‹ Histoire admirable de la bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 111 sur 117 · LE TABLEAU DE LA GLOIRE DE JEANNE D APC A SAINT-PIERRE DE ROME · texte numérisé non relu

LE TABLEAU DE LA GLOIRE DE JEANNE D APC A SAINT-PIERRE DE ROME

Les procédures supplémentaires étaient relatives à trois guérisons obtenues dans les diocèses d'Arras, d'Evreux et d'Orléans. Après avoir longuement débattu les faits soumis à leur compétence, les avocats et les médecins désignés par le postulateur se déclarèrent satisfaits du résultat de leurs observations.

Le 21 novembre 1905, le tribunal de la Rote s'étant prononcé sur le caractère de validité des dossiers qu'on venait de lui présenter, ceux-ci turent régulièrement transmis à la Congrégation des Rites. Les trois assises successives exigées par le droit ecclésiastique furent tenues et clôturées chacune par un vote favorable.

On publia donc le décret sur les miracles de la vénérable Jeanne. Nous y lisons notamment :

Le premier miracle par ordre de présentation eut lieu dans la maison d'Orléans des Sieurs de l'Ordre de Saint-Benoit, en 1900. La Sœur Thérèse de Saint-Augustin, qui souffrait depuis trois ans d'un ulcère à l'estomac, avait vu son mal faire de tels progrès que, avant perdu tout espoir de guérison, elle s'apprêtait à recevoir les derniers sacrements des mourants. Mais voici que le dernier jour d'une neuvaine faite pour implorer le secours delà vénérable Jeanne d'Arc, elle se lève de son lit, assiste au Saint Sacrifice de la Messe, absorbe sans difficulté de la nourriture et reprend ses anciennes occupations, ayant été subitement et complètement guérie.

Le second miracle arriva en i8q3, dans la petite ville de Faverolles. Julie Gauthier de Saint- Norbert, de la Congrégation de la divine Providence d'Evreux, souffrait depuis l'âge de dix ans d'un ulcère spongieux éréthistique incurable au sein gauche. Tourmentée d'indicibles douleurs et ayant perdu, au bout de quinze ans, tout espoir de guérison, soutenue par huit jeunes filles, elle s'avance péniblement jusqu'à l'église pour implorer le secours de la vénérable Jeanne d'Arc. Elle l'implore, et le jour même elle se sent radicalement et complètement guérie, à la stupéfaction des médecins et des autres personnes présentes.

C'est la Sœur Jeanne-Marie Sagnier, de la Congrégation de la Sainte-Famille, qui fut l'objet du troisième miracle, dans la petite ville de Fruges, en 1891. Depuis trois ans déjà, elle souffrait de douleurs intolérables dans les deux jambes, des ulcères et des abcès s'étant produits, qui augmentaient tous les jours, et les médecins n'y pouvant rien avaient diagnostiqué une ostéo-périostite chronique tuberculeuse. Mais la bienheureuse Jeanne d'Arc, invoquée, apporta un secours inespéré, le cinquième jour des prières faites à cette intention, et ce jour-là la malade se leva soudainement et parfaitement guérie.

La proclamation de ce décret, retardée de quelques jours par une légère indisposition du Souverain Pontife, fut fixée au IIIe dimanche de l'Avent, i3 décembre 1908. Dans la salle du Consistoire, remplie de cardinaux, de prélats, de dignitaires ecclésiastiques et de laïques éminents, Mer l'évèque d'Orléans adressa au Saint-Père le remerciement d'usage.

Cependant, la cause de Jeanne avançait rapidement.

Le dernier décret, dit de tuto, et déclarant qu'on pouvait sans crainte procéder à la béatification, fut lu le 21 janvier 1909.

Le cycle de la procédure ecclésiastique étant ainsi parcouru, la cérémonie de la béatification de Jeanne d'Arc, si impatiemment attendue, fut fixée au dimanche de Quasimodo, 18 avril 1909.

A cette nouvelle la France tressaillit, et, par un mouvement spontané, se tourna vers

Rome (M. Quarante mille Français étaient présents, avec les cardinaux, les archevêques et les évêques de France, les Supérieurs généraux d'Ordres religieux, les présidents de nos grandes œuvres catholiques, les membres de la famille de Jeanne d'Arc, le duc d'Alençon, de la maison de France, des officiers, des magistrats, des membres du Parlement, en un mot, l'élite de la nation. Mais, hélas! ses représentants officiels n'y parurent point !

La journée du [8 avril demeurera inoubliable pour ceux qui l'ont vécue à Rome !

La cérémonie du matin eut lieu à 9 h. 1 2. File débuta par la proclamation du Bref résumant la vie de Jeanne d'Arc, décernant à Jeanne l'auréole des bienheureux et permettant au diocèse d'Orléans de célébrer sa messe et son office.

Après la lecture, S. G. AU'1' Touchet entonna le Te Dcum. Au même moment, le voile cachant l'image auréolée de Jeanne tomba, et les rayons d'or qui l'entouraient s'allumèrent de mille feux. L'impression fut intense. Les larmes jaillirent des yeux et une ardente prière pour la France monta de tous les cœurs.

Le soir, les pèlerins remplissaient de nouveau la basilique. Pie X y vint avec la cour pontificale prier la nouvelle Bienheureuse.

Le lendemain i<) avril, le Pape reçut dans ses appartements les principaux artisans de la béatification. Puis Sa Sainteté descendit à Saint-Pierre pour l'audience des pèlerins français.

Porté sur la Sedia gestaloria. le Pontife traversa la foule et s'arrêta au trône élevé contre la Confession de Saint-Pierre. IVU1' Touchet prononça un admirable discours dans lequel il affirmait la foi de la France et son invincible attachement à Rome.

Le Saint-Père, par une délicate attention, répondit en français.

Pendant hommage à l'énergie avec laquelle évêques, prêtres et fidèles de France supportent la persécution et ses pénibles conséquences, il fit remarquer que ce douloureux état de choses ne diminue en rien leur patriotisme. 11 rappela que les intérêts de la France sont indissolublement unis à ceux de l'Eglise.

Nous Nous réjouissons, dit-il. Nous Nous réjouissons avec vous, catholiques bien-aimés de la France, qui, faisant écho à l'oracle de l'Eglise, combattez sous la bannière de la vraie patriote Jeanne d".\re, où il vous semble voir écrits ees deux mots : Religion et Patrie!

Puis le Saint-Père, ayant béni les pèlerins, reprit place sur la Sedia. Le porteenseigne du groupe Orléanais de la Jeunesse catholique, au passage du Pape, inclina devant lui le drapeau français. Ft Pie X, saisissant l'étendard aux trois couleurs, le baisa longuement.

Des applaudissements éclatèrent, pendant qu'une indicible émotion taisait battre le cœur des milliers de pèlerins.

1 'est au moment des travaux préparatoires à la Béatification et même durant mon séjour a Rome que j'ai composé ce nouveau récit de la vie de Jeanne d'Arc, extrait souvent de la Grande Histoire illustrée. Au milieu de tant d'occupations, je n'ai pu parvenir à mener à bonne fin cette longue tâche que ,^ràce au dévouement et au zèle intelligent de M. l'abbé Jules Gerrebout, qui m'a servi de secrétaire jusqu'à l'achèvement de ce travail et à qui j'adresse ici mes remerciements les plus vifs.

MARTYRISEE ET GLORIFIEE

Jeanne d'Arc est béatifiée. Les Français peuvent donc maintenant élever des autels à leur Libératrice ; et c'est légitimement qu'ils attendent d'elle le salut de leur nation, car Notre Saint-Père le Pape, en proposant la Bienheureuse à leur culte, n'a pas hésité à déclarer qu'il mettait en elle l'espoir d'un prochain et complet triomphe de l'Église de France.

Pour arriver à ce résultat, il faut connaître la vie de Jeanne, il faut imiter son geste.

Les moyens mis en œuvre par l'Envoyée de Dieu n'ont rien perdu de leur efficacité providentielle. En tête de ces salutaires enseignements vient la prière, supplication confiante et vive que rien n'arrête jusqu'à ce qu'elle ait touché lecœurdu Père céleste; non seulement la prière privée, mais celle aussi qui se fait en public et surtout dans les cérémonies officielles du culte.

La correction des mœurs ordonnée par le Décalogue, telle que la vierge inspirée la demandait aux soldats comme au peuple, est, avec la prière, absolument nécessaire pour apaiser le ciel irrité par nos crimes.

Aux puissants de ce monde et aux classes dirigeantes, la Pucelle prescrit, au nom de Dieu, l'oubli de tout ce qui les divise, afin qu'unis dans un même dévouement tous consacrent leurs forces à la défense de la commune patrie.

Le devoir des prêtres est. selon la recommandation de la sainte jeune fille, de remplir avec zèle leur ministère, d'amener les fidèles à la fréquentation des sacrements. Ils doivent prêcher les bienfaits du pardon du Sauveur et les avantages précieux de la sainte Eucharistie, nourriture surnaturelle offerte chaque jour par la Sainte Église, aliment indispensable à ceux qui veulent se dévouer et peiner pour le relèvement de leur pays.

Les âmes généreuses qui useront de ces puissants moyens deviendront ainsi le bataillon sacré, espoir du pays. Comme Jeanne, elles reconnaîtront et proclameront la royauté du Christ sur la France et sur le monde.

Lorsque le recrutement de cette troupe d'élite s'achèvera, l'heure de la victoire ne tardera pas à sonner.

Jamais, nous le savons, la guerrière intrépide ne regarda le nombre de ses soldats :

— Ils sont toujours assez, disait-elle, s'ils combattent sans faiblir et en s'appuyant sur Dieu !

Verrons-nous bientôt la formation de cette armée libératrice? Celle-ci, guidée, entraînée par son invincible protectrice, marchant à de rapides conquêtes, nous donnera-t-elle, avant le cinq-centième anniversaire de la naissance de la Pucelle. le merveilleux spectacle de la réalisation du plan divin inspiré à la vierge de Domremv?

Quel bonheur sans égal si nous pouvions chanter ce jour-là — le 6 janvier 1912 — le Te Deum d'actions de grâces pour la nation délivrée par son retour au Christ, et terminer l'hymne d'allégresse par cette invocation qui. de nos cœurs, aspire à passer sur nos lèvres: « Sainte Jeanne d'Arc, patronne de la France, priez pour nous! «

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