CONCLUSIONS
Les conclusions du rapport sont la conséquence des observations dont il se compose (1).
1° Le contact des pouces ou des mains; des frictions, ou certains gestes que l'on fait à peu de distance du corps, et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport , ou en d'autres termes, pour transmettre l'action du magnétiseur au magnétisé (2).
2° Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires, puisque dans plusieurs occasions la volonté, la fixité du regard ont suffi pour produire les phénomènes magnétiques même à l'insu des magnétisés (3).
fait, sur la marche philosophique qu'on avait suivie; le tout pour rendre l'académie solidaire de sa croyance à tous ces hauts faits, magnétiques; mais comme une adoption ne pouvait avoir lieu qu'après une discussion , l'académie est restée complètement étrangère aux idées du rapporteur, et sa péroraison a été de nul effet. Au reste nous y reviendrons, après avoir posé de notre côté nos propres conclusions.
(1) Et la conséquence de leur interprétation ; voilà l'erreur de M. Husson ; il croit qu'il suffit de narrer les faits et que les conséquences vont en découler. Mais reste l'interprétation ; en voici la preuve patente dans ces dernières pages; nousavonsadmis, nous, ces observations, telles que les a exposées le rapporteur; nous n'avons révoqué en doute aucun incident; mais la question de causalité, les rapports de cause à effet , voilà ce que M. Husson a toujours interprété magnétiquement, et nous raliorinellement. Il en résulte qu'avec un exposé de faits exacts toutes ses conclusions seront fausses, et ces conclusions sont précisément son œuvre à lui ; il est le raisonneur de la commission ; ses collègues n'ont été là que pour donner de l'authenticité aux faits, pour affirmer que matériellement ils se sont passés comme M. Husson l'a rapporté. En ce sens c'est un excellent rapporteur; mais, quant à l'interprétation, il en a seul la responsabilité; la commission reste étrangère à cette partie de son travail, et bien plus encore l'académie , de sorte que, scientifiquement parlant, il n'a compromis que sa seule personne. Mais voyons ses conclusions.
(2) Voilà ce que les magnétiseurs vous ont dit, et vous l'avez cru; quant à votre renvoi, il indique non les preuves de votre assertion, mais votre description pittoresque des passes.
(3) Nous avons examiné les fondements de cette conclusion, et nous savons qu'elle est établie sur un pourvu que, c'est-à-dire qu'il faut la regarder comme vraie, à moins que (voy. pag.
3° Le magnétisme a agi sur des personnes de sexe cl d'âge différents (4).
4° Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l'action magnétique a varié depuis une demi -heure jusqu'à une minute (2).
5° Le magnétisme n'agit pas en général sur les personnes bien portantes (3).
6° Il n'agit pas non plus sur tous les malades (4).
7° Il se déclare quelquefois pendant qu'on magnétise des effets insignifiants et fugaces que nous n'attribuons pas au magnétisme seul (5), tels qu'un peu d'oppression, de chaleur ou de froid, et quelques autres phénomènes nerveux dont on peut se rendre compte sans l'intervention d'un agent particulier, savoir par l'espérance ou la crainte, la prévention et l'attente d'une chose inconnue et nouvelle, l'ennui qui résulte de la monotonie des gestes, le silence et le repos observés dans les expériences, enfin par l'imagination qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations (6).
8° Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas reproduits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés (7).
(1) Assertion dénuée de preuves.
(2) C'est-à-dire que, dans les scènes arrangées entre les magnétiseurs et les sujets, c'est à partir d'une minute jusqu'à une demi-heure que se sont manifestés les effets appelés par vous magnétiques.
(3) Les personnes bien portantes étaient en général des membres de la commission ; de là nullité des prétendus effets. Quant aux malades, c'étaient les sujets de MM. les magnétiseurs; donc il devait y avoir de prétendus effets.
(4) Ce qui signitieque tous les sujets ne sont pas delà même force.
(5) Ainsi même, dans la production des effets insignifiants et fugaces, il faut, suivant le rapporteur, que le magnétisme ait une part. Tout ce qu'il veut bien accorder, c'est qu'ils ne sont pas produits par le magnétisme seul!
(6) Pourquoi alors vouloir accorder une part au magnétisme, si on peut se rendre compte de ces faits insignifiants et fugaces sans l'intervention d'un agent particulier ?
(7) Et ne se sont pas reproduits sa7is lui ! Tout simplement parce qu'on n'a pas essayé de les reproduire sans lui; quels sont donc ces phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés? Pour les phénomènes physiologiques, le
9° Les effets réels produits parlemagnétigme sont très-variés. Il agite les uns, calme les autres. Le plus ordinairement il cause l'accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs fibrillaires passagers ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l'assoupissement, de la somnolence, et dans un petit nombre de cas ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme (1).
•10° L'existence d'un caractère unique propre à faire reconnaître dans tous les cas la réalité de l'état de somnambulisme n'a pas été constatée (2).
11° Cependant on peut conclure avec certitude que cet état existe quand il donne lieu au développement des facultés nouvelles qui ont été désignées sous les noms de clairvoyance, d'intuition, de prévision intérieure, ou qu'il produit de grands changements dans l'état physiologique, comme l'insensibilité, un accroissement subit et considérable de forces, et que cet effet ne peut être rapporté à une autre cause (3).
rapporteur renvoie à l'histoire du petit garçon qui s'est gratté les oreilles, qui a grogné etpissé chez M. Bourdois ; pour les phénomènes thérapeutiques, il renvoie à l'histoire de Paul, le paralytique qui jeta ses béquilles et se mit à courir !
(1) C'est-à-dire, tous phénomènes ou insignifiants encore, tels que ceux qui appartiennent à la respiration et à la circulation, ou qui pouvaient être simulés ; voilà les effets variés du magnétisme.
(2) Voilà la seule conclusion exacte dans ce rapport; aveu précieux assurément, car il fait écrouler tout ce que le rapporteur a établi sur la réalité du somnambulisme : si en effet il n'y a pas de caractère propre à faire reconnaître la réalité du somnambulisme , il est évident que cet état peut être simulé dans tous les cas; et alors que deviennent toutes les assertions du rapporteur sur la singularité de cet état? Au reste n'oublions pas cette conclusion.
(5) Tout aussitôt voici une conclusion restrictive de la conclusion précédente, il semble que le rapporteur se repent d'avoir fait un semblable aveu; toutefois l'état de somnambulisme ne sera prouvé qu'autant qu'il donnera lieu à certaines facultés, et ces facultés M. Husson annonce qu'il les a reconnues; d'abord c'est la clairvoyance, pour celail renvoie àl'histoire de M. Petit, qui avec les paupières en apparence rapprochées, saisissait à la volée un ou deux mots ou la couleur des cartes; puis c'est l'intuition, et M. le rapporteur renvoie de nouveau à l'histoire du paralytique quisemitàcourir ; puis c'est teprévision, pour laquelle il renvoie au malheureux Cazot, écrasé par un cheval après avoir annoncé sa guérison prochaine; ce sont de grands changements dans l'état physiologique, comme
12° Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception (4).
Aussi dans l'observation de ces phénomènes qui ne se présentent encore que comme des faits isolés qu'on ne peut rattacher à aucune théorie, ce n'estque par l'examen le plus attentif, les précautions les plus sévères, et par des épreuves nombreuses et variées qu'on peut échapper à l'illusion (2).
13° Le sommeil provoqué avec plus ou moins de promptitude, et établi à un degré plus ou moins profond , est un effet réel mais non constant du magnétisme (3).
44° Il nous est démontré qu'il a été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n'ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer (4).
l'insensibilité, et M. Husson renvoie à l'histoire de sa bûche jetée par terre; enfin c'est un accroissement subit et considérable de forces prouvé, suivant le rapporteur, par Paul, qui, en somnambulisme, s'amusait à porter M. Thillaye, et qui affirmait en d'autres temps ne pouvoir soulever M. Foissac. C'est ainsi que M. Husson conclut avec certitude que le somnambulisme a existé pour lui.
(1) C'est là sans contredit une conclusion très-naïve : d'abord il n'y a aucun caractère propreà faire reconnaître que le somnambulisme existe; puis certaines facultés merveilleuses peuvent donner la certitude qu'il existe; puis ce même somnambulisme peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception ! accordez tout cela. Il faudra donc, en l'absence de tout caractère, de tout critérium, il faudra donc attendre l'effet des prévisions, des intuitions, pour avoir la certitude qu'on n'a pas été le jouet du charlatanisme? La vérité dans tout cela , c'est qu'il n'y a en effet aucun caractère , aucune preuve de l'existence de ce prétendu état ; qu'il a toujours pu être simulé dans les histoires de M. Husson, et que partant c'est un moyen de déception tout trouvé pour le charlatanisme.
(2) Voilà sans contredit des préceptes fort sages; mais les exemples, qui s'est chargédeles donner? Est-ce M. Hussonqui s'est entouré deprécautions sévères, lui qui nousa donné des merveilles comme piouvées,ànjotHS<7?<e...?Est-ce lui qui, par des épreuves nombreuses et variées, a dû échapper à C illusion , lui qui nous affirme qu'on doit croire à tout ce qu'il avance, à moins que... (voyez p. 418)?
(3) A l'égard du sommeil, M. Husson n'a oublié qu'une chose, c'est de nous prouver que ce sommeil était réel et non simulé.
(4) Il nous est démontré... Savez-vous comment cela est démontré à M. Husson? par la simple affirmation des intéressés, et rien de plus (voyez
45° Lorsqu'on fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique, on n'a pas toujours besoin de recourir au contact et aux passes pour la magnétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur , sa volonté seule ont sur elle la même influence. On peut non-seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme, et l'en faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes (1).
16° Il s'opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme par l'effet du magnétisme.
a. Quelques-uns au milieu du bruit de conversations confuses n'entendent que la voix de leur magnétiseur; plusieurs répondent d'une manière précise aux questions de celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport leur adressent ; d'autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent (2).
Toutefois il est rare qu'ils entendent ce qui se passe autour d'eux. La plupart du temps ils sont complètement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leur oreille, tel que le retentissement de vases de cuivre vivement frappés près d'eux, la chute d'un meuble, etc. (3).
&. Les yeux sont fermés : les paupières cèdent difficilement aux efforts qu'on fait avec la main pour les ouvrir; cette opération qui n'est pas sans douleur laisse voir le globe de l'œil
p. 418). Car ilfait ici allusion précisément à l'histoire fondée sur le à moins que.
(1) Voilà bien certainement qui est merveilleux : la volonté humaine traverse portes et cloisons, met un homme en somnambulisme à son insu , etc.; eh bien! tout cela tombe si un magnétiseur a pu s'entendre avec un homme sans éducation ; mais, comme il est absolument impossible qu'un magnétiseur s'entende avec un homme sans éducation , il reste démontré pour M. Husson que la volonté, le regard ne sont arrêtés ni par les portes ni par les cloisons.
(2) Pour rester dans le vrai, il fallait dire : tantôt les sujets ne s'entretiennent qu'avec leurs magnétiseurs, tantôt avec toutes les personnes qui les entourent , ce qui est en opposition avec la théorie des magnétiseurs sur leurs prétendus rapports.
(3) M. Husson a voulu ici mettre un certain choix dans les termes , ennoblir ses détails; mais le fait est qu'il s'agit tout simplement d'une bûche qu'il a jetée par terre.
convulsé, et porté vers le haut et quelquefois vers le bas de l'orbite (4).
c. Quelquefois l'odorat est comme anéanti. On peut leur faire respirer l'acide muria tiqué ou l'ammoniaque sans qu'ils en soient incommodés, sans même qu'ils s'en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs (2).
d. La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l'angle des yeux par l'approche d'une plume, leur pincer la peau de manière à l'ecchymoser, la piquer sous l'ongle avec des épingles enfoncées à l' improviste à une assez grande profondeur, sans qu'ils aient témoigné de la douleur, sans qu'ils s'en soient aperçus (3). Enfin on en a vu une qui a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie, et dont ni la figure, ni le pouls, ni la respiration n'ont pas dénoté la plus légère émotion (4).
17° Le magnétisme a la même intensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de six pouces ;
(1) Toutes conditions qu'il est très-facile de simuler; mais M. Husson n'y a pas même songé.
(2) De sorte que rien n'est plus commode. Si les sujets ne font aucun mouvement d'inspiration, c'est que l'odorat est anéanti ; s'ils font un mouvement d'inspiration , s'ils ne peuvent résister aux effets de l'ammoniaque, c'est que l'odorat n'est pas anéanti pour le moment, ce qui n'empêche pas qu'ils ne soient en somnambulisme.
(3) Nous en demandons bien pardon au rapporteur , mais ici il s'écarte des faits; nous nous sommes empressés de remonter aux observations par lui indiquées, et nousn'avons pas vu qu'on ait fait ce qu'il dit ici. On n'a pas enfoncé d'épingles sous les ongles, on a fait une simple piqûre à Cazot entre le pouce et Findex de la main droite, on lui a piqué le lobe de l'oreille, ce qui est bien différent. M. Husson devrait bien ne pas faire dire à ses observations plus qu'elles ne disent ; ses conclusions ne sont plus des conclusions, ce sont des résumés, mais au moins que ces résumés soient exacts.
(1) Conclusion déduite d'une observation complètement étrangère à la commission; pas un membre de la commission n'en a été témoin. II est bien vrai que d'après le rapporteur celte observation serait une propriété de l'académie ; mais nous renvoyons cette propriété à qui de droit, c'est-à-dire aux magnétiseurs.
et les phénomènes qu'il développe sont les mêmes dans les deux cas (1).
18° L'action à distance ne paraît pouvoir s'exercer avec succès que sur des individus qui ont été déjà soumis au magnétisme (2).
19° Nous n'avons pas vu qu'une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme. Ce n'a été quelquefois qu'à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s'est déclaré (3).
20° Nous avons constamment vu le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l'état de somnambulisme (4).
21° Pendant qu'ils sont en somnambulisme, les magnétisés que nous avons observés conservent l'exercice des facultés qu'ils ont pendant la veille. Leur mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, puisqu'ils se souviennent de ce qui s'est passé pendant tout le temps et toutes les fois qu'ils ont été en somnambulisme (5).
22° A leur réveil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l'état de somnambulisme, et ne s'en ressou-
(1) Pour vérifier l'exactitude de cette conclusion, nous nous reportons bien vite aux renvois de M. Husson ; mais quel n'est pas notre désappointement en retrouvant encore l'incident de Cazot, incident dont la réalité est incontestable , à moins que... ce qui nous ferme la bouche.
(2) Répétition de ce qui a été dit dans la quinzième conclusion.
(5) Par une cause toute simple , c'est que le somnambulisme demande une certaine éducation; quant au sommeil, il ne peut guère se déclarer qu'après quelques séances d'ennui et de lassitude.
(4) Ceci n'est pas du tout mentionné dans les observations; les sujets ont souvent été interpellés dès qu'ils ont paru dormir ; les uns ont alors répondu ou par signes ou par phrases (style du rapporteur). Quant à la terminaison , on les a souvent réveillés au beau milieu des colloques , en leur frottant circutairemcnl les yeux.
(5) Il n'y avait rien de bien difficile à se rappeler ce qui s'était fait à peu de jours de distance, et ce qui s'était passé pendant une heure ou deux; cependant il y aurait une exception pour Paul , qui fut pendant huit jours un dormeur éveillé, et qui ne sortit de cet état que le Ie* janvier pour rendre ses devoirs à ses amis.
venir jamais. Nous ne pouvons avoir à cet égard d'autre garantie que leurs déclarations (1).
23° Les forces musculaires des somnambules sont quel quefois engourdies et paralysées. D'autres fois les mouvements ne sont que gênés, et les somnambules marchent ou chancellent à la manière des hommes ivres, et sans éviter, quelquefois aussi en évitant les obstacles qu'ils rencontrent sur leur passage. Il y a des somnambules qui conservent intact l'exercice de leurs mouvements; on en voit même qui sont plus forts et plus agiles que dans l'état de veille (2).
24° Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l'on a placés devant eux; ils ont désigné sans les toucher la couleur et la valeur des cartes, ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l'on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu'avec les doigts on fermait exactement l'ouverture des paupières (3).
25° Nous avons rencontré chez deux somnambules la faculté de prévoir des actes de l'organisme plus ou moins éloignés, plus
(1) A la bonne heure ! pourquoi M. Husson n'a-t-il pas toujours raisonné et conclu de cette manière, nous aurions toujours été d'accord. S'il avait fait partout une part aussi judicieuse aux déclarations des magnétisés et des magnétiseurs, son rapport eût été parfait. Après tout il faut être juste, il a toujours indiqué ses garanties; même lorsque n'ayant pas osé faire ce qu'il appelle injure aux magnétiseurs, il nous a dit : « Vous devez me croire, à moins que...» c'était indiquer sa garantie.
(2) Répétition de ce qui a été dit plus haut; il paraît que M. le rapporteur tient à multiplier ses conclusions; quoi qu'il en soit, il y a plusieurs sortes de somnambules : les uns, et ce sont ceux qui tiennent les yeux à peu près fermés , marchent, chancellent, évitent ou n'évitent pas les obstacles qu'ils rencontrent sur leur passage, ce qui se conçoit parfaitement; ils jouent au colinmaillard ; les autres , et ce sont ceux qui ont les yeux tout grands ouverts , ceux qui comme Paul doivent rester une douzaine de jours endormis; oh! ceux-ci conservent en effet l'exercice de tous leurs mouvements , ils sont forts et agiles, ils ont bon appétit; témoin le petit garçon de M. de Puységur qui se régalait de gâteaux aux Champs-Elysées et qui jouait avec les enfants de la portière; témoin Paul, qui se promenait avec M. Foissac , reconnaissait ses voisins à l'hôpital, faisait pirouetter M. Thillaye sur lui-même, etc., etc.
(5) Répétition de ce qui a été dit dans la conclusion 11, sous le titre de clairvoyance.
ou moins compliqués. L'un d'eux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d'avance, le jour, l'heure et la minute de l'invasion et du retour d'accès épileptiques. L'autre a indiqué l'époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s'appliquer qu'à des actes ou des lésions de leur organisme (1).
26° Nous n'avons rencontré qu'une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l'avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre (2).
27° Pour établir avec quelque justesse les rapports du magnétisme avec la thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un grand nombre d'individus, et avoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes malades. Cela n'ayant pas eu lieu , la commission a dû se borner à dire ce qu'elle a vu dans un trop petit nombre de cas pour oser rien prononcer (3).
28° Quelques-uns des malades magnétisés n'ont ressenti aucun bien. D'autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, savoir : l'un, la suspension de douleurs habituelles (4);
(1) Il ne manque que peu de mots à cette conclusion ; il fallait ajouter : Elles ne nous ont paru s'appliquer qu'à des actes qui pouvaient être simulés.
(2) C'est bien fâcheux , car des trois personnes dont les maladies ont été indiquées, deux pouvaient avoir eu antérieurement des rapports avec les intéressés; la troisième, c'est-à-dire M. Marc, avait été déclarée atteinte d'une petite toux et d'une chose qui gênait le passage des aliments ! ce qui est très-précis et très-concluant.
(5) Comment! mais M. Husson a été ici d'une réserve inconcevable; une somnambule, MUe Céline, s'est montrée aussi forte que Dupuytren en thérapeutique;elle s'est rencontrée avec ce grand chirurgien d'une mamèresurprenante. Dupuytren avait prescrit l'usage du lait d'une chèvre frictionnée avec l'onguent mercuriel ; MUe Céline , après huit minutes d'indagaiion , prescrit positivement le même agent thérapeutique; elle prescrit, comme Dupuytren, le lait d'une chèvre qu'on aura frictionnée avec l'onguent mercuriel , et M. Husson dit qu'il n'ose rien prononcer ! D'où vient cela ? est-ce à cause des marques d'incrédulité de l'académie?
(4) Pour fini, le rapporteur renvoie à l'observation de M. Itard; mais il y a ici une inexactitude; chez M. Itard, il y a eu tantôt disparition des douleurs et tantôt apparition de ces mêmes douleurs.
l'autre, le retour des forces ; un troisième, un retard de plu sieurs mois dans l'apparition des accès épileptiques (1), et un quatrième, la guérison complète d'une paralysie grave et ancienne (2).
29° Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales (3); et par conséquent, les médecins seuls devraient en faire ou surveiller l'emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord (4).
30° La commission n'a pas pu vérifier , parce qu'elle n'en a a pas eu l'occasion, d'autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé, exister chez les somnambules (5)-, mais elle
(1) Pour l'autre, le rapporteur renvoie à l'histoire du premier épileptique; or dans le récit de cette histoire le rapporteur n'avait pas voulu tenir compte du retard dans les crises , il s'est même servi de ces expressions : Nous ne dirons pas, etc. Ici il se ravise, il lui semble que le fait mérite une conclusion.
(2) Quant à cette guérison unique, nous savons, nous, à quoi nous en tenir, puisqu'il s'agit de Paul , jeune homme admis à la Charité, déjà à peu près guéri et qui par prudence, outre le magnétisme, se faisait continuer l'usage delà noix vomique pour dissiper le reste de son mal.
(5) Dans le cadre des connaissances médicales î Mais M. Husson fait tort au magnétisme, puisque , suivant ses expressions, les magnétisés voient leur mal , contemplent à loisir et l'intérieur de leurs propres organes, et l'intérieur des organes de ceux qui les consultent, en huit minutes (voyez l'histoire de Mlle Céline). Il ne fallait pas dire dans le cadre, car vraiment il n'y a plus de cadre, le magnétisme dispense de tout cela. Un cadre! M. Husson n'y pense pas ; il n'y a plus d'analomie , il n'y a plus de pharmacologie ; à quoi bon toutes ces connaissances avec des somnambules aussi parfaites. Donc il ne fallait pas dire : Le magnétisme doit trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales ; mais tout simplement : Le magnétisme doit tenir place, doit tenir lieu de toutes les connaissaiices médicales.
(4) Mais pourquoi les médecins seuls ? pourquoi ce monopole que rien ne justifie? le magnétisme nedispense-t-ilpasde toutes les connaissances médicales? n'en démontre-t-il pas la complète inutilité? et alors qu'est-il besoin de médecins? Voyez les maîtres de fart, les de Puységur, les Deleuze; étaient-ils des médecins? non assurément. Et Mesmer, n'était-ce pas un médecin fort ignorant ? eh bien! e'est pour cela qu'il s'est élevé si haut en l'aitde magnétisme.
(5) M. Husson est modeste; son contingent est déjà assez respectable : un regard, une volonté qui franchit les espaces , qui passe à travers les portes et
communique des faits assez importants clans son rapport pour qu'elle pense que l'académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme, comme une branche très - curieuse de psychologie et d'histoire naturelle (1).
Arrivée au terme de ses travaux, avant de clore ce rapport, la commission s'est demandé si dans les précautions qu'elle a multipliées autour d'elle pour éviter toute surprise, si dans le sentiment de constante défiance avec lequel elle a toujours procédé, si dans l'examen des phénomènes qu'elle a observés elle a rempli scrupuleusement son mandat. Quelle autre marche, nous sommes-nous dit, aurions-nous pu suivre? quels moyens plus certains aurions-nous pu prendre ? de quelle méfiance plus marquée et plus discrète aurions -nous pu nous pénétrer ? Notre conscience, messieurs, nous a répondu hautement que vous ne pouviez rien attendre de nous que nous n'ayons fait. Ensuite avons -nous été des observateurs probes, exacts, fidèles ? C'est à vous qui nous connaissez depuis longues années, c'est à vous qui nous voyez constamment près de vous, soit dans le monde, soit dans nos fréquentes assemblées, de répondre à cette question? Votre réponse, messieurs, nous l'attendons de la vieille amitié de quelques-uns d'entre vous, et de l'estime de tous (2).
les cloisons, une indagation (c'est son mot) qui a lieu jusque dans l'estomac de M. Marc ! une prévision à l'heure , à la minute (temps vrai) , une thérapeutique infaillible, une lecture sans le secours des yeux, etc., etc. Quelles autres facultés aurait donc pu vérifier la commission ?
(1) Toujours la même inadvertance de la part de M. Husson ; encore un coup, le magnétisme , tel qu'il le comprend lui-même , ne saurait être considéré comme une branche; c'est le tronc, c'est la souche de toutes les connaissances humaines. Qu'est-ce que M. Husson vient ici nous parler de psychologie et d'histoire naturelle? Nous l'avons dit, le magnétisme dispense de tout cela ; la preuve en est, et on l'a vu plus d'une fois dans ce rapport, que ce sont les hommes les plus ignorants, les hommes privés de toute éducation (ceux avec lesquels par conséquent les magnétiseurs ne peuvent s'entendre) qui excellent en psychologie et en histoire naturelle dès qu'ils tombent en somnambulisme.
(2) Voilà la péroraison dont nous avons parlé ; elle mérite un examen définitif. Disons d'abord que des médecins, des savants investi* delà confiance de leurs collègues et chargés de procéder à la vérification de certains faits, ne doi-
Certes, nous n'osons nous flatter de vous faire partager entièrement notre conviction sur la réalité des phénomènes que nous avons observés, et que vous n'avez ni vus, ni suivis, ni étudiés avec et comme nous.
vent pas, quand est venu le jour de rendre leurs comptes, faire de leur mission une affaire de sentiment, mais bien une affaire de logique, une affaire de raisonnement, telle enfin que de savants à savants; donc, quand le rapporteur donne lecture du fruit de ses élucubrations, il ne doit pas en appeler à l'amitié de tels ou tels de ses collègues , mais bien à la sagacité de l'assemblée entière. Malheureusement , M. Husson ne paraît pas avoir compris cela, et ici comme dans le corps de son travail , de son rapport, il a pris plaisir à confondre la question de probité et d'honneur avec la question de raisonnement et de sagacité. Ce qui le prouve, c'est la nature des questions que le rapporteur finit par poser ici à l'académie , au nom de la commission ; non pas qu'il s'identifie avec cette commission, mais bien parce qu'il l'identifie avec lui-même, parce qu'à toute force il veut la rendre solidaire de toutes ses croyances. Ainsi aurait-il voulu faire pour l'académie. Mais l'entreprise était au-dessus de ses forces ; la meilleure preuve, c'est qu'il a refusé la discussion.
Mais revenons ici aux questions posées par le rapporteur; ces questions sont importantes. Si la discussion avait eu lieu, on y aurait répondu assurément; mais nous allons nous en charger, ce sera la clôture de notre discussion avec le rapporteur, sur ce sujet du moins, car bientôt nous en aurons une autre.
Nous ferons succéder nos réponses à chacune des questions faites par M. Husson, et elles seront catégoriques.
D. La commission a-t-elle scrupuleusement rempli son mandat sous le triple rapport des précautions à prendre, des sentiments de défiance nécessaires et de l'examen des phénomènes ?
R. Oui, la commission a scrupuleusement rempli son mandat sous le rapport de Vexamen des phénomènes. Non , elle ne l'a pas rempli sous le rapport des précautions à prendre et des sentiments de défiance dont elle aurait dû se pénétrer, puisque, sous ces rapports, elle a été arrêtée par la crainte de faire injure aux magnétiseurs et aux magnétisés (voyez p. 418) , et qu'elle a préféré s'en rapporter à leur bonne foi.
D. Quelle autre marche aurait pu suivre la commission ?
R. Elle aurait dû rechercher, dans Y appréciation des faits, 1° ceux qui rentrent dans la classe des phénomènes physiologiques dont la cause est connue; 2° ceux qui résultent de certains états morbides; 3° se demander, pour les autres, si toute supercherie avait été physiquement impossible.
D. La commission aurait-elle pu prendre des moyens plus certains que ceux qu'elle a pris?
R. Oui , car tous les moyens qu'elle a pris étaient fondés sur la bonne foi
Nous ne réclamons donc pas de vous une croyance aveugle à tout ce que nous vous avons rapporté. Nous concevons qu'une
supposée des intéressés, c'est-à-dire des magnétiseurs et des magnétisés.
D. La commission aurait-elle pu se pénétrer d'une méfiance plus marquée et plus discrète?
R. Non , car l'une de ces conditions exclut l'autre ; toute méfiance qui devient marquée est indiscrète; il en résulte que la discrétion que les commissaires ont accordée aux magnétiseurs et aux magnétisés les a empêchés de marquer de la défiance , c'est-à-dire de prendre des mesures efficaces , puisque celles-ci auraient été indiscrètes.
Comme, dans la forme du moins , le rapporteur n'avait pas adressé ces questions à l'académie, mais bien à lui-même, voici ce que sa conscience, dit-il, a réponds hautement : Tout ce que l'académie pouvait attendre des commissaires ils l'ont fait! Mais d'abord ce n'est pas sa conscience qui aurait dû faire les réponses, il ne s'agissait pas d'un cas de conscience, mais bien d'un cas de judiciaire, donc c'est le jugement qui aurait dû faire les réponses; quanta nous, n'hésitons pas à le dire, les commissaires ont fait, consciencieusement parlant, tout ce qu'on pouvait attendre d'hommes probes et honorables; mais logiquement parlant, ils n'ont pas rempli le mandat que l'académie leur avait imposé, ils n'ont pas fait ce qu'on devait attendre d'hommes défiants, sévères et rigoureux.
Si l'académie s'était prononcée, nous ne parlerions pas ainsi; mais nous sommes en droit de dire cela à la commission , car la discussion sur son rapport restera libre et ouverte, jusqu'à ce que l'académie l'ait fermée par un vote; et c'est ce que ne veut pas M. Husson!
Passons maintenant aux dernières questions adressées par le rapporteur à l'académie, et répétons que nous sommes dans notre droit en y répondant; caren ne souffrant pas que l'académie y réponde, le rapporteur a donné cedroit à tout le monde.
D. Les commissaires ont-ils été probes, exacts , fidèles?
R. Probes; oui. C'est ce que répondront ceux qui les connaissent depuis longues années (style du rapporteur), et ceux qui les voient constamment près d'eux, soit dans le monde, soit dans les fréquentes assemblées de l'académie : cette réponse, ils doivent l'attendre de la vieille amitié de quelques-uns et de l'estime de tous.
Fidèles; à quoi? diront ceux qui les connaissent et ceux qui ne les connaissent pas : si c'est à l' honneur, oui , ajouteront ceux qui les connaissent; si c'est au raisonnement , non , ajouteront ceux qui ont lu le rapport de M. Husson.
Exacts; non, répondront ceux qui les connaissent et ceux qui ne les connaissent pas , ceux qui les voient dans le monde et ceux qui ne les voient qu'à l'académie, ceux qui les aiment et ceux qui les estiment, c'est-à-dire tous ; car on n'est pas exact, quand on se borne à constater l'authenticité de tels ou tels effets , et quand on s'en rapporte aux magnétiseurs et aux magnétisés pour tout ce qui tient à l'explication de ces mêmes effets.
grande partie de ces faits sont si extraordinaires que vous ne pouvez pas nous l'accorder. Peut-être nous-mêmes oserionsnous vous refuser la nôtre, si changeant de rôle vous veniez les annoncer à cette tribune, à nous qui, comme vous aujourd'hui, n'aurions rien vu, rien observé, rien étudié, rien suivi.
Nous demandons seulement que vous nous jugiez comme nous vous jugerions, c'est-à-dire que vous demeuriez bien convaincus que ni l'amour du merveilleux, ni le désir de la célébrité, ni un intérêt quelconque ne nous ont guidés dans nos travaux. Nous étions animés par des motifs plus élevés, plus clignes de vous, par l'amour de la science et par le besoin de justifier les espérances que vous aviez conçues de notre zèle et de notre dévouement.
Signé : Bourdois de la Motte , président; Fouquier, Gueneau de Mussy, Guersant, Husson, Itard, J.-J. Leroux , Marc, Thillaye.
Séances des 21 et 28 juin 1851.
réflexions.
Le voilà terminé ce rapport qui fait la joie et l'orgueil des magnétiseurs, rapport tout à fait individuel, qui ne renferme que les opinions personnelles de M. Husson; car, nous l'avons dit en commençant, si les faits qu'il expose ont pour garant la sincérité bien connue des membres de la commission, si le matériel en quelque sorte de ces faits est attesté par eux, leur interprétation appartient exclusivement au rapporteur; la commission y est étrangère, et encore plus l'académie.
Croirait-on cependant qu'un magnétiseur qui depuis a publié une compilation dont les épreuves ont été soumises à M. Husson, a osé, après avoir donné ce rapport, et après avoir dit comment le rapporteur s'est refusé à toute discussion, croirait-on qu'il a osé dire en propres termes : Ce rapport doit donc