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Histoire administrative (1789-1815)

J’ai commencé ce travail avec l’espérance de remplir un devoir de famille, et je le termine avec l’assurance d’avoir fait une bonne action. Depuis bien des années, j’avais à cœur de donner à la petite-fille de Frochot, à ma sœur, un témoignage de mon tendre attachement. Je regarde maintenant comme un honneur d’avoir rendu hommage aux talents et à la probité d’un éminent citoyen.

De tous les genres littéraires, la biographie paraît un des plus faciles. On se figure qu’il suffit de raconter avec intelligence et fidélité, et l’on oublie souvent d’approprier au récit les qualités de celui qu’on veut juger. C’est pourtant dans l’accord du style et de la composition avec la nature du sujet et le caractère du personnage qu’on trouve cette harmonie supérieure qui donne à un tableau le reflet de la vie. J’ai donc essayé de faire prévaloir dans cette étude la sincérité et la simplicité, qui

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étaient le caractère même de Frochot; l’ordre et la justice, qui sont les qualités essentielles d’un grand administrateur.

Ce livre n’est pas uniquement une biographie. La fortune a poussé Frochot dans les assemblées au moment où l’organisation administrative allait être renouvelée par les lois, et l’a ramené dans la pratique des affaires aussitôt que les lois ont été votées. En le suivant de l’Assemblée constituante au Directoire de la Côte-d’Or, du Corps législatif de l’an Yïll à la préfecture de la Seine, on assiste au laborieux enfantement de l’administration française. Je n’ai rien négligé pour développer ce point de vue général et en faire ressortir l’importance et l’étendue.

Peut-être le lecteur trouvera-t-il quelque agrément dans cet ouvrage : je ne désespère pas qu’il y trouve quelque profit. D’un bout à l’autre, je l’ai composé, je l’ai rédigé sur des documents inédits, sur des papiers de famille, sur des pièces d’archives. Puisse-t-il paraître et demeurer, comme un témoin impartial et nouveau de la crise extraordinaire qui, sous le nom de Révolution française , transforma nos institutions! Puisse-t-il rapprocher dans l’estime publique les noms et les services de Mollien et de Frochot et prendre place dans la bibliothèque de quelques bons juges, auprès des Mémoires d'un ministre du Trésor !

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Six années se sont écoulées depuis le jour où j’ai publié ce travail. M. Sainte-Beuve dans le Moniteur universel M. Léon Say dans le Journal des Débats , M. Lavollée dans la Revue des Deux- Mondes , M. Levasseur dans le Journal des Economistes, et plusieurs autres écrivains l’ont traité tour à tour avec une indulgence qui a justifié et récompensé mes efforts.

Chacun s’est plu à reconnaître que la vie de Frochot offrait un intérêt inattendu et le cadre tout naturel d’une grande étude administrative. Les uns ont bien voulu remarquer la partie consacrée aux travaux de Frochot, membre de l’Assemblée constituante, et à ses relations avec Mirabeau; ils ont noté beaucoup de détails nouveaux et la mise en œuvre de pièces importantes et inédites. Les autres ont fait ressortir l’enseignement qu’on peut tirer du tableau de la Terreur et du Directoire dans le département de la Côte-d’Or, tableau dont j’ai recueilli avec beaucoup de soin et de peine les moindres traits et qui représente l’état de nos provinces sous un aspect que n’offrent pas les histoires parlementaires de la Révolution. Tous se sont naturellement arrêtés sur l’histoire de l’administration de la ville de Paris

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depuis 1800 jusqu’à 1812, et tous ont rendu pleine justice à l’œuvre véritablement originale et féconde du premier préfet de la Seine.

Le douloureux spectacle des désastres que nous avons subis et des révolutions que nous traversons a confirmé les bienveillantes appréciations de mes juges, et ramené l’attention publique sur des questions qui paraissaient résolues et sur des situations qui ne semblaient plus devoir renaître.

C’est déjà quelque chose pour un livre que d’entrer même indirectement dans les préoccupations et les problèmes du temps présent : mais, je l’avoue, ce n’est point cette seule raison qui me porte à en donner une seconde édition. J’aurais ajourné l’espérance de ramener de nouveaux lecteurs vers un sujet aussi grave, si des événements imprévus n’avaient donné à ce travail un prix irrécusable. La destruction des archives municipales rend désormais impossible toute vérification, toute recherche, toute étude sur l’administration de la ville de Paris pendant le Consulat et le premier Empire. Personne ne pourra plus consulter les cartons si bien classés des archives municipales ; personne ne pourra plus étudier et résumer la correspondance, les mémoires, les arrêtés du Préfet de la Seine, les procès-verbaux des commissions et des conseils généraux et municipaux. Le feu a tout dévoré.

En voyant des hauteurs de Saint-Cloud d’im-

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menses incendies s’allumer et s’étendre sur Paris tout entier, je cherchais avec angoisse dans les tourbillons de flamme et de fumée la place de ces bibliothèques , de ces musées , de ces archives où j’avais passé les meilleures heures de ma jeunesse, et je leur envoyais un dernier adieu ! Je ne songeais pas alors que cet adieu s’adressait à ces archives municipales dont j’avais été si longtemps l’hôte reconnaissant et qui, séparées de l’Hôtel de ville, placées dans un bâtiment spécial, paraissaient devoir échapper à la fureur des barbares. Comme les archives de la cour des comptes, comme les archives du ministère des finances, les archives de la ville ont disparu, emportant avec elles l’histoire et les secrets de l’administration contemporaine. Puisque la Providence m’a permis d’en sauver une petite part, qu’il me soit permis de la mettre tout à fait à l’abri et de consacrer par une publicité nouvelle des faits authentiques, des renseignements précis et d’honorables souvenirs !

J’offre donc à mes amis, au lecteur curieux des choses du passé, à ceux qui lisent encore et veulent lire, une nouvelle édition d’un ouvrage auquel les événements se sont chargés de donner de la valeur, et qui a gagné à l’épreuve du temps et de la critique son brevet d’utilité.

Cette édition est ornée de deux gravures représentant deux dessins inédits de Prudhon. Le pre—

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inier est l’esquisse du portrait deFrochot: le second est le dessin d’une médaille qui devait être frappée lors de la paix d’Amiens.

Frochot était l’ami, le protecteur, le compatriote de Prudhon. Le souvenir de l’un est lié aux plus beaux ouvrages de l’autre ; il convenait d’en donner ici le témoignage.

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FROCHOT

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