de celui-ci en appelleront au jugement d'un autre corps savant. Si elle se prononce pour, les adversaires du magnétisme ne la croiront pas davantage. M. Gascdit avoir parcouru l'Allemagne, les contrées du nord de l'Europe, où le magnétisme est en grand crédit, et y avoir assisté à beaucoup d'expériences magnétiques : jamais il n'y a vu rien de merveilleux ; les phénomènes produits étaient des convulsions, des attaques d'hystérie; et qui ne sait avec quelle facilité on produit ces phénomènes, surtout chez les femmes? Le somnambulisme lui-môme est ou un étal simulé ou une modification de l'hystérie; ce qu'on a dit do, la lucidité qui appartient à cet état est faux, simulé, etM. Gasc m cite plusieurs exemples assez curieux. Il conclut à ce que la section rejette l'examen ou crée une commission de psychologie appliquée à la médecine.

Page 1