CHAPITRE XX
CINQ WM.I.s U ETUDES A ROME — FECONDS RESULTATS POUR I. HISTOIRE DE LA PUCELLE — M. HERTZOG, POSTULATEUR — LE CARDINAL PAROCCHI — PREMIÈRE CONGRÉGATION GÉNÉRALE, LE 17 DÉCEMBRE IÇOI — LE CARDINAL FERRATA, PONF.NT DE LA CAUSE — SECONDE SÉANCE SOLEN- NELLE, LE \~ MARS igo3 — • PROCLAMATION DE l'hÉROÏCITÉ DES VERTUS DE JEANNE D'ARC, LE 6 JAN- VIER [904 — LECTURE DU DÉCRET — REMERCIEMENTS DE l'ÉVÊQUE D'ORLÉANS — DISCOURS DE SA SAINTETÉ PIE X -- OUVERTURE DU PROCÈS SUR LES MIRACLES — JUGEMENT DE LA ROTE, LE 2 1 NOVEMBRE igo5 — DÉCRET SUR LES MIRACLES, LE l3 DÉCEMBRE igo8 — LA BÉATIFICATION : [8 WRIL IÇ)Og — LE DEVOIR DES FRANÇAIS — L'ARMÉE PACIFIQUE DE LA FRANCE — LE SECRET DU SALUT PAR JEANNE D'ARC — LE CŒUR SACRÉ DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST RÉGNANT SUR NOTRE PATRIE — SAINTE JEANNE D'ARC, PRIEZ POUR NOUS !
Voici donc la cause de Jeanne revenue devant le tribunal suprême de l'Eglise. Les théologiens de cette Rome éternelle que Dieu a instituée l'arbitre du monde vont scruter à tond les éléments réunis par les Commissions apostoliques.
Les études commencent sans tarder; et cependant, avant d'atteindre un nouveau résultat, elles occupent une période de cinq années. A première vue, on peut accuser de lenteur ceux qui en turent chargés, mais lorsqu'on a sous les yeux les traités considérables qui furent rédigés durant ce laps de temps et qu'on y découvre la solution des plus graves problèmes soulevés dans l'histoire de Jeanne d'Arc, on demeure persuadé que les ju^cs ont fourni le travail non seulement le plus consciencieux, mais le plus rapide qu'il soit possible i i i.
II me reste à parler des dernières années de procédure devant la Sainte Congrégation des Rites. IYL'' Touchet s'étant constitué, dans deux lettres pastorales, le chroniqueur de cette période, je ne puis mieux faire que de le citer.
En 1898, dit l'éminent prélat, le tribunal de la Rote étudia le procès par nous rédigé, sous le simple aspect de la procédure. Il déclara que nous a\ ions observé fidèlement et scrupuleusement les règles du droit canonique qui régissent la matière.
En 1899, notre avocat Minetti commence son plaidoyer sur l'héroïcité des vertus de Jeanne.
III Cinq volumes tonnent le dossier de l'héroïcité des vertus. La thèse est véritablement étudiée à tous ses points de vue et merveilleusement documentée. Quelle dette de gratitude la France ne doit-elle pas au postulatcur qui a remplace l'infatigable M. Captier dans la direction de ces longs travaux, M. Hertzog, le distingué supérieur de la procure Saint-Sulpice à Home.
Il le continue en [900. En [901, le promoteur produit ses objections. Elles nous parviennent ici en juin. Je réunis immédiatement une Commission d'historiens, de canonistes et de théologiens, sous ma présidence, pour aviser. Nous transmettons nos réponses. L'avocat travaille sur cette matière par nous fournie, et, le 17 décembre 1901, les consulteurs, réunis sous la présidence du cardinal Parocchi, discutent en commun, pour la première lois, les vertus de la Vénérable.
Ensuite, l'évêque d'Orléans, après avoir résume l'avis du très éminent protecteur de la cause, parle de lui en ces termes :
Le cardinal Parocchi s'était épris de Jeanne. Il l'appelait «. la mia cara Pulcella », ma chère Pucelle. Lors du décret de vénérabilité, il avait prononcé une harangue si impressionnante que quelques cardinaux enthousiasmés avaient eu, parait-il, un instant la pensée d'aller auprès du Pape supplier qu'elle fût déclarée bienheureuse par acclamation. Depuis, il a publié un discours qui fut traduit par nos soins, sous ce titre : « le Surnaturel dans la vie de Jeanne d'Arc ». Son avis n'était pas que Jeanne fût béatifiée par voie extraordinaire. «. 11 faut qu'elle entre à la Congrégation, répétait-il, comme elle entra dans Orléans, casquée, cuirassée, lance haute, par les grandes portes ouvertes et tous les ponts-levis baissés. »
Le 17 décembre, en effet, le vote des consulteurs fut favorable à la cause, qui suivit normalement son cours.
Kn l'année 1902, continue M^r Touchet, M&1' Verde, qui avait succédé en qualité de Promoteur de la foi à Mer Lugari, produisit de nouvelles animadversions contre l'héroïcité des vertus de Jeanne.
L'avocat Minetti, vieilli, attristé par des deuils de famille, résolut de passer à un plus robuste le soin de répondre. Il jeta les veux sur un avocat jeune encore, vraiment instruit, gracieux, ardent, M&r Martini ( 1 ).
Le cardinal Parocchi s'éteignit au commencement de 1903 ; il fallut lui choisir un remplaçant. Le cardinal Ferrata consentit à se charger de la tâche.
La seconde séance solennelle de la Congrégation des Rites pour l'examen des vertus héroïques de Jeanne avait été fixée au 17 mars 1903.
L'audience eut lieu. Les juges s'y rendirent nombreux. De mémoire d'homme on n'en avait vu autant en pareille occurrence : vingt et un consulteurs et dix-sept cardinaux étaient présents.
Le 19 novembre 1903. la troisième réunion de la Congrégation des Rites fut présidée par S. S. Pie X ; elle procura un succès de plus à cette cause si chère aux cœurs français. Le Saint-Père fixa la date du 6 janvier 1492° anniversaire de la naissance de la vierge lorraine) pour la lecture du décret d'héroïcité des vertus de Jeanne.
Au jour dit, dans la salle du Consistoire, s'étaient assemblés les cardinaux .Mathieu et Ferrata, l'ambassadeur de France et ses attachés : M-1' l'évêque d'Orléans, M. Hertzog, postulateur de la cause, et tous les Français présents à Rome. Le Pape entra bientôt, accompagné de sa cour et de quelques archevêques et évèques. Tout aussitôt le secré-
(1) M6r Martini, après s'être dépensé tout entier à la cause de Jeanne et l'avoir vu triompher, mourut à la veille de la Béatification, emportant d'unanimes regrets.
taire des Rites donne connaissance du décret résumant la vie de la Vénérable : on y lit notamment :
Aujourd'hui, jour de l'Kpiphanie du divin Sauveur, qui est aussi le jour anniversaire de la naissance de la vénérable Jeanne d'Arc, destinée à être un jour comme une tlammc brillante dans la Jérusalem de la terre et dans celle du ciel. Notre Saint-l'ère le Pape, après avoir célébré le Saint-Sacrifice de la messe, s'est rendu dans la salle noble de son palais, s'est assis sur le trône pontifical, et, ayant tait approcher LL. EEm. les cardinaux Séraphin Cretoni, préfet de la Sacrée Congrégation, et Dominique Ferrata, ponent de la cause, ainsi que S. Exe .\lp1' Alexandre Verde, promoteur de la Foi, et moi-même, secrétaire soussigné, a déclaré solennellement, en leur présence, que la vénérable servante de Dieu Jeanne d'Arc pratiqua dans un degré héroïque les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité envers Dieu et envers le prochain, et les vertus cardinales de prudence, de justice, de force, de tempérance et leurs annexes, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit, et que l'on peut continuer le procès, c'est-à-dire entreprendre la discussion des quatre miracles.
Sa Sainteté ordonna ensuite la publication de ce décret et son insertion dans les actes de la S. Congrégation des Rites, au huitième jour des ides de janvier de l'an 11104.
Séraphin, Card. Cretoni, L. ^ S. préfet de la S. C. des Rites.
V DlO.MÈDE PaNICI,
arch. de Laodicée,
secrétaire de la S. C. des Rites.
La lecture du décret terminée, IVR'r Touchet prit la parole pour manifester à Pie X sa gratitude et celle de la France.
Enfin, le Saint-Père parla à son tour de notre bien-aimée Libératrice nationale, et il nous est bon de l'entendre exprimer des sentiments si conformes à ceux qui ont animé chacune des lignes de cet ouvrage :
Qu'elle soit un sujet de joie pour nous, dit-il, la cause de la vénérable Jeanne d'Arc, vierge!
Soyons dans la joie, car la nation française, cette nation qui a accompli tant d'exploits généreux et porté dans des contrées si lointaines des bienfaits admirables, cette nation qui, par les o.aivres innombrables de son intrépide apostolat a amené les peuples barbares à la lumière de la loi et à la civilisation, trouve dans le souvenir des vertus et des services de la vénérable Jeanne d'Arc l'occasion d'apprendre que son bien suprême, sa gloire principale, doit être de demeurer attachée à la religion catholique, de révérer sa sainteté et de défendre ses droits ainsi que sa liberté.
Et bien que l'état de choses actuel laisse, hélas! beaucoup à désirer sous ce rapport, que les enfants de la France, si chers à Notre cœur, se réjouissent!
Au milieu des malheurs de toutes sortes qui les affligent, ils trouveront dans Jeanne d'Arc un nouveau secours, et sa protection sera pour eux une source de bienfaits plus abondante de la clémence divine.
L'héroïcité des vertus proclamée, le Saint-Siège s'est livré à l'étude des faits surnaturels et prodigieux attribués par la piété des fidèles à l'intercession de la vénérable servante de Dieti.
Aux premières enquêtes apostoliques sur les miracles, annexées au procès d'Orléans, d'autres furent ajoutées.