‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 93 sur 107 · Lermimer combat l'objection faite à la commission do · texte numérisé non relu

Lermimer combat l'objection faite à la commission do

proposer en l'absence de tous faits , de tous mémoires, l'examen d'une doctrine, et surtout d'une doctrine qui s'appuie sur des faits surnaturels et qui sont hors de la portée des sens. Selon lui, la somnambule offerte par M. Foissac équivaut à un mémoire : ceux-ci d'ailleurs, tôt ou tard, arriveront et contraindront l'académie à l'examen devant lequel elle semble vouloir reculer en ce moment. Refuser d'examiner, ajoute M. Lerminier, c'est juger, et, qui pis est, c'est juger sans connaissance de cause; le bruit même qu'a fait dans le monde la discussion actuelle rend l'examen indispensable, il est nécessaire à l'instruction de la plupart des membres de la section; il est réclamé par l'intérêt de la science, l'intérêt de la vérité; il est conforme enfin à cet esprit de révision qui depuis vingt années a fait tout repasser en médecine au creuset de l'expérience et de l'observation, et qui a eu de si heureux résultats. La parole est donnée à M. Caslel ; mais la clôture de la discussion est demandée. M. Contanceau veut qu'on entende encore un discours contre la proposition, le rapporteur devant encore parler pour; M. Renauldin demande que la discussion continue , plusieurs objections n'ayant pas encore été présentées, par exemple celles qu'on peut tirer des dangers attachés aux pratiques du magnétisme. Sur le vœu de la majorité , la discussion est close, et M. le président donne la parole au rapporteur, M. Husson.

M. Husson annonce que la commission a recueilli avec une scrupuleuse exactitude et pesé avec maturité, dans plusieurs réunions successives , les diverses objections qui ont été faites, et que, n'ayant trouvé aucune de ces objections convaincante , elle persiste en son opinion première.

Abordant la réfutation de ces objections , il les partage en celles qui portaient sur la rédaction du rapport et celles qui en attaquaient la conclusion. Parmi les premières, il range le reproche fait par M. Desgenettesà la commission d'avoir à tort annoncé que le parlement de Paris avait défendu l'inoculation et l'emploi de l'émétique, ainsi que les regrets émis par MM. Virey et Bally, de ce que le rapporteur ne s'appuyait sur aucunes considérations scientifiques, et surtout n'avait pas stigmatisé la jonglerie du magnétisme : il oppose au premier ]e texte précis d'un arrêt du parlement du 8 juin 1763 , qui

interdit l'inoculation; et il répond aux seconds que, les faits scientifiques étant ici l'objet en litige, il était impossible non -seulement d'en invoquer aucun puisque c'était préjuger la question , mais encore d'en blâmer aucun , puisque c'était en approuver directement certains autres. Il relève aussi le reproche que le rapport n'était qu'une apologie du magnétisme , et en justifie la commission en rappelant que partout son langage a été dubitatif. Selon M. Husson, la commission n'a pas été davantage injurieuse à la mémoire des commissaires de 1784, et, pour le prouver , il rappelle en quels termes honorables il en a parlé. 11 se défend surtout d'avoir oublié d'invoquer l'autorité de M. Thouret, soutient que le titre seul de l'ouvrage de ce médecin , Recherches et Doutes sur le magnétisme animal, prouve que ce savant, qu'il s'honore d'avoir eu pour maître, pensait que la matière avait besoin d'être encore étudiée.

M. le rapporteur passe ensuite au second ordre d'objections, à celles qui touchent le fond de la question , et oppose à chacune une réfutation. 1° Le magnétisme d'aujourd'hui est le même que celui qui a été observé en 1784, et par conséquent n'a pas besoin d'être examiné de nouveau. Réponse. On n'a donné aucune preuve de cette assertion; on n'a rien opposé à cette partie du rapport qui prouve que ni la théorie ni les procédés ni les effets du magnétisme ne sont aujourd'hui ce qu'ils étaient jadis. 2° Tout le magnétisme est erreur ou déception , et ceux qui y croient sont dupes ou fripons. Réponse. C'est là préjuger la question , et en même temps juger avec bien de la sévérité, et presque insulter des hommes honorables, et dont plusieurs sont membres de cette académie. 3° Il existe beaucoup de jongleries dans le magnétisme. Réponse. On ne l'a jamais nié; mais parce qu'on a fait abus d'une chose faut-il la rejeter tout à fait ? d'ailleurs tout est-il jonglerie dans le magnétisme ? et s'il existe un seul de ses phénomènes ne faut-il pas l'examiner ? 4° Le magnétisme n'a pas été jusqu'à présent et probablement ne sera jamais utile dans la pratique. D'abord la première de ces assertions est contestée, et quant à la seconde elle est téméraire : qui peut d'avance proclamer à jamais l'inutilité d'un modificateur quelconque. 5° Le magnétisme ne relève ni des lois physiques,

ni des lois do la vie, et par conséquent ne peut être étudié. Mais alors il ne serait rien, et cependant nous avons plusieurs de ses phénomènes : alors aussi les commissaires de 1784 auraient été insensés que de se livrer à son examen et de porter un jugement sur lui. 6° Les phénomènes magnétiques, pour être produits, exigent dans les expérimentateurs volonté, croyance et foi ; il suffit d'une volonté contraire parmi les assistants pour en empêcher la manifestation : il est impossible dès lors que des commissaires académiques , qui en pareille matière doivent mettre la défiance au rang de leurs premiers devoirs, aient jamais les conditions morales exigées, et puissent soumettre des phénomènes si subtils à de rigoureuses expérimentations. Mais que de fois des phénomènes magnétiques ont été produits par des expérimentateurs non-seulement déliants, mais prévenus défavorablement ? Il est certain au moins que la première fois que ces phénomènes se sont présentés à un expérimentateur, celui-ci, ignorant qu'il allait les produire, n'avait à leur égard ni volonté, ni croyance, ni foi ; d'ailleurs ce n'est pas la foi que les magnétiseurs déclarent être le principe d'action du magnétisme, mais bien la volonté de produire des effets. 7° Le magnétiseur acquérant sur le magnétisé un pouvoir absolu, ce fait seul, fait de la pratique du magnétisme, est une chose dangereuse aux mœurs; mais de deux choses l'une : ou ce fait magnétique est faux, et alors il importe de s'en assurer pour le dénoncer à l'opinion publique; ou il est vrai, et certes dans ce cas il constitue un phénomène assez extraordinaire pour mériter l'examen des physiologistes et des médecins. 8° L'étude du magnétisme appellera sur la section le ridicule et la déconsidération. Ici le rapporteur avance que si la section court le risque du ridicule c'est moins en accueillant la proposition d'examiner qu'en cherchant plus longtemps à y échapper : d'ailleurs, ajoute-t-il, rien ne peut empêcher que chacune des deux parties de l'académie ne se trouve respectivement ridicule, et il faut bien que l'assemblée se résigne à cette nécessité. 9° Un corps savant ne peut point examiner le magnétisme; cet examen ne peut être le fait que do travaux individuels; il faut que la section attende des mémoires, ou qu'elle soit provoquée à l'examen par le gouvernement. Mais des jugements de particuliers ne seront jamais aussi imposants

que ceux d'un corps savant; et pourquoi d'ailleurs l'académie de médecine ne pourrait-elle faire aujourd'hui ce qu'ont fait en 1784 l'académie royale des sciences, la faculté royale de médecine et la société royale de médecine ?

On semble craindre que les commissaires soient dupes de jongleries; on redoute pour l'académie quelques mystifications ; mais c'est faire injure à la sagacité de ses commissaires que de supposer qu'ils ne sauront pas démêler les phénomènes vrais des phénomènes simulés ; dignes d'eux-mêmes et du corps dont ils seront les agents, ils ne compromettront ni leur réputation ni celle delà section par des jugements trop précipités. Quant à l'objection prise en ce que le gouvernement n'a rien demandé à l'académie touchant le magnétisme, l'académie reçoit-elle constamment de lui un appel pour tous ses travaux? et pourquoi ne prendrait-elle pas relativement au magnétisme l'initiative qu'elle a prise relativement à l'étude des poisons, de la rage, etc.? enfin une expérience magnétique par laquelle il faudrait en tout état de cause commencer l'examen.

M. le rapporteur termine son résumé en discutant l'opinion des membres de la section qui veulent qu'au lieu de nommer une commission permanente et spéciale pour l'examen général du magnétisme on désigne seulement des commissaires pour aller explorer la somnambule de M. le docteur Foissac. D'abord cette dernière proposition n'était pas celle sur laquelle avait à prononcer la commission ; sa mission était de rechercher s'il y avait lieu à soumettre ou non à un nouvel examen les phénomènes du magnétisme animal. En deuxième lieu, un jugement porté par trois commissaires ne fera pas, quel qu'il soit, autorité; il n'entraînera pas la conviction, et laissera la question indécise. Enfin il faudra de nouveaux commissaires pour chaque mémoire nouveau qui sera adressé à la section touchant le magnétisme, et les rapports séparés de ces commissaires entraîneront de continuelles et fatigantes discussions; au contraire, par la création d'une commission spéciale, on économise le temps, on met un terme à des discussions qui peuvent avoir de fâcheux effets, on se délivre de l'obsession de tous les preneurs de miracles magnétiques, et on assure au jugement, quel qu'il soit, qui sera porté, un caractère bien plus imposant. La seule précaution est de confier l'examen à des esprits sages et

mûrs ; d'appeler de préférence à la commission les membres qui offrent le plus de garanties de savoir et d'impartialité, ceux qui ont attaqué le rapport par les objections les plus fortes, et ceux qui ont fait une étude spéciale de la physiologie et de la physique.

Le moment de prononcer étant arrivé, plusieurs membres demandent qu'on vole au scrutin; ce qui est adopté. Avant de procéder, M. le président lit l'article 12 de l'ordonnance d'organisation de l'académie, du 20 décembre 1820, qui semble établir que les membres honoraires et titulaires de toutes les sections, en même temps qu'ils ont le droit d'assister aux séances des sections auxquelles ils n'appartiennent pas, ont aussi celui d'y prendre part aux délibérations scientifiques : d'où il résulterait que les honoraires et titulaires des sections de chirurgie et de pharmacie présents à la séance pourraient prendre part au scrutin qui se prépare. M. Double combat cette manière d'interpréter l'ordonnance, s'appuyant surtout sur la grande disproportion qui existe dans le nombre des membres entre les sections de médecine et de pharmacie; et sur sa proposition la section décide que les honoraires et les titulaires de la section de médecine , ainsi que les associés présents, concourront seuls au scrutin ; on fait l'appel nominal pour l'exécution du scrutin, et le dépouillement de celui-ci présente 25 voix contre, et 35 pour la proposition de la commission. En conséquence, M. le président annonce que dans la séance prochaine on procédera à la nomination d'une commission destinée à faire des recherches sur le magnétisme animal.

L'ordre du jour appelle la formation de la commission destinée à faire des recherches sur le magnétisme animal. Le scrutin n'étant pas réclamé, elle doit d'après le règlement être formée par le bureau : M. le président pense que d'après l'importance et la difficulté de lafquestion|à examiner, cette commission doit être la plus nombreuse possible,|composéedc 11 membres, et sur sa proposition sont désignés pour la former, MM. Leroux, Bourdois, Double, Magendie, Guersant, Laënnec, Tillaye, Marc,'ltard, Fouquier et Gueneau deMussy. M. Double

se récuse d'abord, mais sur la prière de M. le président il accepte la mission qui lui est confiée. 51 M. Burdin et Rullier demandent l'adjonction à la commission de MM. Esquirol et Husson; mais le règlement portant à 11 membres le nombre des membres des commissions les plus nombreuses, il y a impossibilité d'adhérer à ce vœu.

M. Honoré demande qu'à raison de la difficulté de la question à examiner, de la prise qu'elle offre à l'erreur, aux déceptions, la section décide le temps après lequel la commission devra faire son rapport. Cette proposition n'étant pas appuyée n'a pas de suite.

Extrait des procès-verbaux de la section de médecine, des 44 octobre et 43 décembre 4825, 10 et 24 janvier, 13 et 28 février 1826.

Pour copie conforme :

Le secrétaire perpétuel ,

E. Pariset.

La commission, ainsi constituée, commença ses travaux; nous en verrons l'historique dans le préambule du rapport de M. Husson ; historique toutefois qui aura besoin de commentaires, car on n'y expose pas les motifs de la retraite des deux seuls adversaires du magnétisme, MM. Double et Magendie; nous donnerons quelques lumières à ce sujet dans les notes; on n'y dit pas non plus comment M. Husson, si ferme dans sa croyance à tous les faits magnétiques,a été, par suite de la retraite de Laënnec, non-seulement nommé membre d'une commission à laquelle il était d'abord complètement étranger, mais encore nommé secrétaire-rapporteur, et substitué en cette qualité à l'homme le plus défiant, le plus sévère de la commission, c'està-dire à M. Magendie; c'était une grande victoire assurément que venaient de remporter là les magnétiseurs!

Mais, si M. Husson est parvenu à faire un rapport favorable de tous points, el au magnétisme animal et aux magnétiseurs, nous verrons qu'il n'a pas osé soumettre ce rapport à la discussion, afin d'obtenir ce qui devait surtout lui importer, c'est-àdire ia sanction de l'académie; ce n'est pas cependant que les invitations lui aient manqué : depuis bientôt dix ans il ne s'est

guère passé d'années sans qu'il n'ait été provoqué à ce sujet. JI est tel membre, M. Rochoux par exemple, dont c'est là le dclenda est Carthago ; mais M. Husson se lait alors, il garde un morne silence : qu'en est-il résulté? deux choses : d'abord c'est que l'académie est restée étrangère à son travail comme à ses croyances.

S'il a plu àM. Husson de se commettre avec les magnétiseurs, de s'intéresser à leurs publications, de revoir leurs épreuves, l'académie est complètement en dehors de ses œuvres; elle ne connaît rien des magnétiseurs.

En second lieu, c'est que la discussion sur son rapport reste ouverte; c'est une lice dans laquelle il est désormais loisible à tout le monde d'entrer ; ce n'est donc pas comme membres de la même académie que nous nous arrogeons ici le droit de discuter ce rapport; c'est un droit que M. Husson a donné à tout le monde : sans cette circonstance, nous aurions respecté la décision de l'académie, et nous nous serions abstenus.

Un mot maintenant sur les remarques critiques auxquelles nous allons nous livrer. Ce n'est pas d'aujourd'hui que ce rapport nous a paru devoir être réfuté; déjà l'un de nous, dans la Revue médicale, en avait publié une réfutation; comme on le pense bien, nous emprunterons beaucoup à cette réfutation; mais des renseignements nouveaux , une révision faite en commun, et les égards dus à d'estimables collègues, ont dû modifier notre rédaction.

M. Husson a fait l'honneur à l'un de nous de le prendre à part dans une discussion ultérieure , de le séparer de ses collègues ; nous userons ici d'un semblable procédé, et avec plus de droits que lui , car nous n'avons été désavoués par personne. iH. Husson doit être pris à part lui, et voici pourquoi : il a tout assumé; expériences primordiales, accès aux magnétiseurs dans les salles de l'Hôtel-Dieu, premier rapport sur la question d'examen, second rapport sur la réalité; puis enfin nous le verrons plus tard prendre seul la parole d'une manière suivie à l'occasion d'un rapport contradictoire; c'est donc justice si nous faisons retomber sur lui seul toute la responsabilité, non pas des faits, caria commission les atteste comme lui et ils sont vrais, mais la responsabilité de l'interprétation ei des conclusions faussement déduites de ces mêmes faits.

RAPPORT

Au nom dune commission composée de MM. Bourdois , ïtard , Gueneau de

MlJSSY, GlJERSANT, FoUQUIER , LEROUX , MARC , TlLLAYE.

(Rapporteur M. HUSSO.N.)

Plus de cinq ans se sont écoulés depuis qu'un jeune médecin, M. Foissac, dont nous avons eu de fréquentes occasions déjuger le zèleel l'esprit observateur, crut devoir fixer l'attention (1) de la section de médecine sur les phénomènes du magnétisme animal. Il lui rappela que le rapport fait en 1784, par la société royale de médecine, avait trouvé parmi les commissaires chargés des expériences un homme consciencieux et éclairé qui avait publié un rapport contradictoire (2) à celui de ses collègues ; que

(1) Nous avons déjà dit toute notre pensée sur cette démarche de M. Foissac , qui sans plus de façon avait jugé à propos de tailler ainsi cette besogne à l'académie, et cela de sa propre autorité ; M. le rapporteur trouve tout naturel que M. Foissac ail cru devoir fixer l'attention de la section sur les phénomènes prétendus magnétiques ; mais, après son premier rapport, il n'y avait plus à reculer, et, comme l'avait dit Hoffmann, cette mine féconde en ridicules était ouverte.

(2) Eh bien, M. Foissac, et nous l'avons prouvé les textes à la main, s'est permis de rappeler à la section un fait qui n'est rien moins que vrai; non, le rapport de Jussieu n'est pas contradictoire avec celui de ses collègues; il est conforme au leur en ce qui concerne le magnétisme animal. Preuves :

Conclusion du rapport des commissaires : la théorie du magnétisme est un sijstcme absolument dénué de preuves.

Conclusion du rapport de Jussieu : la théorie du magnétisme animal ne peut être admise.

depuis cette époque, le magnétisme avait été l'objet de nouvelles expériences, de nouvelles recherches, et, si la section le jugeait convenable, il proposait de soumettre à son examen une somnambule qui lui paraissait propre (1) à éclairer une question que plusieurs bons esprits de France et d'Allemagne regardaient loin d'être résolue, bien qu'en 1784 l'académie des sciences et la société royale de médecine eussent prononcé leur jugement contre le magnétisme (2).

Une commission composée de MM. Adelon, Burdin aîné , Marc, Pariset et moi, fut chargée de vous faire un rapport sur la proposition de M. Foissac.

Ce rapport, présenté à la section de médecine dans sa séance du 13 décembre 1825 , concluait à ce que le magnétisme fût soumis à un nouvel examen; cette conclusion donna lieu à une discussion animée qui se prolongea pendant trois séances, les 10 et 24 janvier et 14 février 1826. La commission répondit dans cette dernière séance à toutes les objections dont son rapport avait été l'objet, et dans la même séance, après une mûre délibération, après le mode jusqu'alors inusité en matière de science d'un scrutin individuel, la section arrêta qu'une commission spéciale serait chargée d'examiner de nouveau les phénomènes du magnétisme animal.

Cette nouvelle commission , composée de MM. Bourdois, Double , Itard , Gueneau de Mussy , Guersant , Fouquief , Laënnec , Leroux, Magendie , Marcel Tillaye, fut nommée dans la séance du 28 février 1826. Quelque temps après, M. Laënnec ayant été forcé de quitter Paris, pour raison de

(1) On va voir que la somnambule n'a été nullement propre à cdaircir la question , et cela de l'aveu du rapporteur; de sorte que la commission après avoir été formée à l'instigation de M. Foissac, aidé en cela par M. Husson, a bientôt fini par être, comme le dit plus bas le rapporteur, réduite à ses propres ressources , c'est-à-dire qu'elle s'est trouvée, qu'on nous passe ce terme, plantée là par M. Foissac; suivant nous, il aurait fallu faire immédiatement un trèscourt rapport à l'académie pour lui dire que la somnambule proposée par M. Foissac n'avait en rien éclairci la question, et que M. Foissac avait fait une demande inconsidérée; mais encore un coup la mine était ouverte.

(2) Nous n'avons plus à revenir sur ces rapports, nous les avons reproduits textuellement, et on est en mesure de juger s'ils avaient pu être ébranlés par les quelques ions esprits de France et d'Allemagne.

santé, je fus désigné pour le remplacer, et la commission ainsi constituée s'occupa de remplir la mission dont elle avait été investie (1).

(1) II n'est nullement question dans ce préambule de la retraite de M. Double et de celle de M. Magendie; on a soin de dire que la retraite de Laënnec avait été déterminée par des raisons de santé ; pourquoi ne pas dire un mot des raisons qui avaient déterminé M. Magendie et M. Double à se retirer? C'est que pour eux il y avait des motifs qui auraient pu tout d'abord nuire aux expériences prétendues magnétiques; les raisons de M. Magendie auraient fait le plus grand tort aux travaux de M. Husson ; elles étaient bien simples. Après avoir fait expérimenter inutilement sur la somnambule qui devait cclaircir la question, M. Foissac eut la prétention de donner chez lui des séances à l'usage de la commission ; or M. Magendie, nommé secrétaire, n'était nullement de cet avis; M. Magendie offrait son domicile : il y avait un pavillon isolé, au fond d'un jardin, très-propre pour des épreuves sérieuses et bien instituées 5 mais c'est là ce que n'entendait pas M. Foissac.

Ce magnétiseur avait une autre prétention; il entendait que les procèsverbaux de la commission lui fussent communiqués. « La commission, écrivaitil au président le 7 mai 1826, me trouvera toujours disposé à remplir ses intentions ; mais, avant deprocéder à d'autres expériences, je la prie de vouloir bien me communiquer ses procès-verbaux des premières. »

M. Magendie, dans une lettre en date du 22 mai, lui répondit en ces termes : « Vous demandez dans votre lettre qu'avant d'aller plus loin la commission veuillebien vous communiquer ses procès-verbaux, atin d'éviter toute discussion ultérieure ; c'est croire qu'il peut s'en élever ; la commission ne partage pas vos craintes à cet égard ; son secrétaire prend des notes à chaque séance , et rédige les procès-verbaux avec une exactitude et une impartialité qui ne saurait être soupçonnée. »

M. Foissac ne se tint point pour battu; d'ailleurs un magnétiseur a toujours d'excellentes raisons , et s'il en manque il a sa somnambule qui lui en donne d'irréfragables; c'est ce que fit M. Foissac; il consulta son Egérie , et voici sa réplique au président : « M. le président, j'ai reçu une lettre de M. Magendie en date du 22 mai, par laquelle il m'invite à me rendre chez lui aujourd'hui 27, avec la personne que j'ai magnétisée le 18 et le 21 avril devant la commission de l'académie royale de médecine ; j'ai le regret de vous annoncer que cette demoiselle m'ayant exprimé à plusieurs reprises, et malgré mes plus vives instances, son invariable volonté de ne se soumettre à aucune expérience ailleurs que chez moi, je me vois dans la nécessité de prier la commission de vouloir bien s'y réunir si elle désire suivre les expériences qu'elle m'a vu commencer sur cette jeune personne. » Il n'y avait rien à répliquera cela; la somnambule avait parlé! Puis M. Foissac revient sur les procès-verbaux

Son premier soin, avant la retraite de M. Laënnec, lut d'examiner la somnambule qui avait été offerte par M. Foissac.

Diverses expériences furent faites sur elle dans le local de l'académie ; mais , nous devons l'avouer, notre inexpérience , notre impatience, notre défiance trop vivement manifestées peut-être, ne nous permirent d'observer que des phénomènes physiologiques assez curieux que nous vous ferons connaître dans la suite de notre rapport, mais dans lesquels nous n'observâmes aucun phénomène du somnambulisme (1). Cette som-

il ajoute d'un ton assez dégagé : « Je crois devoir vous prévenir que si, comme je l'espère et le désire, la commission veut bien se réunir chez moi pour la continuation des expériences , un procès-verbal sera tenu très-exactement à chaque séance, et présenté de suite à la signature des assistants. »

M. Foissac préludait à ce qui a toujours été tenté depuis; l'un de nous a eu aussi comme secrétaire d'une commission de longues discussions à soutenir avec un autre magnétiseur sur cette affaire des procès-verbaux ; mais, soutenu par la commission, il maintint ses droits, et le magnétiseur dut céder. M. Magendie fit d'énergiques réclamations 5 n'étant pas suffisamment soutenu par ses collègues, il prit le parti de se retirer; déjà on n'avait pu s'entendre sur quelques observations bien simples, les unes relatives au pouls, d'autres au degré d'humidité de la langue des somnambules ; car les magnétiseurs s'accrochent à tout ! M. Magendie, de qui l'un de nous tient ces détails, nous disait en propres termes qu'il ne s'était retiré que parce qu'on s'était refusé à prendre les précautions indispensables aussi bien dans l'intérêt de la vérité que pour empêcher toutes supercheries.

Quant à M. Double, il avait d'abord décliné la mission qu'on lui avait confiée ; comme dans les discussions préalables il avait manifesté des opinions contraires au magnétisme, par excès de délicatesse il avait d'abord refusé, puis accepté ; mais le peu de rigueur apportée dans ces expériences l'avait également porté à cesser toutes relations avec les magnétiseurs. Il s'était donc retiré par les mêmes motifs que M. Magendie.

(1) M. Husson est tout à fait bienveillant pour la demoiselle, et n'hésite pas à rejeter la faute sur la commission : on expérimente; on n'observe aucun phénomène digne d'être rapporté ; donc il ne faut pas en accuser la somnambule, encore moins M. Foissac qui, pour décider l'académie à nommer une commission, avait affirmé qu'elle était tout à fait propre à éclaircir la question du magnétisme animal ; non, ces deux personnages ont fait tout ce qu'ils devaient faire; la faute en est, dit positivement M. Husson , 1° à l'inexpérience de la commission; 1° à son impatience; 5° à sa défiance; de là impossibilité d'observer des phénomènes assez curieux !

Ce n'est pas tout, on va voir jusqu'où M. Husson a poussé la bonté, l'abné-

UL MAGNÉTISME ANIMAL. iî.'JT

nambule, fatiguée sans doute de notre exigence, cessa à celle époque d'êlre mise à notre disposition, et nous dûmes chercher cher dans les hôpitaux des moyens de poursuivre nos expériences.

M. Parisel, médecin de la Salpêtrière, pouvait plus que qui que ce fût nous aider dans nos recherches; il s'y prêta avec un empressement qui malheureusement n'a point eu de résultat (1).

gation même ; comme ladite somnambule qui aurait dû éclaircir la question ne pouvait rien éclaircir, M. Foissac cessa de la mettre à la disposition des commissaires : c'était peine perdue. Que dit encore M. Husson sur cet incident? que c'est encore la faute des commissaires. Celte somnambule, dit-il, fatiguée sans doute de notre exigence , cessa à celte époque d'être mise à notre disposition ; et elle avait bien raison! D'où vient en effet qu'on se montrait exigeant envers une somnambule ? On fut donc obligé de se rejeter sur les hôpitaux, ajoute M. Husson.

(1) Le rapporteur ne dit pas pourquoi on ne put profiter de l'empressement de M. Pariset, et pourquoi M. Magendie qui avait demandé à suivre les expériences à la Salpêtrière s'y était ensuite refusé; nous avons donné tout à l'heure quelques explications , nous en aurons d'autres à donner en ce qui concerne les hôpitaux; mais en attendant nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer la position fort étrange dans laquelle la commission se trouvait placée, et cela par suite de la démarche d'un magnétiseur. Celui-ci se faisait fort de lever tous les doutes, il avait une somnambule propre à cet objet; dans une première lettre il avait osé dire à l'académie (nous citons textuellement un passage de cette lettre) : Prenez en ville, au bureau central ou dans les hospices , trois ou cinq maladies des plus franches et des plus caractéi isées , elles formeront le sujet d'une pemière épreuve ; vous ferez choix , pour une seconde , des plus compliquées et des plus obscures; les somnambules , j'en reponds, feront briller leur sagacité en raison des difficidlés; sans adresser de questions qui puissent tes éclairer, ils indiqueront la nature de la maladie , son siège , son étendue, sa marche ordinaire, les chances d'une terminaison heureuse ou funeste, et le traitement le plus approprié. Tels étaient les propres termes de M. Foissac; eh bien! on forme une commission, et après quelques essais insignifiants sur une somnambule procurée par M. Foissac, voilà la commission qui, au dire du rapporteur, se trouve privée de toutes ressources; quel parti va-t-elle prendre? va-t-ellc mettre M. Foissac au pied du mur? et pour cela il n'y avait rien de plus simple : quatre ou cinq malades sont bientôt trouvés au bureau central , soit un emphysème pulmonaire, ou même une angine, une péricardite, etc., etc.; et rien de plus facile que les mettre en rapport avec les somnambules dont répond M. Foissac; eh bien ! pas du tout, écoutez le rapporteur :

La commission, qui fondait une grande partie de ses espérances sur les ressources que pouvait lui fournir cet hôpital, soit sous le rapport des individus qu'elle aurait soumis aux expériences, soit sous celui de la présence de M. Magendie, qui avait demandé à les suivre comme commissaire , la commission, disons-nous, se voyant privée des moyens d'instruction qu'elle espérait y trouver, eut recours au zèle de chacun de ses membres (1).

Réduite à ses propres ressources , à celles que les relations particulières de chacun de ses membres pouvaient lui offrir, la commission fit un appel à tous les médecins connus pour faire ou pour avoir fait du magnétisme animal!

Mais encore un coup pourquoi ne pas mettre M. Foissac à l'épreuve? voilà ce que chacun dira. A cela nous répondrons que la commission venait de se donner une tout autre mission ; d'après ce que dit M. Husson, il ne s'agissait plus de constater par des épreuves décisives et très-simples la réalité du magnétisme animal ; il s'agissait d'aller à l'école des magnétiseurs, il s'agissait de s'instruire! en voilà la preuve. Après avoir dit qu'on ne put rien faire à l'hospice de la Salpêtrière, le rapporteur ajoute ici : La commission, se trouvant privée des moyens d'instruction qu'elle espérait y trouver, eut recours au zèle de chacun de ses membres !

Ainsi on ne demandait plus aux magnétiseurs des preuves de leurs assertions; non, on leur demandait humblement des moyens d'instruction !

(1) Il convient maintenant de donner quelques éclaircissements sur les obstacles en question : on avait donc résolu de faire des expériences à la Salpêtrière sur des femmes épileptiques 5 c'étaient des sujets en tout propres aux dites expérimentations , et bien mieux que ne l'auraient été les quatre ou cinq sujets pris au bureau central; d'abord c'étaient de jeunes femmes, de constitution nerveuse, et n'ayant pas de maladies internes difficiles à diagnostiquer; donc, dit M. Foissac (109), je demandai à passer à l'application ! mais àsoii grand étonnement, M. Magendie lui fit observer qu'il lui fallait pour son application l'autorisation du conseil général des hôpitaux; qu'après tout ce conseil devait prendre connaissance de ce qu'on se proposait d'essayer sur ces infortunées auxquelles la société n'a d'autre asile à donner qu'une salle d'hôpital ; que ceci était uneaffaire d'ordre, de morale, d'humanité. M. Foissac se récria, et il dit à M. Magendie que de tout temps les médecins avaient été libres de prendre Hippocraie ou Galicn pour modèle ! de se servir de la lancette ou de l'émetique; qu'on n'avait rien à craindre de légères frictions faites par une main bienveillante (sa main à lui M. Foissac). Que M. Magendie ait été ou non convaincu par les remontrances de M. Foissac, toujours est-il, suivant M. Foissac, qu'il se retrancha derrière la lettre du règlement , et il fallut renoncer au désir qu'on avait de renouveler les expériences de l'élronille et de Braguette.

M. Guersant lui promit le sien dans l'hôpital des enfants, M.Fouquier dans celui de la Charité, MM. Guéneau (1) et le rapporteur dans l'Hù tel-Dieu, M. Itard dans l'institution des sourds-muets, et dès lors chacun se disposa à faire des essais dont il devait rendre témoins les autres membres de la commission. Bientôt d'autres et de plus puissants obstacles ne tardèrent pas à arrêter nos travaux; les causes qui ont pu faire naître ces obstacles nous sont inconnues ; mais en vertu d'un arrêté du conseil général des hospices , en date du 19 octobre 1825, qui défendait l'usage de tout remède nouveau qui n'aurait pas été approuvé par une commission nommée par le conseil, les expériences magnétiques ne purent être continuées à l'hôpital de la Charité (2).

Réduite à ses propres ressources, à celles que les relations particulières de chacun de ses membres pouvaient lui offrir, la

(1) M. Guéneau de Mussy aurait pu se rappeler, dans cette circonstance, une certaine dame Gossel , somnambule de profession, qui donnait des consultalions publiques, mais non gratuites, dans la rue Saint-Germain l'Auxerrois, et qui avait fait bon nombre de dupes dans toutes les classes de la société, lorsqu'enlin elle fut prise en flagrant délit, convaincue d'imposture et couverte de confusion par le rédacteur propriétaire actuel de la Revue médicale, en présence de plusieurs autres médecins et de M. Guéneau de Mussy lui-même, qui avait suivi toutes les expériences dans cinq ou six séances. Cette scène fît d'autant plus d'impression sur lui qu'il avait cru à la réalité du somnambulisme et de la clairvoyance de la dame Gossel. S'il ne l'avait pas oubliée , il a dû en parler à ses collègues de la commission ; il ne pouvait leur citer un fait plus remarquable ni plus authentique. (Note de la Revue médicale.)

(2) Même interdiction à l'égard de la Charité ; voilà qui est incompréhensible pour la commission; elle insiste, elle écrit au conseil; réponse de M. Valdruche qui témoigne tous les regrets qu'éprouve le conseil ; mais il ne peut consentir à ce qu'il soit fait, dans les établissements confiés à sa surveillance, des expériences sur un traitement (le conseil était bien bon de nommer cela un traitement!) qui donne lieu depuis longtemps à des débats entre les hommes les plus instruits.

C'est ainsi que la commission, privée de la somnambule de M. Foissac et des sujets qu'auraient pu lui offrir les hôpitaux, se trouva, comme le dit le rapporteur, réduite à ses propres ressources.

Mais enlin M. Foissac n'avait qu'à se féliciter; on avait résolu de poursuivre les expériences même chez lui.

commission til un appel à tous les médecins connus pour faire ou avoir fait du magnétisme animal l'objet de leurs recherches. Elle les pria de la rendre témoin de leurs expériences, de lui permettre d'en suivre avec eux la marche, d'en constater les résultats. Nous déclarons que nous avons été on ne peut mieux servis dans nos espérances par différents de nos confrères, et surtout par celui qui, le premier, avait soulevé la question de l'examen du magnétisme, par M. Foissac. Nous ne craignons pas de déclarer ici que c'est à la constante et persévérante intervention et au zèle actif de M. Dupotet que nous devons la majeure partie des matériaux que nous avons pu réunir pour rédiger le rapport que nous vous présentons (4). Toutefois, messieurs, ne croyez pas que votre commission ait dans aucune circonstance confié à d'autres qu'à elle le soin de la direction des expériences dont elle a été témoin; que d'autres que le rapporteur aient tenu minute par minute la plume pour la rédaction des procès-verbaux constatant la succession des phénomènes qui se présentaient, et à mesure qu'ils se présentaient ; la commission a mis à remplir tous ses devoirs l'exactitude la plus scrupuleuse, et si elle rend justice à ceux qui l'ont aidée de leur bienveillante coopération, elle doit détruire. les plus légers doutes qui pourraient s'élever dans vos esprits sur la part plus ou moins grande que d'autres qu'elle auraient prise dans l'examen de cette question. C'est elle qui a toujours conçu les divers modes d'expérimentation, qui en a tracé le plan, qui en a constamment dirigé le cours, qui en a suivi et

(1) Les rôles furent donc singulièrement changés : d'abord c'est un magnétiseur qui vient interpeller l'académie, qui demande à opérer sur des malades pris au bureau central, el qui lui jette sa somnambule comme une sorte de défi ; l'académie accepte; mais bientôt il n'est plus question des malades du bureau central, et la sibylle fatiguée, haletante, ne peut plus rien dire. Alors c'est la commission qui prie MM. les magnétiseurs de vouloir bien la rendre témoin de leurs expériences, de vouloir bien lui permettre d'en suivre avec eux la marche et d'en constater les résultats! MM. Foissac et Dupotet ont bien voulu s'y prêter : ce qui est fort heureux; car qu'aurait pu faire la commission réduite à «es propres ressources? aussi tribut d'éloges à MM. Foissac el Dupotet, à lu constante ri persévérante intervention (intervention! est curieux) du premier, et auzéleaetij'àu second.

écrit la marche (1); enfin, on se servant d'auxiliaires plus ou

moins zélés et éclairés, elle a toujours été présente, et toujours elle a imprimé sa direction propre à tout ce qui a été fait.

Aussi vous verrez qu'elle n'admet aucune expérience faite en dehors de la commission, même par des membres de l'académie. Telle confiance que doivent établir entre nous l'esprit de confraternité et l'estime réciproque dont nous sommes tous animés, nous avons senti que, dans l'examen d'une question dont la solution est si délicate, nous ne devions nous en rapporter qu'à nous seuls; et que vous, vous ne pouviez vous en rapporter qu'à notre garantie. Nous avons cru cependant devoir excepter de cette exclusion rigoureuse un fait très-curieux observé par M. Cloquet; nous l'avons admis, parce qu'il était déjà pour ainsi dire la propriété de l'académie (2), la section de chirurgie s'en étant occupée dans deux de ses séances.

Cette réserve que la commission s'est imposée, messieurs, dans l'usage des différents faits relatifs à la question qu'elle a étudiée avec autant de soin et d'impartialité, nous donnerait le droit d'en demander le retour, si quelques personnes qui n'auraient pas été témoins de nos expériences voulaient élever des discussions sur leur authenticité. Par la raison que nous n'appelons votre confiance que sur ce que nous avons vu et fait, nous ne pouvons pas admettre que ceux qui en même temps que nous et avec nous n'auraient ni vu ni fait, pussent attaquer ou révoquer en doute ce que nous avancerons avoir observé (3); et comme enfin nous avons toujours eu la plus

(1) Nous verrons bien , nous suivrons ces modes d'expérimentation, ces plans, ce cours , cette marche; enlin nous jugerons à l'œuvre.

(2) Belle propriété, assurément! le mot est heureux; nous y reviendrons avec le rapporteur.

(5) Il y a là un vice de raisonnement que nous ne pouvons laisser passer. Nous ri admettons pas , c'est bientôt dit ; mais, comme c'est en verlu d'un raisonnement que vous vous croyez fondé à ne pas admettre uue opinion contraire à la vôtre, reste à voir si votre raisonnement est juste; au-dessus de nous tous il y a une puissance, c'est la logique; or, si elle est contre vous il faudra vous lairc. Examinons : vous allez nous raconter des miracles, miracles que vous dites dès à présent avoir vus cl faits; or vous n'appelez , dites-vous, notre confiance que sur ce que vous avez vu et fait, et par réciprocité vous entendez que

grande défiance des annonces qu'on nous faisait des merveilles qui devaient arriver, et que ce sentiment nous a constamment dominés dans toutes nos recherches, nous pensons avoir quelque droit à ce que, si vous ne nous accordez pas votre croyance, vous n'éleviez cependant aucun doute sur les dispositions morales et physiques dans lesquelles nous avons toujours procédé à l'observation de divers phénomènes dont nous avons été témoins.

Ainsi, messieurs, ce rapport que nous sommes loin de vous présenter comme devant fixer votre opinion sur la question du magnétisme, ne peut, ne doit être considéré que comme la réunion et la classification des faits que nous avons observés jusqu'à présent ; nous vous l'offrons comme une preuve que nous avons cherché à justifier votre confiance; et, tout en regrettant qu'il ne repose pas sur un plus grand nombre d'expériences, nous avons cependant l'espoir que vous l'accueillerez avec indulgence, et

nul ne pourra révoquer en doute vos observations , à moins qu'il n'ait vu ce fait en même temps que vous et avec vous ! Singulier droit réciproque que vous vous attribuez là. Ainsi tout individu , par cela qu'il aura été témoin oculaire ou acteur d'un fait, devra nécessairement être cru dans les interprétations qu'il en donnera, et être cru sans qu'il soit permis à d'autres de discuter, d'examiner dans quelles conémions il a vu ou cru voir, agi ou cru agir ! Ceci conduit à l'absurde. Posons les vrais principes, car cette question reviendra dans tout le cours de ce rapport.

S'il est un fait incontestable, inniable, c'est qu'on peutrefuser sa croyance à des témoins oculaires et à des acteurs d'un fait, par deux raisons : ou parce que ces témoins ne méritent pas moralement une créance entière, ou bien parce que les conditions dans lesquelles ils ont vu ou agi sont telles qu'ils ont pu être induits en erreur, ou s'être fait illusion , ou avoir été dupes de quelque supercherie; or, dans le cas présent, les membres de la commission, et que ceci soit dit une fois pour toutes, sont gens d'honneur, incapables de tromper, et à ce titre méritent toute créance; mais nous nous faisons fort de prouver, dans l'analyse de ce rapport, que les circonstances dans lesquelles ils ont cru voir ou agir sont telles qu'ils ont pu être induits en erreur, sont telles que la supercherie a été possible, et c'est là ce que nous discuterons. Que devient dès lors cette obligation réciproque que voudrait imposer ici M. Husson? Pour terminer nouslui dirons: Oui, nous vous croirons quand vous nous direz :IV'ous avons vu cela, nous avons fait cela ; mais vous ne nous enlèverez pas le droit d'examiner dans quelles conditions vous aurez vu cela, vous aurez fait cela ; et parlant nous aurons le droit, s'il y a lieu, de révoquer en doute vos observations.

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 3lâ

que vous en entendrez la lecture avec quoique intérêt ; nous croyons toutefois devoir vous prévenir que ce que nous avons vu dans nos expériences ne ressemble en aucune manière à tout ce que le rapport de 1784 cite des magnétiseurs de celle époque. Nous n'admettons ni nous ne rejetons l'existence d'un fluide, parce que nous ne l'avons pas constatée ; nous ne parlons ni du baquet, ni de la baguette, ni de la chaîne que l'on établissait en faisant communiquer tous les magnétisés par les mains, ni de l'application des moyens prolongés pendant longtemps et quelquefois pendant plusieurs heures sur les hypocondres et le ventre, ni du chant, ni de la musique qui accompagnaient les opérations magnétiques, ni de la réunion d'un grand nombre de personnes qui se faisaient magnétiser en présence d'une foule de témoins, parce que toutes nos expériences ont eu lieu dans le calme le plus parfait, dans le silence le plus absolu, sans aucun moyen accessoire', jamais par un contact immédiat, et toujours sur une seule personne à la fois (1).

Nous ne parlons pas de ce que du temps de Mesmer on appelait si improprement crise, et qui consistait en convulsions, en rires quelquefois inextinguibles, en pleurs immodérés, en cris perçants, parce que nous n'avons jamais rencontré ces différents phénomènes.

Sous tous ces rapports nous ne balançons pas à prononcer qu'il existe une très-grande différence entre les faits observés et jugés en 1784 et ceux que nous avons recueillis dans le travail que nous avons l'honneur de vous présenter ; que cette

(1) Fort bien, mais c'était ainsi qu'avaient raisonné les commissaires en 1784; c'est pour cela qu'ils avaient obligé Deslon d'instituer dans une chambre réservée des expériences qui ont eu lieu, servons-nous des expressions de M. Husson, dans le calme le plus parfait , dans le silence le plus absolu, et avec M. Jumelin, sans aucun moyen accessoire; telles ont été les expériences auxquelles les commissaires de 1784 avaient assisté régulièrement et tous ensemble; prévenant qu'ils n'attacheraientpasla même importance aux scènes publiques décrites ici. Pourquoi faut-il que M. Husson, dans l'intention de ruiner leur rapport, ait cité précisément le passage dans lequel ils parlent de la non-nécessité d'assister aux scènes scandaleuses des baquets, et n'ait fait aucune mention des expériences isolées. Ombres de ces grands hommes, pardonnez à l'esprit de prévention !

différence établit entre les uns et les autres une ligne do démarcation on ne peut plus tranchée, et que si la raison a fait justice d'une grande partie des premiers, l'esprit de recherches et d'observation doit s'étudier à multiplier et apprécier les seconds (1).

Il en est du magnétisme, messieurs, comme de beaucoup d'autres opérations de la nature, c'est-à-dire qu'il est nécessaire que certaines conditions soient réunies pour produire tels et tels effets (2) . C'est une vérité incontestable, et qui, s'il était besoin de preuves pour la constater, se trouverait confirmée par ce qui arrive dans divers phénomènes physiques ; ainsi sans sécheresse dans l'atmosphère, vous ne pourrez développer que faiblement l'électricité; sans la chaleur, vous n'obtiendrez jamais la combinaison du plomb et de l'étain, qui est la soudure commune des plombiers; sans la lumière du soleil, vous ne verrez pas s'enflammer spontanément le mélange de parties égales en volume de chlore et d'hydrogène, etc. Que ces conditions soient extérieures ou physiques, comme celles que nous venons de vous citer, qu'elles soient intimes ou morales comme celles que les magnétiseurs prétendent être indispensables au développement des phénomènes magnétiques, il suffit qu'elles existent et qu'elles soient exigées par eux, pour que la commission ait dû se faire une obligation de chercher à les réunir et un devoir de savoir s'y soumettre. Pourtant nous n'avons dû ni voulu nous dépouiller de cette inquiète curiosité qui nous

(1) Quant à nous , nous ne balançons pas à prononcer que si la raison a fail justice des premiers , le temps n'est pas éloigné où la raison fera justice des seconds.

(2) Eh bien! voilà un début qui promet ! dès la première ligne, dès les premiers mots voilà d'emblée le magnétisme admis , reconnu ; le rapporteur oublie que son travail tout entier doit être consacré à examiner, à rechercher si le magnétisme animal existe ou s'il n'existe pas; son point de départ est celui-ci : le magnétisme existe, c'est indubitable; c'est une opération de la nature ; maintenant disons comment il peut produire tels ou tels effets! Que répondre à cela? si ce n'est que toutes les lois du raisonnement sont renversées. Oh! si ce rapport avait pu être discuté , si M. Ilusson avait bien voulu le permettre! il se suicidait logiquement du premier coup; mais il s'en est bien gardé.

portait en même temps à varier nos expériences et à mettre en défaut, si nous le pouvions, les pratiques et les promesses des magnétiseurs. Sous ce double rapport, nous avons cru devoir nous affranchir de l'obligation qu'ils imposent d'avoir une foi robuste, de n'être mus que par l'amour du bien. Nous avons cherché tout simplement à être des observateurs curieux, méfiants et exacts.

Nous n'avons pas dû non plus chercher à expliquer ces conditions : c'eût été une question de pure controverse, et pour la solution de laquelle nous n'aurions pas été plus avancés que lorsqu'il s'agit d'expliquer les conditions en vertu desquelles s'exécutent les phénomènes physiologiques, en vertu desquelles aussi, et comment a lieu l'action des médicaments ; ce sont des questions du même genre, et sur lesquelles la science n'a point encore prononcé.

Dans toutes les expériences que nous avons faites nous avons toujours observé le silence le plus rigoureux, parce que nous avons pensé que, dans le développement de phénomènes aussi délicats, l'attention du magnétiseur et du magnétisé ne devait être distraite par rien d'étranger : nous ne voulions pas, d'ailleurs, mériter le reproche d'avoir nui par des conversations ou par des distractions au succès de l'expérience, et nous avons toujours eu soin que l'expression de nos physionomies n'inspirât ni gêne au magnétiseur ni doute au magnétisé. Notre position, nous aimons à le répéter, a été constamment celle d'observateurs curieux et impartiaux. Ces diverses conditions, dont plusieurs avaient été recommandées dans les ouvrages du respectable M. Deleuze, ayant été bien établies, voici que nous avons vu(l):

(1) Ainsi il est incontestable que le magnétisme animal (magnétisme dont le rapport finira sans doute par nous prouver l'existence , car après tout c'est pour cela qu'il est fait), il est incontestable , en attendant, que pour produire des effets il exige la réunion de certaines conditions-, ceci paraît incontestable à M. Husson -, et puis enfin s'il était besoin d'une preuve sans réplique, la voici : La combinaison du plomb et de l'étain, qui est la soudure commune des plombiers , ne peut avoir lieu sans chaleur ; le mélange de parties égales de chlore et d'hydrogène ne peut s'enflammer sans la lumière du soleil ; donc le magnétisme animal, qui n'est aussi qu'une opération de la nature, demande la réunion de conditions particulières, et ces conditions ne sont autres que les

La personne qui devait être magnétisée a été placée assise, soit sur un fauteuil commode, soit sur un canapé, quelquefois même sur une chaise.

Le magnétiseur, assis sur un siège un peu plus élevé, en face et à un pied de distance d'elle, paraît se recueillir quelques moments, pendant lesquels il prend ses pouces entre les deux doigts, de manière à ce que l'intérieur de ses pouces touche l'intérieur des siens. 11 lixe les yeux sur elle, et reste dans cette position jusqu'à ce qu'il sente qu'il s'est établi une chaleur égale entre ses pouces et les siens. Alors il retire ses mains en les tournant en dehors, les pose sur les épaules où il les laisse environ une minute, elles ramène lentement par une sorte de friction très-légère le long des bras jusques à l'extrémité des doigts -, il recommence cinq ou six fois ce mouvement, que les magnétiseurs appellent passe ; puis il place ses mains au-dessus

passes. N'y a-t-il pas là de quoi satisfaire les esprits les plus exigeants? les passes sont au magnétisme ce que la chaleur est au mélange de plomb et d'étain, ce que les rayons du soleil sont au mélange du chlore et de l'hydrogène; cette dernière comparaison est délicate, il y avait de quoi flatter MM. les magnétiseurs: dire que leurs passes sont analogues aux rayons du soleil! cela est de meilleur effet que la soudure connue des plombiers. Il n'y a pas de réfutation sérieuse pour de pareils écarts d'imagination.

Mais le rapporteur nous prévient ensuite quela commission, tout en se faisant un devoir de se soumettre à ces conditions afin d'avoir des effets magnétiques, a fini par s'affranchir de l'obligation imposée par les magnétiseurs d'avoir une foi robuste et de n'être mu que par l'amour du bien : il y a lieu de s'en étonner, car cette résolution est tout à fait en contradiction avec ce que le rapporteur a dit à la page 556, savoir que la somnambule de M. Foissac avait cessé d'être somnambule par la seule raison que les commissaires s'étaient montrés défiants, impatients, etc., et ici il nous dit qu'ils ont cherché à être curieux et méfiants l

Ce n'est pas tout : les commissaires, dit M. Uusson, ont toujours été silencieux, et ils ont eu soin de conserver une physionomie qui n'inspirât ni gêne aux magnétiseurs, ni doute aux magnétisés; que de choses pour ne pas faire manquer cette grave opération delà nature! Quoi qu'il en soit, ce préambule achevé, le rapporteur entre en matière et prononce les mots sacramentels : Voici ce que nous avons vu; mais la première chose vue n'est pas encore un effet magnétique; MM. les magnétiseurs nevontpassi vile en besogne ; ce que d'abord ils ont fait voir à la commission , c'est la condition magnétique, c'est cette action analogue aux rayons du soleil et au calorique ; en un mol ils lui ont l'ait voir des passes, et le rapporteur va en donner une bonne description.

de la tête, les y tient un moment, les descend en passant devant le visage à la distance d'un ou deux pouces, jusques à l'épigastre où il s'arrête encore, en appuyant ses doigts sur cette partie; et il descend lentement le long du corps jusques aux pieds. Ces passes se répètent la plus grande partie de la séance; et lorsqu'il veut la terminer, il les prolonge au delà de l'extrémité des mains et des pieds en secouant ses doigts à chaque fois. Enfin il fait devant le visage et la poitrine des passes transversales à la distance de trois à quatre pouces en présentant les deux mains rapprochées et en les écartant brusquement.

D'autres fois il rapproche les doigts de chaque main, et les présente à trois ou quatre pouces de distance de la tête ou de l'estomac, en les laissant dans cette position pendant une ou deux minutes ; puis les éloignant et les rapprochant alternativement de ces parties avec plus ou moins de promptitude, il simule le mouvement tout naturel qu'on exécute lorsqu'on veut se débarrasser d'un liquide qui aurait humecté l'extrémité des doigts. Ces divers modes ont été suivis dans toutes nos expériences, sans nous attachera l'un plutôt qu'à l'autre, souvent n'en employant qu'un, quelquefois nous servant de deux, et nous n'avons jamais été dirigés dans le choix que nous en avons fait par l'idée qu'un mode produirait un effet plus prompt et plus marqué que l'autre (1).

(1) Avant de dire toute notre pensée sur ces ridicules manœuvres désignées sous le nom de passes , avant de nous expliquer sur la signification réelle de cette fantasmagorie, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que le rapporteur d'une commission académique se soit cru obligé de relater, de décrire sérieusement des momeries de cette espèce ; cela n'était pas digne de l'académie qui devait en entendre la lecture ; un seul homme , mais c'était un homme d'infiniment d'esprit , a traité ce sujet comme il le mérite , car il ne saurait y avoir pourcela de réfutation sérieuse , c'est Hoffmann ; il en a fait une charmante parodie : modèle achevé de fine plaisanterie et d'excellente critique ; c'est un morceau qui restera ; on n'a rien produit de plus délicat , de plus fini dans notre langue; l'esprit français s'y montre dans ce qu'il a de plus exquis et de plus piquant ; au reste on va en juger, car il nous a fait trop de plaisir à nous-mêmes pour ne pas le reproduire ici tout entier. « J'ai promis , dit Hoffmann , d'enseigner la pratique du magnétisme à ceux qui ne la connaissent pas; j'y procède.

» Je déclare d'abord que tout ce qu'on va lire en caractères italiques est littéralement extrait des instructions données parle plus honnête, le plus chaste,

La commission ne suivra pas dans rémunération des faits qu'elle a observés l'ordre des temps dans lequel elle les a recueillis ; il lui a paru beaucoup plus convenable et surtout beaucoup plus rationnel de vous les présenter classés selon le

le plus méticuleux des magnétiseurs ; les caractères romains indiqueront mes propres réflexions.

» Placez dans un fauteuil ou sur une chaise la personne que vous voulez magnétiser, et qui veut elle-même s'y soumettre; car, dit M. Deleuze, je ne crois paspossible de se mettre en rapport avec quelqu'un qui ne le veut pas ; placez~vous vis-à-vis d'elle de manière que vos genoux et vos pieds touchent les siens ; prenezlui (es pouces et restez dans celte situation jusqu'à ce que vous sentiez que vos pouces et les sieiis ont le même degré de chaleur.

«Arrêtons-nous ici : certainement le pouce esljun doigt fort honnête, et cependant je doute qu'une mère et un mari fussent très-satisfaits de voir, Tune sa fille, l'autre sa femme, se placer genoux contre genoux et pieds contre pieds (pes pede fervidus instat) près d'un jeune homme d'un caractère ferme , actif et prononcé; et je demande s'ils auraient la patience d'attendre que la chaleur des pouces se fût mise en équilibre.

» Maintenant continuons : Posez ensuite les mains sur les épaules, laissez-lesy deux ou trois minutes, et descendez le long des bras pour reprendre les pouces ; répétez celte manœuvre trois ou quatre fois, ensuite posez vos deux mains zur l'estomac de manière que vos pouces soient placés sur te plexus solaire et les autres doigts sur les côtés. Faisons une pause tandis que les pouces se reposent avec délices sur l'épigastre de la dame. M. Dupan fait une remarque fort juste sur le précepte de M. Deleuze; il fait voir qu'il est fort difficile d'appliquer les pouces sur le plexus solaire qui est lui-même appliqué sur la colonne vertébrale, et non pas sous l'épiderme de l'abdomen ; mais les magnétiseurs ont réformé l'anatomie : ainsi va pour le plexus ! et qu'on le place où l'on voudra. Revenons à notre opération.

» Lorsque vous sentirez une communication de chaleur, descendez les mains jusqu'aux genoux et même jusqu'aux pieds. Je m'arrête forcément, car il y a ici une lacune , et Iemagnétisme procède plus méthodiquement. Souvenez-vous que vous aviez les pouces sur l'épigastre et les autres doigts sur les hypocondres; or l'épigastre est la partie de l'estomac qui s'étend depuis l'appendice xyphoïde jusqu'à la région ombilicale. Pourquoi donc le professeur nous fait-il faire un saut brusque jusqu'aux genoux ? quand vous en étiez aux épaules il vous a dit de descendre le long des bras; et, depuis l'estomac, il ne vous trace plus d'itinéraire. Arriverez-vous aux genoux par la perpendiculaire ou par deux courbes paraboliques? c'est là une grandequestion, etle professeur pèche ici par oubli ou par réticence. Je m'en lave les mains; il n'y a pas de ma faute. Quoi qu'il en soit, nous sommes aux genoux; continuons notre route..... oumême

degré plus ou moins prononcé de l'action magnétique qu'elle a reconnue dans chacun d'eux.

Ainsi nous avons établi les quatre divisions suivantes :

jusqu'aux pieds, et replacez les mains au-dessus de la tête , en ayant la précaution de les détourner chaque fois que vous recommencerez. Cette précaution de ne jamais magyiétiser de bas en haut et d'écarter tes mains avant de les ramena' vers la tête, m'a paru toujours être essentielle dans ces procédés.

» Je n'ai que des éloges à donner à ce paragraphe ; et en effet qui oserait magnétiser de bas en haut? autant vaudrait caresser une jolie chatte à rebrousse poil, ou imiter les bonnes qui passent leur main sur le visage d'un enfant, de haut en bas et de bas en haut, en lui disant : « Voilà le plaisir, et voilà le déplaisir. »

» Mais pourquoi faut-il détourner les mains ? Il y a sans doute un grand mystère dans cette pratique obligée. J'ai vu d'indignes magnétiseurs secouer leurs mains en les détournant ; serait-ce par le même motif que les Juifs, qui, lorsqu'ils s'accusent mutuellement de leurs fautes, ne manquent jamais de relever leur habit par derrière, et de le secouer légèrement, pour y laisser passer leurs péchés? Mais admirez la politesse délicate de notre professeur ; il se contente de dire : u Détournez les mains, » ce qui signifie sans doute que par ce mouvement vous écarterez les mauvaises pensées que le démon a pu vous suggérer dans une route périlleuse.

» Reprenons : On donne le nom passes à l'action de passer la main sur le corps. Lorsqu'on la conduit sur le corjis jusqiià l'extrémité des pieds, on appelle cette pratique magnétiser a grands courants... Au lieu daller jusqu'aux pieds, vous pouvez vous arrêter aux genoux ; mais dans ce cas, il faut avant définir faire plusieurs passes sur les jambes et sur les pieds... Mettez dans vos mouvements de l'aisance et de ta souplesse, et continuez à magnétiser pen~ dani environ trois quarts d'heure. )> Trois quarts d'heure î est-il possible? oui, messieurs, tout autant, et quelquefois quatre, et quelquefois cinq ; vous ne savez pas ce que peut un caractère franc, actif et prononcé tel que l'exige le magnétisme; et le professeur ajoute avec une ingénuité charmante (p. 156) que, quand le magnétisme agit, la personne magnétisée ne s'ennuie point; on la magnétise pendant une heure sans qu'elle éprouve d'impatience. Oh ! je le crois sans peine ; mais le magnétiseur ? »

» Encore un petit précepte: Si votre malade sent des douleurs dans une' partie, tenez quelque temps la main sttr cette partie, et descendez comme pour entraîner le mal : je suis fâché de le dire, mais voici encore une lacune ; descendez est bien vague ; car si la douleur est aux pieds, comment descendraiton? Et si ah Dieu! j'allais dire une sottise.

» Telle est la pratique du magnétisme; ce petit nombre de lignes suffit pour vous rendre aussi savant que les maîtres. Avec les attouchements prescrits, les

1° Les effets du magnétisme sont nuls chez les personnes bien portantes et chez quelques malades ;

2° Ils sont peu marqués chez d'autres;

3° Ils sont souvent le produit de l'ennui, de la monotonie, de l'imagination;

4° Enfin on les a vus se développer indépendamment de ces dernières causes, très-probablement par l'effet du magnétisme seul (4).

passes et les grands courants, vous obtiendrez des miracles, et vous ferez de temps en temps des somnambules qui verront à travers les murailles et qui prédiront l'avenir.

» Je dois cependant, avant de terminer, indiquer à mes écoliers un procédé employé par M. de Puységur, et dont M. Deleuze ne parle pas. Je vis un jour le premier de ces deux praticiens, dans la chaleur de la magnétisation, retirer ses deux mains ouvertes, puis les pousser avec force vers la personne magnétisée, comme s'il avait voulu refouler l'air ambiant. Il s'aperçut que ce mouvement m'étonnait, et il me dit : « Je bourre le fluide. » Comment M. Deleuze qui a tant d'admiration pour M. de Puységur, son maître en magnétisme, n'a-t-il pas adopté les bourrades? Il me semble que cela doit bien faire ; mais peut-être aussi cela est-il superflu ou même dangereux ; car la bourrade doit être rangée dans le codex parmi les remèdes drastiques.

» Mais j'ai terminé ma tache pour tout ce qui concerne le matériel (op. cit., 586).»

Quand on se décide à traiter un pareil sujet, voilà comme on doit le faire: mais revenons sérieusement au rapport. M.Husson dès à présent va au delà de ce qu'il a vu, puisqu'il ne fait aucune difficulté d'accepter ces passes comme des causes réelles d'une action extraordinaire, dont il ne devait avoir encore aucune idée. Aussi, au lieu de se borner à dire, dans les conclusions, que les mouvements qu'il vient de décrire sont appelés passes par les magnétiseurs, nous verrons qu'il a sur-le-champ et sans autre examen conclu que ces manœuvres sont les moyens nécessaires pour se mettre en rapport , ou en d'autres termes, dira M. Husson, pour transmettre l'action du magnétiseur au magnétisé (première conclusion). Or, c'est là précisément ce qui est à prouver : y a-t-il rapport établi au moyen des passes? y a-t-il action transmise? c'est lace qu'il y aura à prouver; mais, avant d'avoir donné des raisons, il ne làllait pas se hâter de poser en fait qu'il y a rapport établi et action transmise.

(1) II fallait, en effet, classer les résultats en raison de leur valeur, en prenant pour base leur nature ou leurs conditions de causalité, plutôt que de s'astreindre à l'ordre chronologique; c'était une marche toute tracée par les commissaires de l'ancienne académie des sciences. Mais voici maintenant une

§ Ier. Effets nuls.

Le rapporteur de la commission s'est soumis à plusieurs reprises à des expériences magnétiques. Une fois, entre autres, jouissant alors d'une santé parfaite, il a eu la constance de se tenir pendant trois quarts d'heure assis, dans la même position, les yeux fermés, dans une immobilité complète, et il déétrange manière de comprendre les faits dits magnétiques. La commission, dit M. Husson, a jugé plus convenable et surtout plus rationnel de les présenter classés selon le degré plus ou moins prononcé de l'action magnétique qu'elle a reconnue dans chacun d'eux. Fort bien! il est évident d'après cela que tous ces faits sont dus à l'action magnétique, puisque M. Husson a soin d'ajouter, pour ne laisser aucun doute, que la commission a reconnu cette action magnétique dans chacun d'eux, bien qu'à différents degrés : eh bien ! comment ces faits vont-ils être partagés? En quatre divisions, dit le rapporteur : 1° effets nuls: 2° effets peu marqués; 5° effets dus à l'ennui, à la monotonie, à l'imagination ; 4° effets développés probablement par l'effet du magnétisme seul. Que pensez-vous maintenant de ces quatre classes d'effets magnétiques? Et d'abord que direz-vous des effets magnétiques nuls, daus lesquels la commission a reconnu un premier degré de l'action magnétique? n'est-ce pas là quelque chose de merveilleux? Que direz-vous ensuite des effets magnétiques produits par l'ennui, la monotonie et l'imagination ; effets dans lesquels la commission a reconnu un degré plus prononcé de l'action magnétique? n'estce pas chose encore tout à fait singulière : etentin, que dire d'effets développés probablement par V effet du magnétisme seul? Quelle rédaction, quelles idées, quelle classification ! Comment réfuter tout cela!

Voici probablement à quoi tient cette étrange confusion. Le rapporteur, convaincu depuis longtemps de la réalité de tous les faits dits magnétiques, en rassemble un bon nombre de concert avec la commission ; celle-ci remarque qu'il en est d'insignifiants, qu'il en est de nuls, etc., et elle invite le rapporteur à faire des distinctions. Le rapporteur les range en quatre catégories j mais il ne s'aperçoit pas (ceci étant une affaire de rédaction retombe uniquement sur lui) qu'il fait dire à la commission qu'elle a reconnu une action magnétique dans des effets nuls! qu'elle a reconnu cette même action et à un degré plus prononcé dans des effets dus uniquement à l'ennui, à la monotonie et à l'imagination ; et enfin, comme dernière classe, il assure qu'on a vu des effets se développer très-probablement par V effet du magnétisme seul ! Voilà comment un esprit prévenu coordonne une classification , et nous la présente comme beaucoup plus convenable et beaucoup plus rationnelle que toute autre.

clare n'avoir ressenti dans cette épreuve aucune espèce d'effet, bien que l'ennui de la position et le silence absolu qu'il avait recommandé d'observer eussent été très-capables de produire le sommeil. M. de Mussy a subi la même épreuve avec le même résultat. Dans une autre circonstance où le rapporteur était tourmenté par des douleurs rhumatismales très-violentes et très-opiniâtres, il s'est laissé magnétiser à plusieurs reprises, et jamais il n'a obtenu de ce moyen le plus léger soulagement, quoique bien certainement l'acuité de ses souffrances lui fit désirer vivement de les voir sinon disparaître, au moins s'adoucir.

Le 11 novembre 1826, notre respectable collègue, M. Bourdois , éprouvait depuis deux mois un malaise qui exigeait de sa part une attention particulière pour sa manière habituelle de vivre. Ce malaise , nous disait-il , n'était pas son état normal ; il en connaissait la cause, et pouvait en fixer le point de départ. Dans ces conditions, qui d'après l'assertion de M. Dupotet étaient favorables au développement fies phénomènes magnétiques, M. Bourdois fut magnétisé par ce même M. Dupotet, en présence de MM. Itard, Marc, Double, Guéneauet le rapporteur. L'expérience commença à trois heures trente-trois minutes; le pouls alors battait quatre-vingt-quatre fois, nombre qui, au rapport de M. Double et de M. Bourdois, est celui de l'état normal ; à trois heures quarante et une minutes on cessa l'expérience, et M. Bourdois n'a absolument rien éprouvé. Nous avons seulement noté que le pouls était descendu à soixante-douze pulsations, c'est-à-dire douze de moins qu'avant l'expérience.

Dans la même séance, notre collègue M. Itard, atteint depuis huit ans d'un rhumatisme chronique dont le siège était alors dans l'estomac, et souffrant dans ce même moment d'une crise habituelle attachée à sa maladie (ce sont ses expressions), se fait magnétiser par M. Dupotet : à trois heures cinquante minutes son pouls bat soixante fois; à trois heures cinquantesept minutes il ferme les yeux; à quatre heures trois minutes on cesse de le magnétiser; il nous dit que, pendant le temps qu'il a eu les yeux ouverts, il a cru sentir l'impression du trajet des doigts se porter sur ces organes comme s'ils avaient été frappés d'une bouffée d'air chaud ; mais qu'après les avoir fer-

mes, et l'expérience continuant, il n'avait plus éprouvé la même sensation; il ajoute qu'au boni de cinq minutes il a senti un mal de tête qui occupait tout le front et le fond des orbites, avec un sentiment de sécheresse à la langue, bien que la langue observée par nous fût très-humide ; enfin il dit que la douleur qu'il éprouvait avant l'expérience ei qu'il avait annoncé être dépendante de l'affection dont il se plaignait avait disparu, mais qu'elle était en général très-mobile. Nous avons noté que le pouls était monté à soixante-quatorze pulsations, c'est-àdire quatorze de plus qu'avant l'expérience.

Nous aurions pu très-certainement vous rapporter d'autres observations dans lesquelles le magnétisme n'a eu aucune espèce d'action ; mais , outre l'inconvénient de citer des faits sans aucun résultat , nous avons pensé qu'il vous suffirait d'avoir connaissance de ce que trois membres de la commission avaient expérimenté sur eux-mêmes pour avoir une certitude plus complète de la vérité de nos recherches (1 ).

(1) Mais en vérité il n'y a pas à en douter ; le rapporteur peut se rassurer; il semble tourmenté ici par un scrupule, celui de n'avoir pas assez rassemblé de faits pour nous prouver qu'il est des observations dans lesquelles le magnétisme n'a eu aucune espèce d'action ; nous l'en croyons bien assurément , quoique tout à l'heure il nous ait donné les effets nuls comme des faits magnétiques, ou du moins comme des faits dans lesquels la commission aurait reconnu une action magnétique au degré le moins prononcé ; ici, nous le répétons, il a trop de scrupule •, nous n'avions pas même besoin d'apprendre que trois membres de la commission avaient expérimenté sur eux-mêmes pour avoir une certitude très-complète de la vérité de ces premières recherches.

Toutefois M. Husson n'aura garde de perdre de vue ces précieux documents ; lorsqu'il donnera ses conclusions, lorsqu'il en viendra à conclure qu'il y a des effets nuls produits par le magnétisme (singulière production !) , il aura soin de nous renvoyer à ces expériences pour nous empêcher d'en douter ; ne semblet-il pas, en vérité, qu'il s'agisse ici de faits tellement insolites, tellement exceptionnels, tellement en dehors de ce qui doit se passer, qu'il sera nécessaire de recourir bien vite aux passages indiqués pour s'assurer s'il est bien vrai que des malades n'ont pas offert de phénomènes magnétiques ? Eh quoi ! être malade et ne pas tomber en somnambulisme sous la main de M. Foissac, sous la ma.i» de M. Dupotet ! Mais c'est une chose bien extraordinaire! comment étaient donc constitués ces malades? Aussi M. le rapporteur s'est-il empressé de consigner ici ces exceptions, de nous assurer fort imperturbablement que

§ II. Effets peu marqués.

Il ne vous aura pas échappé, messieurs, que le dernier fait de la série précédente présentait un commencement d'action du magnétisme ; nous l'avons placé à la fin de cette section pour servir de chaînon à ceux qui vont suivre (1).

M. Magnien, docteur en médecine, âgé de cinquante-quatre ans, demeurant rue Saint-Denis, n°..., marchant très-difficilement par suite d'une chute faite il y a plusieurs années sur le genou gauche,et très-probablement aussi par suite du développement d'un anévrisme du cœur auquel il a succombé au mois de septembre dernier, a été magnétisé par le rapporteur les 18, 49, 20, 21, 22 et 23 août 1826 ; le nombre des pulsations a été moindre à la fin des cinq séances qu'au commencement ; ainsi il a baissé de 96 à 90 , de 96 à 86, de 77 à 71 , de 82 à 79, de 80 à 78 , et dans la sixième ce nombre a été le même au commencement qu'à la fin, c'est-à-dire 83. Les inspirations ont été égales, à une seule exception où elles ont été à 20 au commencement, et à 26 à la fin. M. Magnien a constamment éprouvé une sensation de fraîcheur dans toutes les parties vers lesquelles les doigts du magnétiseur ont été dirigés et maintenus

tous les malades ne subissent pas t'influence du magnétisme animal, et de nous renvoyer aux faits pour convaincre les plus incrédules.

Mais n'allons pas trop vite : dans ces mêmes faits que nous croyons si nuls, dans ces mêmes observations où, suivant le rapporteur, le magnétisme n'a eu aucune espèce d'action , il y avait peut-être bien une action qui couvait, des effets qui allaient éclore; c'est en effet ce que le rapporteur fait pressentir dans le paragraphe suivant •. aussi , et remarquez cet artifice délicat, de ces faits en apparence nuls , il en est un , dit-il , qu'il a dû placer le dernier, pour servir de chaînon à ceux qui vont suivre.

(1) Nous avouerons pour notre compte que ceci nous avait complètement échappé. Nous voyons bien que M. Itard, après s'être assis et reposé devant le magnétiseur, a bientôt éprouvé un ralentissement du pouls, qu'ensuite il a senti un mal de tête ; et qu'une douleur d'ailleurs très-mobile avait disparu, et enfin que son pouls avait repris plus de fréquence \ mais malgré la meilleure volonté du monde, nous ne pouvons trouver dans ce fait un commencement d'action magnétique, et conséquemment le regarder comme un chaînon. Mais passons aux effets peu marqués.

longtemps dans la même direction ; ce phénomène ne s'est pas démenti une seule fois.

Notre collègue M. Roux, qui se plaignait d'une affection chronique de l'estomac, a été magnétisé six fois par M. Foissac, les 27, 29 septembre, 1er, 3, 5 et 7 octobre 4827; il éprouva d'abord une diminution sensible dans le nombre des inspirations et des battements du pouls, ensuite un peu de chaleur à l'estomac, une grande fraîcheur au visage, la sensation d'une vaporisation d'éther, même quand on n'exécutait point de passes devant lui, et enfin une disposition marquée au sommeil (1).

(1) M. Husson ne paraît guère avoir lu du rapport de Bailly que les quelques lignes qu'il en a citées, et cela dans le but de prouver que les anciens commissaires avaient méconnu leurs devoirs; une lecture plus attentive lui aurait démontré que l'ancienne commission avait parfaitement apprécié ces sortes de phénomènes : plusieurs membres s'étaient soumis d'abord aux expérimentations, ils avaient fait commeMM. Husson, Itard et Roux; mais, comme avant tout il faut raisonner les faits , voici les réserves qu'ils avaient faites : En se soumettant au magnétisme, est-il dit dans leur rapport, les commissaires ont usé d'une précaution nécessaire. Il n'y a pas d'individu, dans l'état de la meilleure santé, qui, s' il voulait s' 'écouler attentivement, ne sentit au dedans délai une infinité de mouvements et de variations, soit de douleur infiniment légère, soit de douleur dans différentes parties de son corps; ces variations, qui ont lieu dans tous les temps, sont indépendantes du magnétisme... on ne saurait dire jusqu'où peut aller l'influence de l'attention dirigée constamment et sans interruption vers le même objet... le premier soin des commissaires a dû être de ne pas se rendre trop attentifs à ce qui se passait en eux, etc. Si la nouvelle commission s'était bien pénétrée de ces idées, M. Husson ne se serait pas empressé de noter que chezM.Magnien le nombre des pulsationsavait été moindre à la fin qu'au commencement, pour y trouver un commencement de l'action magnétique; il n'aurait pas noté que le nombre des inspirations d'abord égales s'était élevé de vingt à vingt-six; il n'aurait pas signalé d'abord des sensations de fraîcheur; puis chez M. Roux des sensations de chaleur, puis une fraîcheur au visage; puischez M. Itard des augmentations de pulsations et d'inspirations, etc., etc.; toujours pour y trouver des effets magnétiques : eh ! bon Dieu, faites asseoir quatre individus, sains ou malades 5 prenez votre montre, comptez les pulsations, comptez les inspirations, interrogezles sur l'étal de leurs fonctions, scrutez-les sur leurs sensations les plus légères, et vous aurez des effets magnétiques de cette espèce autant que vous voudrez î Ce que nous venons de dire est sérieux ; il s'agit de membres de l'académie qui s'étaient soumis d'abord aux prétendues expériences ; ils ne pouvaient accuser

Anne Bourdin, âgée de vingt-cinq ans, demeuran i rue du Paon, n° 15, a été magnétisée les 17, 20 et 21 juillet 1826, à l'Hôlel- Dieu, par M. Foissac, en présence du rapporteur. Celte femme disait se plaindre de céphalalgie et d'une névralgie qui avait son siège dans l'œil gauche. Pendant les trois séances magnétiques, nous avons vu les inspirations s'élever de 16 à 39, de

14 à 20, et les pulsations de 69 à 79, de 60 à 68, de 76 à 95. La tête s'est appesantie pendant ces trois épreuves; cette femme s'est endormie pendant quelques minutes; il ne s'opéra aucun changement dans la névralgie de l'œil , il y a eu de l'amélioration dans la céphalalgie.

Thérèse Tierlin a été magnétisée les 22, 23, 24, 29 et 30 juillet 1826 ; elle était entrée à l'Hôtel-Dieu, se plaignant de douleurs dans le ventre et dans la légion lombaire. Pendant les cinq séances magnétiques, nous avons vu les inspirations s'élever de

15 à 17, del8 à 19, de 20 à 25, et s'abaisser de 27 à 24, et les pulsations s'élever de 118 à 125, de 100 à 120 , de 100 à 113 , de 95 à 98, de 117 à 120. Nous avons remarqué que celte femme semblait avoir peur des mouvements des doigts et des mains du magnétiseur, qu'elle les fuyait, en retirant sa tète en arrière, qu'elle les suivait pour ne pas les perdre de vue, comme si elle eût à en redouter un mal quelconque; elle avait été visiblement tourmentée pendant les cinq séances.

Nous avons observé chez elle de fréquents et longs soupirs, quelquefois entrecoupés, le clignotement et rabaissement des paupières, le frottement des yeux, la déglutition assez fréquente delà salive, mouvement qui chez d'autres magnétisés a constamment précédé le sommeil , et enfin la disparition de la douleur de la région lombaire.

La commission, en rapprochant ces différents faits, n'a voulu fixer votre attention que sur la série des phénomènes physiologiques qui se sont développés dans les deux derniers. Elle ne peut attacher aucune importance à cette amélioration partielle

que des faits réels e1 positifs, niais restait l'interprétation; cl ii n'était pas besoin de se mettre l'esprit à la torture pour voir que ces faiis étaient complètement insignifiants, qu ils rentraient enlin dans la catégorie des faits prévus et judicieusement appréciés par les premiers commissaires.

survenue dans les symptômes des très-insignifiantes maladies de ces deux femmes. Si ces maladies existaient, le temps et le repos ont pu en triompher; si elles n'existaient pas, comme il arrive trop souvent, la feinte a dû disparaître sans le magnétisme, comme avec le magnétisme. Ainsi, messieurs, nous ne vous les avons présentés que comme les premiers éléments , pour ainsi dire, de l'action magnétique que vous verrez se prononcer davantage à mesure que nous parcourrons les autres divisions que nous avons établies (1).

(1) Tous les effets observés dans le cours de ces dernières expériences ne sont pas rapportés au magnétisme par le rapporteur ; le magnétisme seul, dit-il, ne saurait rendre compte de tous ces phénomènes ; mais il en est déjà un assez bon nombre qui n'auraient pu se manifester sans son intervention ; force nous sera donc enfin de trouver que le magnétisme, ou du moins que les manœuvres magnétiques (entendons-nous) ont été pour quelque chose dans la production de certains phénomènes. Comment, en effet, Thérèse aurait-elle pu avoir peur des doigts du magnétiseur, si on ne l'eût magnétisée? Comment sans cela aurait-elle pu suivre les doigts de M. Foissac, les fuir, en jetant sa tête en arrière, comme si elle eût cru en avoir quelque chose à craindre, d'être éborgnée par exemple? Comment enfin expliquer toutes ces'anomalies de Thérèse sans être forcé de reconnaître l'intervention des gestes du magnétiseur? Il faut donc ici se rendre à l'évidence et avouer que les manœuvres ont été pour quelque chose dans la production des susdits effets.

Ajoutons que M. Husson a remarqué que Thérèse était visiblement tourmentée pendant les cinq séances; d'où il faut conclure que le clignotement des paupières, que leur abaissement répété étaient encore sous la dépendance de la crainte des doigts de M. Foissac. Ces effets ont été quelque peu fugaces; mais le rapporteur a tort de les appeler insignifiants, puisque c'est en eux qu'il a découvert les premiers éléments de l'action magnétique.

On a encore eu à observer et à consigner au procès-verbal que Thérèse poussait de fréquents et de longs soupirs, que ces soupirs étaient quelquefois entrecoupés; outre les soupirs, on a observé la déglutition assez fréquente de la salive; or ces soupirs entrecoupés, ce clignotement des paupières et cette déglutition de la salive, à quoi les attribuer? Il y a tant de choses dans les soupirs d'une femme, qu'il n'est pas étonnant que M. Husson y ait trouvé les premiers cléments de l'action magnétique. El la déglutition de la salive, qu'en dirons-nous? Une jeune lille avale coup sur coup sa salive dans tant de circonstances! au dire de M. Husson, c'est un acte qui précède constamment le sommeil magnétique; et il en conclut que c'est encore un des premiers effets de l'action de cet agent mystérieux : mais figurez-vous dix à douze commis-

§ III. Effets produits par l'ennui , la monotonie et l'imagination.

La commission a eu plusieurs occasions de remarquer que la monotonie des gestes, que le silence religieux observé dans les expériences , que l'ennui occasionné par une position constamment la même, ont produit le sommeil chez plusieurs individus qui cependant n'étaient pas soumis à l'influence magnétique , mais qui se retrouvaient dans les mêmes circonstances physiques et morales dans lesquelles précédemment on les avait endormis; dans ces cas, il nous a été impossible de ne pas reconnaître la puissance de l'imagination, puissance en vertu de laquelle ces individus, croyant être magnétisés, éprouvaient les mêmes effets que s'ils l'avaient été. Nous citerons particulièrement les observations suivantes.

Mlle Lemaitre, âgée de vingt-cinq ans, était affectée depuis trois ans d'une amaurose , quand elle entra à l'Hôtel-Dieu. Elle a été magnétisée les 7, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22 juillet 1826. Nous ne répéterons pas ici les différents phénomènes qui ont marqué le commencement de l'action magnétique, et que nous avons détaillés dans la section précédente, tels que le clignotement, l'abaissement des paupières, le frot-

sairesfort attentifs, une couple de magnétiseurs et bon nombre de spectateurs, tous les yeux fixés sur la patiente, n'est-il pas singulier de voir cette pauvre fille, assez embarrassée de sa personne , devenue comme elle l'est le point de mire de tant de personnes, n'est-il pas singulier, disons-nous, delà voir se mettre à avaler sa salive? et n'a-t-on pas dû consigner cela au procès-verbal?

Résumons-nous, et sérieusement si nous le pouvons. Ces observations sont absolument nulles, et nous disons nulles, non pas comme l'entend le rapporteur, c'est-à-dire ayant une nullité dans laquelle on reconnaît un degré peu prononcé de Faction magnétique, nous disons absolument nulles, et telles qu'elles ne méritaient certainement pas l'honneur d'une mention académique ; mais, pour se faire écouter, le rapporteur avait trouvé le moyen de revêtir de grands mots des faits en eux-mêmes ridicules et insignifiants, disant par exemple qu'il voulait appeler V attention de l'académie sur la série des phénomènes physiologiques quise sont développés dans ces deux circonstances', étrange série de phénomènes physiologiques!

tement des yeux comme pour se débarrasser d'une sensaiion incommode, l'inclination brusque de la tête et la déglutition de la salive; ce sont, comme nous l'avons dit, des signes que nous avons observés constamment et sur lesquels nous ne reviendrons plus. Nous dirons seulement que nous avons remarqué un commencement de somnolence à la fin de la troisième séance, que cette somnolence a été en croissant jusqu'à la onzième, qu'à dater de la quatrième des mouvements convulsifs des muscles du col et de la face, des mains, de l'épaule, se sont manifestés, et qu'à la fin de chaque séance nous avons trouvé plus d'accélération dans le pouls qu'au commencement; mais ce qui doit le plus fixer votre attention , c'est qu'après avoir été magnétisée dix fois , et avoir paru les huit dernières successivement de plus en plus sensible à l'action du magnétisme, M. Dupotet, son magnétiseur, s'assit d'après l'invitation du rapporteur à la onzième séance , le 20 juillet, derrière elle, sans faire aucun geste, sans avoir aucune intention de la magnétiser, et qu'elle éprouva une somnolence plus marquée que les jours précédents, mais moins d'agitation et de mouvements convulsifs; du reste il ne s'est manifesté aucune amélioration dans l'état de sa vue depuis le commencement des expériences, et elle est sortie de l'Hôtel-Dieu comme elle y était entrée.

Louise Ganot, domestique, demeurant rue du Battoir, n° 19, entrée à l'Hôtel-Dieu le 18 juillet 1826, salle Saint-Roch, n° 17, pour y être traitée d'une leucorrhée , a été magnétisée par M. Dupotet les 21, 22, 23, 24 , 25, 26, 27 et 28 juillet 1826. Elle était, nous a-t-elle dit, sujette à des attaques de nerfs, et en effet des mouvements convulsifs de la nature de ceux qui caractérisent l'hystérie se sont constamment développés chez elle pendant toutes les séances magnétiques ; ainsi les cris plaintifs , la roideur et la torsion des membres supérieurs, la direction des mains vers l'épigastre, le renversement de tout le corps en arrière, de manière à former un arc dont la concavité était dans le dos, quelques minutes de sommeil qui terminaient cette scène, tout dénotait chez cette femme des attaques d'hystérie que l'un aurait pu croire être occasionnées par l'influence magnétique. Nous avons voulu savoir jusqu'à quel point l'imagination pouvait agir sur elle, et à la sixième séance, Se 26 juillet, M. Dupotet , qui jusqu'alors l'avait magnétisée,

se plaça en face d'elle et à deux pieds de distance, sans avoir de contact avec elle , sans exercer aucune manœuvre', mais ayant la vive intention de produire sur elle quelques phénomènes magnétiques. L'agitation , les mouvements convulsifs, des soupirs longs et entrecoupés, la roideur des bras ne tardèrent pas à se manifester comme dans les séances précédentes. Le lendemain 27, nous plaçons M. Dupotet derrière elle, et elle est assise dans le grand fauteuil à joues dont elle s'est servie dans les expériences précédentes; le magnétiseur se borne à diriger l'extrémité de ses doigts en face de la partie moyenne de son dos, et par conséquent le derrière du fauteuil est interposé entre la magnétisée et le magnétiseur.

Bientôt les mouvements convulsifs des jours précédents se déclarent plus violemment, et souvent elle tourne la tête en arrière. Elle nous dit à son réveil qu'elle a exécuté ce mouvement parce qu'il lui semblait qu'elle était tourmentée par quelque chose qui agissait derrière elle. Enfin, après avoir observé, les 26 et 27 juillet , le développement des phénomènes magnétiques , bien que dans un cas il n'y eût pas eu de manœuvres, mais seulement l'intention, et que dans l'autre ces manœuvres très-simples (la direction des doigts) aient eu lieu par derrière et à l'insu de ladite dame Ganot, nous avons voulu expérimenter si les mêmes phénomènes se reproduiraient en l'absence du magnétiseur; c'est ce qui est arrivé le 28 juillet. M™ Ganot a été mise dans toutes les circonstances semblables à celles des autres épreuves : même heure de la journée ( cinq heures et demie du matin), même local, même silence, même fauteuil, mêmes assistants, mêmes préparatifs, tout, en un mot, était comme les six jours précédents; il ne manquait que Je magnétiseur, qui était resté chez lui : les mêmes mouvements convulsifs se sont déclarés, peut-être avec moins de promptitude et de violence, mais toujours avec le même caractère.

Un homme âgé de vingt-sept ans, sujet depuis quinze à des attaques d'épilepsie, a été magnétisé quinze fois à l'Hôlel-Dieu, depuis le 27 juin jusqu'au 17 juillet 4826, par le rapporteur de la commission. Le sommeil a commencé à paraître à la quatrième séance, le 1er juillet; il a été plus fort à la cinquième, le 2 du même mois. Dans les suivantes, il a été assez léger, et

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 3fil

on l'interrompait facilement, soit par du bruit, soit par des questions ; le rapporteur eut la précaution, dans les treizième et quatorzième, de se placer derrière le fauteuil dans lequel il était assis, et là de faire les passes; à la quinzième séance, qui eut lieu le 17 juillet, il continua à le placer , comme il l'avait fait pour la dame Ganot, dans les mêmes circonstances où il le mettait depuis le commencement des expériences; il se plaça de même derrière son fauteuil , et les mêmes phénomènes de somnolence se manifestèrent, bien qu'il ne l'ait point magnétisé. Nous avons dû nécessairement conclure de cette série d'expériences que ces deux femmes et que cet épileptique ont éprouvé les mêmes effets lorsqu'ils étaient magnétisés et lorsqu'ils croyaient l'être, que par conséquent l'imagination a suffi pour produire chez eux des phénomènes qu'avec peu d'attention ou qu'avec de la préoccupation d'esprit on aurait pu attribuer au magnétisme.

Mais nous nous empressons de dire qu'il est plusieurs autres cas et aussi rigoureusement observés, dans lesquels il nous eût été difficile de ne pas admettre le magnétisme comme cause de ces phénomènes ; nous les plaçons dans notre quatrième classe (1).

(1) Le rapporteur tient à prouver avant tout, que la puissance de l'imagination a été telle dans les cas qui viennent d'être cités, que certains individus, croyant être magnétisés, éprouvaient les mêmes effets que s'ils l'eussent êlé réellement.

Mais on peut donc être réellement magnétisé? c'est donc un fait admis? voilà ce que M. Husson perd constamment de vue; il oublie toujours que le rapport doitprécisément prouver cela : singulière préoccupation d'esprit, M. Husson est tellement persuadé de l'existence du magnétisme animal, qu'il a fait là un chapitre tout entierpourprouverqueleseffetsordinairement normalement produits par le magnétisme , peuvent aussi être produits par l'imagination ! Lorsque les autres commissaires étaient parvenus à constater que des faits dits magnétiques avaient été produits par l'imagination , l'ennui ou la monotonie des passes, ils en étaient d'autant moins portés à croire au magnétisme ; mais M. Husson ne raisonne pas commecela ; il semble dire : Voyez quelle est la puissance de l'imagination ! elle va parfois jusqu'à produire des effets semblables à ceux que produit le magnétisme!

Reprenons l'analyse de ces faits : il y a là trois expériences qui paraissent assez bien instituées, voyons quelle en a été l'interprétation, car après tout ce n'est pas pour avoir des faits tels quels que l'académie avait nommé des

§ IV. Effets dépendant très - probablement du magnétisme

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